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127 COLLE
Mémoires de la Société
Linnéenne de Paris.
Tome 58.
Wanting the frontispiece
portrait of Broussonnett
mentioned on p.67 of pt.5.
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©. 9h!
A:3.
MÉMOIRES
SOCIÉTÉ LINNÉENNE
DE PARIS.
DE L’IMPRIMERIE DE LEBEL, IMPRIMEUR DU ROI,
RUE D’ERFURTH, N° 1, PRÈS L'ABBAYE.
MÉMOIRES
SOCIÉTÉ LINNÉENNE
DE PARIS,
PRÉCÉDÉS DE SON HISTOIRE,
PENDANT LES ANNÉES 1829 ET 1824.
VV VU AVAL AV LU QU LA VARAU
TOME TROISIÈME.
RAA AVI A/R AAA NU AA AAA/0 AVATAR
PARIS,
AU SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE,
Rue des Saints-Pères, n° 46, en face la rue Taranne,
Er cnez DESBEAUSSEAUX, Lagraire, QuAr MALAQUAI, No 15,
VV VV VVQ/Y
1929.
SOCIÉTÉ LINNÉENNE
DE PARIS.
AAA VA LAN AAA AAA MUALARAA RAT
PREMIÈRE PARTIE.
HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ.
DV ERA AAA AAA AAA AAA AAA AAA AA AAA AA UAE UV
AAA MVL AAA AA LU VV VV VA LV VAL AUT VU UVAALAV/ A/S VAE
SOCIÉTÉ LINNÉENNE
DE PARIS.
37"° ANNÉE DE SA FONDATION.
PROCES-VERBAL de la Séance publique du
28 décembre 1824, jour anniversaire de la mort
de TOURNEFORT.
À midi précis, les portes de la grande salle de l'hôtel
de la préfecture du département de la Seine, dite Salle
Saint-Jean, furent ouvertes au public. Le thermomètre
marquait alors 10° 75 centigrades; le baromètre indi-
quait 761,44; et l'hygromètre était à 94 degrés. Le ciel
était nuageux avec brouillard, les vents soufllaient du
sud-sud-ouest,.
La salle était décorée de draperies et ornée du buste
de Linné. La famille de feu Anpr£ Tnouin, mort pré-
sident de la Société Linnéenne, occupait une tribune
particulière. Une brillante réunion de dames, de savans
étrangers, de magistrats, de députations des diverses
académies de la Capitale, composaient l’assemblée qui
était des plus nombreuses et des mieux choisies. Près
de MM. les ambassadeurs de Suède et de Danemarck,
et de M. le chargé d’affaires du Grand-Duc régnant de
a
Ca)
Saxe-Weimar, siégeaient MM. Popevin, Barriy, Des-
MyTTÈRE et Pasrré, nommés maîtres des cérémonies.
À une heure, tous les Membres résidans, les Mem-
bres honoraires et Auditeurs, plusieurs Correspondans
nationaux, M. le docteur Gorcy, président de la Co-
lonie Linnéenne de la Moselle et de la Meurthe, ainsi
que les dames Associées-libres, prirent place dans les
fauteuils qui leur étaient destinés et se grouppèrent
autour du bureau.
Les Dignitaires s’étant assis, M. le docteur DEscour-
r11Z, Président actuel de la Société Linnéenne, se leva,
ouvrit la séance, et prononcça le discours suivant :
« Honorables Gollègues,
» L'époque solennelle qui nous rassemble est l’anni-
versaire du jour où TournErorr a cessé de vivre. Gette
réunion a pour but d’acquitter une dette pénible, mais
chère à nos cœurs. Joignons à cette première couronne
celle de Lixxé,son digne successeur, de Lixx£ dont la
perte, également sentie, jeta tous les vrais savans dans
la consternation.
» Offrons un double hommage à ces deux botanistes
célèbres, merveille de leur siècle, et qui, par des routes
différentes, mais sagement établies, nous font arriver,
à chaque recherche, au but qu’ils se sont proposé. En
citant les /nstitutions botaniques de Tournerorr, et le
Système des plantes de Linx£, j'entends déjà vos cris
d’allégresse et d’admiration remplir la voûte du sanc-
tuaire que nous avons consacré à leurs talens sublimes,
à leur glorieuse mémoire.
A
» Honneurs soient rendus à ces confidens de la
(in)
nature, à ces scrutateurs profonds des secrets de la
création; à ces rares génies doués d’un jugement sain,
d’une vaste conception; à ces fondateurs de deux sys-
ièmes ingénieux qui ont rapproché les plantes de l’es-
pèce humaine par des relations sensibles et véridiques;
à ces architectes enfin qui ont élevé, pour l’intelli-
gence du développement et de la fécondation régéné-
ratrice des végétaux, un temple, où tous les mystères
de leur hyménée sont dévoilés.
» Par un effet heureux de cette douce sympathie,
qui unit étroitement les vrais amis des beautés du
globe, nous avons pour patrie commune l'univers, et
pour famille tous les admirateurs des merveilles de la
nature. Semblables à la diligente abeille qu’on voit
sans cesse occupée à butiner la corbeille de Flore pour
en enrichir sa ruche, chacun de nous, Messieurs, doit
déposer sur le cippe où brille le buste de l’immortel
Liné, notre patron, les découvertes utiles qu’il a faites
dans l’année. C’est un tribut bien doux que nous devons
consacrer à la mémoire de ce grand homme. Depuis près
de quarante ans cet usage est établi parmi vous : puisse
un avenir heureux resserrer nos liens fraternels, et
protéger l'exécution de nos projets! Linxé£ n'existe
plus, mais ses ouvrages sont partout, ils assurent à son
génie une gloire éternelle.
» Nommé par vous Président à la mort de M. Axpnf
Tnouix, dont la perte récente nous a couverts de deuil,
je frémis, Messieurs, en songeant aux devoirs qui me
sont imposés, et à l'énorme différence que vous trou-
verez entre le maître et l’élève; mais si je ne puis vous
offrir les vrais talens et l'expérience consommée du
de
(iv)
savant qui guida si long-temps mes pas dans la vaste
carrière des sciences naturelles, je m’efforcerai d’y
suppléer par un dévoûment sans bornes, par une étude
opiniâtre qui me méritera sans doute le doux plaisir
d’attacher quelques fleurons de plus à la couronne bril-
lante que lui a décernée la renommée.
» Nous avons eu à regretter, Messieurs, que les évé-
nemens politiques ne nous aient pas permis de tenir
une séance publique en 1823, mais j’ai la satisfaction
de vous annoncer que pendant les années 1823 et1824
la Société Linnéenne a honorablement rempli son
temps; son active correspondance, étendue sur les deux
hémisphères, a fourni des faits nombreux qui ont, les
uns, détruit quelques théories hasardées, les autres
éclairé des points d’histoire naturelle jusqu'ici regar-
dés comme inexplicables. L'analyse de ses travaux que
va vous présenter le Secrétaire perpétuel en sera la
preuve convaincante.
» Si la Société Linnéenne a perdu des hommes mar-
quans, tels que Axpré Tuouin, votre ancien président,
dont l'éloge est dans tous les cœurs et va vous être lu;
TuuxserG qui fut l'ami et le successeur de Linx£;
Jenxer qui, par sa belle découverte de la vaccine, ra-
cheta la vie des deux tiers du monde, et arracha à une
mort prématurée des milliers d’enfans pour les rendre
à leurs mères éplorées; Gonn£A DE SErRA qui s’occupa
si utilement de la carpologie, base essentielle à bien
connaîlre pour naturaliser les plantes; Bowpicn, ce
voyageur intrépide; Tone, martyr des sciences et de
la noblesse de ses sentinens, qui avait si bien étudié les
révolutions géologiques et les productions végétales du
(F4)
département des Landes; Juce-De-SaiNT-ManTIN, dont
la vie tout entière fut consacrée à l’agriculture; Du-
MonT DE CourseT, auteur estimé du Botaniste-Culti-
vateur; Louis Reynier qui débrouilla l’histoire des
plus anciens peuples dans ce qui a rapport à l’écono-
mie rurale et l’économie politique : tous membres dis-
tingués, sur la vie desquels votre Secrétaire perpétuel
vous a lu, pendant les travaux de l’année, des notices
biographiques, etc.; la Société a fait des acquisitions
brillantes, des acquisitions qui lui donnent les plus
hautes espérances. On peut dans le nombre citer le
prince CuristTiAN, héréditaire du trône de Danemarck,
qui s'occupe de la géologie dans le même temps qu'il
protége les autres parties de l’histoire naturelle, et le
Grand-Duc de Saxe-Weimar, ami de l’agriculture, et
qui partage son temps entre les soins de ses Etats et le
plaisir indicible de Part des jardins.
» Les filles de Linné, Messieurs, ont aussi reçu le
diplôme d’associées libres; l'Amérique, le Piémont et
la Suisse ont vu les dames, admises dans votre sein,
rivaliser de gloire et de zèle pour enrichir le lieu de
vos séances de dessins et de tableaux. Les dames, vous
le savez, Messieurs, embellissent la vie: elles aiment la
gloire et nous la font aimer. Leur présence enchante-
resse nous inspire le désir de leur plaire, et c’est pour
leur plaire que nos efforts sont grands, que notre vie
devient studieuse, que notre active étude nous conduit
à des succès, que ces succès nous méritent des cou-
ronnes qu'il nous est si doux de partager avec elles ou
plutôt de déposer à leurs pieds, C’est ce sexe char-
mant, enfin, dont le talent reçoit la vie; c’est lui seul
A)
qui inspira les touchans accords de CoLARDEAU, ce
poète sensible qui exprima avec tant de feu, sur sa lyre
sonore, les doux transports de la tendre Héroïsr.
» Loin de nous, Messieurs, ces rivalités funestes aux
progrès de la science, et cette basse envie qui dégrade
le sentiment; que ces passions haineuses fassent place
à une émulation profitable à la société générale. Réu-
nissons donc tous nos efforts.
» Membres de la section de zoologie : continuez vos
obervations avec activité; qu’elles agrandissent le do-
maine de la science, et tournent au prolit des hommes
et de l’agriculture. Rappelez-vous que notre confrère
Desuayes, en nous donnant l’histoire du hérisson, ne
s’est pas borné à un examen physiologique, qu’il a fait
apprécier l'utilité du petit chasseur pour nettoyer les
jardins, les vergers et les plantations d’arbres des in-
sectes dévastateurs et des autres animaux rongeurs.
Imitez M. Braunien, votre correspondant à Vendôme,
à qui l’on doit un Traité pratique sur l'éducation des
abeilles, et profitez de ses curieuses découvertes.
» Membres de la section de botanique théorique :
riches des nomenclatures avouées par les académies,
évitez de nouveaux systèmes, et surtout des synony-
mies inintelligibles ; c’est hérisser d’épines une science
dont la simplicité fait tout le charme. Conservez pré-
cieusement, sans les dénaturer, les richesses sans nom-
bre acquises par de constans travaux. Que vos systèmes
de nomenclature soient aussi purs que la fleur nou-
velle que vous avez à décrire; évitez soigneusement
de replonger dans le cahos une science aimable dont
on doit éloigner les diflicultés, pour qu’elle se trouve
( vu )
conforme au vœu du Créateur. Cependant accueillez
les innovations, ne rejetez pas les réfutations, c’est du
choc des opinions que naît la vérité. La Société se
plaît, par mon organe, à adresser des félicitations à
plusieurs de ses membres, à MM. Soucan@r-Bonin, Nor-
serre, GEcs, et Auninerr, de Tonnelle, près Taras-
con, qui, par un dévoûment sans bornes, sont parvenus
à propager en Europe la culture des plantes exotiques,
au moyen des sacrifices énormes qu'ils ont faits pour
élever à la science des temples où l’on peut étudier
dignement la nature. Elle en adresse aussi à MM. Dr-
LAVAUX, qui Connaîl si bien les richesses végétales de la
France; GAUDICHAUD, qui nous en a rapporté un très-
grand nombre des pays qu'il vient de parcourir; Pr-
ROLLE, à qui les jardiniers doivent un bon guide.
» Membres de la section de physiologie végétale : c’est
à vous de nous signaler les caractères extérieurs et
l’organisation interne des plantes à décrire, pour faire
distinguer avec certitude la place qu’elles doivent oc-
cuper dans les sections, les genres et les familles. C’est
à vous de nous faire connaître leur organisation in-
terne, leur mode de nutrition et d’absorption souter-
raines au moyen de leurs racines; le mouvement de la
sève, et autres phénomènes du développement de leur
végétation. Gonsultez les travaux des D£ Saussune fils,
des Dursrir-Tuouars, des Mirez, qui ont traité cette
matière avec une rare perfection.
» Membres de la section de botanique applicable aux
arts : que vos savantes études vous conduisent à des
découvertes utiles. Sondez les écorces; recueillez les
sèves résineuses pour en obtenir par diverses manipu-
Cyr)
lations ou par la chimie, à l’exemple de vos collègues
MM. pe Viceneuve, LAUBERT, ASTIER, BONASTRE,
Lauuonr et Descourrizz, des cotons, des filasses, des
principes colorans, des brais pour la marine, du vernis,
du caout-chouc.
» Membres de la section de botanique applicable à
l’art de guérir : analysez les plantes susceptibles d’of-
frir des ressources à la médecine, et les racines fécu-
lentes capables d'augmenter, en cas de disette, les res-
sources de l’indigent. Déjà plusieurs de vos membres
ont publié des flores locales, en indiquant souvent les
propriélés médicales des plantes. On peut citer avec
distinction la Flore de l’Archipel grec et des côtes du
Pont-Euxin qui complète celle de Tourxerorr, et qui
vous a été offerte par M. Dumonr-Durvizze, voyageant
encore en ce moment pour l'intérêt de la science; les
Flores de Sicile, par M. Bivowa; celle de Naples, par
M. Texore; celle de Toscane, par M. Garrano Savi;
et celle de toute l'Italie, par M. Briexour, de Modène;
le précieux travail de M. le docteur Roques sur les
plantes vénéneuses; la Flore médicale des Antilles
(Amérique du Sud }), par M. le docteur DescourriLz ;
celle de l'Amérique du Nord, par M. Nurraz, de Phi-
ladelphie; la Flore de Rouen, par M. LEerurqQuiEr DE
Lonccuawr; la Flore d’Abbeville, par M. Boucuer;
celle de Marseille, par M. Gourré-Lacour; enfin celle
de Lot et Garonne, par M. pe SAINT-Amans.
5 Membres de la section d'agriculture, de cet art
utile et précieux qui fait la prospérité des Etats : témoi-
gnez, au nom de la Société Linnéenne, à MM. Grnou,
DE VizeNEUvE, Marnieu pe Dompasie, TuifpauT px
(ax)
BerneaAup, la satisfaction qu’elle éprouve de l’heureux
emploi de leurs loisirs ; n’oubliez pas que votre confrère
PErRorTET, qui, pendant trois années, a exploré toutes
les îles du grand archipel d’Asie, de l’Afrique et de
plusieurs côtes orientales de l’Amérique du Sud, en à
rapporté des observations agricoles de la plus haute
importance; qu'il a guidé, par son savoir, les naturels
de ces beaux pays dans la culture des plantes pré-
cieuses dont ils ne savaient point tirer parti; qu’il en
a naturalisé le plus grand nombre en Europe, et qu’il
affronte encore en ce moment les tempêtes de l'Océan
dans l'espoir de vous offrir à son retour le résultat de
ses nouvelles recherches. Nous devons aussi de la re-
connaissance à notre confrère LAPyLAIE qui s’est con-
sacré aux recherches botaniques en visitant Terre-
Neuve et toutes les côtes françaises, et à nos collègues
MM. Persoow, votre Vice-Président, Acarpn et pe BroN-
DEAU, qui se sont particulièrement occupés de l'étude
difficile et peu attrayante des cryptogames.
» Membres de la section de géologie : continuez vos
recherches souterraines; consultez dans les entrailles
de la terre ces fossiles de haute antiquité dont les es-
pèces colossales nous sont inconnues, et qui consta-
tent la majesté du monde en frappant les observateurs
d’étonnement et d’admiration. Votez, Messieurs, des
remerciemens à vos collègues MM. Boxxarre-Mansuy,
de Saint-Mihiel; Lamoureux, de Nancy; Bory, de
Saint - Vincent; Lanpreau, d'Angoulême; Soxer-
Wiscemer, Dumonr-Dunvirze, pe Bounxox, le prince
Cristian, TrAuLLÉ, et le savant précoce GILLET DE
Laumonr fils, que ses rares talens en minéralogie, chi-
(x)
mie et docimasie viennent d’élever à une place hono-
rable, mais dont nous devons regretter sincèrement
l'éloignement. Les constans et pénibles travaux de ces
membres distingués ont bien mérité de la Société Lin-
néenne. Je devrais citer ici le savant Bourper de la
Nièvre, que nous espérions posséder en ce jour so-
lennel, mais il ne viendra plus partager nos travaux,
l’impitoyable mort l'a ravi le 20 de ce mois à notre
amitié. La mort a pour jamais interrompu ses utiles
travaux ! Que ses mânes reçoivent nos adieux ! Que
son inconsolable épouse voie dans l’expression de
notre sensibilité la part active que nous prenons tous
au malheur qui vient de la frapper, et dans la per-
sonne de son époux dont le nom était déjà placé avec
honneur dans les fastes de la géologie, et dans la per-
sonne d’un fils qu’ils affectionnaient tous deux.
» Membres de la section de philologie : rapprochez
les méthodes agricoles des anciens peuples de la terre,
de celles que le temps et l'expérience ont perfection-
nées; profitez des avantages des premières, sans ou-
blier qu’une louable persévérance, qu’un travail opi-
niâtre, que des expériences nouvelles sagement conçues
et multipliées avec adresse, doivent certainement vous
mériter de nouveaux succès, et par conséquent de nou-
velles couronnes.
» Tels sont, Messieurs, les principes que nous devons
adopter pour nous rendre dignes de déposer les fruits
de nos découvertes au pied de l’autel de la patrie.
Soydhs toujours unis par le seul désir d’être utiles à
nos concitoyens; resserrons pour toujours les liens
de notre intimité, et afin de vaincre les diflicultés
(x)
d’une étude nouvelle, éclairons- nous mutuellement
du flambeau de notre expérience. Alors, Messieurs, le
monde entier louera nos intentions, et encourage ra nos
efforts par une bienveillante approbation. »
M. Triggaur pe BerneauD, Secrétaire perpétuel,
rendit compte ensuite des travaux de la Société Lin-
néenne pendant les années 1823 et 1824.
M. le docteur PrépaGnez, membre résidant, lut, au
nom de la section de zoologie, un rapport sur le con-
cours ouvert relativement aux animaux vivans ren-
fermés dans des corps solides; il y rend compte des
mémoires reçus et de la décision prise par la Société
par laquelle elle a voté un encouragement de deux
cents francs à M. Vazcor, de Dijon, auteur du mé-
moire n° 2, ainsi que la prorogation, à l’année 1827,
de la question proposée.
Après cette lecture, le Président se leva et prononca
ces mots : «La Société Linnéenne de Paris déclare,
» en ce jour mémorable, accorder à M. le docteur Vaz-
» Lor, de Dijon, à titre d'encouragement, la somme de
» deux cents francs promise à l’auteur de la collection
» la plus complète de faits relatifs aux êtres vivans ren-
» fermés dans des masses de pierres, dans des troncs
» d'arbres, etc. Elle se félicite de compter ce labo-
» rieux naturaliste au nombre de ses correspondans,
» et de le voir cueillir la première palme oflerte aux
» recherches utiles par les disciples du grand Linwé.
» La Société ouvre de nouveau la lice jusques au
(ur \)
7 juillet 1827 : elle compte que les concurrens
» s'empresseront de répondre à l'appel qui leur est
» fait. Nous demandons des expériences, faites avec
» soin et sans précipitation; la question proposée est
» importante, et sa solution sera un nouveau pas vers
» de plus grands phénomènes : elle honorera celui qui
» la donnera, »
Pour et au nom de la section de botanique ,M. Dera-
vaux, membre honoraire, rendit compte des mémoires
recus pour le concours ouvert, en 182», relativement
à lorgane de la fleur auquel on doit exclusivement
donner le nom de Wectaire.
Les concurrens n'ayant pas entièrement rempli les
intentions de la Société, exprimées dans son pro-
gramme, le prix n’a point été accordé, et le concours
est continué à l’année 1825.
M. le docteur Roques, l’un des Vice-Présidens, au
nom de la section d'agriculture et de météorologie, a
la un rapport sur des encouragemens accordés à trois
propriélaires ruraux qui ont établi des paragrêles en
paille sur leurs champs et qui en ont propagé l'emploi.
Ensuite de ce rapport, le Président se leva de nou-
veau el dit : « La Société Linnéenne accorde aujour-
» d’hui à MM. le baron Cnrup, de Genève; BELTrRAME,
» de Milan, et Asrozrtr, de Bologne, un exemplaire de
» la collection complète de ses Mémoires, ainsi que
>
le diplôme de correspondant, pour avoir adopté les
» paragréles en paille perfectionnés par M. Tuorran»,
( x
» de Tarbes, et en avoir propagé l'usage. Elle désire
que cette récompense serve utilement à l’agriculture,
3
et qu’elle soit, surtout aux yeux des cultivateurs
français, la preuve du plaisir que les vrais Lin-
» néens auront toujours de contribuer à ses progrès
ÿ
réels. La Société Linnéenne vénère comme amis
» de la patrie, comme amis des hommes, ceux qui
» s'occupent des moyens de détourner efficacement
» la grêle de la maison paisible de lutile laboureur.
» Elle appelle le concours de tous vers cet honorable
» but, et désormais elle décernera, chaque année, le
» 28 décembre, des récompenses à ceux qui l’aideront
» à réaliser le bien-être des campagnes et de leurs
» habitans qui sont les pères nourriciers de l’Etat et
» ses plus sûrs appuis. »
M Tuiégaur pe Berneaup obtient la parole et pro-
nonce l'éloge historique de feu Axpr£ Tour, mort le
27 octobre 1824.
M. Tnéopore Descourrizz se lève ensuite et lit un
mémoire sur le genre Nauchée, qu'il a dédié à l’un
des membres honoraires de la Société Linnéenne.
Enfin M. Gazax, Secrétaire-adjoint -archiviste,
donne lecture du programme des prix annuels pro-
posés pour des tableaux météorologiques, et qui seront
décernés à dater du 28 décembre 1825.
À quatre heures et demie, la séance a été levée au
( xIv )
milieu des applaudissemens prolongés de toute l’as-
semblée.
Fait et signé, en séance publique, à l'hôtel de la pré-
fecture du département de Ja Seine, le 28 décembre
1824.
Pour extrait conforme :
Le Président,
DESCOURTILZ, d. m. p.
Le 1% Vice-Président, Le II: Vice-Président,
C.-H. PErsooN. J. Roques, d. m. m.
Le Secrétaire perpétuel,
Tuiégaur DE BERNEAUD.
BL UV LL AE VU UV VE UUUUU VU UE LULU UE LA VALLE LUS VAL VUL
ANALYSE DES TRAVAUX
DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS
PENDANT LES ANNÉES 1823 ET 1824;
Par M. TuiésaurT DE BErNEauD, Secretaire
perpétuel.
Quan» dans le chemin des sciences, a dit Bacon, tu
trouveras une erreur, prends-en note afin de la détruire;
imite en cela le voyageur qui, tout en passant , arrache
les herbes nuisibles ou tue le reptile vénimeux qu'il
rencontre sous ses pas. Gette obligation, Messieurs,
est celle que la Société Linnéenne s’est imposée lors
de sa fondation première en 1788 et à l’époque de son
rétablissement en 1820. Instruire et honorer la patrie,
voilà l’ambition des grandes âmes : tel est aussi le but
des travaux et des recherches dont j’ai à vous entre-
tenir.
Dans l'intérêt de la cause commune, il importe,
Messieurs, que chacun de vous pénètre jusqu’au sanc-
tuaire du temple linnéen, et ÿ reconnaisse les géné-
reux efforts que mes infatigables confrères aiment à
faire pour débarrasser les sciences des erreurs et des
entraves qui les enveloppent encore, pour combattre
l’imposture et leur préparer de nouveaux progrès. De
la publicité des actes d’un corps lettré dépend son
( xvi )
existence réelle, de la nature de ses œuvres résulte sa
vériiable importance : c’est sur ce dernier point que
vous allez nous juger.
Sans doute il est honorable pour moi d’avoir à mon-
trer les nouveaux tributs déposés par les Linnéens sur
l'autel de la science; sans doute je dois chaque année,
à cette époque mémorable, éprouver un profond sen-
timeni de joie et d’orgueil de me voir appelé à révéler
le secret de tant de veilles utiles; mais pour ne point
rester trop au-dessous de mes devoirs, le zèle le plus
absolu, le dévoûment le plus entier ne suflisent pas,
j'ai besoin, à mes confrères, de votre appui fraternel,
j'ai besoin, à vous, Mesdames et Messieurs, qui daignez
m'écouler, j'ai besoin de toute votre indulgence. Je les
réclame; permettez-moi d’y compter.
Lorsque nous portons nos regar . sur les phéno-
mènes de la nature, nous les voyons tous liés les uns
aux autres et leur union intime constituer l'harmonie
des êtres. Mais pour pénétrer le secret de leurs lois di-
verses, il faudrait, à l'exemple de Burrox, en embrasser
les rapports les plus éloignés, et en même temps, comme
Lixxé, saisir les traits distinctifs propres à chacun d’eux
en particulier. Cette puissance du génie est réservée au
siècle qui doit nous suivre; le nôtre est appelé à ras-
sembler les faits, à les constater et à les exposer avec
exactitude, avec simplicité, En attendant que nos mé-
thodes d'investigation nous donnent les moyens d’arri-
ver à la conquête de la vérité, qui est celle de l’ordre,
notre devoir à tous est d'accueillir toutes les opinions,
d'accepter le fruit de toutes les recherches, de favo-
( xvir )
riser toutes les activités et d'empêcher qu'aucun germe
d’aristocratie ne pénètre dans le domaine des sciences :
cette hydre aux cent têtes souille tout, elle envenime
tout, elle dévore tout. C’est donc pour préparer les
nobles espérances de l'avenir et multiplier à l'infini
les matériaux dont il doit s'emparer, que vous avez,
Messieurs , réuni tous vos efforts et développé jusqu'ici
les ressources présentes de l’art d’observer.
HISTOIRE NATURELLE /Généralités).
Comme dans les années précédentes, la grande ques-
tion de la vie s’est offerte à vos méditations. Vous avez
reconnu qu’elle est une dans la nature entière, qu’elle
tend sans cesse à s’élever, et qu’elle est modifiée diffé-
remment selon les divers corps organisés. Ses manières
’être ont été ‘'udiées dans les animalcules infusoires
par M. Acar:1 de Lunden, dans les hydrophytes par
M. GrareLoupr, de Bordeaux, qui vous a remis à ce
sujet une monographie fort intéressante, et dans les
végélaux par M. Pascaris, de New-Yorck, qui les re-
garde comme les premiers élémens de la vie animale.
L'action plus ou moins perceptible des agens phy-
siques sur ce phénomène, le premier de tous, action
qui a fourni à M. Epwanps le sujet d’une belle suite
d'expériences, a également été pour vous, Messieurs,
un puissant motif de recherches. Ainsi, tantôt vous
occupant de la distribution géographique des êtres qui
peuplaient la terre avant les cataclysmes qui en ont
plusieurs fois changé la face, et de ceux que l’on y voit
aujourd'hui, vous avez cherché à faire cesser le vague
que l’on reconnaît dans les écrits publiés jusqu'ici sur
( xvut )
cet objet, et à ramener les observations à la grande
pensée de Bnoussonxer. M. le docteur Rogsnaw, de
Stockholm, s’est chargé, sur votre demande, de com-
pléter son beau travail sur la géographie des plantes
cultivées d'Europe. M. Tar£gaur pe BERNEAUD a jeté
les premières bases d’un mémoire dans lequel il con-
sidère les plantes et les animaux utiles dans leurs re-
lations mutuelles entre eux et avec les localités, afin
d’en déduire des règles certaines pour la naturalisation.
M. ne LA Frexaye, de Falaise, vous a fourni de nou-
veaux faits pour constater cette même analogie des lo-
calités avec certaines espèces d’insectes, pendant que
M. le docteur Pasrré cherchait dans les propriétés
des plantes médicinales le caractère du terrain qui
les nourrit et celui de l’atmosphère qui les enveloppe
sans cesse. ;
Tantôt, portant vos yeux sur les animaux renfermés
vivans dans des corps solides, vous avez obtenu des
résultats qui vous ont déterminés à prolonger le terme
du concours ouvert en 1822 sur ce sujet. En attendant
la solution de la haute question de physiologie pro-
posée, vous m'avez chargé de citer honorablement
MM. Dorsy, de Verdun-sur-Meuse ; LaAnpreAu, d’An-
goulême, et Lapierre, de Roanne, pour les faits nou,
veaux qu’ils vous ont communiqués.
Avec la vie tous les êtres ont recu le besoin de sa
conservation : c’est à ce sentiment propre à doubler
les forces, que le philosophe rattache les premiers li-
néamens de l’humaine société ; c’est aussi lui qui porte
certains animaux à vaincre leurs habitudes pour s'unir
avec des êtres plus faibles qu'eux. Plusieurs exemples
(‘xx )
vous ont été cités; ils vous ont paru très-curieux, mais
en même temps susceptibles d’un nouvel examen, d’un
examen plus approfondi, dans la vue d'apprécier les
véritables causes qui rapprochent ainsi des animaux
de goûts si opposés et qui les décident à s’obliger mu-
tuellement; dans la vue de s’assurer encore si l’asso-
ciation est réciproquement consentie, si elle est de
durée, et dans l'intérêt réel des individus ou de l’un
d’eux seulement.
Le sentiment de sa propre conservation semble
perdu, pour certains animaux, dans l’espèce de fasci-
nation que d’autres animaux exercent sur eux. Les
observations que vous avez recueillies de M. Acaron,
qui a remarqué le Vorticella convallaria fascinant des
animalcules infusoires encore plus petits que lui pour
s’en repaître, et de M. Ropar, d’Olemps, qui a vu des
serpens et des vipères en agir de même à l’égard de
belettes, d’oiseaux, de grenouilles, etc., dont ils fai-
saient ensuite leur proie, n’ont pu vous trouver con-
vaincus, comme quelques personnes paraissent l’être,
que cette sorte de phénomène soit due à l’action ma-
gnétique de certains corps; vous n’y voyez jusqu'ici
que l’effet d’une frayeur poussée à son point extrême;
elle anéantit toutes les forces vitales et ôte à l’animal
frappé tout moyen de fuir le danger imminent qui le
menace.
J’ai dit tout-à-l’heure que la nature des lieux suffi-
sait à l’œil habitué à bien voir pour connaître les êtres
qui devaient s’y trouver; cependant il est des circon-
stances où la misère et le despotismeretiennent l’homme
comme caplif là où sa propre existence Jui ferait un
! b.
(xx)
devoir de ne point demeurer. Alors, il ne tarde pas à
perdre son noble caractère et à devenir victime des
plus affreuses infirmités : tels sont les goitreux et les
crétins qui peuplent les vallées basses ouvertes au pied
du Mont-Blanc et des Hautes-Alpes. M. Cu. HensarT,
de Nantes, vous a entretenu de ces races particulières,
disons mieux, de ces pénibles dégénérescences, dont
M. le docteur Fopéré, votre correspondant à Stras-
bourg, s'était déjà occupé en médecin habile, en phi-
lanthrope éclairé.
PHYSIQUE APPLIQUÉE.
Mais pour être bien connus, les phénomènes de la
vie veulent que les autres phénomènes de la nature
soient étudiés avec soin. Et comme tout s’enchaîne
dans le vaste univers que nous explorons, il importe
d'apprécier le degré d’action que les corps exercent
les uns sur les autres, et de se rendre un compte rai-
sonné des diverses théories adoptées jusqu'ici. C’est
cet examen qui a amené M. Ginou, de Buzareingues,
à se demander si la sensation du son devait être rap-
portée aux vibrations d’un fluide gazeux, ou bien à
l’action d’un fluide propre sur l'organe de l’ouie.
Après des recherches approfondies, après une sage
crilique de toutes Les opinions connues jusqu'ici, votre
zélé correspondant est parvenu au point de pouvoir
d'abord aflirmer qu’on ne peut, à l’aide d’un fluide
gazeux, expliquer tous les phénomènes du son, et no-
tamment sa transmission à travers les obstacles, ses
modifications connues sous le nom de timbre et d’ar-
ticulation , et son renforcement dans les lieux où il
( xx1 )
rencontre des corps résonnans. Il a ensuite prouvé
qu’on se rend plus heureusement compte de ces diffé-
rens phénomènes à laide d’un fluide subtil, dégagé,
dans la percussion ou dans la vibration des corps so-
lides ou des gaz, sous forme de globules, composés
d’une infinité de molécules sonores qui, se repoussant
mutuellement, tendent à se propager dans l’espace.
Ce fluide est encore, selon M. Ginou, composé de plu-
sieurs séries de tons primitifs que les différentes vi-
brations séparent comme le prisme en agit pour les
couleurs.
Pendant que M. Girou s’occupait ainsi de la théorie
du son, M. Barzzy, dont les travaux tendent à décou-
vrir dans les lois de la physique l’explication des phé-
nomènes de l’organisation et de la vie chez les végé-
taux, et la solution de plusieurs questions importantes
pour la culture, vous donnait une idée de la nouvelle
théorie de la lumière que soutiennent des noms illus-
tres, et qu'il a exposée plus complétement encore dans
un abrégé de physique qu’il vient de publier (1). Vous
avez vu que celte théorie admet un fluide éthéré, émi-
nemment subtil et universellement répandu, qui, par
les vibrations diverses que lui imprime le corps lu-
mineux, nous transmet, à travers l’immensité de l’es-
pase, les couleurs et toutes les modifications de la lu-
mière qui lui ont été primitivement communiquées.
M. Barsy a voulu, par ce travail qu’il développera
plus tard dans son entier, démontrer que la simplicité
(1) Manuel de physique, où Elémens abrégés de cette science.
Paris, 1825, 1 vol. in-18.
( xxur )
et la fécondité du système présenté fournissait les
moyens d'expliquer, sans le secours des hypothèses,
tous les phénomènes, la marche de la sève et les prin-
cipes de la physiologie végétale.
Mais, quelle que soit l'opinion qu’on adopte sur la
nature de la lumière, personne ne peut douter de ses
brillans effets sur les nombreuses parties de la créa-
tion : elle anime tout, elle donne du charme à la soli-
tude Ja plus profonde, elle est pour la nature entière
le souflle du bonheur.
Quittons maintenant les hauteurs de la science et
descendons vers les objets particuliers qui fournissent
un aliment habituel à votre docte curiosité, et à la
science l’éclaircissement de quelque portion du syÿs-
tème général.
MAMMALOGIE.
On avait jusqu'ici regardé le tapir comme particu-
lier à l'Amérique du Sud, et l’on attribuait à une im-
portation plus ou moins rapprochée les individus que
l’on trouvait dans les forêts de l’ile de Sumatra et de
la péninsule de Malaca. Pendant que M. Dran» en-
voyait au Muséum d'histoire naturelle la dépouille de
ce dernier animal et une tête osseuse ; pendant qu’on
s’assurait de la différence des deux espèces, la Société
Linnéenne demandait des renseignemens particuliers
à ce sujet à ses correspondans aux Indes orientales.
Il résulte de ceux obtenus, 1° que le tapir de l’Inde
diffère de celui du continent américain, non-seulement
par la longueur de sa trompe, la couleur blanc-sale
de sa peau qui passe pour être imperméable à l’eau,
{ XXII )
mais encore par l’absence de la crinière sur le cou du
mâle; 2° et qu’il est indigène aux grands bois maré-
cageux de la Chine orientale, où il est connu sous le
nom de Me, et d’où il est descendu sur le territoire
de Malaca et de Sumatra.
Il vous a été lu, par M. Noyer, de Cayenne, un mé-
moire sur les cochons-marrons vivant en troupes dans
les forêts de la Guyane, et sur le pecari ou patira, es-
pèce très-voisine du cochon-marron, mais avec lequel
il ne se mêle jamais. Dans ce mémoire, l’auteur relève
les erreurs commises par AzArA, qui n’avait observé
ces animaux que dans l’état de domesticité (1).
M. Tuiésaur pe BerneauD s’est occupé des animaux
domestiques sous le double rapport de leurs mœurs et
de l’éducation dont ils sont susceptibles, de leurs be-
soins et des moyens d’y pourvoir le plus utilement
pour eux et pour l’homme des champs. Ge grand tra-
vail fait partie d’un ouvrage qu'il se propose de publier
incessamment.
ORNITHOLOGIE.
M. Cnavanxes, de Lausanne, s’est assuré que la grue
ne doit point rester dans le genre Ardea, où Linné l’a
placée; ses preuves, il les a puisées dans les organes
de la respiration, de la voix et de la digestion. Si la
grue se rapproche du héron par sa taille, la longueur
de son cou et de ses jambes, elle s’en éloigne par l’œ-
sophage qui est étroit,à plusieurs tuniques, et par son
estomac très-musculeux. Gomme les gallinacées et les
(1) Ce mémoire est inséré dans la Bibliothèque physico-econorrique,
tom. XIV, pag. 80 et suiv.
( xxiv )
granivores, la grue avale des fragmens de quartz et
autres pierres pour aider à la trituration des substances
dures dont elle se nourrit. Outre ces renseignemens
neufs, M. Gnavannes vous apprend encore que la jeune
grue a la tête entièrement couverte d’une sorte d’é-
dredon de couleur grise; adulte, elle a l’occiput chauve,
coloré en rouge, et la partie antérieure chargée de pe-
tites plumes noires. Sa chair, quoiqu’on ait publié le
contraire, est un mets très-distingué,
M. Bonpes, administrateur de l’enregistrement et
des domaines, occupé, depuis 1821, de l’éducation des
aras bleus, et M. le docteur G. DronsArT vous ont
fourni de nouveaux renseignemens relatifs à la nais-
sance de ces perroquets en France, et surtout à Paris;
ils ont en même temps détruit quelques erreurs échap-
pées à la plume de M. Lamounoux, de Caën, dans un
mémoire qui fait partie du deuxième volume de vos
Actes (1).
M. Noyer, de Cayenne, que je viens de nommer,
vous à encore communiqué des notes qu’il a recueil-
lies à la Guyane relativement aux couroumous ou
grands vautours, où ils sont très-communs, et où ils
purgent le pays des cadavres d’animaux de toute espèce
que la iner dépose sur le rivage. On trouve toujours
ces oiseaux dans les environs des cases de Nègres, et
(1) Le petit du ara ne se couvre point de duvet avant le deuxième
mois de sa naissance ; la femelle seule est chargée des devoirs de l'in-
cubation et de la nourriture; le mâle n’y prend d’autre part que celle
de défendre Papproche du nid. Les œufs éclosent le vingt-deuxième
jour. Avant läge de cinq ans le jeune ara peut se reproduire en
Jrance.
( xxv )
il n’est pas rare de les voir s’y mêler aux canards do-
mesliques pour leur disputer les restes des cuisines.
De leur côté, MM. Hozzanpre, de Metz, et LApPiERRE,
de Roanne, ont écrit pour vous l’histoire particulière
des oiseaux que l’on rencontre habituellement dans
les départemens de la Moselle et de la Loire. L’un et
l’autre ont suivi la méthode de Tewwixer (1), et ils
vous donnent diverses indications curieuses sur la ra-
reté, les lieux et les époques de l’apparition de chaque
espèce. Un pareil travail, fait dans chaque département,
reclilierait bien des erreurs, et présenterait les véri-
tables matériaux d’une ornithologie complète de la
France. Vous le demandez, Messieurs, à tous vos cor-
respondans nationaux, et vous les invitez à ne point
négliger les détails qui peuvent vous éclairer pour la
distinction des espèces, tels que les cris, le chant, les
habitudes, le nid, la forme et la couleur des œufs (2).
Ils répondront tous à vos vues patriotiques, n’en dou-
Lez pas.
Tandis que M. Scuinz, de Zurich, publie son bel
ouvrage sur les nids et les œufs des oiseaux de l’Eu-
rope, M. Moquix-Taxpox, de Montpellier, se livre à des
(1) Voyez son Manuel d'ornithologie, se édition.
(2) On sait les erreurs de plusieurs ornithologistes qui ont pris
pour le même oiseau la corneille-corbine et le freux dans sa pre-
mière année. Brisson et Burrox ont regardé avec raison le sizerin
et Le cabaret comme deux espèces distinctes; cependant on s'efforce
aujourd’hui à ne les présenter que comme des individus d’une même
race; leur chant, leurs voyages, leur demeure, la forme de leur nid
et les couleurs de leurs œufs sont des signes trés-distincts, faciles à
voir.
( xxvr )
recherches sur les divers états sous lesquels on ren-
contre l’œuf, avant et après l’incubation, non-seulement
chez les oiseaux (1), mais ençore chez les poissons, les
reptiles, les insectes et les vers. En applaudissant à
l’utile entreprise de ce jeune naturaliste, vous avez re-
connu, Messieurs, qu’il réunit toutes les conditions né-
cessaires pour la remplir dignement.
HERPÉTHOLOGIE.
Depuis plusieurs années le monde savant désire la pu-
blication des recherches importantes auxquelles M. Des-
courTiiz s’est livré pendant son séjour aux Antilles,
sur le caïman ou crocodile de Saint - Domingue; les
vœux de tous les naturalistes vont être satisfaits, ce
grand ouvrage est sous presse. À une description très-
exacte de toutes les parties de ce dangereux animal,
votre Président, Messieurs, a réuni les remarques les
plus curieuses sur le développement et accroissement
du petit, sur ses habitudes dans toutes les phases de
la vie; il a peini la fureur brutale et jalouse des mâles,
les mœurs de la femelle qui abandonne, comme les
tortues, à l’action du soleil l’espoir de sa postérité, la
férocité du petit à sa sortie de l’œuf, et les différentes
chasses que l’homme livre sans relâche à l’affreux
reptile. Tous ces faits, recueillis avec l’infatigable ar-
deur d’un savant avide de découvertes utiles, avec le
talent d’un observateur consommé, compléteront l’his-
toire des crocodiles écrite par M. Grorrroy-Sainr-
Hiraime, sur les bords du Nil,et par M. Cuvier, en
(1) Un premier mémoire est imprimé plus bas, pag. 38 el suiv.
( xxvIr )
présence de toutes les espèces rapportées des "deux
mondes.
ICHTHYOLOGIE,.
Les trigles qui peuplent les eaux de la mer de Nice,
ont offert à M. Risso la matière d’un travail, dans le-
quel le savant ichthyologiste vous a fait parfaitement
connaître et le genre et les espèces variées de ce pois-
son (r). Nous désirons que ce mémoire serve de mo-
dèle à ceux qui s’occupent des poissons.
Vos archives se sont enrichies d’un manuscrit ré-
digé, sur la demande de l’un de vos membres, par feu
JEAN Tnore, de Dax, et ayant pour titre : Notes pour
servir à l'ichthyologie fluviatile et maritime du dé-
partement des Landes. Vous y avez trouvé des ren-
seignemens précieux pour l’histoire naturelle de la
France.
MOLLUSGOLOGIE.
Peu de temps avant sa mort, le célèbre Conrea DE
SERRA vous avait promis une histoire complète de cette
espèce de Méduse, connue sous le nom de Rhizostome,
qui ressemble aux plantes pour son mode de nutrition.
D’après les fragmens qui vous ont été lus, vous devez
éprouver de grands regrets pour la perte de ce savant
doublement cher À vos cœurs, et comme observateur
palient, exact, et comme un des premiers correspon-
dans de la Société Linnéenne à l’époque de sa fon-
dation.
Un mémoire détaillé vous a été donné par M. Turé-
BAUT DE BERNEAUD sur la pinne-marine, dont il étudia
PR RS EURE ou à © NUM Le se lisent Mit à
(1) Voyez pag. 24 et suiv. de ce vol.
( xxvin )
les mœurs dans le golfe de Tarente et aux bords de
l'ile de Nisida, où l’on distingue aisément, au milieu
des flots cristallins d’une mer rarement agitée , le
byssus de ce mollusque. Votre confrère vous a fait
connaître en même temps la véritable destination de
la pinnothère que l’on découvre dans presque toutes
les pinnes-marines, et dont l'existence singulière a
donné naissance à des traditions plus ou moins étran-
ges. Il vous a prouvé que ce petit crustacé n’est point
et ne peut être le pourvoyeur de la pinne-marine,
comme on l’a dit, mais bien un ami qui reçoit d’elle
l'hospitalité, et qui la paie de ce bienfait en l’avertis-
sant des approches de lArgonaute-Argo, le plus re-
doutable de ses ennemis. Cette observation déjà an-
cienne (1), a été refaite par Hassgzquisr (2), et con-
firmée à vos yeux par l’examen de toutes les parties
de la pinne-marine, par l’exposé des ruses de l’argo-
naute et celui des mœurs de la pinnothère.
HELMINTOLOGIE.
M, Garéxa, de Turin, s’est occupé de recherches
irès-suivies sur les annélides hirudinées qui vivent ou
sont en usage dans le Piémont (3). Le mémoire qu’il
a publié à ce sujet est soigné et remplit parfaitement
les intentions du naturaliste qui demande des détails
exacts. Les espèces nouvelles décrites par votre pa-
(1) N. Panrnexu Gianwerrasu, Halieutica, lib. VIN, vers. 560
et seq.
(2) Voyage dans la Palestine, We partie, pag. 448.
(3) Mer. dell Accademia delle scienze di Torino, vol. XX V, p.253,
et vol. XX VIF, paz. 321.
(xxx )
tient correspondant resteront, parce qu’elles sont éta-
blies sur des différences sensibles d'organisation, d’ha-
bitudes, et sur une plus ou moins grande tenacité
de vie.
Aux espèces établies par M. Car£éna, il en a été ajouté
une nouvelle par M. pe Sainr-Amans, d'Agen. Quel-
ques critiques ont cru reconnaître l’'Hirudo oscillatoriæ
du président de votre colonie de Lot-et-Garonne (1),
tantôt dans l’AHirudo marginata de Muzrer (2), tantôt
dans l’AHirudo paludosa de M. Gar£na. Un examen
plus réfléchi eût montré de grandes différences entre
elles ; en effet, si l’ÆHérudo oscillatoria ressemble à la
première par un cou bien distinct, par la tête qui est
très-prononcée, et à la seconde, en ce qu’elle balance
son corps par des mouvemens ondulatoires qui durent
fort long -temps, elle s'éloigne de toutes les deux en
ce qu’elle ne se roule point en boule à la manière des
onisques, qu’elle nage, qu’elle n’adhère jamais, comme
l’Hirudo marginata, avec son large disque à la sur-
face de l’eau, et que sa robe n’est point jaunâtre ni
parsemée de très-petits points verdâtres très-rappro-
chés comme celle de l’/Zirudo paludosa.
Durant son séjour à Paris, M. le docteur Garrère
vous a entretenu d’une espèce nouvelle d’acéphalo-
cyste qui vit dans le cerveau de l’homme, et détermine
une maladie cruelle que votre confrère reconnait être
de la même nature que le tournis qui désole si souvent
nos troupeaux de bêtes à laine. M. Gannère vous a fait
(1) Voyez pag. 193 du présent volume,
(2) Verm. terrest. et fluviat., n° 174.
(xxx)
suivre pas à pas les effrayantes douleurs auxquelles
succomba le malheureux qui donna lieu à cette ob-
servation de la plus haute importance pour l’art de
guérir (1).
Puisque j'ai parlé du tournis des moutons, c’est le
moment de mentionner ici les études que M. Ginou,
de Buzareingues, a faites sur celte maladie. Ses obser-
vations très-nombreuses,et répétées sur un grand trou-
peau, plusieurs années de suite, lui ont donné des ré-
sultats tels qu’il en a déduit les aphorismes suivans :
le tournis est causé par la présence dans le cerveau
d’un ou plusieurs hydatides ; —ils n’ont point de place
fixe; — de leur siége dépendent les caractères de la
maladie; — lorsque l’hydatide exerce sa pression sur
la moëlle allongée ou sur le cervelet, l'animal est sujet
à tomber, mais il ne perd point ses facultés intellec-
tuelles ; — lorsque le cerveau est offensé, les progrès de
la stupidité sont en raison de la diminution de cet or-
gane;—on ne peut guérir le tournis;— la maladie n’est
apparente que quand l’hydatide a acquis un gros volume,
et alors une grande partie du cerveau est détruite, ou
bien quand plusieurs petits hydatides occupent l’espace
d’un grand, et dans cas, il est impossible d’en déter-
miner le siége et le nombre; — l’agneau ne survit
point à l’opération du trépan, ni à la ponction du tro-
car, ni à l’ustion, et s’il y survit, c’est pour mourir
peu de jours après; — ainsi dès qu’un agneau parait
atteint du tournis, il faut l’abattre : sa chair est aussi
bonne et aussi saine que celle des autres agneaux; Ja
(1) Voyez pag. 196 de ce vol.
( xxx)
tête seule doit être enfouie. — Le tournis est hérédi-
taire dans sa cause; — il y a des époques où il exerce
spécialement de grands ravages. Tous ceux qui s’oc-
cupent réellement de l’art pastoral ont confirmé ces
règles invariables.
ENTOMOLOGIE.
Vos richesses entomologiques ont été augmentées
de plusieurs insectes nouveaux, tels sont le Dorthesia
Delavauxii et V'Agenia lamii dont la découverte est
due à MM. Deravaux et Tn£opore Descourrizz (n)s
le charançon de l'olivier qui a causé tant de ravages
dans le département du Var, en 1825, et dont vous
devez la description à M. Laure, de la Valette (2).
M. Tai£paur DE BERNEAUD, en continuant ses études
sur les mœurs des fourmis, a remarqué que, en pri--
vant les mâles de leurs antennes, ils perdent aussitôt
la faculté de voler; ils font bien le mouvement néces-
saire pour s'élever, ils le répètent même souvent, mais
ils ne peuvent plus tirer parti de leurs ailes.
L’infatigable M. Vazror, de Dijon, qui vous a fourni
des notes sur les insectes qui vivent aux dépens du
vinetier, du tabac, du fraisier, et même du lilas que
certains écrivains disent ne servir de nourriture ni
aux quadrupèdes herbivores ni à aucune espèce de
Ru à menus | 2:<./ MEME à +: de:
(:) Voyez plus bas, pag. 285 et 293 de ce vol.
(2) 11 dévore les feuilles nouvelles, les boutons à fleurs et Les som-
mités des jeunes bourgeons. Il est noir, un peu globuleux, et long
d'environ 4 millimétres. On lui a donné le nom de Chaplun ou Cou-
peur dans les campagnes de Toulon, où il s’est singuliérement mul-
tiplié depuis 1819 et 1813.
( xxx11 )
larves, vous a entretenu des moyens que l’araignée à
croix papale (Æranea diadema L.) emploie pour dresser
sa toile à des distances qui paraîtraient impossibles,
si l’on ne connaissait pas la force de projection avec
laquelle elle lance ses longs fils d’un arbre à un autre.
Il vous a de plus entretenu de la saperde, dont la
larve vit dans l’intérieur des tiges du chèvrefeuille, et
dont l’insecte parfait ne se montre que tous les deux
ans. Après avoir bien étudié les mœurs de cet insecte,
M. Vazror vous a fait voir qu’il est mal nommé par
ceux qui le désignent sous le nom de Saperda ophihal-
mica, et qu'il vaudrait mieux l’appeler Saperda loni-
ceræ, puisqu'il paraît certain qu'on le trouve seulement
dans les tiges de cet arbuste sous forme de larve et à
la surface inférieure des feuilles quand il est insecte
parfaiL.
Je ne dois point oublier ici M. Boxarous, de Turin,
qui s’occupe spécialement du ver à soie, et qui a tant
fait pour améliorer le système d’éducation auquel on
soumet cet insecte et pour obtenir de plus grands pro-
duits de son travail. Depuis l’introduction du ver fileur
en Europe, personne n’en a retiré autant de profits que
votre laborieux confrère auquel la science doit d’avoir
vu perfectionner la méthode de Danpozo.
MM. Gopanp et Duménis continuent leur bel ouvrage
sur les papillons indigènes à la France; mais le travail
le plus remarquable en entomologie sera celui que
M. Ler£vune pe Genisy se propose de livrer incessam-
ment à l'impression sur les sphyngides crépusculaires.
Cette monographie contient près du triple des espèces
déjà décrites. Durant le séjour qu'il vient de faire dans
( xxxIT )
la Grande- Bretagne , votre habile confrère a visité
‘toutes les collections que possèdent les Anglais et les
Ecossais, et surtout celle si précieuse de M. ALEXANDRE
MakueEY, de la Société Linnéenne de Londres. M. pr
Genisy, qui réunit aux talens d’ un observateur éclairé
l’art. de manier très-habilement et le crayon et le pin-
ceau, va enrichir cette partie des sciences naturelles
d’un ouvrage neuf, où chaque espèce sera peinte et
décrite en présence des individus mêmes et avec toute
l'exactitude que chacun de vous lui connaît,
_:. BOTANIQUE:
Les études botaniques long-temps limitées. aux
plantes phanérogames, que leurs belles ‘couleurs, que
leurs formes élégantes, que leurs suaves parfums asso-
cient aux joies, aux souvenirs de tous les âges, pren-
nent depuis peu d’années une direction sensible vers
la cryptogamie. Cette partie de la science est pour ainsi
dire vierge, et demande à celui qui veut l’explorer une
- attention minutieuse, une patience plus grande encore
que celle du botaniste ordinaire; les manières d’être
des singuliers végétaux qu’elle renferme enrichiront
la physiologie de données nouvelles; elles agrandiront
les vues de ceux qui’considèrent la botanique dans
son ensemble, dans les lois qui régissent chaque fa-
mille, chaque genre en particulier, et dans les rapports
naturels qui lient les plantes les unes aux autres, et à
toutes les productions diverses de la nature.
Pour étudier.les cryplogames avec un avantage
réel, il fallait, outre un guide assuré dans la partie
descriptive, connaître le lieu des recherches, et savoir
A
( xxx1v )
comment on doit les recueillir, les préparer et les con-
server dans les herbiers; aucun botaniste n’était plus
en état de tracer des instructions à ce sujet que le
modeste M. Pensoon, le premier de tous les mycolo-
gistes. Il a cédé, Messieurs, à vos désirs, et aujourd’hui
ses conseils sont adoptés généralement (1).
-Ce savant confrère a bien voulu présider à toutes
les recherches entreprises par vos correspondans, le-
ver leurs doutes et répondre à leurs questions nom-
breuses. C’est d’açcord avec lui que vous avez voté des
remercimens à M. Louis ne BronDEAu, d'Agen, pour
avoir enrichi la Flore française du Conoplea cylindrica
qui s’attache aux graminées; du Calycium populneum,
remarquable par sa petitesse, qu’il a trouvé sur l’é-
corce des jeunes pousses du peuÿlier noir; de lÆect-
dium convolouli que l’on voit, en été, sur les feuilles
du liseron; et du Fuligo cerebrina, espèce. nouvelle
dont la forme imite en quelque sorte la figure du
cerveau. NE :
Vous avez également voté des remercimens à.
MM. Desmazières, de Lille; Varror, de Dijon; Bou-
nier, de Versailles, et Tui£mauT pe BERNEAUD, pour
les espèces qu'ils ont découvertes. Le premier a décrit
et figuré une espèce fort curieuse de carpobole qu’il
nomme Cyclophorus, à cause du grand cercle rouge
orangé très-vif qu’elle porte : ce cryptogame jouit
d’une propriété hygrométrique très-sensible. M, VazLor
a trouvé une nouvelle æcidie à la surface des feuilles
radicales de la Valeriana tuberosa ; M. Bounier, un
(1) Ces in tructions se trouvent dans ce volume, pag. 79 et 4ar.
(:xtxv )
agaric .non décrit voisin de l’Agaricus cirratus de:
P£nsoon, et une pézize également inconnue qui a de
grandes aflinités avec le Pezizu crenata de Busriarn;
il a de plus augmenté la Flore des environs de Paris
du Peziza badia de Présoon. Enfin ‘M, Fui£gaur pe
Benxeaup a le premier chservé en France le Fibril-
daria subterranca qui se’ cache sous terre, mais qui
fixe ses longs bras aux vieilles souches et même aux
arbres vivans aû moyen d’une membräne hyssoïde.-
: Vous avez en outre -applaudi à l'ouvrage qu’entre-
pr-ad M. le docteur Fuzeis-Gnevazsren sur les hypo-
xylons; cette grande tribu de la cryptogamie, dont les
individus sont d’une conservation djflicile et suscepti-
bles d’être altérés par le temps, demandait que l’on
fixât par la peinture ses caractères microscopiques,
c’est ce que fait le savant botaniste. La première li-
vraison, la seule imprimée jusqu'ici, contient le com-
mencement de l’histoire particulièré dès graphidées
et six planches gravées avec soin.
L'infatigable M. Pinsoon a créé le genre Gyroce-
phalus qui sert de passage des trémellacées aux hel-
vellacées (1). MM: Nezs D’Esexpecx ont décrit une
éspèce très-remarquable de polypore qu'ils ont reçue
de l'ile de Java {2), et M. Louis ne BronDEAu yous à
fait connaître une variété de l'Agaricus tigrinus de
BurcianD qui, par ses ramifications monstrueuses, est
susceptible de tromper le botaniste qui n’a pas été à
portée d’observer son développement dans diverses
(1) IL est décrit et défiguré pag. 75.
(2) Voyez plus bas, pag. 258.
Ce
( XXXVI )
localités et d’en suivre attentivement les nombreux
écarts.(1).. j
M Packs, de. Lyon, a relevé une eïreur commise
par” tous .ceux qui ont écrit sur les Lycopodium (2),
et M. Desvaux, d'Angers, a complété le travail sur les
mousses, qui fait partie du FRAIS volume de vos Mé-
moires (3).
Vous devez encore à ce dernier correspondant quel-
ques observations relativement. aux paradoxes publiés
jusqu'ici sur les prétendues transmutations du nostoc.
M. Dgsvaux reconnait l'existence de. mouvemrens ap-
préciables dans les parties composant ce végétal bi-
zarre, mais il n’y voit pas un motif pour le placer,
comme le veulent certains naturalistes, en tête du
règne animal-,(4) ; il nie positivement que la matière
verte puisse lui donner naissance, ainsi que le croit
Ixcex-Housz, et qu’il se change en collémie, comme
le dit M. H. Cassini : le collema est pourvu d’un spo-
range semblable à celui de presque tous les genres de
la famille des lichenées. Le nosfoc est une plante sui
generis, qui à des rapports avec les ulves, les rivulaires,
(1) BatrarA, dans son livre intitulé : Fungorum agri ariminensis
historia, lui donne trois noms différens et en publie ‘trois ligures.
M. pe Cawpoze en a fait une espèce particulière sous le nom de
Agaricus Dunalii. Dans sa Flore agénoise, M. pe Saint-Amans Pa-
vait citéesous cette dernière dénomination, il a depuis reconnu ler-
reur.
(2) Voyez son mémoire, pag. 298:
(3) Recourez à la pag. 211 de ce volume.
(4) Voyez le résumé de toutes les opinions émises sur le nostoc
que j'ai donné dans le It volume, pag. 488, des Mémoires de la
Société.
( xxxvir ) |
les algues, mais qui ne peut-être confondu avec elles
lorsqu'on l’étudie sans prévention. |
À leur tour, les hydrophytes ont été pour M: pe La
PyLaie le sujet d’une observation suivie pendant plu-
sieurs années. il les a examinées dans leur mode-de
végétation et. de reproduction, dans leurs différens
âges, dans leurs relations avec l'air atmosphérique et
les eaux qu’elles habitent. 11 ne s’est pas contenté de
les étudier à Terre-Neuve et dans l'espace qui sépare
cette grande île, célèbre par ses pêches, du continent
américain, où Ja liberté s’est réfugiée; il les a suivies
encore sur toutes nos'côtes dep uis le 45° jusqu’au 49° de-
gré de latitude. Enfin, votresavant confrère, Messieurs,
a voulu s’assurer de l'utilité des hydrophytes dans la
nature, les ‘arts et dans les usages domestiques. Il a
terminé cette belle monographie, qui ne tardera point
à paraître, en jetant un coup-d’œil sur les classifica-
tions diverses de ces plantes et sur les bases adoptées
par M. Lawoüroux, voire correspondant à Caën.
MM. Descourriez, Desvaux, PErsoonw, Risso, Gourix.
et Desmazières Vous ont lu des mémoires particuliers
sur le Weratrum sabadilla (1), sur le genre nau-
chée (2), sur le genre Sychinium et trois nouvelles
espèces de Dorstenia (3), sur une nouvelle espèce de
Cerastium trouvée près de Paris (4), sur les princi-
paux châtaigniers indigènes et cultivés dans les Alpes
(1) IL est inséré dans ce vol., pag. 162. |
(2) Ce mémoire paraîtra dans :e IVe vol.
(3) Ces mémoires feront partie du IVe volume des Âctes de la So
ciété.
(4) Idem.
( xxxvu )
maritimes (1),sur quelques espèces de primevères (2},
et sur le Puniex nemolapathum de Linxé fils et le
Buimceæ nemorosus de SCHRADER , qui ont été con-
fondus par la plupart des naturalistes.
. Et tandis que M. Cozra, de Turin, créait un nou-
veau genre. daus la grande famille des orchidées (3),
et qu’il soumellait à un examen critique une rubiacée,
nommée par les jardiniers Melanopsidium nigrum,
pour en former un nouveau senre sous le nom du pro-
fesseur Viyran1, votre: correspondant à Gènes (4), le
sol français découvrait awzèle éclairé des Linnéens,
des plantes phanérogames indigènes et cependant nou-
velles pour sa Flore; savoir : le Fe plantaginéa, j jus-
qu'ici estimé äppartenir uniquement à P Amérique sep-
tentrionale, et que l’on trouve abondamment dans un
marais du département de l'Isère, situé à deux myria-
mètres de Lyon (5); le Ranuneulus sub apetalos qui
se montre parfois au bord : des haies dans la plaine
voisine de l'embouchure de l'Ain (6 js un Ærodium
très-différent de VÆ rodium romanum de WiLpexow,
qui existe aux environs de Fréjus; une Potentilla en-
iièrement velue et portant des feuilles ternées et qua-
(1) Ce mémoire est inséré dans le XVe vol., pag. 146, de la Bi
blicthèque physico-écoriomique. .
(2). Voyez plus bas, pag: 236 et suiv,
*(3), Le mémoire est dans ce vol., pag. 152 ét suiv.
(4) Le mémoire et la planche qui font connaitre ce nouveau genre
seront imprimés dans le IVevol. des Actes delx Société.
(5) Cette plante, trouvée par M. Manior, est sujette à manquer
dans les années de sécheresse.
(6) Voyez pag. 13 du Bulletin Liunéen, à la fin de ce volume; on .
doit cette plante à M, Vicror Aucer, de Saint-Rambert,
à
('xxxix )
iernées, originaire des monts de Moustiers, et un Ci-
neraria des environs de Castellanne, si voisin de lal-
pina de ALLIGNT, qu’on ne peut plus nier l’existence
de cette variété; il est assez rare, et colonneux dans
toutes ses parties (1); un Lithrum nummulariæfo-
lium découvert aux environs de Dijon (2); enfin une
variété monstruguse de la V’aleriana officinalis trou-
vée dans les forêts, essence de chêne, des départemens
de l'Allier et de la Loire (3).
On s’est assuré que lAlisma plantago est sujette
à varier à l'infini la forme de ses feuilles. M. Euenic,
votre correspondant à Gastellanne, Fa vue très-abon-
dante dans les eaux de l’Eygoutier, près de Toulon, et
affecter la forme du feuillage des vallisnéries ; M. Tni£-
gAuT DE BERNEAUD en à recueilli des individus entre
Bercy et Charenton, en1822 et 1824, portant des feuilles
linéaires entitres et des feuilles sagittées. Ces sous-
variétés ne donnent point de fleurs, du moins j jusqu'ici
on n’en a point encore observé.
M. Bowarcus, de Turin, a recueilli des fruits, depuis
1822, du Ribes aureum, originaire des rives du Mis-
soury, qu’il cultive en pleine terre. C’est une acquisi-
tion de plus pour Le jardin fruitier et un bel arbrisseau
de plus pour les jardins d'ornement (4).
(1) Ces diverses plantes ont été recueillies par. M. le docteur EmEr-
mie, de Castellanne.
(2) Cette espèce est due à M. Vazzor, de Diôn.
(3) M. Lapierre, de Roanne, en possède qui ont une tige con-
tournée en spirale de 29 centimètres de haut; la base a 27 milli-
métres de diamètre, et la partie supérieure, où naissent les fleurs,
81 millimètres de diamètre.
(4) Cet arbrisseau se divise en nombreux rameaux; il se couvre de
(rue)
Le Phormium tenax, dont la conquête paraît assu-
rée à notre économie rurale, a fourni à MM. GiLLerT
ve Laumonr, l’un de vos membres honoraires, et Tii-
BaUT DE BErRNEAUD, le sujet d'observations curieuses
sur sa germination. Ce dernier confrère vous a lu un
mémoire très-détaillé sur cette plante textile qu'il a
soumis à de nombreux essais et dont il a donxé le pre-
wier une figure exacte (1).
M. Courrer, votre correspondant à Dundalk, en
Irlande, s’est occupé des dipsacées sous le rapport de
leur organisation générale, mais il s’est réservé de vous
ofrir plus tard la monographie complète de cette fa-
mille qu'il divise.en six genres (2), et dans laquelle le
calice propre extérieur est analogue à.l’involucelle des
ombellifères. M. Gausesskpes à publié les premiers
élémens d’une monographie des spirées; MM. Ness
D'EseNBECx ont donné uné collection très-intéressante
d’hépatiques propres à la grande île de Java (3); M. px
SCHWEINITZ Continue son synopsis des carex indi-
sènes à l’Amérique du Nord (4); M. Tonrey a dressé
le catalogue des plantes rares des montagnes de
jolies fleurs d’or, disposées en grappes axillatres, du plus bel effet
possible, et porte des fruits peuts, noirs, allongés, trés-abondans
et légérement acidules.
(1) Ce mémoire par‘ dans le IVe vol. des Actes de la Société.
(2) Ces genres sont : : ina, Dipsacus, Cephaldria, Knautia,
Pterocephalus et Scabiosa.
(3) Vova acta physico-medica Academiæ naturæ curios. Lonnens.,
tom. XIT, pag. 181 et suiv.
(4) Annals of the Lyceum of natural history of New-Fork,
vol. J, pag. 62 et sutv
(-xén.)
Rocky (1), et M. le docteur Escaweizer, de Munich, a
soumis au monde savant un nouveau système pour la
grande tribu des lichens qu’il partage en sept cohortes
bien distinctes (2).
Plusieurs Flores vous ont été offertes. Celles de
Longwi et de Madère vous sont parvenues manuscri-
tes: l’une est dressée par M. MonrTaGxe, l’autre par
l’'intrépide Bowpicu qui a trouvé la mort sur les rives
meurtrières de la Gambie qu'il remontait pour la se
conde fois ,.et qu’il explorait avec une ardeur toujours
nouvelle. La Kore de Terre-Neuve et des îles Saint-
Pierre et Miclon, fruit d’une exploration faite, en 1816,
1819 et 1820, par M. B. pe La PyLAIE, sera imprimée
en 1825, en deux volumes in-4°, avec cent figures
analytiques dessinées sur les plantes vivantes.
La Flore médicale des Antilles que MM. Descourtirz
publient avec autant de soins que de rapidité, est ar-
rivée aujourd’hui à sa 45° livraison. Cet ouvrage im-
portant à la science par ses descriptions exactes, par
les savantes récherches de votre Président, et les belles
planches exécutées par son fils aussi bon botaniste que
dessinateur habile, est indispensable sous le rapport
de la botanique et surtout sous celui de la médecine
légale. L’utile et l’agréable que l’on trouve réunis dans
chaque article er font un livre de bibliothèque qui sera
toujours consulté avec plaisir et avec profit.
A © Û © © ————— ——— — ——— M |
(1) Annals of the Lyceum of New-Vork, tom. I, pag. 32.
(2) Les graphidées, les verrucaires, les trypéthéliacées, les parmé-
liacées, les dermatocarpées , Les plocariées et les usnéacées. Voyez
son Systema lichenum. Norimbergæ , 1824, in-4°, avec une planche
hthographiée.
( xun }
Outre ce grand ouvrage, M; Tné£onore Drsscourriez
en. fait imprimer ‘un autre qui fixera l'attention des
amateurs et surtout:des savans adonnés aux études
carpologiques : je veux parler de son livre sur les fruits
des Tropiques. Ce travail, dont le texte-est écrit avec
élégance, et les dessins exécutés avec un goût exquis,
présente les fruits de ces contrées, si riches en végé
taux de toutes les sortes, partagés en dix groupes dis-
tinets, savoir : les mucoso-sucrés, les aqueux sacchari-
fères , les aqueux insipides , les aqueux acidules, les
acides proprement dits, les astringens, des émulsifs, les .
farineux, qui comprennent aussi les racines employées
à la nourriture; les aromatiques et les vénéneux, dont
les propriétés héroïques sont portées au point le plus
élevé. SATTE |
Dans le nombre des ouvrages que publient d’autres
confrères, je ne dois point passer sous silence les 4mæ-
nitates botanicæ bonnenses, de MM. Nges D’Esen-
BECK; les /cones algarum ineditæ, de M. Acarvn, de
Lunden, commenctes en 1820, et où l’on trouve des
renseignemens utiles sur la forme, la couleur et la con-
sistance de ces végétaux infiniment variables ; les Plan-
tes cryptogames du Nord de la F rance, par M. Des-
mAzières, de Lille,.et la Phytographie médicale, de
M. le docteur Roques, dans lequel le savant auteur ex-
pose l'histoire des médicamens héroïques et des poi-
sons tirés du règne végétal. Il y a réuni ce que l’expé-
rience et l’observation ont fait découvrir de positif sur
l'action et les propriétés de ces substances, ainsi que
sur les moyens les plus propres à combattre leurs ef-
fets nuisibles. Remarquable par la solidité et la variété
( xzim )
des connaissances que M. Roques y déploie, cet ou-
vrage (1) offre aux savans et aux gens du monde, au
magistrat et au philosophe, au cultivateur et à la mère
de Hole. des lumières certaines sur la toxicologie,
sur les cas graves où ils ont à faire l'application des
lois, et sur les plantes au milieu desquelles ils passent
leur vie. À l’aide des figures soloriées qui accompe-
gnent le texte on voit les végétaux malfaisans qu’il faut
éviter et ne point confondre avec çeux qui sont co-
mestibles, on marche d’un pas sûr, sans s’exposer aux
dangers auxquels l’animal lui-même n’échappe pas
toujours, malgré l'instinct qui l’avertit sans cesse.
Un voyage inédit entrepris, en 1818, aux Pyrénées,
dans la vue de connaître leurs productions végétales,
vous a été remis par M. Vicrrice RENAULT avec une
partie de ses abondantes récoltes. Ce tribut d’un zélé
correspondant vous a fait le plus grand plaisir. La re-
lation est écrite sans prétention, elle est pleine d’inté-
rêt, et fait l'éloge du cœur et des goûts simples de son
modeste auteur. Lorsqu'il vous en rendit compte, M. le
docteur RicnarD vous a rappelé des souvenirs précieux
qui rapprochent Tournsrorr de l'illustre BRoussONNET,
premier fondateur de la Société Linnéenne; il a émis
à ce sujet quelques idées relatives aux moyens de tirer
le plus grand parti possible des courses botaniques
sur les hautes montagnes, idées que vous vous empres-
sez de communiquer à ceux d’entre vous qui se desti-
nent à la carrière du voyageur-naturaliste.
À côté du précepte vous pouvez en montrer l'appli-
(1) Deux volumes in-4°, avec cent quatre-vingts planches coloriées
représentant les planses de grandeur naturelle.
( xziv,)
cation. Votre confrère M. GaupicnauD, de retour du
voyage autour du monde qu'il a fait, en qualité de bo-
taniste, à bord de la corvette l’Uranie, vous en donne
une preuve dans son exposé. des richesses végétales
qu'il a eu le bonheur d’arracher au naufrage de l’U-
ranie, arrivé lé 15 février 1890, au milieu de la baie
française des îles Malouines (1). Une autre preuve vous
sera également fournie par M. Dumonr-p’Unvize dans
la belle expédition qu’il a entreprise en se séparant de
vous, Messieurs. Son voyage touche à sa fin; bientôt
nous reverrons ce savant confrère, el nous jouirons pai-
siblement des récoltes, empruntées à toutes les bran-
ches de l’histoire naturelle; qu’il aura faites dans les iles
nombreuses de l'Océanie. Nos vœux l’accompagnent.
Is t’aécompagnent aussi, jeune Pernorrer, toi que
l'amour de l’horticulture, que l’ardent désir d’être
utile portent à affronter de nouveau les vagues mugis-
santes des mers Atlantiques, pour découvrir des végé-
taux utiles, rares ou inconnus à l’Europe, et en portér
a
(1) Sa collection , avant ce malheureux événement, était composée
de 6250 plantes. Il en a perdu 2000. Le surplus provient des îles
Marianes, Moluques, Sandwich, Malouines et de la Nouvélle-Hol-
lande. La cryptogamie compte dans’ celte précieuse récolte 150 es-
pêces d’alsues , 44 de champignons, 150 d’hépatiques, 86 de mousses,
131 de lichens, 230 de fougères et 23 dedycopodes. La phanérogamie
y trouve 3416 espèces. Sur ce nombre total, 1800 espéces au moins
n'existaient poiut dans Jes‘herbiers du Muséum d’hisioire naturelle
de Paris : la plupart sont nouvelles. Un choix paraîtra en cent vingt
planches dans la partie botanique du Voyage autour du monde que
va publier M. le capitaine Louis ne FreYGiNET ; on y verra les plantes
les plus curieuses recueillies par M. Gaunicmaun, et quelques espéces
de genres déjà connus, mais imparfaitement décrits.
(‘XEv" )
d’autres de nos contrées aux hommes qui »euplent les
côtes pestilentielles de la Mana et du Sénégal.
Avant de quitter le vaste domaine de Flore, il me
reste à vous dire un mot des plans qui vous ont été
soumis, afin d'arrêter les désordres qui se glissent dans
la botanique. Tous les auteurs de ces projets, mus par
des intentions pures, se plaignent amèrement de ce
que, depuis plusieurs années, on est plus occupé de la
création intempestive de genres et d’espèces, de l’as-
sociation des plantes en familles dites naturelles, qu’à
rechercher leurs propriétés, qu'à les-faire servir aux
usages de l’homme et aux besoins des animaux domes-
tiques. On néglige d'étudier les changemens que les
végétaux essuient en quittant leur patrie, en les sou-
mettant à nos lois de culture, aux caprices de la na-
turalisation et aux épreuves chimiques : l’incertitude va
toujours croissant. On n’y remédiera point par de nou-
veaux modes de distribution, mais bien en quittant la
fausse roule dans laquelle où est lancé. Un premier
moyen a été indiqué par l’Académie des sciences de
Bruxelles; il est bon : il a pour but l'examen critique,
et d’après les bases établies par Linné, notre maitre à
tous, des genres et des espèces proposées ou adoptées
depuis la mort de ce grand homme, et de déterminer,
sur les mêmes principes, la valeur des dénominations
qui ont été imposées à ces genres et à ces espèces.
L'appel que vous renouvelez pour le nectäire, est un
autre moyen de pénétrer plus intimement dans l’orga-
nisation des plantes et d'arriver par suite à d’heureuses
applications.
Dans le nombre des plans dont je parle, vous avez
( xuvi )
distingué celui de M, px Raviène, de Saint-Gilles, re-
latif à une nouvellé langue botanique, tout analytique
et basée sur la valeur représentative des organes des
plantes. Une commission spéciale est occupée de son
examen, à faire des essais, et à fixer les lois sur les-
quelles il importe de s’appuyer,pour obtenir un résul-
tat utile. Le travail de cette commission est trop peu
avancé pour vous être encore soumis ; il le sera dans
le cours de la nouvelle année.
PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE.
La physiologie végétale est toujours dans le vague,
et la marche des esprits semble vouloir Fy retenir
long-temps encore. Au lieu de s'occuper à réunir les
faits, à les constater, à leur donner tous les caractères
de l'évidence, on flotte dans le chaos des théories, sans
songer qu'elle demande, non pas des systèmes , mais
seulement des faits exacts, des faits nombreux. C’est
à, Messieurs, où tendent aujourd’hui vos recherches
profondes ; plus tard vous découvrirez les nœuds se-
crets qui les lient, vous donnerez un ensemble à toutes
les observations, à toutes les expériences.
Quelles sont les véritables conditions de la vie dans
toutes les époques de la végétation ? Dépendent-elles
uniquement de l’action de la lumière ou de son ab-
sence, du besoin que les jeunes pousses éprouvent
d’être abritées par les feuilles contre l’atmosphère
froide de la nuit, ou bien à une force motrice parti-
culière? La solution &e ces questions est importante,
elle a été traitée par trois de vos confrères.
M. le docteur Durnocnzr, de Château-Renault, at-
( xevur )
tribue à la lumière lénergie de lirritabilité dans la
Mimosa pudica, et il le prouve par la perte qu’elle
fait de son irritabilité lorsqu'on la plonge dans l’obscu-
rité etque la température offre un certain degré d’a-
baissement : son mode d’existence est alors identique
à celui des autres plantes.
M. Aporpue pe Guesnez n’admet point le sommeil
chez les plantes, il avance même qu’elles conservent
toute l’action et la force de leurs organes la. nuit
comme le jour, puisqu'elles absorbent. continuelle-
ment les gaz nécessaires à leur propre existence. En
attendant qu’il ait donné suite aux expériences aux-
quelles il se livre, il substitue au mot sommeil, qu’il
regarde comme impropre, celui de état nocturne des
végétaux, La puissance qui ramène, à chaque aurore,
sur le cristal des ondes le Nymphæa de nos paisibles
étangs et le Lotus d'Égypte, n’est point en effet la
même que celle qui excite le mouvement des étamines
du Silene nociiflora, ou qui détermine la fructifica-
tion du Cactus grandiflorus, du Nyctanthes sambac.
M. le docteur PAsrré suit une autre route que vos
deux confrères. Il croit à l’existence du sentiment pro:
pre des végétaux, sentiment assez voisin de celui de
l'animal, et qui n’en diffère même que par l’absence
de la locomobilité‘et de l'instinct d’entendement. La
vie, selon lui, est le complément de l’organisation,
elle est toute dans la sensibilité, et celui-là est profon-
dément dans l’erreur, qui ose rapprocher les plantes
des minéraux et avancer que, au milieu de leurs fonc-
tions si variées, elles ne jouissent pas plus de sensibi-
lité que la pierre brute.
{ xLvinr )
Quoi qu’il en soit, la physiologie s’est enrichie de
plusieurs -observations remarquables sur la manière
d’agir du pollen à l’égard du stigmate, et sur le pro-
longement du canal médullaire dans l'intérieur des
racines. On a acquis la certitude qu'entre la graine et
la plante parfaite il ÿ a un état intermédiaire analogue
à celui des larves chez les insectes, et dont la durée
peut être plus ou moins longue. C’est à cette circon-
stance, dont les lois sont inconnues, que M. Acarn,
de Lunden, rapporte l'existence des plantes confer-
voïdes, qu’il considère comme les premiers linéamens
de la formation des prêles et des mousses (1). C’est
encore dans les principes de la germination que M. le
docteur Lavieirze, de Châtillon-sur-Loing, est allé
découvrir les caractères essentiels du Cullitriche ver-
na, et reconnaître les bases du genre et de la famille
des callitrichacées (2).
On sait aussi qu'il y a des graines qui peuvent rester
indolentes pendant plusieurs années, et qu’elles se dé-
veloppent aussitôt qu’elles trouvent les conditions né-
cessaires à leur végétation (3). Ainsi les orobanches
attendent dans une inaction plus ou moins prolongée
le moment où des pluies entraîneront leurs graines
vers les racines du chanvre, pour s’y fixer, y enfoneer
leurs radicules et pousser des jets qui deviendront
de véritables tiges à fleurs. En enlevant aux vieilles
(1) Consultez son travail sur la germination des prèles, tom. IX ;
pag. 283, des Mémoires du Muséum d’hist. nat. de Paris.
(2) Voyez plus bas, pag. 229.
(3) Consultez, dans le II volume des Mémoires de là Société,
Jes pag. 116 et suiv.
-
( XLIX )
graines, comme l’a recommandé feu notre vénérable ami
Juce pe SAiT-Marrin (1), leurs enveloppes avant de les
faire germer, on leur rend toute la vigueur primitive;
on hâte singulièrement le cours de son évolution au
kakile maritime qui met crdinairement deux ans à le-
ver, et celui de toute autre plante, pourvu que les co-
tylédons présentent peu de parties amylacées.
Un autre fait non moins curieux a été recueilli par
ur observateur exact, par M, Laure, de La Valette :
le froid n’opère la désorganisation des végétaux qu’au-
tant que la sève a été mise précédemment en circula-
tion par la hauteur de la température. Ainsi une plante
de l’Inde peut, sur notre territoire, résister à une gelée
qui endommage des arbres indigènes ou naturalisés
depuis des siècles, du moment que leur végétation est
plus avancée, tandis qu’on la verra succomber à un
froid qui fera descendre à peine le thermomètre à un
degré voisin de zéro, si sa sève n’est plus dans un état
complet d’engourdissement. Gette loi de physiologie
explique pourquoi M. ne Guar, de la Grange, près Sau-
jon, a vu le parasol chinois / Sterculia platanifolia) et
le néflier du Japon, si agréable par son large feuillage
persistant et par ses fleurs si odorantes, soutenir en
pleine terre un froid de 13 degrés centigrades, tandis
que le Phormium tenax périt à 4° centigrades.
Les plantes enfermées dans les serres chaudes sont
exposées à un si grand nombre de circonstances plus
ou moins contraires à leur organisation, qu’il n’est pas
(1) Poyez mon Compte rendu inséré au 1° volume des Actes
de la Société.
d
(z)
étonnant de les voir présenter des phénomènes fort
étranges. Ils demandent à être étudiés dans tous leurs
détails, mais il faut bien se garder de prononcer de
suite : M. PerroTrer vous en a fourni un exemple re-
marquable dans le Bauhinia divaricata (1). Vous
avez applaudi à la prudence de l’habile jardinier, à
l'exactitude de l’observateur attentif. |
Un pommier commun a offert à M. Trrcerre px CLen-
monr- Tonnerre la réunion des deux sexes, et une très-
grande irrégularité dans la disposition de la fleur et
dans la structure du fruit (2).
Il est évident que les plantes ont des relations in-
times avec le sol qui les porte; quand celui-ci réunit
toutes les propriétés nécessaires à leur entier dévelop-
pement , elles lui rendent presque toujours autant
qu’elles lui empruntent; mais quand le sol est pauvre,
la plante ne tarde pas à dépérir. Les terrains graniti-
ques sont les plus fâcheux à la végétation, tandis que
les calcaires lui sont infiniment propices. M. Le Bour-
LENGER VOUS à EXPOSÉ les causes de cette influence (5),
et il en a déduit la conséquence, depuis quelque temps
adoptée dans notre agriculture nationale, d'appliquer
la chaux comme engrais.
M. Porrarr De Gawnnivris, de Bruxelles, a calculé
le degré de chaleur qu’exigent certaines plantes pour
mûrir complétement sous le ciel du Brabant méridio-
nal, et il a reconnu que pour l'orge de mars il fallait
une somme totale de chaleur équivalente à 2360° de
——
(1) Voyez plus bas, pag. 255.
(2) Il est décrit à la pag. 164.
(3) Voyez son mémoire, pag. 329.
(OA. )
l'échelle de R£auwur; pour l’orge d'été et le seigle,
2600°; pour le froment,2750°; et pour les solanées par-
mentières, 3600°.
De son côté, M. Grassis a étendu ses études sur la
fleuraison et la fructification de huit mille végétaux
qui, maintenant, font la richesse de nos campagnes,
l’ornement de nos parterres et de nos bosquets. Il a
de la sorte agrandi la statistique végétale de la France,
où sont réunis tous les élémens de la naturalisation,
et présenté le modèle d’un calendrier de Flore vrai-
ment national, très-utile à l'agriculture, et du plus
grand intérêt pour les âges à venir qui seront bien aises
de savoir quels furent les végétaux cultivés et naturalisés
au XIX° siècle dans la patrie des sciences et des arts.
Nous bénirions l’antiquité si elle nous eût fait un pa-
reil cadeau.
AGRICULTURE.
Deux grands établissemens ont été fondés par deux
de vos anciens correspondans, MM. Sourancz-Bonix
et Marureu DE Dousase. Ils feront époque dans les
fastes des sciences naturelles, ils ajoutent une palme
nouvelle aux palmes cueillies par la France dans tous
les genres d'industrie et de gloire : ils honorent leurs
auteurs que vous avez, à titre d'encouragement, in-
scrits, dans votre dernière séance, parmi vos membres :
honoraires.
Consacré à la culture des plantes exotiques, le jar-
din de Fromont offre non-seulement aux botanistes la
collection la plus complète des végétaux rares que la
nalure a semés sous toutes les latitudes, les plantes
que les voyageurs intrépides vont chercher dans des
d,
(an)
climats divers et que le commerce apporte pour la
première fois des régions les plus éloignées; mais il
est pour lhorticulture un foyer d’activité constante,
où M. Souraxce-Bonin se livre aux essais de toutes
les sortes pour conserver, naturaliser et. multiplier à
l'infini les richesses végétales des deux mondes. L’en-
semble des cultures est si bien calculé, que tout y
réussit, et le gouvernement des serres si parfait,
que chaque plante y retrouve le sol, l’atmosphère,
la nourriture et les rayons lumineux qui lui con-
viennent, dans le même temps qu’elle reçoit les soins
de la plus touchante hospitalité. Déjà l'étranger re-
garde le jardin de Fromont comme un des premiers
monumens élevés à la Flore exotique; la patrie re-
connaissante le montre avec orgueil comme l’école-
modèle, où l’horticulteur va puiser de nouvelles, de
larges instructions, apprendre à changer ou bien à
perfectionner ses méthodes, connaître tout ce que la
patience, unie à des études variées et approfondies,
peut obtenir de la pratique la mieux entendue, et
qu’elle est en droit d’espérer des combinaisons nom-
breuses d’une savante théorie, d’un esprit sans cesse
occupé à bien voir, à tout peser, à tout faire par lui-
même (1).
La ferme normale que M. Marueu pe Dousasre a
montée à Roville, entre Nancy et Lunéville, départe-
ment de la Meurthe, donne les plus hautes espérances.
Depuis le mois de septembre 1822 qu’elle existe, elle
s’est placée à la tête des établissemens ruraux que
(1) Voyez le rapport fait sur ce jardit, pag. 172 et suiv.
( LHr,)
possède la France, et même aujourd’hui nous pouvons
dire sans crainte qu’elle est vraiment unique pour
nous, et qu’elle peut soutenir la comparaison avec tout
ce que l’Europe vante en ce genre de plus utile à l’a-
griculiure et à l’économie rurale. En eflét, cette ex-
ploitation exemplaire est administrée avec sagesse;
l'ordre règne dans ses différentes parties, et son but est
de soumettre à l’expérience, la seule règle infaillible,
les vues et les méthodes avouées par les praticiens les
“plus instruits. Tout en améliorant ce que l'usage et les
siècles ont sanctionné, tout en maintenant le premier
des arts dans sa marche simple et patriarcale, on y
perfectionne les instrumens, on y forme d’excellens
sujets, on y profile de toutes les ressources que pré-
sentent une terre bien préparée, et les animaux do-
mestiques bien nourris, bien soignés et traités avec
douceur, Destiné donc à donner de étendue aux amé-
liorations introduites depuis 1789 dans Fagriculture
nationale; destiné à exciter une noble émulation parmi
les grands et les petits propriétaires, à les intéresser
aux nouveaux procédés et les amener à ex apprécier
les utiles résultats, Pétablissement de Roville ne pou-
vait tomber en de meilleures mains que celles de
M. Marnieu ne Dousaszs. Votre savant confrère, Mes-
sieurs, réunit aux connaissances et aux qualités néces-
saires un dévoûment sans bornes, un zèle éclairé, la
probité et la franchise de l’homme sans défiance comme
sans détours. Il sait qu’en agriculture le produit est le
grand juge des revers et des succès, aussi tous ses ef-
forts sont-ils dirigés pour éviter les uns et pour con-
quérir les autres; et comme il veut que son exemple
( y )
profite davantage encore, chaque année il publie; sous
le titre de Annales agricoles de Roville, les résultats
bons ou mauvais de ses opérations diverses.
S'il nous reste encore beaucoup à faire pour élever
l’agriculture de tous les départemens de la France
à Ja haute perfection qu’elle a acquise dans un bon
nombre de cantons, surtout dans la partie du dépar-
tement du Nord que l’on nomme {a Flandre, et où
fut le berceau des assolemens alternes adoptés en Eu-
rope, il faut avouer qu’une heureuse rivalité nous en
révèle chaque jour les moyens. Vous en avez la preuve,
Messieurs, dans le recueil périodique que publie l’un
de vous (1) et dans les mémoires qui vous sont four-
nis par vos correspondans.
Parmi les mémoires soumis à votre examen dans la
période des deux années dont j'écris l’histoire, je ci-
ierai entre autres celui de M. Ropar, d'Olemps, sur
‘état de l’agriculture du département de l'Aveyron;
celuide M. Cranzes Boucuorre, de Voipy, sur la culture
du châtaignier et sa réintroduction dans le départe-
ment de la Moselle (2) ; celui de M. le docteur Tnouve-
nez, de Pont-à-Mousson, sur les avantages qui doivent
résulter de la plus grande propagation des arbres (5);
ceux sur l’amélioration de nos divers animaux domes-
tiques dans les départemens du nord-est, par M. Eure
Boucnorrs, de Metz; dans le Midi, par M. ne Gaspa-
(1) La Bibliothèque physico-économique que rédige M. THiÉBAUT
DE BerneauD depuis,le 1°*.janvier 1817.
(2) I est inséré dans le XVIe vol., pag. 145 de ce recueil.
(3) Voyez le XIV® vol., pag. 242 du même recueil
(iv)
AIN, d'Orange; et sur toute l’étendue de notre terri-
toire, par M. Tui£paur pe BerNeaup. Je citerai aussi
l'aperçu sur les lins de Ghalonnes (Loire-Inférieure)
qui vous a été lu par M. Oscar Lecrenc (1); celui de
M. Wozrers sur le chou à jets cultivé dans les envi-
rons de Bruxelles et qu’il serait bon de multiplier en
France (2); enfin celui de M. ne Morocugs sur l’in-
fluence que les récoltes intercallaires exercent sur les
blés qui leur succèdent (3).
Vous vous souvenez encore, Messieurs, des notes
qui vous ont été communiquées par feu Anpré Tnouin,
dont la perte sera long-temps sensible à l’agriculture
française, et par M. Arnéwas, de Nantes, sur la néces-
sité d’introduire dans les grandes étendues de nos
terrains marécageux la culture de la folle-avoine du
Canada { Zizania clavellata ), qui a la double pro-
priété de fournir une nourriture saine et agréable aux
hommes et aux bestiaux. Vous avez distribué six kilo-
grammes de cette graine.
Une nouvelle variété du Cucurbita pepo, provenant
des environs: de Oratava, ville située au pied da pic
de Ténériffe, a été introduite dans le département de
la Seine-[nférieure par M. Isivore Le Brer, de Rouen.
Ge confrère très-zélé s’est assuré qu’elle était plus
avantageuse que les cucurbitacées de nos jardins, puis-
que son fruit mürit beaucoup plus tôt, se conserve
"0
(1) Inséré dans la Bibliothèque physico-économique, tom. XH,
pag. 289 et suiy. :
(2) Voyez tom. XV, pag. 20 et suiv. du même recucil.
(3) Voyez le même recueil, tom. XVI, pag. 280.
: ( Evi )
plus long-temps, et contient une grande quantité de
principes sucrés.
Le Phormium tenax a été propagé par vos soins
sur plusieurs points de la France. Getie plante s’accli-
matera partout où lon en tentera la culture; depuis
qu’elle a porté à Cherbourg et sur la presqu'ile de
Saint-Mandrier, près de Toulon, les graines que vous
avez distribuées, elle a fleuri À Saverdun, à Marseille,
et dans diverses autres localités du Midi.
Pour aider à de nouvelles conquêtes, et mettre tous
vos correspondans nationaux el étrangers à l’abri de
la fourbe de certains marchands grainetiers, vous leur
avez fait un appel à leffet de recueillir avec soin, et
de vous envoyer sans frais, les graines parfaitement
mûres des végétaux de tout genre, tant herbacés que
ligneux, économiques, agréables, curieux ou rares, et
spécialement de ceux reconnus susceptibles d’être cul-
tivés en pleine terre en France. Aux mois de janvier
et février de chaque année ces différentes graines leur
seront distribuées également sans frais, au prorata des
envois qu'ils vous auront faits. Getle mesure sage,
dans l'intérêt de l’agriculture et des travaux sur la
physiologie végétale, complète, Messieurs, ce que vous
avez heureusement commencé depuis 18%0, et plus spé-
cialement en 1823 et 1824 , que la Société Linnéenne
a répandu d'excellentes graines de pin laricio, de blé
de Toscane, si recherché pour sa paille avec laquelle
on prépare les chapeaux les plus fins; des individus
pleins de force du sapin argenté, du poirier -lam-
mas, etc., etc.
Tout en favorisant la culture des plantes exotiques
( cv }
reconnues utiles, vous avez senti qu'il importait de
rendre compte des faits que vous révélait l’expérience.
Ainsi, la pomme-de-terre sans tiges qui vous était ve-
nue de l'Angleterre et du Piémont, n’est point une
variété nouvelle, mais seulement un jeu particulier à
certaine localité qui maintenant s’observe dans sa con-
stitution géologique; le riz, pompeusement distribué
par plusieurs préfets, sous le nom de Riz sec de la Co-
chinchine, n’est rien autre que le T'riticum monococ-
cum, où froment locular, très-commun aux environs
d'Agen (1); le peuplier-liége, que l’on disait indigène
aux îles du Rhône qui appartiennent à l’arrondisse-
ment de Monluel, département de l'Ain, n’est point une
espèce particulière, mais bien un individu malade; la
variété de chanvre du Piémont, que l’on désigne sous
le nom de Cannabis gigantea, parce que ses tiges
montent de 2 mètres et demi à 3 mètres, n’est qu’une
variété accidentelle, fort remarquable, mais suscep-
tible de se maintenir en l’état de vigueur qu’elle déve-
loppe dans les vallées fertiles du Pô, seulement aux
lieux absolument semblables.
MM. Ricuan», de Rodez, ne MAnriNeL, de Lyon, et
D'Housres Finmas, d’Alais, se sont occupés de la cul-
ture comparative des diverses sortes de solanées par-
mentières : le premier sur 97 variétés; le second sur
95, et le troisième sur 24, qu’il avait particulièrement
distinguées ; leurs expériences donnent pour résultats :
22
(1) Voyez à ce sujet les observations critiques de M. ne Sainr-
Amaws, insérécs tom. XIV, pag. 289 et suiv., de la Bibliothèque
physico-économique.
( vin )
1° que les variétés les plus productives se réduisent
de vingt à vingt-deux; 2° que les plus hâtives restent
en'terre trois mois et demi, et les plus tardives cinq et
six mois; 3° que la voie des semis est la plus certaine
pour conserver les meilleures variétés; 4° enfin, que
la substance alimentaire fournie par les premières qua-
lités de solanées parmentières, est égale au tiers du
produit de nos céréales.
Des cultures moins importantes, mais également
liées aux besoins actuels de l’homme et à l’art des jar-
dins, ont fixé l'attention de plusieurs d’entre vous; je
n’en citerai que trois exemples. M. Sourance-Boniw,
après avoir peint l’état de l’Angleterre sous le rapport
horticultural (1), vous a enseigné comment on peut
donner à ses melonnières un double avantage, en les
rendant mobiles, disons mieux, en les parquant comme
le berger en agit à l’égard de ses moutons (2); M. P£r-
ROTTET, qui à recueilli de si belles observations pen-
dant son voyage aux îles de la mer des Indes, vous a
fait part des soins que demande le vanillier, lorsqu'on
veut en transporter des boutures, et multiplier cette
plante sarmenteuse semi-parasite (3); M. Pæxippanr,
de Versailles, vous a adressé un mémoire sur la culture
des plantes de bruyère, et indiqué les moyens d’imi-
ter la nature de terre qu’elles exigent là où elle est
rare. Ge procédé, justifié par sa pratique journalière,
consiste à réunir dans un trou, d’une proportion rela-
, (1) Voyez, plus bas, la relation de son voyage, pag. 305 et suiv
(2) Consuliez la note insérée dans ce vol., pag. 417.
(3) Son mémoire est inséré pag. 409,
( zx»)
tive à ses cultures, des feuilles d’arbres de bonne es-
sence qui s’y réduisent, dans l’espace d’un an, en une
sorte de pâte, si l’on a soin de les remuer deux ou trois
fois ; cette pâte, mêlée à demi partie de sable de car-
rière ni trop gros ni trop sec, remplace avec avantage
et économie la terre de bruyère : les grandes plates-
bandes du fleuriste de Trianon sont formées de cette
composition.
Avec une activité semblable à celle que vos, cor-
respondans déploient, Messieurs, notre agriculture
ne peut que marcher à grands pas vers la perfection;
vous y tendez par de généreux efforts, vous serez se-
condés par les cultivateurs de toutes les classes, et
l'étranger, jaloux de notre gloire, apprendra que, mal-
gré les blessures profondes qu’elle a reçues depuis près
d’un demi-siècle, la France a tous les élémens de la
prospérité sur son sol qu’exploitent des mains indus-
trieuses, chargées de lauriers et pleines d’honneur, que
remuent des bras habitués à produire de nouvelles
richesses, à raison de chaque nouveau besoin.
MÉTÉRÉOLOGIE.
Étroitement liée aux opérations rurales, la météo-
rologie fixe sans cesse vos regards; vous accueillez
avec le plus vif intérêt les observations qui vous sont
fournies sur cette partie de la science dont les recher-
ches ont pour but de connaître les causes et les effets
des variations de tout genre qui se succèdent dans
notre atmosphère. MM. Lapierre, de Roanne, Tuoz-
LARD, de Tarbes, et Gazaw, d'Antibes, continuent à
vous envoyer les tables météorologiques qu'ils dressent
(CAR
chaque année avec beaucoup d’exactitude. Tout en
donnant à ces honorables confrères les encouragemens
qu'ils méritent, vous avez désiré que tous vos cor-
respondans nationaux et étrangers vous aidassent à
colliger une plus grande masse de faits, et afin de les
y déterminer, un ou plusieurs prix ont été fondés pour
être distribués chaque année dans votre grande séance
publique. Get appel sera entendu; vous aurez désor-
mais à vous féliciter de plus en plus de la direction
utile donnée aux études, et, riches d'expériences bien
faites, vous pourrez, à l’exemple de votre infatigable
confrère M. Ginou, de Buzareingues, en tirer des con-
séquences pratiques de la plus haute importance. Vous
vous rappelez tous la règle remarquable qu’il a déduite
d’un grand nombre d'observations faites sur quarante-
cinq points diflérens de l’Europe, pour apprécier, à la
fin de septembre, le nombre de jours de pluie du mois
d'octobre suivant. Ce mois est celui dont il importe le
plus aux cultivateurs de connaître d’avance l’état mé-
téorologique, parce que c’est le mois des semences
d'hiver, et que de Pétat de sécheresse ou d'humidité
des champs, au moment de l’emblavement, dépend en
grande partie la récolte qu’on peut en attendre.
La conclusion que je tire ici, Messieurs, de l'appel
fait aux savans, est une conséquence naturelle de ce
qu'a produit sur les agriculteurs instruits la recom-
mandation que vous leur avez faite d'essayer en grand
les paragrèles en paille, inventés par M. Larosrozze,
d'Amiens, et perfectionnés par M. Tuorran», de Tar-
bes. Ces machines, propres à préserver nos champs
d'un fléau d'autant plus terrible, qu’il nous frappe dans
(Cuxr )
le temps où nous sommes prêts à recevoir le prix de
nos sueurs, se sont propagées sur plusieurs points de
l’Europe; partout elles ont été reconnues utiles (1).
Afin d’en répandre de plus en plus l’usage, vous avez
témoigné votre satisfaction à trois grands propriétaires
qui ont donné l’exemple, en leur envoyant votre diplôme
et la collection de vos mémoires (2). En remplissant
ainsi le devoir que vous impose votre cœur, vous servez
la science et vous méritez bien de J’humanité.
ARTS INDUSTRIELS.
En méditant sur le mystère de la fermentation vi-
neuse et sur le phénomène non moins occulte de la
corruption spontanée des fruits, M. Asrier, de Tou-
louse, a pensé qu’ils pourraient très-bien être produits
par la même cause, et que les agens chimiques qu’on
emploie pour mûter le moût de raisin, seraient propres
à empêcher les fruits de pourrir. Pour s’en assurer, ce
patient investigateur mit en immersien permanente
dans du moût fortement imprégné de gaz acide sulfu-
reux, différentes espèces de fruits, chacun en sa sai-
son, et l’expérience lui a parfaitement confirmé le rai-
sonnement, puisqu'ils se sont tous conservés sans
altération pendant plus d’un an, et que votre confrère,
Messieurs, n’a eu qu’à les faire cuire dans le liquide
conservateur, pour en obtenir une confiture bien su-
périeure er qualité au raisiné des ménagères.
M. Asrier a de plus simplifié la fabrication du sirop
(x) Lisez l’exposé-des faits recueillis à ce sujet, pag. 425 et suiv.
(2) Voyez le troisième rapport inséré à la fin de ce Compte rendu.
( zxnr )
de raisin, en supprimant la neutralisation des acides
du moût qui faisait la principale difficulté de l’opéra-
tion, et rendait par suite impossible la conversion de
ce sirop en vin. Aujourd’hui le sirop qu’il prépare
n’est que du moût réduit assez pour ne plus fermenter
spontanément, et en le graduant à volonté, il en ob-
tient, sans aucune peine, un vin plus ou moins spiri-
tueux, ou du vin de liqueur excellent. Ses premiers
vins ressemblaient pour la couleur aux vins cuits d’Es-
pagne; ils ont maintenant une couleur rouge très-belle
qu'ils empruntent aux pellicules des raisins les plus
riches en principe colorant, conservés dans le sirop,
et qui, dans le moment de la fermentation, colore le
liquide.
La théorie de la fermentation vineuse a été le sujet
de nouvelles expériences pour MM. pe Monocuess et
Turégaur pe BerneauD : l’un et l’autre les ont rendues
publiques, je dois donc les citer simplement (1).
Une plante vivace qui vient partout, qui monte fort
haut, ne redoute point les fortes gelées, et dont la cul-
ture estextrêémement facile (le Senecio doria), est sou-
mise depuis trois ans par M. Gizcer pe Laumowr, l’un
de vos membres honoraires, à une suite d’essais dans
la vue d’en obtenir des fils plus utiles que ceux du
chanvre, et peut-être égalant en force les fils du Phor-
mium tenaæ. Ses premiers résultats sont fort encou-
rageans. Votre illustre confrère espère pouvoir bientôt
GONE UNE: 5 QU US NME n shbens li
(1) Voyez, du premier, son mémoire Sur la meilleure méthode pour
opérer économiquement la fermentation vineuse. Orléans, 1824, in-8°;
- — et du second, son Wanuel du vigneron, un petit volume in-12,
pag. 156 à 100.
Pa6: 17
( zxrr )
donner à connaître le fruit des observations qu’il fait
avec un soin tout particulier.
GÉOLOGIE.
Les recherches géologiques se font avec méthode,
et ave@ un enthousiasme qu’on ne saurait trop louer;
partout on veut arracher aux épaisses ténèbres qui les
couvrent les premières révolutions du globe ; une
noble émulation décide à s’y consacrer, et ceux qui
portent la pourpre, et l’humble observateur qui cache
sa vie dans une retraite studieuse. De cet accord gé-
néral, la science retirera de grands profits, pourvu
toutefois que l'esprit de systèmes ne vienne pas à
en retarder la marche, à en limiter les vues, à en dé-
nalurer les faits.
Dans le même temps que M. pe Trisran découvrait
dans la carrière du hameau de Montbusard, près
Orléans, des restes d’un animal voisin des Palæothe-
rium et des Anoplotherium, au milieu d’un cal-
caire plus moderne qu'aucun autre banc du grand
bassin creusé au centre de la France; Bourver, de
la Nièvre, que la mort vient de nous ravir, Bourper
explorait, au milieu de l’Helvétie, une montagne (1)
remplie d’ossemens d’éléphans, de rhinocéros, de
hyènes, d’antilopes et de gallinacées, mêlés à des pois-
sons, À des carapaces de tortues, à des débris de mol-
(1) Le mont de la Moliére, situé dans le canton de Fribourg, près
du lac de Neufchâtel. Sa hauteur est de 319 mètres au-dessus du lac
de Genève et 694 au-dessus de la Méditerranée. Le point le plus
élevé est ombragé d’arbres et couronné par une vieille tour ruinée.
( zx
lusques, dont les analogues vivent aujourd’hui à de
grandes distances de là, ou dont les races sont abso-
lument perdues. Avec ces fragmens d’une époque très-
reculée, le savant confrère que vous regretterez long-
temps, Messieurs, a trouvé des mâchoires et des dents
de cochon, fait aussi intéressant que nouveau, puisque
jusqu'ici l’on n'avait ramassé d’ossemens de cet nl
que dans les tourbières.
Peu de ; Jours avant sa mort, Bounper vous a entre-
tenu de ses observations sur les brèches osseuses de
l'ile de Corse, dont la découverte date de 1867. Dans
l’innombrable quantité d’os brisés que ces brèches con-
tiennent, M. Guvier n’a remarqué que des os d’ani-
maux de la classe des rongeurs; Bourper y en a vu
qui lui semblaient avoir appartenu au mouflon de
Corse (1), animal fort voisin de l’argali de Sibérie;
d’autres qui ont beaucoup de rapports avec ceux de
notre lapin sauvage, avec ceux d’un ruminant, voisin
de l’antilope des brèches du cap Galpe, près de Gi-
braltar; d’autres plus gros, qu’il assimilait aux os des
roches de Cette, d'Antibes, de Nice, etc.
Vous avez eu des notices sur des ossemens et des
dents fossiles de divers animaux extraits de la marnière
des Prunes, près d’Argentan (Indre), par M. ne Bas-
TEROT; de la montagne Saint-Pierre de Maëstricht,
par M. Cranax; de chevaux trouvés dans les monts
Himalaya, à 5,200 mètres d’élévation, c’est-à-dire
dans la région des neiges; de poissons et particulière-
ment du genre Sparus, rapportés de la vallée de Re-
(1) Le muffoii on muferi des Corses, l'Ovis musimon de Taxxé.
({:w)
chenanthal, entre les villages de Zell et d’Xndorf en
Bavière, par M. Cnanzes Hezzsrrogm. Vous avez recu
des coquilles fossiles trouvées dans les grès de Fontai-
nebleau, par M. pe Lauuowr fils; dans une montagne
auprès de Gassel (Nord), par M. DesmyrrÈre; dans un
banc de terre argileuse, silué au-dessous des premiè-
res assises de l’ancienne forteresse d'Angoulême, par
M. Lanoreau, et un mémoire de M. Drousr, du Mans,
sur une nouvelle espèce de modiole, et sur quelques
individus de la famille des orcactes, dont il a formé un
“enre nouveau sous le nom de Véithée (1).
La rencontre de ces vieux témoins d’un monde très-
ancien, tout en nous frappant d’étonnement, a fait
naître le désir de trouver parmi eux des restes hu-
mains : vain espoir ! L'existence de l’homme est posté-
rieure à l’effrayante série des grands bouleversemens
dont nous voyons çà el là des preuves irrécusables, et
les prétendus anthropolithes, cités avant la création de
la science du géologue, appartiennent à des êtres d’un
tout autre genre.
Cependant on parlait depuis peu de crânes et autres
ossemens appartenans à une race d'hommes différente de
celles qui habitent aujourd’hui le globe, découverts par
lecomte Razowmoski(2); d’une tête munie de toutes ses
dents et d’un bras humains, trouvés dans la commune
de Salles, canton de Belin (Gironde); d’un péroné
droit arraché à une carrière des environs de Li-
enr
(1) Il est imprimé plus bas, pag. 183 et suiv.
(2) Edinburg’s philosophical Journal, juillet 1823, pag. 202.
€
(xyr)
sieux (1), quand tout-à-coup les feuilles périodiques
annoncèrent un homme fossile, extrait de dessous les
masses de grès du Long - Rocher, situé au sein de la
forêt de Fontainebleau. Gette curiosité réveilla dans
quelques esprits la vieille erreur d'hommes fossiles, et
décida un chimiste de la capitale à en faire l’analyse.
Les résultats qu’il déclara avoir obtenus fixèrent votre
attention, et vous fûtes, Messieurs, les premiers à vous
enquérir de la vérité, en consultant, par la voie de
l’analyse chimique, non-seulement cette anthropo-
morphose, mais encore le lieu même où elle fut enle-
vée. Vous avez publié le travail de vos commissai-
res (2), et vous avez eu la satisfaction de le voir adopté
par tous les savans.
En vous parlant des prétendus ossemens fossiles hu-
mains de la grotte de Durfort, département du Gard (3),
M. Mancez ne Serres, l’un de vos correspondans à
Montpellier, a fixé la valeur du mot fossile, en en bor-
nant l’application «aux corps organisés, ou à leurs
» dépouilles, ou à leurs débris enfouis, soit dans les
» couches vieilles et solides de la terre, soit dans l’in-
» térieur des eaux, soit enfin répandus sur la surface
» des continens, par des alluvions ou par tout autre
» cause, pourvu toutefois que celles qui les ont ense-
» velis ou transportés, soient antérieures à l’existence
» des causes actuelles. »
(1) J.-3.-V. Hu, Sur la topographie médicale de Lisieux, thèse
soutenue à la faculté de médecine de Paris, le 7 août 1824.
(2) Voyez pag. 343 et suiv. de ce vol.
(4
ir ct suiy
(3) Voyez plus bas, pag: 3
( LXVIL )
La relation d’un voyage géologique fait par M. Kickx,
de Bruxelles, à la grotte de Han que les eaux de la
Lesse ont creusée, et qu’elies traversent encore au-
jourd’hui, a amené M. Gawsesskpes à vous décrire les
grottes ouvertes de la sorte dans nos montagnes des
Cévennes, et plus particulièrement celle de Mialet, où
l'un de ses amis s’est égaré, et n’a pu être retrouvé
qu’au bout de trois jours, quoique cherché par plus
de trois cents hommes, divisés en bandes de huit à
dix. Il vous a également entretenu d’une autre grotte
que la rivière de la Dourbie s’est creusée dans une
montagne voisine du village de Camprieux, qu’elle
traverse de part en part, et forme, à sa sortie, une
fort belle cascade. À part quelques incrustations, le
naturaliste ne rapporte rien de l’intérieur de ces gale-
ries souterraines.
M. Traurzé, de Sedan, vous a envoyé une produc-
tion fossile de l’ordre des polypiers qu’il a découverte
au lieu dit Les Rosiers, près Grandpré, petite ville du
département des Ardennes. La terre des Rosiers occupe
le fond d’un ancien golfe, dessiné par les falaises de Ghal-
lerange, de Vieux, de Monchentin, et par la commune
des Froids-Fossés. C’est là que, au milieu des terres
calcaires friables et tendres, on trouve, tant sur la
croupe des hauteurs que dans les bas-fonds, une masse
de polypiers, appartenant aux alcyonés de notre con-
frère M. Lamouroux, de Caen, et auxquels, à raison
de linstabilité de leurs formes, on a imposé le nom
d’Aleyonium mutabile. Avec ce fossile, M. Traurré a
trouvé la spongiée pezize, dont l’agrégat tuberculeux
paraît avoir tenu aux polypiers, et plusieurs ammo-
€,
( zxvim })
nites de diverses grandeurs et d’espèces très-varites.
À ce dernier sujet, M. Tni£maur pe BERNEAUD vous
a fait connaître la coliection nombreuse d’ammonites
qu'il a réunies, et l'ouvrage qu'il rédige pour complé-
ter celui commencé par Brueuiëre avec le plus bril-
lant succès.
S. À. R. le prince Cunisrran-Frépénic, de Dane-
omarck, membre honoraire, s'occupe de recherches
sur les formations calcaires des îles du Danemarck;
il vous à appris que la hauteur de Faxoë, le point le
plus élevé de cette formation, est un banc de coraux;
que le promontoire de Stevens est un composé de con-
clomérations et de petites pétrifications, traversé ho-
rizontalement, avec un peu d’inclinaison, par des cou-
ches de silex; que dans l'ile de Moën, ces mêmes
couches sont en noyaux, et dans une situation courbe
et même verticale. Le prince GnrisrrAn-Frépéric ras-
semble en ce moment-toutes les pétrifications que ren-
ferment et le silex et le calcaire de ces différentes îles,
dans l’espérance que leur comparaison portera à des
résultats intéressans au sujet de cette formation.
Dans peu de semaines paraîtra l’histoire naturelle
des ichthyodontes, qui long-temps occupa les savantes
veilles de feu Bounpsr., de la Nièvre. Non - seulement
il a considéré les dents fossiles, qui ont appartenu à la
famille des poissons, sous les rapports zoologiques et
D
géologiques, mais encore illes décrit avec le plus grand
soin, et il en donne la figure, exécutée sous ses yeux
par les meilleures lithographes. Get ouvrage fera épo-
que, et son auteur ne le verra point!
( zxix )
- MINÉRALOGIE.
M. Hensarr vous a donné l’histoire de la décou-
verte de l’étain oxidé, faite en France, depuis le mois
d'août 1809 jusqu’aujourd’hui, et celle du cuivre py-
riteux des mines de Chessy, département du Rhône.
De leur côté, MM. Derniers, de Theux, près Spa;
Lanpreau, d'Angoulême; Tnouwixe, de Nantes, et les
membres de votre brillante colonie de New-Yorck vous
ont envoyé des substances minérales, nouvellement
trouvées dans les contrées qu’ils habitent; elles ont
été soumises à un examen chinique par M. Giizer DE
Laumoxr fils, qui vous a mis ainsi en état de connaître
ce qu'elles offrent d’intéressant, et pour la science et
pour les localités qui Les fournissent. Le travail de votre
zélé confrère a été remis à chacun de vos correspon-
däns,
PHILOLOGTE.
Tandis que le géolsgue descend dans les entrailles de
ja Lerre pour en arracher quelques feuillets de Phistoire
physique du monde, le philologue cherche à trouver
dans les grands écrivains de lantiquité son histoire
morale. Il laisse de côté l’épouvantable inventaire de
batailles, de meurtres, de révolutions politiques, qui
donnent de l'espèce humaine une si fâcheuse idée, pour
ne s’occuper que des inslitutions. Là, existe le cachet
particulier à chaque peuple; là, on suit la marche de
la civilisation. Dans la guerre, on ne vante que la force
athlétique, que la haute stature du héros : tout cède à
sa puissance, la masse des nations est opprimée, elle
(ruxx ”)
ne ressemble pas mal aux arbres de nos jardins obli-
gés de céder aux caprices du jardinier, aux coups re-
doublés de son croissant. L'étude des institutions est
un tableau de famille où l’on voit les efforts de Fintel-
ligence et ses acquisitions, la progression des idées, les
principes des lois, où l’on juge la légitimité des choses,
le génie des arts, où l’on découvre le sentiment propre
à chaque siècle. Tout y est grandiose, tout y respire la
vie, une aimable fraîcheur, quand la justice est la base
des actions publiques et privées; tout y est abject quand
la corruption domine, quand l'intérêt général n’est pas
essentiellement mu par l’amour de la patrie.
Feu votre confrère Louis Reynier, de Lausanne,
qui s'était chargé d'écrire l’histoire de l’économie pu-
blique et rurale des plus anciens peuples, a publié le
fruit de ses recherches sur les trois plus illustres na-
tions de l'Afrique. C’est le sujet du quatrième volume
de sa grande, de son utile entreprise. Il y prouve que le
point de départ de la civilisation actuelle remonte aux
Ethiopiens, dont la haute antiquité se perd dans la
nuit des temps écoulés ; que les Egyptiens, sans cesse
occupés de croyances religieuses, et leur subordon-
nant les institutions, toutes les sciences et les travaux
de l’agriculture, s’isolèrent ainsi des autres nations;
enfin que les Garthaginoïis, uniquement voués aux spé-
culations commerciales, ont préparé leur propre ruine
en voulant envahir l’industrie des autres peuples et
écarter de l'Océan tous les navigateurs étrangers, Il a
laissé complet le manuscrit de son cinquième volume
consacré aux Grecs : nous en jouirons bientôt.
Vous avez reçu de M. Varzor des notices 1° sur ce
(HER)
qu’on appelle Pommes de Sodome et Pommes maudites,
qu’il estime être le fruit du prunier de Zachée que
CG. Baux désigne par cette phrase : Prunus hicricon-
thica folio angusto spinoso (1), ou mieux encore le
produit d’un urédo analogue à celui qui déshonore
quelquefois le maïs; 2° sur les plantes nommées par
Vireisz, que certains écrivains de nos jours, sans avoir
visité en botanistes les contrées où ce poète les indi-
que, sans avoir examiné et pesé en philologues instruits
les diverses opinions publiées jusqu'ici à ce sujet, ont
prétendu reconnaître dans les plantes de notre nomen-
clature moderne.
L'histoire du cinnamomon des anciens a été éclair-
cie d’une manière aussi profonde qu'heureuse par
MM. Nges D’Esengeck (2), tandis que M. le docteur
Maunicer, de Vannes, sous le voile de l’allégorie, vous
faisait voir quand et comment la pervenche, originaire
de l’Helvétie, a franchi la chaîne du Jura et celle des
Vosges, pour se naturaliser dans les Gaules, où elle
devint l'emblème de la fidélité.
Gontinuant ses études sur l’histoire des plantes de
Tu£ornrasTe, et sur les autres écrits de cet illustre
philosophe et grand naturaliste, M. Turfgaur De Ben-
NEAUD vous a montré dans l’asphodèle le végétal con-
sacré aux mânes, dont les tubercules étaient éstimés
le mets le plus agréable aux morts heureux; dans le
souci de nos jardins, la plante annuelle qui fleurit suc-
(1) Pinax, pag. 444, 11.
(2) On la trouve dans leurs Æmonilates botanicæ bonnens:s,
fasc. 1.
{ zxxir )
cessivemeat et qui présente sans cesse aux rayons du
soleil son disque d’un jaune éclatant ; et ce qu’est réel-
lement le sylphium, aux feuilles semblables à celles
de l’ache, que Taf£opurasre nous dit être brouté par
les animaux avec plaisir et avidité, et que M. Derra
CezLa a, pendant un voyage récent à Cyrène, cru, mais
à tort, reconnaitre dans la Ferula tingitana, qui est
mortelle pour les chameaux qui la mangent (1).
BIOGRAPHIE.
Toujours empressés à payer aux hommes dont les
travaux ont eu pour but le bonheur de leurs sembla-
bles et l’avancement des études, vous avez écouté avec
respect l’éloge du patriarche de l’agriculture française,
du bon Ouivier ve Serres, écrit en vers par M. pe La-
sous, du Mas d’Azil; celui de Brucuière, par le respec-
table et docte M. Amor£ux, de Montpellier; celui de
Gosse, de Genève, et de l’auteur de la Flora gallo-
provincialis, tous deux correspondans de fa Société
Linnéenne à l’époque de sa première fondation, qui
vous ont été adressés l’un par Bourpzr, de la Nièvre,
autre par M. G£ram fils, de Cotignac.
N
Tel est, Messieurs, le résumé de ce que vous avez fait
pour les sciences pendant les deux années 1823 et 1824.
Le zèle que vous déployez, depuis le rétablissement de
la Société Linnéenne, vous a ouvert des relations pré-
cieuses avec les premiers corps savans des deux hémi-
(1) Voyage de Tripoli de Parbarie aux frontières occidentales de
l'Egypte, fait ou 151%, ct publié à Gènes en 1823.
( LxxIII )
sphères. Vos archives se sont enrichies de bons livres,
de matériaux utiles; vos collections ont été augmen-
tées; des hommes recommandables par leurs vertus
et l’heureux emploi de leurs connaissances ont sollicité
l'honneur de partager et vos travaux et votre gloire;
votre fête champêtre a été célébrée sur divers points
de la France et de l'Amérique par vos colonies, au
même instant que vous célébriez l’anniversaire de la
naissance de Lixné sur le plateau fleuri de Romain-
ville ou dans les bois de Viile-d’Avray (1); partout vous
voyez des sociétés se former d’après les bases que
vous vous êtes fixées, se proposer le même but et adop-
ter le même nom que vous. Get hommage à la mémoire
du grand homme que vous avez choisi pour maître est
agréable à l’ombre vénérée de Broussoxxzr, votre
illustre fondateur. Il est le gage d’une direction nou-
velle imprimée aux esprits, qui reconnaissent enfin la
nécessité d’arracher la science à l’anarchie, qui me-
nace de la frapper de stérilité; qu’il soit pour vous,
Messieurs, l’appel à de nouveaux succès. En voyant
s’agrandir la patrie linnéenne, sachez grandir avec
elle; vous êtes tous frères pour l’honorer, la soutenir
et pour la défendre; soyez tous amis, en cueillant les
nobles lauriers qu’elle vous offre.
(1) /’oyez la relation de ces deux fêtes pour 1823 et 1824 ; un
cahtr in-8°”,avec une planche.
AY US AAA VA AA AV AY VA/0// LAS VAL AY LA VU AAA AA AAA
RAPPORT
Sur le concours ouvert relativement aux animaux
viwans renfermés dans des corps solides, lu,
au nom de la section de Zoologie, par M. le
docteur PIÉDAGNEL.
Des observations, dont quelques-unes reposent sur
des faits attestés par des naturalistes instruits, sem-
blent prouver que, parfois, on découvre dans des masses
de pierres plus ou moins dures, dans des troncs d’ar-
bres, et même dans des couches de houille, des êtres
vivans, tels que serpens, crapauds, lézards, insec-
tes, elc., sans qu’on puisse se rendre compte comment
ils y ont pénétré, comment ils y ont conservé la vie.
La Société Linnéenne désirait qu’on rassemblât
tous les faits analogues qui ont été rapportés par les
écrivains; qu’on établit leur degré réciproque de pro-,
babilité ou de certitude, en rapportant textuellement
les preuves sur lesquelles ils reposent, et, s’attachant à
réunir toutes les circonstances critiques qui peuvent
éclairer sur l'existence et la cause probable de ces
faits, que le tout fût traité de manière à établir d’a-
bord les pièces d’où l’on peut et l’on doit partir, pour
expliquer, s’il y a lieu, le phénomène en question.
Quelques observateurs ayant pensé, à l'égard des
animaux trouvés dans des troncs d’arbres, que l’indi-
( zxxv )
vidu qui y avait pénétré jeune encore, par un accident
quelconque, s’y était développé, et y avait acquis l’ac-
croissement ordinaire qu'il prend à Pair libre, la So-
ciété Linnéenne désirait que l’on examinât aussi cette
singulière opinion, et que l’on montrât si les lois de la
physiologie permettent ou non de l’admettre.
Enfin, par rapport aux animaux trouvés dans des
blocs de pierre, il importe de savoir si la même théorie
peut leur être appliquée, ou s’ils ont été enveloppés
dans l’état où on les trouve par la matière liquide, la-
quelle, en se durcissant, a produit la masse pierreuse
qui les forme, et dans ce cas, expliquer comment la
vie a pu ne pas cesser; constater, autant qu'il est
possible, par la nature des masses pierreuses, leur gi-
sement relatif, leur homogénéité, l’époque zoologique
à laquelle on peut rapporter l’emprisonnement de ces
animaux, en ayant égard aux causes accidentelles qui
peuvent diminuer l'intérêt et l’importance de tel ou
tel fait.
Tel était le sujet du prix de zoologie que la Société
Linnéenne de Paris proposa dans sa séance publique
de l’année 1822.
Deux mémoires ont été envoyés à la Société; l’au-
teur du premier s’étani fait connaître, son mémoire a
été mis hors de concours.
Il n’en a pas été de même pour le second travail, il
a fixé l'attention des examinateurs sous plus d’un
rapport, et je puis le dire, l’auteur a même passé les
limites que la question semblait lui imposer, car, sous
le titre de Zooenstéréologie, il a rassemblé tous les faits,
toutes les histoires, qui ont été rapportés d’animaux
(-2xerr )
vivans existant dans des corps solides; ainsi les vers, les
poissons, les serpens, les crapauds, les grenouilles, trou-
vés dans des corps de diflérente nature, tels que la
terre, la pierre, le bois, les liquides et les solides ani-
maux forment autant de chapitres séparés, analysés
avec beaucoup de soin, et desquels l’auteur a tiré ses
corollaires dans un résumé général.
Le nombre des faits rapportés, la manière dont ils
sont exposés, la logique sévère qui semble les ré-
duire à leur juste valeur, constituent un travail qui
remplit entièrement les vues de la première partie de
la question, et auquel par conséquent la Société ac-
corde, à litre d’encouragement, une somme de deux
cents francs.
Mais tout en rendant justice à M. Vazror, docteur
médecin, ancien professeur d'histoire naturelle, la So-
ciélé se trouve obligée de lui témoigner ses regrets bien
mérités, de ce qu’il ne s’est pas occupé des autres par-
lies de la question qui sont encore à résoudre, et de
proposer pour prix de zoologie, pour l’année 1827, la
question suivante :
Déterminer par des expériences,
1° Si des animaux, qui vivent ordinairement sur la
terre ou dans l’eau, peuvent exister pendant un temps
plus ou moins long dans des corps solides et privés
d’air ou d’eau;
2° Si des animaux amphibies peuvent vivre dans des
circonstances semblables ;
9° Si des animaux peuvent vivre dans ces circon-
stances, quels y sont leurs moyens d'existence, quels
( LxxvII )
phénomènes physiologiques présentent-ils dans leurs
fonctions nutritives et de relation;
4° Expliquer par les résultats obtenus, les nom-
breuses observations consignées dans des auteurs, sur
des serpens, crapauds, lézards, insectes, etc., trouvés
vivans dans des masses terreuses plus ou moins dures,
dans des troncs d’arbres, etc.
AAA VE EUR LULU LULU VER LULU VU VA LVULLUVE LUE LUE
RAPPORT
Sur: Le concours ouvert relativement au Nectaire,
lu, au nom de la section de Botanique, par
M. Decavaux, membre honoraire.
Dans sa séance publique du 28 décembre 1822, la
Société Linnéenne proposa la solution de ces questions:
Quel est l'organe, dans la fleur, auquel on doit ex-
clusivement donner le nom de Nectaire ?
A quel caractère peut-on le reconnaitre? et de
quelle importance est-il pour les végétaux qui en sont
pourvus ?
La Société pensait que des questions d’un si haut
intérêt pour la science de la botanique éveilleraient
l’'émulation d’un grand nombre de concurrens.
Elle devait croire à l’émulation dans un pays où le
savoir n’est point le privilége de classes particulières,
et dont la langue, familière en quelque sorte à tous les
hommes instruits du globe, a produit l’ouvrage le plus
propre à inspirer le goût de l’étude des plantes, en
répandant sur les premiers élémens, ordinairement si
arides, les charmes séducteurs qui brillent dans tous
les ouvrages de l’auteur d'Emile; car, à moins d’être
tout-à-fait étranger à la littérature, on a deviné que je
veux parler des lettres de Jzax-Jacquessurla botanique:
ouvrage admirable, que des éditions et des traductions
( Lxxix )
multipliées ont répandu avec profusion parmi tous les
peuples qui jouissent des bienfaits de la civilisation,
et que l’un de nos habiles confrères a encore embelli
de la magie de son pinceau.
Oui, Messieurs, la Société devait croire que l’on
s’empresserait autour de la palme qu’elle présentait.
Car, dans quel pays les sciences naturelles sont-elles
cultivées avec plus dé soins que parmi nous, surtout
depuis que les Ecoles centrales, d’une trop courte exi-
stence, et si injustement décriées par ceux qui n’ont
pas voulu se donner la peine d’en étudier et d’en com-
prendre les avantages, ont popularisé dans tous nos
départemens une étude trop long-temps négligée:;
écoles dont l’enseignement modifié par l’établissement
des lycées, a cependant produit tant de fruits; écoles
qui subsisteraient peut-être encore, si l’homme qui
voulait tout rattacher à son pouvoir n’eût trouvé
parmi les professeurs qui s’honoraient de leur appar-
tenir une noble indépendance, qu’il lui paraissait dif-
ficile de corrompre et d’enchaîner à son char, dont
la flatterie et l’ambition commencaient à former le
cortége ?
Sur quelques points de la France que vous jetiez
aujourd’hui vos regards, une foule de végétaux utiles
ou d’ornement attestent un goût général pour l’étude
de la botanique.
Si les pépinières départementales, qui devaient in-
digéner dans chacune de nos contrées les arbres les
plus propres à s’y acclimater, ont été frappées de mort
presque à l'instant de leur naissance, des pépinières
particulières, établies près de la plupart de nos gran-
( LxxX )
des villes, ont été pour leurs proprictaires une source
de richesses, où les cultivateurs instruits et curieux
ont puisé les plus belles fleurs, les meilleurs fruits, les
arbres les plus précieux ou les plus pittoresques. On
leur doit aussi les végétaux des quatre parties du globe,
et ceux plus récens de l’Australasie, que leur air d’é-
trangeté distingue si souvent au milieu de tous les n6-
tres ; ils se rencontrent partout, dans nos jardins, dans
nos parcs, qu'ils embellissent et parfument dans toutes
les saisons, confondus avec les anciennes productions
du sol national.
Quel pays a été exploré avec plus de soins que le
nôtre ? Quel que soit le mérite de quelques -unes
d'elles, je ne vous citerai point en preuve les Flores
partielles, où se trouvent décrites les plantes de nos
principales provinces ; je me bornerai seulement à
vous rappeler la Flore francaise de Lamancr et pe Can-
DOLLE qui les rassemble toutes, ouvrage qui n’a point
encore été égalé en Europe, et qui, grâces à l’heureuse
situation de la France, entre deux mers et les deux
immenses chaînes des Alpes et des Pyrénées, renferme
une multitude d’espèces si variées. Qu’aux bords du
lac où il s’est retiré pour se livrer entièrement à l’é-
tude, le savant botaniste que la France regrette en-
tende les vœux de ses frères parvenus jusqu’à lui;
puissent-ils l’engager à publier une nouvelle édition de
la Flore francaise ; qu’il ajoute ainsi à sa gloire, en
augmentant ses litres à notre reconnaissance, et qu'il
sache que son exil volontaire d’une patrie, qui l'avait
adopté, ne la point banni des cœurs qu'il s'était
attachés.
rskxi
Sur notre sol qui renferme tous les germes du bon_
heur; sur cette terre féconde, dont Flore, Cérès ct
Pomone semblent s’être partagé l’empire, la Société
Linnéenne avait pu croire qu’un grand nombre de
concurrens viendraient se disputer la couronne qu’elle
offrait à leur émulation.
Comment se fait-il que son espoir ait été trompé ?
Nous ne pouvons le taire; d’odieuses calomnies se-
mées contre une Société dont l’unique but est de
ranimer l’étude des sciences naturelles, et de se rendre
utile, en publiant les observations, les découvertes
qui lui sont transmises, de basses intrigues ont écarté
de la lice quelques athlètes timides.
La modestie, presque toujours compagne des vrais
talens, en a éloigné plusieurs autres, ainsi que la difi-
culté de consulter un grand nombre d’ouvrages rares
et indispensables, ou celle de vérifier sur les plantes
vivantes des caractères fugaces qui disparaissent en-
tièrement dans les végétaux conservés dans les her-
biers.
Trois mémoires cependant ont été adressés à la
Société , et il en est deux auxquels la commission
d'examen a été sur le point de partager le prix.
Le premier recu, portant cette épigraphe : Cher-
che et tu trouveras, paraît être l’ouvrage d’un jeune
homme impatient de se distinguer dans la carrière
des sciences.
On voit que l’auteur a consulté à peu près tous les
ouvrages des botanistes qui, depuis VAILLANT jusqu’à
M. pe Mirpez, ont écrit sur le nectaire, et son mémoire
est comme le résumé des opinions qu'ils ont émises.
f
{ LxxxIT )
On peut reprocher à ce mémoire d'avoir élé écrié
avec trop de promptilude, et peut-être trop en pré-
sence de l’article consacré au mot nectaire dans le
Dictionnaire de botanique de Gérarnin et de De-
VAUX.
La commission chargée de l’examen des mémoires
a reconnu dans le jeune homme de l'aptitude aux re-
cherches utiles; mais elle croit devoir l’engager à
observer directement la nature. Elle désire, dans son
inwrêt personnel, comme dans celui de la science,
qu'il mûrisse les idées qu’il a émises; qu'il se livre à
des expériences nécessaires pour confirmer ou recli-
fier ses opinions, et qu’il conserve en même temps son
esprit de critique, parce qu'il est sage et paraît dirigé
dans de grandes vues. La commission a pensé qu'il ne
s’offenserait point, si elle lengageait à soigner aussi un
peu plus son style, plein d'énergie, mais déparé par
beaucoup de négligences.
Elle a regardé ce mémoire comme un des premiers
ouvrages, et peut-être le coup d’essai d’un jeune na-
turaliste. Il ne doit pas craindre de reprendre son vol
et de s’élancer de nouveau dans la carrière où il vient
de se hasarder ; il est très-probable qu'avec un peu de
travail il parviendra bientôt à s’y distinguer.
Les auteurs des deux autres mémoires ont pris lan
et l’autre la même épigraphe dans la Philosophie bo-
tanique de Lixxé, et il n’est point étonnant qu'ils se
soient ainsi rencontrés; car il était bien difficile d’en
trouver une qui convint mieux au sujet : Vectarium
pars mellifera flori propria. C’est encore aujourd’hui
la seule définition que l’on puisse donner du nectaire,
( LxxxUT )
parce qu’elle est parfaitement juste, dit l’auteur du
mémoire n° 2.
Cet ouvrage, d’une assez grande étendue, rédigé
avec beaucoup d’ordre et de clarté par un botaniste
qui paraît connaître et avoir médité avec soin tout ce
qui a été écrit jusqu’à ce jour sur le nectaire, ren-
ferme d’excellentes critiques et de précieuses observa-
tions; cependant l’auteur, joignant à un mérite in-
contestable une grande modestie, ne le regarde que
comme un essai auquel le temps ne lui a pas permis
de donner tous les développemens dont il le voit sus-
ceptible.
Si l’on se fût guidé par des observations compara-
tives, dit l’auteur du mémoire n° 3, l’on ne de-
manderait point aujourd'hui ce qu'est en effet le
nectaire.
Ce mémoire, le plus considérable des trois, annonce
un homme tout entier à l’étude de la botanique, et
auquel peu d’ouvrages sur cette science sont étran-
gers; il est riche d’observatios et de faits nouveaux ;
on y trouve à chaque page la preuve que l’auteur s’est
livré à des recherches nombreuses. Une foule de plan-
tes, de toutes les familles, ont été par lui soumises à
un scrupuleux examen, et plusieurs, qui jusqu’à ce
jour paraissaient répudiées, ont été ramenées, par
des aflinités incontestablement démontrées, auprès
d’alliées qui, sans doute, ne les rejetteront point.
Il n’appartenait pas à la commission d’examen d’en-
trer dans de plus grands détails sur les ouvrages des con-
currens; elle n'aurait pu, sans indiscrétion, dévoiler
E
( LxxxIV )
leur travail, surtout voulant proposer, principalement
d’après le regret manifesté par les concurrens eux-
mêmes, de n’avoir pu donner un temps suffisant à
leurs observations, de proroger jusqu’au 28 décem-
bre 1825 la remise du prix de botanique.
Sans indiquer davantage les autres motifs de sa dé-
termination, elle engage les concurrens actuels et ceux
qui pourraient être tentés de leur disputer la palme,
à revoir avec attention les questions proposées, et à
bien les pénétrer, afin d’en donner une solution com-
plète et satisfaisante, La commission ne doute pas que
le prix ne soit mérité au prochain anniversaire de ce
jour.
Botanistes de toutes les nations, la carrière vous est
ouverle de nouveau; nous désirons que vous vous y
élanciez hardiment, et, malgré cette prédilection si
naturelle pour des compatriotes, qui nous fait espérer
que le prix qu’ils ont disputé ne leur sera point ravi,
nous sommes persuadés qu'ils le verraïent sans regret
parer une tête étrangère. Un lien de confraternité unit
les savans, quelle que soit la terre qui leur a donné le
jour. Celui qui aurait pu se croire un instant sûr de la
vicloire, répéterait, pour se consoler, si ses travaux
n’obtenaient point la récompense qu’il avait ambition-
née, ces paroles d’un grand homme : «de vois avec plaisir
» qu'il s’est trouvé quelqu'un plus instruit que moi. »
On croit devoir engager les auteurs qui pourraient
faire copier leur mémoire, à le relire et à le corriger
soigneusement. Ghaque science a ses termes techni-
ques, sa langue particulière, Il est donc à désirer
qu'ils n’en confient la transcription qu’à des personnes
( LXXxV })
auxquelles le sujet traité ne soit pas entièrement étran-
ser, afin de ne point déparer leurs écrits par des fautes
grossières, qui ne sont pas assurément du fait de l’au-
teur, et que la commission n’a point hésité à rejeter
sur le copiste.
RAA VU VU VV VUUVAAULUVVY VU LU 0/00 10/00/00 AAA ME VAR
RAPPORT
Sur une récompense accordée pour l'adoption
et la propagation des paragréles en paille,
lu, au nom de la section d'Agriculture, par M. le
docteur Josepx Roques, lun des Vice-Prési-
dens.
Dans une de vos précédentes séances ; Messieurs,
votre section d'agriculture a eu l'honneur de vous sou-
mettre le résultat des recherches auxquelles elle s’est
livrée pour connaître s’il était possible d’espérer quel-’
que utilité de la découverte des paragrèles en paille,
inventés par M. Larosroze, d'Amiens, et perfection-
nés par votre zélé confrère M. le professeur TnozLar»,
de Tarbes.
Comme vous l’avez vu, Messieurs, dans un premier
rapport qui vous a été fait à ce sujet, il paraît irrévo-
cablement démontré que l'usage de ces machines, sim-
ples et fort peu coûteuses, détourne de dessus les
champs que le laboureur fertilise par ses sueurs, l’un
des fléaux les plus désastreux à l’agriculture.
Les preuves que votre section a rassemblées, sont
fournies, non-seulement par le département des Hautes-
Pyrénées, où l'emploi des paragrèles se fait, sous les
yeux et par l'entremise des autorités locales, sur une
très-grande échelle depuis quatre années consécutives ;
mais elles le sont encore par des propriétaires très-
{ LXAXVII )
recommandables de Italie, de la Suisse, de PAlle-
magne méridionale. Celles qui vous sont arrivées de-
puis l’impression et la distribution du résumé, iuséré
dans vos Mémoires pour 1824, confirment ce que vous
avaient appris les premières.
Une des grandes pensées de la Société Linnéenne
étant d’aider de tous ses moyens à la propagation
des découvertes utiles, surtout lorsqu'elles tendent à
la prospérité des campagnes et au bonheur des hom-
mes, votre seclion d’agricullure vous a proposé de
fonder des primes d'encouragement en faveur de ceux
qui seconderaient vos vues sages, vos projets philan-
thropiques. Dans votre séance du 1 1 novembre dernier,
vous avez adopté la proposition qui vous en était faite,
et vous avez chargé votre section de vous indiquer les
personnes qu’elle estimerait dignes de recevoir, cette
année même, la première récompense par vous offerte
aux véritables amis de l'art agricole. Elle remplit,
par mon organe, cette honorable tâche aujourd’hui,
Messieurs, que vous mettez le monde savant dans la
confidence de vos pensées et de vos profondes inves-
ligations.
Si M. Torrarn ne vous eût pas été lié par les rap-
ports de la correspondance la plus amicale; s’il n’eût
point été intéressé aux succès d’une découverte qu’il
a singulièrement améliorée, votre premier mouvement
était de lui voter une médaille d’or. Mais vous avez
pensé qu’il valait mieux porter vos encouragemens
sur des propriétaires ruraux qui paient d'exemple, par
l’'empressement généreux qu’ils apportent à soumettre
à des essais les moyens qu’on leur indique dans l’in-
( LxxxvInt |)
térêt de l’art qui pourvoit à tous les besoins de la vie
sociale.
Vous ne devez point en douter, M.Tnozran» verra,
avec le plus sensible plaisir, votre choix tomber de
préférence sur les personnes que je suis chargé de
vous nommer devant celte honorable assemblée,
Elles sont au nombre de trois. La première est
M. Berrrami, de Milan, qui travaille avec ardeur à la
propagation des paragrêles en paille; la seconde est
M. le baron Cru», de Genève, et la troisième, M. l’in-
génieur Asrozri, de Bologne, qui ont placé ces utiles
machines sur leurs propriétés rurales, et ont le plus
contribué à leur adoption dans des cantons trop sou-
vent exposés aux désastres de la grêle. Le premier
rapport de votre seclion d'agriculture lui a fourni les
faits qui ont déterminé son choix, il serait superflu
de les rapporter ici.
Accordez donc, Messieurs, en ce jour, à chacun de
ces trois propriétaires, une collection complète de vos
Mémoires imprimés jusqu'ici, et joignez-y le diplôme
de correspondant de la Société Linnéenne. Cette ré-
compense sera pour d’autres un noble motif d’émula-
lion.
VV L0/0 VU/ VUE UV UV VV VV AU LVL VV LAVE VA VUUVY VU VV
PROGRAMME
Des encouragemens annuels promis pour des
observations météorologiques.
La Société Linnéenne, embrassant dans leur en-
semble les sciences physiques et naturelles, attache
surtout la plus haute importance aux recherches qui
peuvent conduire à des applications utiles : c’est ainsi
qu’elle appelle spécialement l’attention de ses mem-
bres vers les études de la physique, vers’ les études de
physiologie végétale et animale. qui pourraient éclair -
cir plusieurs points obscurs de l’agriculture et des di-
verses branches de l’industrie humaine.
Il est une science qui, plus que toute autre, est sus-
ceptible d'amener à des résultats du pius grand inté-
rêt, puisqu'elle a pour but de connaître les causes et
les effets des variations de tout genre qui se succèdent
dans notre atmosphère : cette science, c’est la météo-
rologie. En observant les mouvemens, la température,
humidité, la pesanteur de l'air; en remontant aux
causes des vents, des pluies, des orages, elle nous four-
nira les moyens de calculer à l'avance, et avec exacti-
tude, le retour des saisons, l’époque, l’intensité, la
durée des froids et des chaleurs, des pluies et des
vents; elle peut, par suite, apprendre au cultivateur le
véritable moment où il convient de faire telle opéra-
tion, où il doit confier telles semences à la terre : ce
(xc)
ne sera plus alors en aveugle qu’il fixera l’époque des
travaux d’où dépend sa fortune; un guide assuré di-
rigera ses pas.
Mais, il faut le dire, les bases de la météorologie ne
sont point encore assises sur des fondemens assez so-
lides pour établir une théorie qui embrasse tous les
faits connus : dans chaque pays des exceptions sans
nombre viennent entraver le savant. C’est donc à l’é-
iude des phénomènes qu'il faut s’attacher ; c’est de la
masse des faits que jailliront d’abord des principes
pratiques indiqués par les observations, puis enfin une
théorie qui en liera, qui en expliquera tout l’ensemble.
Déjà la Société Linnéenne a vu ses eflorts, pour
constater l'utilité des paragréles en paille, couronnés
d’un plein succès; elle espère exciter le même zèle
pour les observations météorologiques. Elke veut rem-
placer l’Institut spécial de météorologie que lon a vu
un instant fleurir à Manheim et périr avec l’Electeur-
Palatin qui l'avait fondé; elle veut rivaliser de zèle
avec la Société qui vient de s'établir pour le même
objet à Londres, et devenir le centre des travaux de
tous les hommes éclairés, de toutes les réunions sa-
vantes nationales et étrangères dans une entreprise
aussi utile.
in coyséquence, elle demande qu'il soit, dans toutes
les localités, ouvert des registres météorologiques con-
formes au modèle annexé au présent programme, et
dont le résumé sera publié dans le volume annuel de ses
Mémoires. Ges tableaux contiendront 1° la température
calculée sur un thermomètre centigrade, exposé au
nord, placé à six mètres au-dessus du sol, et destiné
cd
(WxGr!)
à fournir chaque jour, à neuf heures du matin, à
deux heures après midi et à neuf heures du soir, la
moyenne des températures extrêmes; 2° la pression
moyenne de l’atmosphère indiquée par les variations
barométriques et les oscillations de la boussole obser-
vées à neuf heures du matin, à midi et à neuf heures
du soir; 5° le degré d’humidité de l’air d’après un hy-
gromètre de huit cheveux, tenu à l'ombre et au nord;
4° la quantité de pluie tombée calculée en centimètres;
5° la nature des vents dominans, leur vitesse, leur durée
et leur quantité mesurées toutes les vingt-quatre heures
avec un bon anémomètre; 6° l’état du ciel; 7° enfin
une colonne d’observations où l’on insérera les phéno-
mènes particuliers, tels que les époques de la floraison
et de la fructification des arbres et des plantes indigè-
nes et cultivés; l’apparition, disparition, nichée,passage
ou chant des oiseaux; l’apparition et disparition des
insectes; les épidémies et maladies régnantes, etc.
À partir de sa séance publique annuelle du 28 dé-
cembre 1825, la Société Linnéenne distribuera à ceux
qui lui ferent passer des tableaux de ce genre, avant
le 1° décembre, des encouragemens proportionnés au
mérite du travail obtenu.
Les paquets devront parvenir, franes de port, à
M. Tuif£saur pe Benneaup, Secrétaire perpétuel, rue
des Saints-Pères, n° 46, qui en donnera recu.
N. B. Les personnes qui désireraient concourir à la confection la
plus régulière des tableaux demandés, pourront s'adresser au Se-
crétaire perpétuel pour obtenir, à des prix modérés, les différentes
sortes d’instrumens nécessaires. Ces inslrumens seront confectionnés
avec exaclitude, simplicité et par la même main.
VEV VV UE ELA VE UE LVL LULU VUE OL UE LAUR LULU LUE LL LULULE
SECOND SUPPLÉMENT
AU
TABLEAU DES MEMBRES ET CORRESPONDANS
INSÉRÉ DANS LE 11° VOLUME, PAGE XCIX ET SUIV.
0 ———
MEMBRES RÉSIDANS.
Devizze (Pierre-François-Alberic), ancien professeur
d'histoire naturelle, D. M. et accoucheur, ancien
Auditeur.
Descourrizz (M.-E.), D. M., ancien Correspondant.
Prépacxer (Honoré), D. M., professeur de physio
logie à l’Athénée.
Popgvin (Eugène-Damas), chimiste, ancien Corres-
pondant.
Roques (Joseph), D. M.
CGaiccor (Adrien-Gustave), pharmacien.
Le Breton (Emile), pharmacien.
Gizzer De Lauwoxr (Nic.), chimiste et minéralogiste.
Pinozze (Louis-Joseph), horticulteur.
Boxasrre, professeur de chimie.
Ganaz (Jean-Nicolas), chimiste.
Léveizzé (J.-H.), docteur en médecine.
MEMBRES HONORAIRES NATIONAUX.
Dezavaux (Francois- Urbain}, professeur d'histoire
naturelle, ancien Correspondant.
( xcunr )
Fuzemiron (Jean-Claude), propriétaire.
Naucue, docteur en médecine.
Goncx (Pierre-Ghristophe), docteur en médecine, an-
cien Correspondant, président de la Colonie Lin-
néenne de la Moselle et de la Meurthe, à Metz.
Souzanes-Bonin (Etienne), propriétaire du jardin des
cultures exotiques de Fromont, ancien Correspon-
dant.
Marurev DE Dousase (CGhristophe-Joseph-Alexandre),
directeur de la ferme expérimentale de Roville
(Meurthe), ancien Correspondant.
MEMBRES HONORAIRES ÉTRANGERS.
Arzguus (Adam), professeur d'histoire naturelle à
Upsal. :
Dewirr GuinTon, gouverneur de la province à New-
Yorck.
Akerzy (Samuel), D. M. et professeur à New-Yorck.
Euuorr (Step.), à Charleston, dans la Caroline du Sud.
Sizziman (Benjamin), professeur de chimie au collége
de Yale, dans le Connecticut.
Iosack (David), D. M., professeur à New-Yorck.
S. A. R. le prince GurisrrAn-FRéDÉRIC, prince hérédi-
taire du Danemarck à Copenhague.
S. À. R. le Grand-Duc DE Saxe- Weimar.
MEMBRES AUDITEURS.
Lacnorx (Alexis), D. M. de Montauban.
Descourrizz (Théodore), naturaliste et dessinateur.
Cazesrnourpar (Jean-Noël), D. M.
Baux (Gharles-François), de Merlieux, horticulteur.
( xciv )
Desuyrrère (Joseph }, de Cassel, pharmacien et mé-
decin.
Rosgerr (Pacifique -Antoine - Marcellin - Gustave -Sci-
pion), D. M. suédois.
PasrR£ (Thomas), D. M.
Gnassis (François-Louis), horticulteur.
Massé ( Alexandre), propriétaire.
ASSOCIÉES LIBRES.
Mesdames
Laisné (Marie-Jeanne GuizranD veuve), à Ghâtillon-
sur-Loing.
Srarr ( Sarah}, à New-Yorck.
Linné (Louise - Elisabeth - Christine), à Hammarby,
près d’Upsal.
Linxé (Sara-Christine, veuve Dvsx), à Upsal.
Linxé (Sophie), épouse de M. Drse, procurateur de
université d’'Upeal.
SaixT-AmanD (Alphonsine Gué£pon nr), à Neuilly-sur-
Marne.
Mazau (Anne-Marie La Marcnière, baronne DE), à
Nantes.
CORRESPONDANS NATIONAUX.
Département des Hautes-Alpes.
Nicozas (Jean), médecin, à Saint-Jean-Saint-Nicolas.
Ardennes.
Trancnart (Jean-Baptiste- Théodore), avocat à fe-
thel.
( xev )
Aveyron.
Ricnann (Georges), D. M. à Rhodez.
Ginou (Louis-François-Charles), propriétaire cultiva-
teur à Buzareingues.
Eure.
BgaucAnTiIN (Antoine-Jean-Chrysostôme }), directeur
du jardin de botanique à Evreux.
Bourieny (Pierre-Hippolyte), pharmacien à Evreux.
Ille-et Vilaine.
De LA Pyzare (B.), naturaliste à Fougères.
Indre.
BonneAu (Paul-Dominique), propriétaire cultivateur
à la Brosse, près Saint-Lactensin.
Indre-et-Loire.
Durrocuer, correspondant de l’Institut à Château-
Regnaud.
Isère.
CrepiN (Louis -Marie), propriétaire à £Lesynet, près
de Grenoble.
Loire-Inférieure.
Priou (Jean-Baptiste), D. M. à Nantes.
Tuowne (Jean-Baptiste-Pierre), propriétaire à Nantes.
Maine-et-Loire.
Bourron-L£vèque, propriétaire à Angers.
( xcvi )
Mur (Pierre - Aimé), propriétaire et naturaliste à
Angers.
* Mayenne.
Bourrren (Eugène), propriétaire, ancien capitaine
d’infanterie à Laval.
Meuse.
Gicaucr D'Orincourt (Louis- Achille), InÉcmieur en
chef du cadastre de la Meuse à Bar.
mn oselle.
Boucnorre (Emile), propriétaire à Metz.
Rhône.
Vaivozer, propriétaire cultivateur à Saint-Lager, près
de Villefranche.
Mursanr (Etienne), propriétaire-naturaliste à Saint-
Jean-la-Bussière.
Sarthe.
Psscne (Julien-Remi), pharmacien à La Flèche.
Seine-et-Marne.
Le Bourrencer, ingénieur en chef des ponts et chaus-
sées à Melun.
Seine-et-Oise.
Courtois (Marcelin), pharmacien à Mantes.
P£rir (Edouard), médecin à Gorbeil.
ScuREIBER (Jean-Adam), ancien quartier-maîlre de
cavalerie, botaniste à Versailles.
( xcvir )
Pnicipparr (François), jardinier adjoint au Trianon.
Boupier ( Henri), pharmacien.
Seine-Inférieure.
Lecuevrez (Julien-Réné), propriétaire, médecin et na-
turaliste au Hävre.
Tarn-et-Garonne.
CarRÈRe (Guillaume-Bruno), D. M. à Saint-Nicolas-
de-la-Grave.
DesrA (Prosper), propriétaire et peintre à Montauban.
Var.
Laure (Henri), propriétaire-cultivateur à La Valette.
Gaza (François-Emmanuel), D. M. à Antibes.
Gaupicuaun (Charles), pharmacien et naturaliste à
Toulon.
Vienne,
Barpoux (René-Désiré), médecin à Poitiers.
Vienne (Haute-)
Juce De SAINT-MarTin (Jean-Aimé), avocat et pro-.
priétaire à Limoges.
CORRESPONDANS ÉTRANGERS.
Allemagne.
Fuxcx (Henri-Chrétien), pharmacien et botaniste à
Géfries, dans le Bareuth.
Kuwze (Gustave), professeur de botanique à Leipsick.
Fiôenke (Henri- Gustave), professeur d'histoire na-
turelle à Rostock.
(dt
( xCvnt )
EscawgiLer (Fr.-G.), D. M. naturaliste à Munich,
Amérique du Nord.
Gnierex (Auguste-Robert), médecin à New-Yorck.
Torrey (John), médecin à New-Yorck.
Deray (James-E.), médecin à New-Yorck.
Prince (William - Robert), propriétaire à Flushing,
Long-Island.
Pace fils (William-Robert), propriétaire à Flushing,
Long-Island.
De Scnweinirz (Rev. Lewis), à New-Yorck.
Bzoopcoon (Joseph), D. M. à Long-Island.
Renssezaer (Jeremiah Van), médecin à New-Yorck.
Hazsey (Abraham), à New-Yorck.
Amérique du Sud.
MacnevaL (Philippe), D. M. à l’ile de la Trinité.
Angleterre.
Duxazison (Robley), membre du collége des chirur-
giens à Londres.
Helvérie.
Scmnz (Henri-Rodolphe), Secrétaire de la Société de
physique à Zurich.
De Cuaizrer, ancien capitaine et botaniste à Neuf-
châtel.
Verpæis (François), D. M. à Lausanne.
Wyper, contrôleur des postes et zoologiste à D
sanne.
Ds Lessenr (Henri), botaniste à Ouchy.
Cnup (le baron), à Genève.
( xcix )
Irlande.
GouzTer (Thomas), D. M. à Dundalk.
| Lombardie.
Bezrrawi, physicien à Milan.
Asrozri, ingénieur à Bologne.
Pays-Bas.
Kickx (Jean), pharmacien à Bruxelles.
GawgerLyN D’Amoucis (Jean - Baptiste - Guillaume -
Chev.), juge au tribunal civil de Gand.
Nysr (Henri-Joseph-Pierre), directeur du jardin de
botanique à Bruxelles.
GérarD (Ant.), naturaliste et avoué à Bruxelles.
Piémont.
Lascanis DE ViNtimizce (le marquis), président de la
Société d'agriculture à Turin.
Prusse.
Nges »’Esengecr (Théod.-Fréd.-Louis), professeur de
botanique à Bonn.
Russie.
Norpenskio1D (Nils), directeur des mines à Abo.
Suède.
Rogsanm (Olaus-Abraham), médecin et naturaliste à
Stockholm et à Wisbo.
STENUAMMER (Charles), professeur d'histoire naturelle
à Stockholm.
(c)
Hezzsrroem (Gharles-Pierre), minéralogiste à Stock-
holm.
Dazmax (Jean -Wilhelm), intendant du Muséum de
l’Académie des sciences à Stockholm.
WauLeNBerG (Georges ), professeur de botanique à
Upsal.
Markzin (Gabriel }, entomologiste à Upsal.
Nizssox (Sven), D. M., professeur d'histoire naturelle
à Lunden.
Waixsrrozm (Jean-Eric), intendant et professeur à la
pépinière de Bergii, à Stockholm.
Rose, D. M., botaniste à Stockholm.
Hanruax, D. M., botaniste à Stockholm.
Gyzzensrierna (Nils, baron), propriétaire à Krap-
perup, près Helsingborg en Scanie.
Toscane.
Passerini (Carlo), conservateur du Muséum d’histoire
naturelle à Florence.
SOCIÉTÉS SAVANTES AFFILIÉES.
Société des curieux de la nature, à Bonn.
Société de Flore, à Bruxelles.
Lyceum of natural history, à New-Yorck.
AAA AV VV VU VV VU VAL VU UV UMA VU 0/0 WA VA V0 WA
LISTE
Des ouvrages imprimés offerts a la Societe
Linnéenne de Paris pendant les années 1825
et 1824, et déposés dans ses archives.
ACADÉMIE DES CURIEUX DE LA NATURE DE LEIPZIG. — ACta,
tomus 1, cum tabulis septem iconographicis. Lipsiæ ,
1922 ; in-4.
ACADÉMIE DES GEORGOFILI DE FLorencE. — Troisième vo-
lume de ses Actes; in-8 de 492 pages.
ACADÉMIE DES SCIENCES DE BRUxELLES. — Nouveaux Mé
moires, 1et 2° volumes; in-4. Bruxelles, 1820 et
1922.
ACADÉMIE DE TouLouse. — Sujets de prix proposés pour
les années 1824 , 1825 et 1826 ; in.
M. Akerzy. H. — Eulogy on the elder Michaux, pro-
nounced on the 24 mai 1823 at the celebration of
the birth day of Linnæus; in-8. New-Vorck, 1825.
l'acts showing the fatal effects of interments in popu-
lous cities. New-Yorck, 1822 ; in-8.
A History of the proccedings of the board of the city of
New-Yorck,in the summer and fall of 1822 together
with, an account of the rise and progress of the yel-
low fever, wich appeared daring that season, and the
several documents in relation to it, wich were laid
before the board. New-Yorck , 1823 ; 1 vol. in-8.
The Geology of the Hudson river, and the adjacents
regions. New-Yorck, 1820; in-8, avec une planche
gravée.
( cr )
Elementary exercises for the deaf and dumb. New-
Yorck, 1821; 1 vol. in-8.
Documents and facts showing the fajal effects of inter-
ments in populous cities. New-Yorck, 1822; in-8.
Observations on the langage signs. New-Yorck,
1823 ; in-8.
Remarks adressed to the honourable the corporation of
the city of New-York, on a work recently published
in this city by D, Pascazs , on the subject of inter-
ments; 1823; in-8.
On the cultivation of forest trees ; 1823, in-8.
Remaks on the cultivation of the locust tree (robinia-
pseudo-acacia ), in-8 ; 1823.
M. ALeuquerquE (DE). C. — Georgicas portuguezas;
in-18. Paris, 1820.
Ideas sobre o estabelecimento da instrucçao publica;
in-8. Paris, 1823.
Aunaes das sciencias, das artes e das lettras. Paris,
1818 - 1822; 16 vol. in-8.
M. Awas (ne Sainr). H.—Observations critiques sur l’es-
pèce de riz sec de montagne ou de la Cochinchine ;
4 pages in-8. Agen, septembre 1823.
M. Arras y Cosra. H. — Lecciones de agricultura. Ma-
drid, 1818; 2 vol. petit in-4, avec six planches
gravées.
Coleccion de dissertaciones sobre varios punctos agro-
nomicos. Madrid , 1819; 1 vol. petit in-4.
Informe descriptivo y diseno del aratro timonero re-
formado por don Andreo Hennanre. Madrid , 1520 ;
in-8, avec une planche gravée.
Propuesta de ley sobre escuelas praticas de agricultura
y economia rural en la monarquia, y juntamente la
( ci )
memoria de la comision de agricultura. Madrid,
1821, in-8.
M. Barry. À. — Manuel théorique et pratique du jar-
dinier. Paris, 1824; 2 vol. in-18.
Manuel de physique, ou élémens abrégés de cette
science. Paris, 1825; 1 vol. in-18.
M. Bazvis. H. — Materies medica prælectionibus acade-
micis accommodata; 1 vol. in-8 en deux "si Lies ;
Turin, 1811.
M. J. P. Barruez. E. — Réponse aux principaux écrits
qui ont paru sur le fossile humain trouvé dans le mois
de septembre 1023, au Long- “Rocher: Paris, 1824 ;
in-5.
M. BarzezLorri. C. — Pauli Mascacni anatomiæ uni-
vérsæ prospectus. Pisis, 1822; in-folio, avec une
planche gravée en couleur.
Le mème prospectus en italien ; in-18.
Nuovo giornale de’ letterati, n° IV, V'et VI.
M. Berri. C. — Notizie storiche al tifo carcerale di Ve-
roua dell’ anno 1817, con alcune considerazioni sull
uso de’ bagni freddi nel tifo, e sul modo ond’ esso si
communica, da’ dottori di medicina G. B. Berri e To-
MASO GUGEROTTI FRAcAasTOR. Verona, 1918; 1 vol.
in-8.
* JB. Burkgnit di Kanifeld, Tridentini, opera posthu-
ma, quæ ex schedio ejus collegit et edidit J.-B. Ber-
ri. Veronæ, 1822; trois vol. in-8.
Bicor De Moroques. C. — Observations générales sur
l'influence de la latitude, de l’élévation , de l’exposi-
tion et de la nature du sol des vignobles, avec quel-
ques applications particulières à ceux de larrondis-
sement d'Orléans, et à la répartition de l'impôt sur
les vignes. Orléans, 1823; in-8.
7
( cv)
Influence des sociétés littéraires, savantes et agricoles
sur la prospérité publique. Orléans, 1823 ; in-8.
De l'influence des récoltes intercalaires sur les blés qui
leur succèdent ; mémoire in-8. Orléans, 1824.
De la meilleure méthode pour opérer économique-
ment la fermentation vineuse ; mémoire in-8. Or-
léans, 1824.
M. Braup. C. — Nouvelles Recherches sur la laryngo-
trachéite, connue sousle nom de croup. Paris, 1823;
x vol. in-8.
M. Bonarous. C. — Mémoire sur une éducation de vers
à soie en 1822. Lyon, 1823; in-8.
De l’éducation des vers à soie, d’après la méthode du
comte Danpoo, 2e édition. Paris, 1824 ; in-8, avec
quatre planches lithographiées.
Supplément au catalogue des plantes du jardin de Saint-
Sébastien, par le marquis de Sr. Turin, 1823 ;
avec une planche lithographiée.
De la culture des müriers; 2° édition. Paris, 1824;
in-8.
M. BonwaiRe Mawsuy. C. — Cosmogonie, ou de la forma-
tion de la terre, et de l’origine des pétrifications :
nouveaux principes de géologie. Paris, 1824 ; in-8.
M. P. D. Bonneau. C. — Réflexions d’un cultivateur sur
les moyens de faire observer les instructions que le
gouvernement et les sociétés savantes répandent
pour la prospérité des campagnes ; in-8. Château-
roux, an XII.
Essai sur la culture des prairies artificielles, dans une
exploitation de 176 hectares 81 ares. Paris, 1807;
in-4.
Puissance combinée des lois et du crédit pour réprimer
Ja mendicité. Paris, 1813, in-8.
(cv)
Puissance du crédit et des améliorations, ses rapports
avec la guerre et la paix. Paris, 1913; 1 vol. in-8.
Considérations sur les destinées du monde relativement
à l’agriculture; 2 petites brochures in-8.
M. Boucnorre ( Émie). C. — Du mauvais état actuel des
chevaux dans le département de la Moselle. Idée sur
la possibilité d’introduire quelques moyens d’amé-
lioration dans cette branche importante de l’écono-
mie rurale. Metz, 1824 ; in-8.
M. Bouzencer (LE). C.— Excursion minéralogique dans
une partie de la Chalosse , dépendante du départe-
ment des Landes. Mont-de-Marsan , 1817; in-4.
Examen de l’administration civile en France ( dans son
application à l’agriculture), et des changemens qu’il
serait convenable d’y apporter pour l’approprier au
régime de la Charte. Paris, 1818; in-8.
M. Bourper, dela Nièvre. C.— Mémoire sur les qualités et
les connaissances que doit avoir un naturaliste voya-
geur; suivi d’un traité de taxidermie. Berne, 1820;
in-8.
Notice sur des fossiles inconnus qui semblent apparte-
nir à des plaques maxillaires de poissons, dont les
analogues vivans sont perdus, et que j'ai nommés
ichtyosiagônes. Genève, 1822; in-4, avecune planche.
M. Bournon (DE). H. — Observations sur quelques-uns
des minéraux, soit de l’île de Ceylan, soit de la côte
de Coromandel, rapportés par M. LEscHENAULT DE
LA Tour; in-4. Paris, 1823.
Quelques observations et réflexions sur le calorique,
l’eau et le fluide de la lumière. Paris, 1824; in-8.
M. Burnin. C. — Catalogue général de sa pépinière si-
tuée à Chambéry ; in-5. Chambéry, 1822.
( cvi )
M. Cazesrroupar. À. — Dissertation sur l'hypocondrie.
Paris, 1823; in-4.
M. Camverzyn. C. — Ars costeriana typographia inventa ;
poëme ; in-8. Gand , 1822.
Poëme latin sur la guerre d’Espagne. Gand , 1893 ; in-8.
Éloge de Jean de Harchies, bourgmestre de Thuin,
défenseur de la hberté liégeoise ; poëme latin. Gand,
1924 ; in-8.
Jennero; poëme latin. Gandæ, 1894.
Eyckii immortali genio. Gandæ, 1824; in-8 avec deux
planches lithographiées.
M. CampessÈpes. C. — Observations critiques sur un ca-
nal qui s'ouvre entre Pérols et le lieu dit la Redelle,
près Montpellier. Paris, 1823 ; in-12.
Monographie du genre Spiræa, précédé de quelques
considérations générales sur la famille des rosacées ;
iu-8. Paris, 1824.
M. Canpoze (pe). H. — Mémoire sur la famille des tern-
stroemiacées, et en particulier sur le genre Sauranja.
Genève, 1823; in-4 , avec planches.
Rapport sur les plantes rares ou nouvelles qui ont fleuri
dans le jardin botanique de Genève, pendant les an-
nées 1819, 1820 et 1821. Genève, 1823; in-4.
M. Canzonert. C. — Saggio sul castagno d’India, con
l’aggiunta della scoverta di una nuova sostanza Lro-
vala nel frutto. Palermo, 1823; in-8.
1. Car. C. — Mémoire sur cette question: Déterminer
si, dans l’état actuel de nos connaissances, on
peut établir une classification régulière des médi-
camens, fondée sur leurs propriétés médicales. Lyon,
1923 ; in-8.
Vi. Carena. C. — Calendario georgico della Sccietà agra-
( cvr )
ria di Torino, per l’anno 1823. Torino, 1823, in-8.
Calendario georgico della Società agraria di Torino, per
l’anno bisestile 1824.
Supplément à sa monographie du genre ÆZirudo; in-4.
M. Carrëre. C. — Essai sur la convalescence. Montpel-
lier, 1822 ; in-4.
M. Cuasrezer ( pu). E. — Catalogue d’une collection
d’ornithologie à vendre, à Monifort-l'Amaury, dé-
partement de Seine-et-Oise ; in-8.
M. Cueswez (DE). C. — Les trois cahiers du journal poly-
mathique de Montpellier, les seuls qui aient paru.
1923 ; in-8.
M. Cuevarter. R. — Dissertation sur les cigués indigènes,
considérées comme poisons et comme médicamens ;
in-4. Paris, 1821.
Observations nouvelles sur les ciguës, avec leurs carac-
tères générique et spécifique. Paris, 1821; in-8.
Essai sur les hypoxilons lichenoïdes ; in-4. Paris, 1822.
Fe livraison de son Histoire générale des hypoxilons;
in-/4.
M. Corxa. C. — Illustratio generis dysodii, addita icone
nondum cognita speciei, quam divaricati nomine de-
signaverunt botanici; in-4. Turin , 1824.
Freyliniæ genus addita icone; in-4. Turin, 1824.
Hortus ripulensis, seu enumeratio plantarum quæ ri-
pulis coluntur; Augustæ Taurinorum; 184 ; in-4,
cum quadraginta tabulis in vol. separatum.
CoLoniE de New-Yorck.— Celebrationat Flushing , of the
birth-day of Linnæus by the New-Yorck branch of
the Linnæan Society of Paris. New-Yorck, mai, 1824;
in-8.
M. Cornizzon. A. — Tableau synoptique du système de
( cvur )
Linné, appelé système sexuel, dressé par M. le doc-
teur Lamouroux ; in-plano.
M. Courren. C. — Mémoire sur les dipsacées. Genève,
1823 ; in-4, avec deux planches gravées.
M. Cuvirr. H. —Analyse des travaux de l’Académie des
sciences de l’Institut, pendant l’année 1822 ; partie
physique et partie mathématique; deux cahiers in-4.
Id. pour l'année 1823; partie physique par M. Cuvrer,
partie mathématique par M. Foureier ; in-4.
M. Danisre. E. — Mémoire sur la non- contagion de la
fièvre jaune, suivi de conseils aux Européens qui
passent dans les pays chauds, et notamment aux An-
uilles; in-8. Bordeaux , 1824.
M. Drazer. C. — Traité du hêtre et de son aménagement
comparé à celui du chêne et des arbres résineux;
in-12. Toulouse, 1824.
M. Deranue. C. — Bulletin des sciences médicales d’É-
vreux; in-8; cahiers de l’année 1823.
Jourval d'agriculture, de médecine et des sciences ac-
cessoires, faisant suite aux deux journaux publiés par
les Sociétés d’agriculture et de médecine d'Évreux ;
in-8; premier, deuxième et troisième cahiers.
M. DE Lrsserr. H.— Le tom. IT de ses Icones selectæ, con-
tenant les berbéridées , les nymphéacées, les pipavé-
racées et les crucifères; in-4 , avec cent planches.
Ni. Descourti1z. R. — Flore médicale des Antilles, in-8,
depuis la 4° jusques et compris la 44e livraison.
AI. Desmazières. C. — Catalogue des plantes omises dans
la botanographie belgique, et dansles Flores du nord
de la France ; in-8. Lille, 1923.
Plantes cryplogames du nord de la France ( préface ) ;
in-4. Lille, 1825.
M. Devèze. H. — Nouvelles considérations sur la fièvre
jaune ; in-8. Paris, 1823.
( cix )
M. Devisce. R. — La botanique de J.-J. Rousseau, con-
tenant tout ce qu ’il a écrit sur cette science, augmen-
tée de l’exposition de la méthode de Tournefort, de
celle du système de Linné, d’un nouveau diction-
naire de botanique, et de notes historiques, etc.;
1 vol. in-12, orné de huit planches. Paris, 1825.
M. Ducnamson Vaizzanr. — Recherches sur le principe
vital; in-4. Paris, 1822.
M. Dumorrier Rurreau. C. — Observations botaniques,
contenant, 1° quelques genres dédiés à des botanistes
belges; 2° les bases d’un nouveau système des végé-
taux; 3° un mémoire sur chacune des familles dites
des pollinacées et fluidacées ; 4° et un essai de mono-
graphie des jungermanes. Tournai, 1823; in-8.
Éditeur (1) re, °°, 3°, 4°, 5° et 6e livraisons des Annales
Linnéennes.
Relation des deux fêtes champêtres de 1823 et 1824,
célébrées le 24 mai à Romainville et à Ville-d’Avray;
in-8, avec une planche.
M.Escanwezer. C. — Systema lichenum, genera exhibens
rite distincta, pluribus novis adaucta. Norimbergæ,
1824; in-4, avec une planche lithographiée.
M. Fopera. C.— Recherches expérimentales sur l’absorp-
tion et l’exhalation ; in-8. Paris, 1823.
M. François DE NEUFGHATEAU (le comte). E.— Le corpset
l’âme, discours en vers; in-8.
M. Gaizzon. C. — Expériences microscopiques et physio-
logiques sur une espèce de conferve marine, produc-
tion animalisée, et réflexions sur plusieurs autres
espèces de productions filamenteuses analogugs, con-
sidérées jusqu'alors çomme végétales ; in-8. Rouen,
1824.
M. Gicaurr n'OrincourT. G. — Rapport sur les expé-
(ex )
riences comparatives de vinification, faites à Bar-sur-
Ornain, lors des vendanges de 1822; in-8.
M. Grizer DE Laumonr. H.— Note sur la fructification du
phormium tenax, ou lin de la Nouvelle-Zélande, à
Cherbourg et à Toulon : sur la germination particu-
lière de ses graines et leur culture. Paris, 1824 , in-8.
( 50 exemplaires. )
M. Giro Cuanrrans. H. — Mémoires et rapports de la
Société d’agriculture et arts du département du
Doubs, 1822-1823 ; 3: année de sa restauration ; in-8.
Besançon , 1823.
M. Girou. C. — Essai sur la division indéfinie des pro-
priétés ; in-8.
Essai sur le tournis et sur le charbon du blé; in-8.
Supplément à l’essai sur le tournis; in-8.
De l'utilité des théories rurales ; in-8.
Mémoire sur les poils ; in-8.
M. Gouriz. C.— Essai sur les causes et la nature de quel-
ques maladies fréquentes dans la ville du Mans; in-4.
Paris, 1810.
Considérations sur les influences que peuvent avoir,
dans la pratique chirurgicale , les vices scrophuleux,
scorbutique et cancéreux ; in-4. Montpellier, 1811.
M. Gnirren. C. — An essay on the botanical, chemical,
and medical properties the fucus edulis of Linnæus.
New-Yorck, 1816; in-8, avec une planche.
M. Grocnin. C. — Compte rendu des travaux de la So-
ciété d'agriculture de Lyon, pendant le cours de
1522; in-8.
M. Hazsey. C. — Sinoptical view of the lichens growing
in the vicinity of New-Yorck ; in-8, 1823.
M. Henmin. C. — Recherches sur l'emploi de plusieurs
procédés nouveaux pour Ja conservation des sub-
( axr)
stances animales destinées à l’histoire naturelle ; bro-
chure in-19. Metz, 1822.
Instruction sur les premiers soins à donner aux per-
sonnes asphixiées par les vapeurs du vin ou de la
bierre en fermentation, par celle du charbon et de
la braise allumés. (Extrait dela Bibliothèque phy sico-
économique , tome XIL:, page 272.) In-12.
Quels inconvéniens y aurait-il à rendre à l’agriculture
les terrains incultes dépendans des fortifications des
places de guerre, quand on peut le faire sans nuire
au service militaire ? in-12 de quatre pages. Metz,
1822.
Nouvelle fontaine filtrante domestique. Metz, 1822;
brochure in-12 de 7 pages, avec une planche litho-
graphiée. .
Description d’un nouvel alambic à l’usage des pharma-
ciens et des liquoristes. Metz, 1823; brochure in-12
de 23 pages, avec une planche lithographiée.
Description de plusieurs instrumens nouveaux pour
conserver et améliorer les vins. Metz, 1823; bro-
chure in-12 de 34 pages; avec une planche lithogra-
phiée.
Récréations chimiques, ou recueil d'expériences cu-
rieuses et instructives. Paris, 1824 ( pour 1823) ;
2 vol. in-5.
Description d’un appareil de distillation continue’, au
moyen duquel on peut obtenir à la fois deux sortes
d’esprits aux degrés déterminés. Paris, 1823; in-8,
avec une planche.
M. Kickx. C.— Flora bruxellensis. Bruxellis, 1812 ; in-8.
Tentamen mineralogicum. Bruxellis , 1820 , in-8.
M. Lacnorx, A. — Considérations pathologiques et théra-
( cxur )
peutiques sur l'attitude de l’homme; in-4. Paris,
1824.
M. Lasous ( DE ). C. — Journal d’agriculture de l'Ariège,
n° 15 à 21, inclusivement.
M. Lamouroux. C. — Notice sur le Bon-Sauveur, l’un
des hospices de Caen; in-8. Caen, 1824.
M. Lapierre. C. — Quelques observations sur la butte po-
lytaphe de Roanne, département de la Loire; in-12,
1824.
M. Laure. C. — Mémoire sur la régénération des oliviers
atteints par la gelée, suivi d’une relation du froid de
1709; in-8. Toulon 1820.
De la patate, de sa culture, de son usage, et de la con-
servation de ses tubercules ; in-8. Toulon, 1821.
M. Lerorr. C. — Mémoire sur la non-contagion de la
fièvre jaune; in-8. Saint-Pierre de Martinique, 1823.
Quelques remarques sur un mémoire de M. le docteur
KérauDreN, sur la fièvre jaune ; in-8. Saint-Pierre
de la Martinique, 1824.
M. C. Lemesze. GC. — Apologie du chat; in-12. Paris,
1824.
Macédoine poétique ; in-18. Paris, 1824.
M. LescmenauLT pe 1.4 Tour. C.— Relation abrégée d’un
voyage aux Indes orientales ; in-4. Paris, 1822.
M. Lesrisoupors. C. — Mémoire sur la structure des mo-
nocotylédonées ; in-8. Lille, 1823.
Notice sur la plus interne des enveloppes florales des
graminées ; éd.
Mémoire sur les fruits des papavéracées ; id.
Mémoire sur les fruits siliqueux ; id.
M. Lzsueur. C. — Description of several new species of
ascidia. Philadelphie, 1823; in-8 avec trois planches.
( ext )
Description of a new species of cephalopode of the ge-
nus loligo and on three new species of parasitie ver-
mes, belonging to the linnæan Lernæa ; 1824 ; in-8,
avec deux planches.
Description of two new species of the genus batrachoid
of La Cépède, 1824 ; in-8.
M. Limouzin Lamorne. CO. — Les nes 2,3, 4, 5,6, 17,8,
o, 10 et 11 de son Journal d'agriculture; in-8. Albi,
1823.
LycÆum D'HISTOIRE NATURELLE DE New-VYorck. — Les
cahiers 1, 2, 3, 4 de ses Annales; in-8,
Charter, Constitution and Bye-laws of the Lycæum of
natural history incorporated ; april 20, 1818. New-
Yorck , 1823 ; in-8.
M. Lrourr. A. — Des rétentions d’urine, et dissertation
sur les bougies œdaliqres; 3° édition, in-8. Paris,
1824.
M. Marcez DE Serres, C. — Essai pour servir à l’histoire
des animaux du midi de la France; in-4. Montpel-
lier , 1822.
M. Marquis. C. — Notice nécrologique sur A. E. M. H1-
VET, Daturaliste-voyageur, mort à Madagascar, le
1e juillet 1820 ; in-8. Paris, 1823.
M. Mauni. C. — Floræ romanæ prodromus exhibens cen-
turias XIE plantarum circa Romam et in Cisapenni-
nis pontificiæ ditionis provinciis spontè nascentium,
sexuali systemate digestas; auctoribus Anrono SE-
BASTIANI et Ernesro Maur; in-8 ; 1 vol. Romæ, 1818.
Romanarum plantarum centuria XII, auctore Ernesro
Mauri; in-6. Romæ, 1820.
M. Massras (pe). C. — Rapports de la nature à l’homme,
et de l’homme à la hature; in-8, Paris, 1823 ; 4° et
dernier volume.
e
he
( cxiv )
M. Maramœu. C. — Rapport sur les travaux de la Société
d’agriculture du département des Vosges, depuis sa
création en janvier 1821, jusqu’en juin 1822; in-8.
Épinal, 1822.
M. Marmieu pe Domsasce. C. — Notice sur la fabrique
d’instrumens d’agriculture perfectionnés, qu'il a éta-
blie à Roviile, département de la Meurthe; in-8.
Nancy , 1823.
Antales agricoles de Roville ; 1°° livraison, in-8. Paris,
1824. 4
MM. Merrens Er Kocu.C.— Roehlings deutschlands flora ;
new bearbeitet. — Erster theil. Francfurt am Main;
in-4, 1823.
M. Mrrcer. C. — Mollusques terrestres et fluviatiles, ob-
servés dans le département de Maine-et-Loire; in-1°2.
Angers, 1823.
M. Miro. C.— Catalogue of the faculty and students
in the college of physicians and surgeons of the uni-
versity of the state of New-Yorck, in the city of New-
Yorck. 1813; in-8.
M. MonraGne. C. — Essai sur une nouvelle théorie des
volcans par J. Merocrani, traduit de l'italien. Na-
ples, 1810; in-8.
M. Nées pe Esensecx. C. — Amœænitates botanicæ bon-
nensis ; fasciculus T; de cinnamomo disputatio. Bon-
næ, 1823; in-4, avec sept planches lithographiées.—
Fasciculus II avec six planches; 1824.
Fungorum javanicorum prodromus. Bonnæ , 1824 ; in-
folio atlantique, avec une planche lithographiée.
Entwicklungs geschichte der Pteris serrulata. (Disser-
tation sur la pteris serrulata); avec une planche. En
allemand ; in-4. .
Beobachtlungen über die entwicklung der laubmoose aus
( cxv )
ihren keinukoernen; in-4 , avec deux planches. (Ob-
servations critiques sur la germination et les feuilles
des mousses. ) En allemand.
Hepaticæ javanicæ , editæ conjunctis studiis et opera
Remnwarori, Biumu et Negsit AB ÉsENBECK ; in-4.
M. NoiSrre. A. — Le bon Jardinier, almanach pour l'an
née 1824 ; 1 fort volumein-12. i
Figures pour l’almanach du bon Jardinier, 3 édition;
1 volume ih-12.
M. Pacassou. H. — Nouveaux mémoires pour servir à
l’histoire des pyrénile et des pays adjacens; in-8.
Pau , 1823.
Notice historique sur la ville et le château de Pau, de-
puis leur fondation jusqu’au milieu du XVII siècle ;
2e édition , avec un plan du château et de ses dépen-
dances ; in-8. Pau, 1824.
M. Pascauis. H. — The Plough boy, and journal of the
board of agriculture; tome III°, in-folio. Albany,
1821-1822,
An exposition of the dangers of interment in cities ; il-
lustrated bey an account of the funeral rites and cus-
toms of the Hebrews, Grecks, Romans , and primi-
tive Christian , etc., vol. in-8. New-Vorck, 1825.
À system of medical ethics, published of the state mie.
dical Society of New-Yorck ; in-8, 1823.
Transactions of the medical Society of the state of New-
Yorck ; cahier de février 1824 ; in-8. Albany , 1824.
M. Psscnr. C. — Essai sur les bureaux de charité, in-8. Le
Mans, 1817.
M. Piépacnez. R. — Mémoire sur le vomissement consi-
déré dans l’état sain et dans les maladies cancéreuses
de l'estomac; in-8. Paris, 1821. |
Recherches sur l’organisation et le développement de
( cxvi )
l'oreille externe chez quelques animaux; brochure
de 6 pages in-8.
M. Pirranp. C. — Mémoire sur la culture des arbres à
cidre dans un pays où elle n’est pas encore connue,
in-8. Paris, 1821.
M.PmozLe. R. — L'Horticulteur français , ou le jardinier
amateur , trailé complet théorique et pratique du
jardinage. Paris, 1824-1825 ; 1 fort’ volume in-12
avec planches. .
M. Pruquer. E. — Pièces pour servir à l’histoire des
mœurs et des usages du Pin dans le moyen âge ;
in-8. Caen, 1823.
MM. Prince. C. — Catalogue of fruit and ornamental trees
and plants cultivated of the Linnæan botanic garden
‘William Prince, proprietor, Flussing Long-Island,
near New-Yorck; in-8. New-Yorck, 1822.
M. Prrou. C. — Éloge historique de J. M. N. FRETEAU,
docteur en médecine; in-8. Nantes, 1823.
M. Ricner. C. — Voyage pittoresque dans le département
de la Loire-inférieure. VI: lettre, contenant la des-
cription du Croisic et d’une partie de la côte voisine ;
in-4. Nantes, 1923.
M. Ripozrti. C. — Les cahiers 5, 6, 7 et 8 des Atti dell
Accademia economico-agraria dei Georgifili di Fi-
renze, in-8. Florence, 1819.
D'un nuovo coltro da sostituersi alla vanga. Firenze,
1824 , avec une planche lithographiée.
M. Rogsnam. C. — Dissertatio geographiam plantarum
cultarum adumbrans. Upsaliæ, 1813; in-4.
SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE D’Aix, — Procès-verbal de sa séance
publique du 15 juin 1822 ; in-8.
Procès-verbal de sa séance publique du 7 juin 1823;
in-6.
( cxvir )
Recueil de ses mémoires de 1819 à 1823; 1 volumein-6.
Aix, 1823.
SoctËTÉ ACADÉMIQUE DE Nanres. — Procès-verbal de sa
séance publique tenue le 19 décembre 1822. Nantes,
1823; in-0.
Procès-verbal de sa séance publique du 18 décembre
1823. Nantes, 1924; in-8.
SoGÉTÉ AsrATIQUE DE Paris. — Discours et rapports lus à
sa séance annuelle du 21 avril 1823. Paris, in-8.
Soc1ËTÉ D'AGRIGULTURE D'ANGOULÈME. — Les n° 4 à 7 du
tome V de ses annales.
SOGIÉTÉ D’AGRIGULTURE DE BOULOGNE. — Programme des
prix proposés pour les années 1824, 1825 et 1826.
Sociéré v’AcricuLTuRE D'Évreux. — Les 5°, Ge, ever
5° cahiers de son bulletin.
SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE ET BOTANIQUE DE (AND. — Procès-
verbal de sa 28e exposition publique (Salon d’hiver
de 1823. ); in-8. Gand, 1823.
Son Messager des sciences et des arts; 9 cahiers de la
première année, et les 8 premiers de la seconde an-
née.
SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE DE L'INprE. — Notes sur la vie de
M. de Barbancois, par M. Bonn£au, président de la
Société ; in-5. Châteauroux, 1822.
SoGiËTÉ D’AGRICULTURE DE MENDE. — Rapport fait par
M. Yanwon, son secrétaire perpétuel, sur les varia-
tions de l’atmosphère, et sur les causes auxquelles
on peut les attribuer ; ir-6.
SocËré D’AGRICULTURE DE Nancy. — Le Bon Cultiva-
teur; cahier de novembre 1922; les n® 1, 3, 4
6,8, 9, ro, 11 et 12 den823, et lesu® r, 2, 4,5,
6, 7, Set rr de 1824.
( GxvIn })
SOCIÉTÉ M'AGRICULTURE ET DES SCIENCES D'Or Léans. —
Tomes IV, Vet VI de ses Annales, et le n° 1 du
tome Vil.
SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DE ROUEN. — Procès-verbal de sa
séance publique du 22 octobre 183; in-8.
Les n° 9, 10, 11,12, 13 et 14 de ses Mémoires.
Société D’Arras. — Programme des prix proposés pour
10% et 1825.
SOCIÉTÉ DES CURIEUX DE LA NATURE, DE Bonn. — Nova
acta physico -medica, tomi duodecimi pars prior;
in-4. Bonnæ, 1824.
SOCIÉTÉ DE FLORE DE BRUxELLES. — Procès-verbal de sa
séance d'exposition du 19 janvier 1813 ; in-8.
Procès-verbal de sa séance d'exposition du 14 février
1824. Bruxelles ; in-8.
Procès-verbal de la cinquième exposition publique qui
a eu lieu le 13 juillet 1824; in-8.
SOCIÉTÉ DE GÉoGRApumIE. — Notice historique sur ses
travaux, pendant l’année 1829, par M.Maze-Bnun,
secrétaire-général de la commission centrale; in-8.
Prix proposés pour 1825 et 1820.
Les n° 3, 4, 5,6, 7,8 et 9 de son bulletin.
SOCIÉTÉ D’HORTICULTURE DE TourNay. — Les procés-
‘ verbaux de ses expositions publiques, 5, 7, 8 et 9“.
Tournay, 1821 à 1823, quatre brochures in-8.
SOCIÉTÉ LANNÉENNE pu CALVADOS. — Un cahier contenant
ses statuts, et un arrêté relatif au projet de la Flore,
de la Faune et de la minéralogie du département du
Calvados ; in-8.
SOCIÉTÉ PHILOMATIQUE DE VERDUN. — Ses réglemens; in-4.
SOCIÉTÉ DES SCIENCES DE Merz, — Programme d’une expo-
( cxix )
sition des produits de l’industrie dans le département
de la Moselle ; in-8. Metz, 1823.
M. SouzanGr-Bonin. H. — Catalogue des plantes rares,
cultivées et multipliées dans son jardin de Fromont,
près Paris; in-12. Paris, 1822.
Catalogue de son établissement de cultures exotiques,
situé à Fromont ; in-4, années 1824 et 1825.
M. Sovieue, C. — Des hôpitaux et des secours à domi-
cile. Montpellier, 1822 ; in-8.
Essai sur la dyssenterie, considérée dans son état de
simplicité; in-8. Montpellier, 1823.
M. Tarsrannier. E. — Notice sur l’université d'Oxford;
en 1923.
M. Texore. C. — Memoria sopra una specie di squadro
(Squalus platycephalus, de Tevore), pescato nelle
acque della riviera di Chiaja del littorale di Napoli,
nel giorno 25 luglio 1809; iu-8.
Catalogus plantarum horti neapolitani, ad annum 1513;
in—{4. ”
Osservazioni botanico-agrarie intorno la collezzione de
cereali dell’ orto botanico di Napoli; in-8. Napoli,
1817.
Discorso pronunziato in occasione dell’ apertura della
nuova sala destinata per le pubbliche lezzioni nelP
orto botanico di Napoli, il di 7 maggio 1818. Napoli,
1819; in-/; con una pianta dell orto.
Ad Catalogum plantarum horti neapolitani anno 1813
editum, appendix. Neapoli, 1819; in-8.
Corso delle sue botaniche lezzioni, 4 volumes in-8. Na-
poli, 1816-1820.
Floræ neapolitanæ prodromi appendix quarta ; 1593 ;
in-8.
( cx )
Seminum in horto neapolitano anno 1823 collectorum
enumeratio ; in-4.
Catalogo della collezzione agraria del giardino delle
piante. Napoli, 1815 ; in-8.
M. Triégaur DE BernEauD. S. P. — Manuel des proprié-
taires ruraux et de tous les habitans de la campagne,
ou recueil, par ordre alphabétique, de tout ce que la
loi permet, défend ou ordonne dans toutes les cir-
constances de la vie et des opérations rurales, par
C.S. Son; 3° édition, revue, corrigée et considé-
rablement augmentée par — 2 volumes in-12. Paris,
1823. $
Discours prononcé le 8 mai 1823, sur la tombe de son
ami A. Pascal Tissor ; in-8. Paris, 1823.
Manuel théorique et pratique du vigneron français.
Paris, 1824; 1 vol. in-8 , avec figures gravées.
Bibliothèque physico - économique, années 1823 et
1824. L
M. Tuozrarp.C.— Précis des effets produits par les para-
grêles pendant l’année 1823, suivi d’une instruction
sur la manière de construire des paratonnerres éco-
nomiques, à conducteur métallique. Tarbes, 1824;
in-12. (6 exemplaires.) ;
M. Tuommwe. C. — Mémoire sur la pêche de la baleine,
considérée comme industrie maritime nouvelle pour
le port de Nantes; 1824 , in-8.
M. A. Tnouix. H. — Quelques notes et mémoires sur des
cultures forestières, jardinières et champêtres; in-4.
( Ce recueil contient, 1° ün mémoire sur la greffe
Banks ; 2° un autre sur la greile Sainclair; 3° un au-
tre sur la greffe Villemorin; 4° un autre sur la greffe
Juge ; 590 histoire et description d’une nouvelle es-
6e; Ï
(/cxxi )
pèce de poirier du mont Sinaï; 69 circulaire sur un
envoi fait aux Sociétés d'agriculture; 7° note sur la
culture et les usages du chêne à glands doux ; 8° note
sur la culture et les usages du pin Laricio ; ge enfin,
uote sur la soude d’Alicante, ou Barille. )
Tao (la famille). — Discours prononcé sur la tombe
de À. Tuouin, par MM. Cuvier et Core ; in-4.
Notice nécrologique sur M. A. Tnouin, de l’académie
des sciences, par C. J. Trouvé; in-8.
M. Tuunsenc. H.— Beskrifning pae svenske djur : foersta
classem om mammalia eller daeggan de djuren, af
Carl Peter TauwserG (c’est-à-dire Description des
animaux de la Suède; 1è classe mammifères). Up-
sala , 1708; in-8.
Inaugurationem medicinæ doctorum a condita Acade-
mia upsaliensi tricesimam tertiam indicit promotor
Carolus Zerrersrroem. Upsaliæ, 1822 , in-folio.
De plantis venenatis; auctor Æstanus-Eman. Harris.
Upsaliæ, 1822; in-4.
Fauna Novæ - Hollandiæ, autore John.- Alex. Huss.
Upsaliæ, 1822; in-4.
Dissertatio entomologica de hemipteris rostratis capen-
sibus; pars tertia, Joannes-Enricus RüNGrEN, auctor ;
pars quarta, Carolus-Udalricus WesrerLING ; auctor.
Upsaliæ, 1822; deux in-4-
De digitaïi purpurea dissertatio Caroli-Aug. Tezninc.
Upsaliæ , 1822; in-4.
Fauna japonica Olai WernserG. Upsaliæ, 1822; in-4.
Dissertatio academica de notione syphillitidis determi-
nanda ; autore Sveno -Gottofrido Zimmerr. Upsaliæ,
1922; in-4.
Fauna japonica continuata ab Alexandro magno AuLs-
TROEM. Upsaliæ, 1823 ; in-4.
( cxxnr )
M. Toscan. H.— L’Ami de la nature, ou Choix d’obser-
vations sur les divers objets de la nature et de l’art.
Paris, an VIII ; un volume in-8, avec deux planches.
M2 Unanus. C. — Exposicion que al soberano congresso
del Peru hizo sobre la hacienda publica. Lima, 1822;
petit in-4. à
M. Unsin. C. — Le dernier sacrifice humain, poëéme. Pa-
ris, 1824; in-0.
M. Vazewris. C. — Notice historique sur le docteur Jen-
NER , suivie de notes relatives à sa découverte de la
vaccine. Nancy , 1823; in-8.
M. Van Renssecarr. C. — An essay on salt : containing
notice of its origine , formation, geological position
and principal localities , embracing a particular des-
cription of the American salmes , with a view of it
uses in the arts, manufactures and agriculture. New-
Yorck , 1823 ; in-8.
M. Vazzor. C. — Le 5° ne des Petites-Afliches de Dijon,
dans lequel se trouve une lettre de lui sur quatre
plantes nommées dans les poésies de Louise Lasr.
SOCIÉTÉ LINNÉENNE
-DE PARIS.
LUS AV VV UV VAUT VU EAU VAL VUE VA LU EE AAA VU
: SECONDE PARTIE.
MÉMOIRES.
LA SAV VA VAE VU VALVE VU MU VUS VV LAS VUS
AVR VUU/V VV 8/0 0/0 VV LV 0AV 1/0/0/0/0/0/0/0 LV 0/0 A A 0/0/0 VA 0/00/8707 A//0/V /0/0/Y , /0/0
ÉLOGE DE BROUSSONNET,
PREMIER FONDATEUR DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS;
Par M. Arsenxe THIÉBAUT-DE-BERNEAUD,
SÉCRÉTAIRE PERPÉTUEL (1),
000
Mons m'avez chargé, Messieurs, de vous parler en ce
jour solennel du premier fondateur de votre illustre
Société; je dois m’acquitter de ce devoir pieux, imposé
à mon cœur par votre reconnaissance, mais je ne dois
point vous dissimuler mes craintes. Déjà le premier
zoologiste de notre siècle, M. Cuvier, a rendu à Brous-
sonner, au sein de l’Institut (2), les hommages de la
grande famille des lettrés; un autre de vos confrères,
M. pe CANDoOLLE, a fait retentir sur sa tombe les accens
douloureux de la célèbre université de Montpellier (3);
que dire après ces hommes éloquens ? comment payer
dignement à celui qui vous a donné la vie un nouvean
tribut d’admiration et de gratitude? Cependant je dois
remplir vos intentions. Heureux, si je trouve encore
sur les pas des deux grands talens qui m’ont devancé,
quelques fleurs à glaner pour en orner son buste ! heu-
(x) Prononcé dans la séance publique du 28 décembre 1822.
(2) Lu le 4 janvier 1808 à l’Institut, et imprimé dans le volume
de 1807 des Mémoires de la classe des sciences physiques.
(3) Lu le 4 janvier 1809, et imprimé dans la même année à Mont
pellier, in-4°.
I. 1
OR
reux, si, en vous le montrant tel qu'il fut, je puis faire
passer dans vos âmes les sentimens dont la mienne est
pénétrée, si je rappelle à ceux d’entre vous qui le
connurent le savant qui s’est immolé lui-même à la
cause de l’humanité! plus heureux encore si j'arrive
à faire aimer, à tous ceux qui m'écoutent, ces vertus
simples auxquelles l’orgueil des hommes n’érige point
de trophées, mais qui ont des autels dans tous les
cœurs |
Prenne-Manie-Aueusre Bnoussonner naquit à Mont-
pellier le 28 février 1761. Fils d’un professeur de mt-
decine estimé, il fut, pour ainsi dire, initié dès son
berceau dans cet art si difficile, et qui, pour avoir
quelque certitude , exige une foule de connaissances
aussi profondes que variées. Au commerce des écri-
vains de la docte antiquité qui ornent l'esprit, il se
plut à marier l’histoire naturelle, si utile dans toutes
les circonstances de la vie; il aimait à former des col-
lections de plantes, d'insectes, d'animaux; Gouan lui
révéla les charmes de la botanique, tandis que son père
dirigeait ses études médicales. Plus le champ de l’ob-
ervation lui parut vaste, plus il fit d'efforts pour l’ex-
ploiter dans tous les sens. L’art d'observer a besoin
d’auxiliaires, lorsqu'il veut fixer des objets fugitifs,
offrir un repos utile à la mémoire, et en même temps la
tenir sans cesse en haleine : Broussonner le reconnut
de bonne heure, aussi apprit-il la philosophie des lan-
gues mortes qui sont la clef des sciences, et voulut-il
savoir le dessin, posséder le talent de manier le burin
avec habileté, la musique, et jusqu’à l’art du tourneur.
Ii doubla de la sorte son existence par la facilité avec
(5)
laquelle il réussissait dans toutes ses entreprises et par
la pénétration qu’il y apportait.
A peine âgé de dix-huit ans, il fut en état de faire
son entrée dans le monde savant, et de prendre Île
bonnet doctoral. Il choisit pour sujet de sa thèse le
mécanisme de la respiration (1), et sut lui donner un
tel caractère d'importance, qu’elle est encore aujour-
d’hui regardée comme un excellent morceau d’ana-
tomie et de physiologie comparée (2). C’est ainsi que
le génie s’annonce et qu’il acquiert des droits particu-
liers à des distinctions honorables. Le premier pas fait
par Broussonner dans la noble carrière de l'étude
marquait ceux qu’il devait faire par la suite. À travers
les fleurs d’une sage érudition et les brillans éclairs
d’un esprit heureusement né l’on entrevit les germes
de plusieurs découvertes; l’on reconnut l'exactitude
d’un observateur profond, d’un scrutateur appelé à
pénétrer dans le secret des merveilleuses combinaisons
des êtres organisés. L'université de Montpellier, jalouse
de posséder toujours un sujet aussi distingué, et de
fixer invariablement dans son sein un talent qui s’an-
nonçait sous des auspices aussi favorables, ne craignit
point de demander pour lui la survivance de la chaire
qu’occupait depuis long-temps son père, alors accablé
d'infirmités.
Des obstacles rendus insurmontables par l'intrigue,
tm
(x) Varic positiones circa respirationem; Monspelit, 1778, in-40.
(2) Elle fut imprimée dans plusieurs recueils de thèses choisies,
particulièrement dans l'ouvrage de Lupwi intitulé : Dilectus opusc.
ad historiam natural. spectant. Lipsiæ, 1796, tom. !, pag. 118 et suiv.
14
(4)
qui obstrue sans cesse toutes les voies de la justice, ne
permirent point que ce premier hommage offert au
vrai mérile pül se réaliser. La place fut réfusée. On
pouvait craindre que ce contre- temps ne révoltât le
cœur de Broussonxer et ne le détournät de la carrière
qu'il devait parcourir avec gloire. Sa grande âme en
décida tout autrement, et, profitant du voyage qu'il fit
à Paris dans cette occurrence, il s’ouvritune route nou-
velle. Placé sur ce grand théâtre des passions et des
talens, il vit d’un œil calme se dérouler devant lui,
d’une part, toutes les séduclions qui menacent, qui
circonviennent la jeunesse étourdie; de l’autre , les res-
sources en tous genres que la moderne Athènes offre
à ceux qui veulent utilement employer leur temps,
perfectionner leurs connaissances et en grossir le pré-
cieux trésor. Son choix fut bientôt fait, L'histoire na-
turelle lui donne accès auprès des hommes qui hono-
raient le plus le siècle et la patrie, l’histoire naturelle
fixe pour toujours ses goûts et ses études.
Depuis trente ans Burron occupait le trône de la
science; il avait par l'harmonie de son style pompeux,
par la force de son éloquence entrainante, su fournir aux
veux de nouvelles facultés pour mieux voir la nature;
tandis que des sommets glacés du pôle nord une voix
non moins pressante révélait les lois de l’ordre, mon-
trait la chaîne immense qui lie tous les corps au grand
tout, el complétait l’heureuse révolution préparée par
Tounnerorr, et opérée par les brillantes hypothèses,
par la plume gracieuse et sentimentale du naturaliste
de Montbar. Les botanistes se rangèrent les premiers
sous l'égide de Lixxé, et furent demander aux régions
(5)
les plus lointaines toutes les plantes qui devaient rem-
plir les cadres devinés par son génie. Rou£ De L’Isic
faisait faire à la minéralogie un premier pas, et ouvrait
la route que Berawax et Iauy devaient élargir, devaient
rendre lumineuse. La zoologie seule négligeait la re-
cherche d’une méthode fondée sur les propriétés des
êtres dont elle s'occupe, et suivait les divisions intro-
duites par Anisrore, lorsque Broussonner osa le pre-
mier, en 1780, transporter dans celte science le système
de nomenclature de Linxé, la précision des caractères
distinctifs et l’art de décrire que ce grand homme avait
révélés aux véritables observateurs.
Cette entreprise hardie, quoique soutenue par Dau-
BENTON, qui cachait les nobles qualités de son cœur et
les ressources de son esprit dans le rôle modeste de
simple descripteur d'anatomie, suscita des ennemis à
Broussonner, qui le forcèrent à passer en Angleterre.
Là, il eut le courage d’exécuter ce que l’enthousiasme
venait de lui faire entreprendre, et il publia presqu’en
même temps deux ouvrages remarquables, l’un dans
lequel il donna, dans le style linnéen, l’histoire de dix
poissons de la mer océanique, dont cinq étaient abso-
lument inconnus (1); l’autre sur l’opidie barbue, que
Puine a très-bien décrite, et qui est recherchée pour
sa chair grasse, blanche, fort agréable au goût (2).
ee RE RE Re NE
(1) La première partie parut à Londres en 1782, in-fol., sous le
titre de : Zchtyologia decus prima. Elle est accompagnée de dix plan-
ches dessinées par Broussowner lui-même, et dédiée à Josçra
Bancxs, qui fut son ami Le plus constant et le plus dévoué.
(2) Ce mémoire est imprimé dans le vol. des Philosophical Transac:
lions, pour l’année 1781.
(6)
À ce nouveau gage de sa perspicacité Bnoussoxnrr
dut l’honneur de prendre place, à vingt-deux ans,
parmi les membres de l’Académie des sciences de Lon-
dres (1), et de s’asseoir auprès de Lixxé fils, de
Baxcks, de SrArmANw, de Sigrnorr, de Forsrer, et
autres savans qui jouissaient d’une réputation euro-
péenne.
Dès lors, son porte-feuille s'enrichit chaque jour de
recherches curieuses sur les squales (2), sur cet autre
poisson que l’on appelle loup marin (3), sur le voilier
de la mer des Indes (4), et sur le silure trembleur des
rivières de l’Afrique, qui possède, comme la torpille,
la singulière propriété de recéler une espèce de bat-
terie électrique qu’il décharge pour sa défense (5). IL
fit aussi des découvertes importantes sur les vaisseaux
(x) En 1782.
(2) Mémoire sur des différentes espèces de chiens de mer, inséré
dans le vol. de l'Académie des sciences de Paris, année 1780, p. 641
à 680, et dans le Journal de physique, tom. XXVI, pag. 5x et 120.
Broussonner y décrit 27 espèces de squales, et montre comment
Luné, en les plaçant dans la classe des amphibies, a été induit en
erreur par le docteur Garpen, lequel avait trouvé dans Porbis
épineux des organes si considérables qu’il les prit pour des pou-
mons,
(3) Observations sur Le loup marin (anarrichas lupus), inséré dans
le vol. de 1785 de la même Académie, pag. 16» à 169, avec fig.
(4) Mémoire sur le voilier (Vichtyophore de LacérÈvE), espèce de
poisson peu connue, qui se trouve dans la mer des Indes, inséré dans
le vol. de 1786 de la même Académie, pag. 450, avec fig.
(5) Mémoire sur Le trembleur, espèce peu connue de poisson élec-
trique, inséré dans le vol. de 1782 de la même Académie, pag. 692,
avec fig, et daus le Journal de physique, tom. XXVIX, pag. 139.
(97)
spermatiques des poissons (1), sur le mécanisme de
leur respiration (2), sur la faculté régénératrice de
lears nageoires (3), sur la présence des écailles dans
les individus de cette classe qu’on croirait en être dé-
pourvus (4), enfin sur les dents en général et sur les
organes qui en tiennent lieu (5).
Après trois années de séjour en Angieterre, Brous-
sonner revint à Paris pour offrir à sa patrie le fruit
de ses travaux. Il y fut reçu avec autant d’empresse-
ment qu’on avait mis de passion à l’en éloigner. Les
lauriers qu’il avait recueillis chez l’étranger, les ri-
chesses en tous genres qu’il rapportait, autant, peut-
être même plus encore ses manières douces et pré-
venantes, et cette précieuse modestie qui prêtait un
nouveau charme à son caractare aimable, lui firent
EEE nee
(1) Observations sur les vaisseaux spermatiques des poissons épi-
neux, insérées dans le vol. pour;1785 de ia même Académie, p. 170.
(2) Mémoire pour servir à l’histoire de la respiration des poissons,
inséré dans le vol. pour 1785 de la même Académie, pag. 174, et dans
le Journal de physique, tom. XXXI, pag. 289. La plupart des faits
cités et des idées développées dans ce mémoire se trouvent dans sa
thèse doctorale.
(3) Observations sur la régénération. de quelques parties du corps
des poissons, insérées dans le vol. de 1986; de la même Académie,
pag. 684, et dans le Journal de physique, tom. XXXV, pag. Go.
(4) Ce mémoire, lu à l'Académie des sciences le 28 mai 1785, est
imprimé dans le Journal de physique, tom. XXXI, pag. 12.
(b) Considerations sur les dents en général et sur les organes qut
en tiennent lieu, insérées dans le vol. pour 1787 de là même Acad.,
pag. 550. Ce mémoire, dans lequel Broussonnrr établit une compa-
raison entre les dents de l’homme et celles des quadrupèdes, devait
être suivi d’autres sur les dents de tous les animaux ; ils n’ont jamais,
paru.
(8)
trouver partout des amis, et un zélé protecteur dans
celui-là même dont sa doctrine contrariait le plus les
idées, dans l’auteur des Epoques de la nature. On vit
alors BnoussonNET successivement appelé au Collège
de France (1), à l'Ecole vétérinaire d’Alfort (2), et
à l’Académie des sciences (3).
Une marche aussi rapide aux premières dignités
liltéraires dut flatter son amour-propre, mais elle n’eut
point le pouvoir de l’étourdir, et quoique le monde
savant eût déjà la conscience que ce brillant triomphe
était bien mérité, il voulut le justifier, ou , comme
le disait lui-même, se le faire pardonner. II fit paraître
les différens mémoires qu’il avait en porte-feuille ; àl
décrivit d’une manière originale une tribu d’êtres
dangereux long-temps étrangers à la France, et qui,
depuis quelques années, pullulent dans toutes nos
villes (4); et en faisant le premier bien connaître cette
espèce extraordinaire de sainfoin du Bengale que les
(0
(1) En 1783, comme adjoint à DAUBENTON, qui professait lana-
tomie.
(2) En janvier 1784, comme professeur de botanique et d’éco-
nomie rurale. Cette chaire fut supprimée en 1788, puis rétablie, et
supprimée de nouveau.
(3) Le 1e juin 1785; ses concurrens étaient M. Pinez, aujourd’hui
membre de lInstitut, et M. le docteur CHamBon.
(4) En 1784, cet ouvrage parut en latin sous le titre de : Specimer
monachologiæ methodo linneano tabulis æreis tribus illustratum, et
en français sous celui de : Essai sur l'histoire naturelle de quelques
espèces de moines décrits à la ‘manicre de Linne; 1 vol. iu-8° de
xxx) et 53 pag., plus trois planches gravées. On Pattribua successt-
vement au baron DE Bonrx et à Hermann, de Strasbourg.
(9)
botanistes nomment {edysarum gyrans (1), à cause
de l’oscillation régulière et perpétuelle de ses folioles
latérales, il montra les rapports et les différences qui
existent entre les mouvemens des plantes et ceux
des animaux (2), et donna une explication ingénieuse,
quoique peut-être hasardée, de la contraction des
feuilles de la dionée et du rossolis (3).
Ennemi de la précipitation qui enfante les erreurs
et de la crédulité qui les éternise, il se préparait, par
des expériences suivies, à de nouvelles conquêtes dans
le vaste domaine de l’histoire naturelle, surtout en
physiologie; il étudiait les fonctions vitales dans les
plantes et dans les animaux, et il espérait de lumineux
résultats de la comparaison qu’il en faisait ; il allait
mettre une dernière main à une PAilosophie icthyo-
logique (4), œuvre immense que, avant lui, le jeune
AnT£pi avait conçue, et qu’une mort prématurée ne lui
permit point de terminer; il allait publier un ouvrage
intéressant sur la grande tribu des animaux (5), lors-
(1) Cette plante a été découverte aux environs de Dacca, au Ben-
gale, par mylady Mowsox, el par elle apportée en Europe en 1777.
(2) Essai de comparaison entreles mouvemens des animaux et
ceux des plantes, et description d’une espèce de sainfoin dont les
feuilles sont dans un mouvement continuel, inséré dans le vol. pour
1784 de l’Académie des sciences de Paris, pa. Go9, avec fig.
(3) 1 pense que la piqûre de l’insecte donne issue à un fluide qui
tenait d’abord les feuilles étendues.
(4) Broussonner présenta le plan de cet ouvrage à l'Académie
des sciences le 23 février 1785. Sa méthode est à peu de chose près
la même que celle de Lan. Le nombre des espèces décrites s'élevait
à 1200, tandis que le naturaliste d'Upsal n’en décrit que 46o. Cet ou-
vrage demeuré manuscrit est perdu pour la science.
() Histoire abrégée des animaux, écrite en 1788, et demeurée
(10)
qu'il fut chargé de réorganiser la Société d’agricul-
ture de Paris, et d’en diriger les utiles travaux comme
son secrétaire perpétuel,
Enlevé de ce moment à une carrière où il était
entré d’une manière si remarquable, Bnoussonnrr se
consacra tout entier à l’agriculture et aux recherches
utiles à l’économie rurale. Sentinelle placée entre les
savans qui travaillent à éténdre et perfectionner les
connaissances humaines, et le laboureur qui force la
terre à répondre aux premiers besoins de la société,
il prépara par son zèle et son activité les progrès ac-
tuels de l’art agricole, en lParrachant aux mains de
l’aveugle routine, en inculquant dans toutes les têtes
les idées d'amélioration qu’il avait puisées à toutes les
sources, en faisant adopter les procédés nouveaux lé-
gitimés par l’expérience. On le vit alors porter des
récompenses solennelles sous le chaume et aux fer-
miers les plus recommandables ; on le vit décider, par
toutes les voies de l’enthousiasme et de la persuasion,
les propriétaires ruraux à diriger eux-mêmes leurs
cultures, et à améliorer le sort des habitans de la cam-
pagne, que la vanité des esclaves entassés dans les villes
accablait d'impôts et de mépris. En un mot, persuadé
que la première, que l’unique force des Etats est dans
le bon usage de la terre, il s’occupa nuit et jour des
nombreux perfectionnemens que pouvait recevoir l’a-
griculture, tout ce qui devait le plus sûrement hâter sa
inédite; elle devait être accompagnée de planches in-4°; quarante-
neuf étaient grayées. J’ignore en quelles mains les planches de cuivre
sont tombées.
(au)
prospérité, et dans la joie de son cœur il fit le sacri-
fice de sa propre gloire aux intérêts de la patrie (1).
On doit à Broussonner la pensée grande et utile de
ces Comices agricoles qui, rappelant les plus beaux
jours de l'antiquité, opérèrent des prodiges dans les
cantons où ils tinrent leurs séances. On lui doit les
heureux essais qui furent faits dans l’ile de Corse pour
la culture du thé; l’acquisition d’une espèce de lapins
monstrueuse par sa grosseur; d’une race nouvelle de
pourceaux dont la chair est plus délicate que dans la
race commune; et de ces chèvres d’Angora que lon
vit prospérer durant plusieurs années sur la chaîne
du Léberon , montagne assez élevée et formant un des
pieds de nos Alpes. C’est encore à lui qu’il faut attri-
buer l’acclimatation définitive du mouton mérinos en
France (2), et l'introduction dans nos jardins du noyer
(1) Lisez son Année rurale, où Calendrier à l'usage des cultiva-
teurs; Paris, 1787 et 1788, 2 vol. in-12; la Feuille du Cultivateur,
Paris, 1788 et années suiv., 9 vol. in-° ; et les instructions familières
qu’il publia sur la culture des turneps ou gros navets, 1785; sur les
moyens de suppléer à la disette des fourrages, 1785; sur les feuilles
d'arbres employées comme fourrage, 1785; sur le parcage des bêtes
à laine, 1785 ; sur le maïs, 1985 et 1786; sur les prairies artificielles,
1786; sur la betterave, 1788; sur les récoltes ravagées par la grêle,
1785, elc., qui furent souvent réimprimées sans nom d’auteur, et par-
fois avec une ou deux signatures étrangères à BroussonNET.
(2) On avait contesté à l'Espagne la propriété indigène du mouton
mérinos, et on attribuait aux Maures, et même aux Anglais, son
introduction dans cette péninsule ; cependant on peut inférer d’un
passage de Cocumezse (de Re rustiea, Hb. VIL, cap. 11, p. 606 de l'é-
dition in-40 de Gesxer ) qu'il y a plus de deux mille ans que le mé-
rinos y ekiste, et qu'il y fut le produit de croisemens successifs. Le
mouton mérinos est en France depuis fort long-temps ; au commen-
é (ue )
du Japon (le Ginkgo biloba) et du mürier à papier,
originaire de la Chine, dont, avant lui, on ne connais-
sait chez nous que l'individu mâle (1). Il aida Pan-
menTier à nous révéler les nombreuses propriétés de
la pomme-de-terre (2). Dans l'exemple des monta-
gnards des Gevennes et de l’Apennin, il apprit aux
pays pauvres le parti que l’on peut tirer du genêt d’Es-
pagne (3). Il paya un tribut d'hommage à la mémoire
de Pucuer DE BELLEVAL, qui créa deux fois le jardin
botanique de Montpellier (4), et rendit à Orrvier »E
Serres la découverte de travailler l’écorce du mûrier
cement du XVHIe siècle, Cnomez parlait déjà d'individus que on
trouvait dans plusieurs endroits de notre patrie. (Déc. économique,
tom. 1, p. 133 de l’édit. in-fol. de Lyon, 1709.) En 1552, nE PERCÉ;
en 1766,DE TrupaixE; en 1777, DAUBENTON en firent venir quel-
ques têtes; les conseils de Broussonxer décidèrent, en 1790, plu-
sieurs propriétaires à en importer un plus grand nombre. I’expé-
dition de Gizsrrr, qui a péri victime de la parcimonie du gouver-
nement et de l'abandon de ceux-là mêmes qui se disaient ses amis,
l'a tellement multiplié, qu'aujourd'hui cette conquête est assurée à la
France.
(1) Cette plante forme un genre particulier dans la famille des
urticées, d'aprés les observations de M. Desronraives et de L'Héni-
rer. Ce dernier lui a donné le nom de Broussonnetia.
(2) Parmentier lui rend ‘cet hommage dans son Traité sur la
culture et les usages des pommes-de-terre, Yaris, 1789, in-80.
(3) Observations sur la culture et les usages économiques du genét
d'Espagne ; im. d’automne 1985, des Mém. de la Soc. d’agr. de
Paris, pag. 127 el suiv.
(4) Opuscules de P. Richer de Belleval, premier professeur de
botanique et d'anatomie à Montpellier, auxquels on a joint un
traité d'Olivier de Serres sur la manière de travailler l'écorce du
mürier blanc. Nouvelle édition, par BroussonnerT; Paris, 17985, in-8°.
Cette édition n’a été ürée qu'à petit nombre.
("13 )
blanc que d’autres voulaient s’attribuer (1). Il fit plus
encore , il ouvrit à ses frais un concours pour le meil-
leur éloge de ce patriarche de l’agriculture natio-
nale (2), et prépara les élémens d’une nouvelle édition
de ses œuvres (3). Heureux du bien qu’il produisait
ainsi, Broussonner semblait répandre autour de lui
une atmosphère de ce même bonheur qu’il procurait
aux autres. Il s’attirait de toutes parts les bénédictions
de la reconnaissance que commandaient des services
réels, et il fixait l’amitié de tous ceux qui l’approchaient
par les soins affectueux qu'il donnait à leur gloire. Il
rapportait tout ce qu’il méditait, tout ce qu'il faisait, à
la Société d'agriculture; aussi acquit-elle bientôt une
considération générale qui détermina le gouvernement
à en faire un centre d’où l'influence s’étendrait à tout
le sol français.
Le 16 avril 1788 Burron cessa de vivre, empor-
tant avec lui la certitude qu’il avait été l’homme de
son siècle, et qu’il serait celui de la postérité. Brous-
sonner fut chargé de lui rendre un juste et brillant
hommage, au nom de cette même Société d’agricul-
ss
(1) La seconde richesse du muürier blanc, qui se trouve en son
écorce pour faire des toiles de toutes sortes, non moins utiles que la
soie, provenant de la feuille diceluy. Eschantillon de la seconde
édition du Thédtre d'agriculture d'Oririer DE Serres. Paris, 1603,
petit in-8°. C’est Le 16e chapitre du 5° lieu de cet ouvrage.
(2) Le prix fut décerné par la Société des sciences de Montpel-
lier, Le 29 avril 1590, à Dorruès. On en trouve un extrait dans le
15 vol. du Thedtre d'agriculture, pag. x à Ixüj, édit. in-4° de 1804.
(3) I devait donner cette édition avec Lerrsvre et Dupois. (Voy.
le compte rendu de Ja Société d’agr. de Paris, an VIL.)
(a)
ture dont il fréquentait habituellement les assemblées ,
et où il prenait plaisir à se livrer à la science des cul-
tivateurs , qui ne veut ni enthousiasme ni systèmes.
Dans cet éloge (1), ainsi que dans ceux de GerBier (2),
de Turcor (3), et de ScuugarT (4), il montra une
grande flexibilité de talent et une profonde connais-
sance du cœur humain, de ce livre dont l’erreur rem-
plit tant de pages et dont quelques lignes sont à peine
consacrées à la vérité.
Ce fut après la mort de l'historien de la nature, dont
il respectait les écarts, que Broussonner conçut l’heu-
reuse idée de réunir en famille les partisans des doc-
trines linnéennes , tous ceux qui régardaient, avec le
philosophe d’Upsal, la méthode comme un fil secou-
rable qui seul peut empêcher de se perdre dans lim-
mense labyrinthe que le naturaliste veut parcourir.
« Buffon, leur dit-il. doué d’un esprit vif et pénétrant,
» d’une imagination vaste et féconde, étale à nos yeux
» les richesses de la nature, qui s’est fait voir à lui
» dans toute sa beauté; Lixxé, rempli d’un génie non
» moins vaste, non moins ardent, mais qu’il soumit à
» l'observation, pour ne pas s’égarer avec lui, nous
:
(1) Eloge de Buffon, inséré dans le trimestre d'automne 1588 des
Mémoires de la Soc. d’agr. de Paris, pag. 80 à 106.
(2) Æloge de Gerbier, même vol., pag. 72 et suiv.
(3) Eloge de Turgot, trim. d'automne 1789 des mêmes Mémoires,
pag. 44 à G4.
(4) Eloge de Schubart, culivateur de la Saxe, trim. d’automne
1788, pag. 106 à 117. C’est ce cultivateurfqui reçut le surnom de
Klcefeld (champ de trèfle), en mémoire du genre de culture qu'il
ayait fait connaitre et adopter dans diverses parties de l'Allemagne.
(15)
» montre la nature dans toute sa vérité. L’un paraît ne
» porter ses regards.sur cette riche confusion des cho-
ÿ
» ses, que pour les peindre dans cette confusion même,
» et jeter de la variété sur le grand spectacle de la na-
» ture : l’autre ne voit, dans ce mélange des êtres,
» qu’ un désordre apparent qu'il faut faire disparaître,
» pour faciliter et rendre plus utiles les connaissances
» naturelles. Cédons par moment à l'imagination, ajou-
» tait-il, elle répand quelques fleurs sur le chemin des
» sciences, mais ne nous écartons point de la mé-
» thode; c’est la voie de la vérité, l'ignorance n’a pas
» de plus cruel ennemi. »
Ces nobles accens furent compris ; la gloire du na-
turaliste suédois brille d’un nouvel éclat, la Société
Linnéenne prend naissance , et tous les amis de l’his-
toire naturelle votent une fête champêtre le jour an-
niversaire du génie dont ils s’honorent d’être les
disciples. Deux années de suite eut lieu la grande so-
lennité (1), mais bientôt les troubles politiques sus-
pendirent des réunions essentiellement paisibles , et le
monument de la reconnaissance, érigé dans le sein
d’une antique forêt (2), tomba sous la hache du van-
dalisme. Vainement on voulut le relever depuis (5); il
fallut se borner à un simple et modeste cyppe dans le
jardin des plantes , au pied du cèdre du Liban, sur le-
quel, peu de temps après, de jeunes fanatiques por-
ièrent une main sacrilége. Tout fut détruit, le nom
(1) Le 24 mai 1788 et le 24 mai 1789,
(2) Celle de Saint-Germain-en-Laye.
(3) Le 23 août 1790.
(16)
seul de Linxé survécut. Vous avez, Messieurs , réédi-
fié le temple, vous avez rétabli la fête solennelle insti-
tuée par votre illustre fondateur; ni l’un ni l’autre ne
redoutent plus les coups de la destruction ; l’anarchie
ne viendra plus étendre son voile funèbre sur les bien-
faits de la liberté, sur les monumens de la science;
elle ne triomphera plus, quelles que soient les vues se-
crèles de certains factieux toujours prets à tout usur-
per, à tout empoisonner, quelles que soient les pensées
homicides de l'étranger jaloux de notre gloire et de
notre repos.
Encore une fois BroussonNeT se voit entraîné hors
de la route première de ses études , et, comme malgré
Jui, il est lancé dans le tourbillon des aflaires publi-
ques (1). Pénétré de cette vérité, trop souvent mé-
connue aux temps des troubles, que le philanthrope
doit profiter du crédit dont il jouit, de l’autorité que
lui donnent ses talens et ses vertus, pour opposer aux
usurpations du crime les efforts de la probité, le calme
d’une conscience pure et l'empire de la justice, sans
laquelle il ne peut y avoir de vraie garantie sociale , il
accepta tour à Lour les devoirs d’électeur, qu’il sut rem-
plir avec impartialité; les fonctions municipales, du-
rant lesquelles il assura , conserva et défendit les in-
térêts et les droits de ses concitoyens , et l'honorable
mission de législateur. Ami des hommes , idolâtre de
son pays, il n’épousa aucun parti. Il voulait sincère-
(a) I terminait alors une traduetion de l’Æistoire des découvertes
et des voyages dans le Nord, par J.-R. Forster, Paris, 1788 , 2 vol
in-$°, avec trois cartes.
(7)
ment le triomphe des lumières; le bonheur de ses
semblables remplissait seul son âme généreuse. Inca-
pable de feindre ou de ramper ; incapable, selon l’ex-
pression de MonrarGxe , d’hypothéquer sa conscience,
il s’éloigna, du moment que la cause ou l’objet des
discordes, sans cesse renaissantes, n’avait pour but
que de détourner de la route où l’on voulait se lan-
cer. Il se retira dans une campagne isolée; mais il n°y
goûta plus ce doux repos, ces paisibles jouissances que
donne l'étude : il eut beau publier des vues intéres-
santes pour lier les sciences avec l’agriculture, en don-
nant une direction plus utile au Muséum d'histoire
naturelle de Paris (1); ileut beau prêcher d'exemple
et tenter de ramener les esprits égarés vers les idées
saines et utiles, vingt fois son zèle faillit lui être funeste;
vingt fois il fut menacé de perdre la vie et prêt à sui-
vre d’illustres victimes sur les échafauds dressés par
ces mêmes monstres que nous avons vus plus tard, sous
un autre masque, dévaster nos campagnes , incendier
nos propriétés. BroussonxeT parvint à s'évader. Il ne
fuit point la patrie, mais seulement le glaive assassin
suspendu sur sa tête, et du haut des Pyrénées, qu’il
traverse sous prétexte d’herboriser, il porte sur la
France un regard attendri , lui fait un pénible adieu,
et, le cœur ulcéré, maudit les factions qui s’entre-
(1) Vues sur le Jardin des plantes et le Cabinet d'histoire natu-
relle.— Réflexions sur les avantages qui résulteraient de la réunion
de lu Societe d'agriculture, de l'Ecole vétérinaire et de trois chaires
du Collége de France au Jardin des plantes. Brochure sans date,
in-8v; — Ces vues furent en partie réalisées quelques années aprés,
2
(18)
déchirent et boivent à longs traits le sang de l’inno-
cence.
Après avoir essuyé toutes les sortes de privations ,
après avoir couru mille dangérs, Broussoxxer arriva,
vers la fin de juin 17095, à Madrid, sans argent , pres-
que sans souliers et sans habits. Deux botanistes cé-
lèbres, OrTeGA et CAVANILLES, l’accueillirent avec cor-
dialité, et lui promettaient d’heureuses journées ,
lorsque la calomnie et sa hideuse compagne, la persé-
cution, vinrent s’allacher à ses pas. Éloigné de Madrid,
on le relégua d’abord dans l'Etat de Valence, puis à
Xérès, ensuite à Cadix , d’où il s’échappa pour se ren-
dre à Lisbonne, près de notre savant confrère M. Con-
REA DE SERRA, qu'il fut forcé de quitter presque aussi-
tôt. Il erra pendant plusieurs mois dansles campagnes
fertiles de lAlgarve et de l’Andalousie : partout il ren-
contra des ennemis. Semblables à ces végétaux délé-
tères que l’on trouve dans les jardins à côté des plantes
alimentaires , ils le suivent en tous lieux pour lui mon-
trer que le crime et la vertu sont toujours en présence.
Fatigué d’une vie aussi triste, il se décide enfin à bra-
ver la mer et les pirates qui la couvrent de leurs voiles
homicides , il franchit le détroit, et la sûreté person-
nelle qu’il ne peut obtenir sous le roi d’Espagne, il va
la chercher et la trouve sous l’empereur de Maroc.
Pendant le séjour qu'il fit sur la côte d’Afrique ,
BroussonxET éprouva de nouveau le bonheur dans les
excursions botaniques et dans l’étude des arts indus-
triels dont il espérait pouvoir un jour découvrir les
secrets à sa patrie. Îl visita Mogodor et ses mines d’or
et d'argent, Fez aux trois villes, et Tétuan, où se
(19)
préparent les plus beaux maroquins (1) ; il voit Tanger,
Alcassar , Salé, dont les environs lui présentent l’arbre
qui fournit la résine de sandaraque (2) et l’argan aux
fruits donnant une huile bonne à tous les usages (3),
etc. Partout il fait d’abondantes récoltes, partout il
réunit des observations précieuses (4) , qu’il adresse à
ses amis, qu'il envoie à l’Institut (5).
Il revint un instant en France en 1798. Ge ne fut pas
sans une profonde émotion qu’il toucha le sol sacré dela
patrie, qu'il entra dans cette ville de Montpellier où il
avait reçu le jour, et où setrouvaient réunis son épouse
et sa fille et un frère qu’il ne cessa d’aimer. Bientôt
après, la dure nécessité l’obligea de partir pour les Ga-
naries , où il allait remplir les fonctions de consul de
France.
Le voyage ne fut pas heureux, mais, une fois arrivé
(1) Mémoire sur la manière de préparer les maroccains (sic) . Fez
et à Tétuan, inséré tom. V, pag. 81 à 88, de la Classe des sciences
phys. de l’Institut national.
(2) C’est le Thuya articulata de Wan.
(3) Le Syderoxylon spinosum de Lixxé, l'Elæodendron argam de
Scnous»or. Une description exacte de cette plante a été adressée à
l’Institut, en 1802, par Broussonxer; elle n’a point été publiée, du
moins sous le nom de son auteur.
(4) Cavamizres a publié, de Broussonwer, un mémoire fort dé-
taillé contenant la description des plantes qu'il recueillit à Mogo-
dor et dans le pays de Maroc: Il existe encore de lui un Florile-
gium canariense et une Flore économique des Canaries contenant
1600 plantes; lun et l’autre de ces deux ouvrages sont demeurés in-
édits.
(5) Malheureusement elles sont perdues pour la science ; elles
n'ont point été publiées.
2,
(20)
dans ces iles autrefois appelées Fortunées, il reprit ses
habitudes d'exploration. Dans l'ile de Lancerote , peu-
plée de chameaux , il fit plusieurs remarques intéres-
santes sur l'emploi des végétaux herbacés qui seuls
abondent sur ce sol volcanique ; dans celle de Fuesta-
Ventura, il étudia l’espèce de ficoïde que les jardiniers
connaissent sous le nom de giaciale (1), et dont les
graines pulvérisées et cuites servaient à la nourriture
des premiers habitans. Dans les Salvages, il introduisit
la culture de cette plante, et arracha de la sorte deux
pelites îles désertes à la stérilité ; au pied du Ténériffe,
il explora cette montagne célèbre , découvrit quatre
espèces de lauriers qui y vivent en forêts, et conçut à
l'instant l’idée d’une distribution géographique des
ctres organisés, dans laquelle il ferait connaître la ré-
partition des espèces sur le globe (2). Hélas! le bon-
heur que Broussonner goûtait alors ne dura pas.
Depuis quatre ans ce savant vivait, en compagnie
de sa femme et de sa fille, dans l’antique patrie des
Guanches, quand tout-à-coup la mélancolie s'empare
(1) Le Mesembryanthemum cristallinum XL. Les Espagnols la
désignent sous Les noms de Barilla moradera et de Ferva de vidrio.
(2) On ne peut contester cette grande pensée à Broussonner; le
savant qui l’appliqua le premier à la botanique, M. ve Huusou,
avoue qu’il lui en doit Pidée et les premiers matériaux.
Depuis, on s’est emparé de ce système ingénieux pour étudier tous
les tres. Déja on y a soumis les poissons, les insectes, les animaux
vertébrés; mais, il faut le dire, ces premiers travaux ne sont encore
que de faibles ébauches; le temps seul, et des recherches plus nom-
breuses, faites avec plus d'attention, fourniront d’amples matériaux
pour remplir entiérement par la suite le but que BroussonxET vou-
lait atteindre.
(21)
de son esprit, désenchante tout à ses yeux, et le porte
à se regarder, ainsi qu'il le disait lui-même, comme
un malheureux exilé, végétant tristement sur un roc
volcanisé où tout inspire l'af/liction. Sa santé s’altère ,
et, pour échapper au désespoir , il part , touche l’An-
gleterre , traverse Paris, où il laisse quelques articles
rares de ses riches collections, et arrive à Montpellier,
où ses amis , où d’anciens confrères, se pressent au-
tour de lui.
Une partie de ses chagrins est effacée commé par
enchantement, et du haut de la chaire de botanique,
il dicte à une jeunesse avide de savoir, les étémens
de la science des fleurs; il Jui apprend à suivre les
maximes de Linxé : mais ilne retrouva plus cette gaîté
charmante qui donnait tant d’attraits à ses entretiens,
à ses relations. Cependant, quoiqu'il éprouvât souvent
d’aflreuses palpitations, quoiqu'il fàt souvent surpris à
verser des larmes pleines d’amertume, il oubliait par-
fois le présent et le passé, en cultivant les graines qu’it
rapporla de ses voyages, en disposant le jardin bota-
nique à la tête duquel on l’avait placé (1); il parais-
sail même reprendre avec plaisir ses anciens travaux
sur le règne animal.
Mais la perte d’une épouse, perte toujours affreuse
pour un cœur aimant et vertueux; mais de vives in-
quiétudes pour la vie de sa fille chérie, et une chute faite
dans une herborisation aux Pyrénées, le rendirent plus
péniblement encore à ses funestes penchans mélanco-
Ne MAS te DS fn fre
(1) H'en publia le catalogue en 1805, sous le titre de : Ælenchus
#lantarum horti Monspeliensi, in-80.
{2 )
liques. Dès lors, sa brillante imagination s’éteignit
pour faire place aux objets les plus lugubres, aux pen-
sées les plus déchirantes. Ses malheurs récens réveil-
lèrent le souvenir de ses malheurs passés : il vit dépé-
rir ses organes et ses facultés; sa mémoire prodigieuse
se perdit, ses mouvemens s’oblitérèrent; hors le sen-
timent,ilavait presque généralement tout perdu; il au-
rait même succombé à une apoplexie sans les prompts
secours que lui prodigua son digne frère. Après ce pre-
mier accident il revint à lui, reprit ses mouvemens
et l’usage de ses sens, mais il lui fut désormais impos-
sible de prononcer et même d’écrire les noms propres
et les substantfs, soit en français ou en latin, soit en
espagnol ou en anglais. Les épithètes, les adjectifs se
présentaient en foule, et il s’en servait pour désigner
les personnes ou les choses dent il voulait parler. Ge-
pendant son état s’améliorait peu à peu, quand un
coup de soleil vint mettre fin à ce qui lui restait en-
core d'existence morale. Cette première mort fut sui-
vie de six longues journées d’une léthargie convulsive,
après laquelleil descendit au tombeau, le 27 juillet 1807.
Ainsi périt à la fleur de son âge le fondateur de la
Société Linnéenne; ainsi périt l’homme juste, le savant
infatigable que tous vous avez, Messieurs, pris pour
modèle, Sa mort fut un long jour de deuil pour sa fa-
mille, pour ses amis , pour ses disciples , pour ses con-
frères ; elle fut très-sensible à lillustre école qu'il éclai-
rait par ses vastes connaissances, qu’il soutenait par son
zèle et le vif interêt qu’il prenait à sa gloire; elle le
fut également pour la patrie, qui perdait en lui un ci-
toyen utile et l’un de ses plus solides appuis.
(25)
Linnéens, la vie de BroussonneT vous offre deux
grandes choses à suivre : exactitude et probité dans
les recherches d’histoire naturelle, et dévouement ab-
solu à la patrie, lors même qu’elle demande le sacri-
fice de notre repos, de nos jouissances, et jusqu’au
penchant qui nous entraine à l'étude, Gomme Bnrous-
SoNNET , n'ayez qu’une ambition, celle du bièn public;
vivez unis entre vous ; ne permetlez aucun accès à ces
sombres passions qui désolent la société; donnez
l'exemple des vertus privées, des vertus civiques, et
vous consoliderez à jamais le monument que vous éle-
vez au génie.
AAA AA AAA 0/0 L/0/0/% V/0/0 /0/ 0/0 0/00 0/00 AAA DAV VAR DAT /QU Lure" 2
OBSERVATIONS
Sur le genre ct les espèces Trigla, vivant dans
la Méditerranée, sur les côtes de Nice; par
M. Risso, correspondant.
GENREF.
TRIGLA. Tics.
Tête cuirassée, subcubique, à museau saïlant plus
ou moins échancré ; mâchoires garnies de petites dents;
opercules , occiput , épaules terminés par des aiguil-
lons ; deux nageoires dorsales ; trois rayons libres au-
devant des pectorales.
SARA SAR RAR
ESPÈCES.
1. TRIGEA LYRA. EnieLr LYRE,
T'. rostro elongato; mandibulis lobis osseis duobus
dentatis et sulcatis; corpore rubro; radiis dorsalibus
pinnis tribus aeutis rotatis; cauda semilunata.
RoxpeL. 259-8.
Les deux lames dentelées, horizontales, sillonnées
du museau de cette trigle, donnent une image bien
faible des cordes tendues de l'instrument favori d’A-
pollon. Le corps de ce poisson est recouvert de peli-
, (25)
tes écailles adhérentes uniformément disposées ; celles
du dos et des côtés sont dentelées, d’un rouge cinabre
mélangé de teintes dorées; celles du ventre sont ru-
des, colorées de blanc mat. La tête est enveloppée de
plaques osseuses striées en rayons. L’œil a l'iris doré,
nuancé de noir; il est orné sur le devant de l'orbite
d’une dentelure aiguë bien prononcée , et postérieure-
ment d’une autre peu apparente. Sa bouche est grande:
les mâchoires sont garnies de plusieurs rangées de pe-
tites dents; le palais est noir; les opercules sont cise-
lés, ils scintillent l’azur, le violet, l’améthiste, et ont
chacun six aiguillons. La ligne latérale est un peu
courbe à son origine, et droite ensuite. Un long osselet
triangulaire est fixé au-dessus des nageoires pectorales.
Les bords du sillon dorsal sont armés d’aiguillons ar-
qués, saillans, à une seule pointe. La membrane de la
nagcoire dorsale est rougeâtre, tachée de noir ; l’anale
et la seconde dorsale sont variées de rose, de blanc et
de rouge; les pectorales sontrouges avec quelques tein-
tes obscures ; la caudale est presque sans échancrure.
La femelle a des ovaires fort gros qui contiennent
un grand nombre de petits œufs qu’elle dépose en
mai et en septembre. Longueur 0,400; séjour, ro-
chers profonds. Ap. mai, juillet, décembre.
2e ND—10, 2e D—16, P—ir. T—5, A—:17. C—14. MB—$.
( 206 )
2. T. ADRIATICA. T. Lasroviza.
T. rostro parvo, glabro, subcarinato; corpore squa-
mi-verticillato; lineà laterali aculeatä; pectoralibus
suprà rubro obscuro, subtüs virescentibus cæruleo ma-
culatis. N. Eadléss.z
Les écailles qui couvrent le corps de cette espèce
sont disposées en rangées transversales ; un rouge mi-
nium, à reflets azurés , parsemé sur le dos et les côtés
de tâches brunes, en varie agréablement les nuances.
Un blanc mat colore le ventre. Sa tête est osseuse,
le museau lisse, peu avancé, terminé par une petite
échancrure. La bouche est petite, terminale; les mà -
choires, presque égales, sont garnies de très-fines
dents; la langue et le palais sont rougeûtres ; l’œil est
d’un jaune doré, la prunelle bleue; il est muni autour
de l'orbite antérieur, de trois pointes. Les opercules
sont ciselés en rayons étoilés; la pièce inférieure est
découpée en deux aiguillons. L’ouverture des ouies est
jaune safran; un osselet triangulaire, dentelé, aigu,
est placé au-dessous de cet organe. La ligne latérale
est droite, relevée, aiguillonnée. Les nageoires dorsales
sont variées de rouge et de jaune ; elles peuvent se ca-
cher dans une fossette longitudinale, bordée d’aiguil-
lons courbés à plusieurs pointes, Les pectorales sont
d’un rouge obscur par-dessus; verdâtres , brunes avec
des grandes taches d’un bleu céleste, en dessous. Les
thoracines sont roses, l’anale colorée de rouge sur un
fond blanc, et la caudale d’an rouge vif.
/
(27)
La femelle est pleine d’œufs au printemps. Longueur
0240; séj., régions des algues. Apar. toute l’année.
12 ND—10. 2e D—16. P—10. T—6. A—16. C—16. MB—;.
3. T. CUCULUS. T. Gronpin.
T'. rostro subtruncato, latere utrinque serrulato;
corpore rubro, albo variegato; radiis primä dors ili
nteriore longissimis. =.
æ (e) Ron. 297-°.
Les premiers rayons de la nageoire dorsale déployés
en longs filamens, le corps plus arrondi, moins co-
nique, d’une forme plus svelte et plus effilée, couvert
de petites écailles lisses très-adhérentes, distinguent
cette espèce des précédentes. Un rouge tendre plus
ou moins foncé, avec des nuances blanchâtres, règne
sur le dos; une bande d’argent doré traverse les côtés;
un blanc mat colore le ventre. La tête est petite; le
museau étroit comme tronqué au sommet , serrulé la-
téralement, et terminé par une pointe saillante. La
bouche est médiocre, les mâchoires presque égales,
armées de très-petites dents; la langue blanche, le pa-
lais orangé, nué de brun; lœil petit, l'iris d’un ar-
gent doré, avec des nuances obscures; il est surmonté
de deux aiguillons courbés sur la partie antérieure de
leur orbite. Les opercules sont granulés; chaque pièce
est armée de deux pointes avec un petit aiguillon trian-
gulaire au-dessus, où se termine son ouverture, et un
autre plus bas, à côté des pectorales. La ligne latérale,
un peu fléchie à son origine, s’incline ensuite en ligne
( 28 )
droite, parallèlement au dos; elle est recouverte de
lames imbriquées, aplaties, à bords sillonnés. Les na -
geoires du dos sont variées de blanc, d’obscur et de
rougeûtre; les pectorales médiocres, d’un brun ver-
dâtre , mat en dessus, blanc rougeâtre en dessous ; l’a-
nale est blanchâtre, et celle de la queue rouge.
La femelle en diffère très-peu. Long. 0225; séj.,
rochers peu profonds. Apar. juin, octobre, décembre.
17€ ND—710. 2e D—418. P—11. T—6. A—16. C—12. MB—5
4. T. LUCERNA. T. Mira.
T'. rostro subrecto utrinque tridentato; corporé Tt-
bro, lineà laterali aculeatà; pectoralibus brevibus cæ-
rulescente maeulatis. x. ss
: Ron». 254.7.
Dés pêcheurs m'ont assuré que cette trigle fait en-
tendre une espèce de râlement sombre quand on la
retire de l’eau. Son corps est plutôt allongé, couvert
de petites écailles d’un rouge cinabre sur le dos, d’ar-
gent doré sur les côtes, de blanc mat sous le ventre.
Le museau est étroit, terminé latéralement par deux
petites lames tridentées en pointes ; le front n’est pres-
que pas creusé; l’œil est d’un rubis nacré; ilest gar-
ni, sur le devant de la cavité orbitaire, de deux poin-
tes aiguës. La bouche est rose, armée de petites dents ;
le gosier est jaune, le crâne terminé de chaque côté
par une pointe. Les opercules ont quatre aiguillons
chacun; le supérieur atteint presque celui situé au-
dessus des pectorales. La ligne latérale est formée de
( 29)
plaques d’autant plus relevées en arrière qu’elles sont
plus près de la queue ; leur tranchant est caréné, termi-
néen pointe. La première nageoire dorsale a une teinte
obscure à la partie moyenne de son bord supérieur ; les
pectorales sont courtes, d’un rouge plus oumoins foncé,
avec quelques légères taches bleuâtres; les thoraciques,
la seconde dorsale et la caudale sont d’un blanc rose,
avec quelques teintes plus rouges; l’anale est d’un
blanc mat.
La femelle diffère très-peu dans ses nuances ; les
pectorales sont d’un blanc rosé. Long. 0275; séj.,
moyennes profondeurs. Ap. mars, décembre.
ire ND—09. 2e D—20. P—rr. T—6. A—19. C—ir. MB—5.
CRE LAS LR LL RS
». T. CAVILLONE, T. CAviILLONE.
T. rostro subquadrato; corpore squamis magnis
rubris, scabris; radio primo pinnà dorsali denticula-
10; pectoralibus éncoloribus, virescente variegatis. x.
Ronp. 233-3.
RonpeLeT, et tous les auteurs après lui qui ont
parlé de cette trigle, ont été induits en erreur en la
considérant comme n'ayant que deux rayons libres,
tandis que j’en ai constamment reconnu trois sur tous
les individus que j'ai observés. Le corps de ce poisson
est subconique, couvert de trois grosses écailles den -
telées, rudes, peu adhérentes à la peau. Un rouge Ci-
nabre règne sur le dos, une bande d’argent doré tra-
verse les côtés, un blanc mat colore le ventre. Sa tête
( 50 )
est médiocre, le front comme tronqué, fort oblique ;
le museau, carré, a deux dentelures latérales saillantes ;
la bouche peu arrondie; la mâchoire inférieure poin-
tue, rude, garnie de petites dents; l'œil grand, l'iris
jaune; il est armé sur le devant de deux dentelures,
et en arrière d’une gouttière transversale dont le bord
antérieur est denté. Les opercules sont munis d’un ai
guillon chacun, ainsi que la partie postérieure du crâne
et le dessus des nageoires pectorales. La ligne latérale
est droite, rude; les plaques osseuses et tranchantes
qui bordent le sillon des nageoires dorsales sont basses,
denticulées, deviennent ensuite plus saillantes, et for-
ment un aiguillon arqué. La première nageoire du dos
est rougeâtre; son premier rayon est fortement den-
ticulé. Les pectorales sont opaques, avec quelques
nuances de vert sale; les thoracines jaunâtres, l’anale
blanche, et la caudale rougeätre.
Je ne connais pas de différence dans la femelle; les
œufs qu’elle pond en juin et novembre sont jaunâtres.
Long. 0095; séj., régions des algues. Ap. mai, juin,
novembre.
ire ND—310. 2€ D—18. P—7. T—6. A—16. C—11, MB—5.
Re ARR ARS AR Te
6. T. HIRUNDO. T. HimoNDELLE.
T. rostro parvo, subemarginato; pinnis pectorali-
bus latis cæruleo guttatis; lineä laterali squamis ma-
joribus. N.
J à Ronr. 225-1,
Le corps de la trigle-hirondelle est épais, subarrondi,
à dos large et ventre aplati, couvert d’écailles âpres et
(31)
dures, disposées en bandes transversales. Sa couleur
dominante est un rouge mêlé de noirâtre, La tête est
carrée, comme tronquée, à museau court, peu échan-
cré, terminé au bas du crâne par deux aiguillons. La
partie postérieure des opercules a quelques dentelures
aiguës, peu profondes. L’œil est petit,à prunelle grande,
l'iris varié de jaune doré et de rouge, avec quelques
nuances obscures. La ligne latérale relevée, droite,
rude, seulement un peu inclinée vers le bas. Le sillon
dorsal est bordé d’osselets tranchans. Les nageoires
pectorales sont amples, nuées de rouge obscur, bordées
de bleu et tâchées de noir bleuâtre. Les trois rayons
libres sont charnus, flexibles dans leur moitié posté-
ricure, composés antérieurement de deux pièces os-
seuses, dont l’une glisse parallèlement à l’autre pour
opérer le mouvement de flexion et d’extension de l’ex-
irémité flexible. Les thoraciques et l’anale sont blan-
châtres, nuées de rouge. La première dorsale triangu-
laire est d’un rouge pâle; la seconde, ainsi que la
caudale, ont des nuances obscures,
La femelle porte des œufs rougeâtres. Long. 0300;
séj. vers le sommet des eaux. Ap. juin, juillet,
1 ND—8. 2e D—14. P—io. T—6. A—i14. C—18. MB—r.
RS SARA UE SE AR
7. T. GURNARDUS. T. Gurnau.
T. rostro brevi sinuato; line& laterali squamis bi-
spinosis; pinnis pectoralibusmediis lutescentibus nigro
maculatis. N.
La partie dorsale de ce thoracin est rougeâtre, à re-
(5%)
Îlets jaunes ponctués de blanc azuré; les côtés chan-
gent en rouge violet relevé d’une bande dorée; le ven-
tre est blanc. La tête est solide, brillante d’or, d’ar-
gent et d’améthiste. Son museau est court, sinué en
demi-lune, avec quatre petites pointes inégales de cha-
que côté, séparées les unes des autres. La bouche est
grande, le palais jaunâtre, les mâchoires presque éga-
les. L’œil a l'iris argenté, nuancé de jaune; ilest armé,
au-dessus du devant de l’orbite, de deux pointes cro-
chues. Les opercules sont granulés en relief; la pre-
mière pièce est biépineuse, la seconde terminée par
une longue pointe aiguë, Un osselet pyramidal aigu est
situé au-dessus des ouvertures des ouies. La ligne la-
térale est droite, nacrée, formée de petits aiguillons à
deux pointes. La membrane de la nageoire dorsale est
d’un rouge transparent, avec des taches noires; son
premier rayon est dentelé : la seconde est moins va-
riée; toutes les deux se plient dans une fossette dont
les bords sont garnis de pointes courbes pointillées de
jaune. Les pectorales sont peu développées, d’un roux
jaunâtre taché de noir; les thoracines et l’anale sont
blanches; la caudale, en demi-lune, d’un jaune rou-
geâtre.
La femelle est pleine d’œufs en mai; ses teintes sont
moins prononcées. Long. 0500; séj., profondeurs va-
seuses. Àp. mai, juillet, octobre.
1 ND—7. 20 D—39. P—io. T—6. A—18. C—16. MB—S8.
A A A AN
8. T. CORVUS. x. T. CorgEAu. \.
T. rostrotruncato, utrinque denticulato; fronte gib-
bosa; corpore glabro, griseo argenteoque vario; pinnis
pectoralibus virescentibus cæruleo limbatis. x.
Ron». 253-C6.
On reconnaît plusieurs traits de ce poisson à tra-
vers la description défectueuse et la figure grossière
que RonpeLer en a données. Son corps est arrondi,
ensiforme, couvert de très-pelites écailles lisses, fort
adhérentes à la peau. Un gris bleuâtre, mêlé de noir,
règne sur le dos, un nacré pâle sur les côtés, un
blanc mat sous le ventre. La tête est grande, solide,
ciselée par des rayons divergens. Le museau, muni en
dessus d’une protubérance, est échancré, terminé par
deux lames latérales, courtes, arrondies, à cinq pointes.
La mâchoire inférieure est plus courte que la mandi-
bule, toutes deux garnies de petites dents; le palais
est d’un jaune foncé. L’œil est rond, l'iris argenté, la
prunelle azurée ; il est orné de deux pointes de chaque
côté. Les opercules ont leurs pièces terminées par
deux aiguillons; un osselet allongé et pointu est placé
au-dessous de l’ouverture des ouïes. La ligne latérale
est droite, lisse, relevée, sans écailles. Les nageoires
dorsales sont incolores et obscures; elles peuvent se
cacher dans un sillon longitudinal bordé d’aiguillons
simples. Les pectorales dépassent l’anale; elles sont
variées de vert, lisérées de bleu en dessus, rougeâtres
avec les rayons blancs en dessous, Les thoraciques sont
lavées de rougeûtre; l’anale est jaunâtre; la caudale,
J
(34)
un peu en croissant, est d’un rouge pâle, nuancée de
noir au sommet,
La femelle présente des teintes un peu plus foncées ;
ses flancs sont argentés ; elle dépose se: œufs vers le com-
mencement de l'été. Long., 0150; séj., plage du Var.
Apar. mai, octobre.
are ND—G. 20 D—16. P—ri0. T—6. A—15. C—14. MB—.
RS ARR RS
9. T.MICROLEPIDOTA. x. T. A PETITES ÉCAILLES. N.
T'. rostro sinuato, prolongo; lincä laterali muticä;
squamis parvis; pinnis pectoralibus magnis virescen-
tibus cæruleo guttatis. ».
Le corps couvert d’écailles extrêmement petites,
sans aucune aspérilé, même sur la ligne latérale, dis-
tingue celte espèce de la précédente, avec laquelle elle
a quelques rapports de conformation. Le dos est rou-
geâtre, mêlé de bleu, avec quelques taches brunes et
orange le long des flancs; ceux-ci offrent une bande
dorée qui tranche avec le blanc mat du ventre. La
tête est plus allongée et le front moins incliné que dans
la trigle-hirondelle; le museau est échancré, orné de
deux pointes courtes à huit dentelures à peine sensibles.
L’œil est petit, nacré, armé, en dessus de la partie an-
iérieure, de deux aiguillons. Les mâchoires sont gar-
nies de très-petites dents, ainsi que le gosier, le pa-
Jais et les arcs bronchiaux. La rainure du dos est bor-
dée de 24 osselets tranchans, peu élevés, à une seule
pointe aiguë. La première nageoire dorsale participe
(35)
aux nuances du dos, affaiblies par la transparence de
la membrane; elle laisse un intervalle de deux plaques
osseuses avec la seconde dorsale, qui a deux bandes
de taches rougeâtres. Les pectorales sont amples, d’un
vert à reflets bleuâtres, avec des zones obscures et une
tache noire entourée d’autres petites taches bleues en
dessus; elles sont ternes, présentent du rouge et du
vert sur lesquels les rayons se dessinent en blanc en
dessous. Les thoracines et l’anale sont d’un blanc rou-
geâtre : la caudale est rouge.
La femelle est d’un gris argenté avec des taches d’un
rouge orange pâle; la bande dorée a des reflets argen-
tés, et la ligne latérale également mutique: ses œufs
sont d’un jaune foncé. Long., 0400 ; séj., rochers pro-
fonds. Apar. juin, novembre.
are ND—9. 2e D—16. P—ir. T—6. A—15. C—i11. MB—5.
125212212122
T. GARRULUS, \. T. GEAL. \.
T. rostro subquadrato paulo sinuato corpore,
squamis aculeatis; pinni spectoralibus magnis, suprà
griseis, subtüus virescente fusco guttato.
Je donne à cette trigle cette épithète, parce qu’elle
présente dans ses couleurs une élégance vraiment ad-
mirable. Son corps est arrondi, subconique, couvert
de petites écailles rudes et âpres au toucher. Le dos
est nué de gris tirant un peu sur le rouge; les côtés
marqués de quelques taches de mêmes teintes avec des
reflets dorés; le ventre est d’un blanc mat. La tête est
médiocre; le museau terminé carrément en devant
J,
ï ( 56 )
avec des dentelures peu marquées, très-légèrement
échancré au milieu. La bouche petite; les mâchoires,
le palais et le gosier armés de petites dents ; l’œil assez
gros, l'iris nuancé de gris, la prunelle bleue; il est sur-
monté de deux pointes aiguës sur le devant, une en
arrière et trois de chaque côté du crâne. Les opercu-
les ont la pièce postérieure garnie de deux aiguillons;
la ligne latérale droite et rude. Les bords du sillon
dorsal sont armés de 24 lames à pointe dirigée en ar-
rière et à face antérieure oblique. La première rageoire
dorsale est tachetée de gris; les pectorales sontamples,
d’un gris clair en dessus avec quelques taches noires
sur le premier rayon, d’un vert mat en dessous, avec
des bandes transversales brunes et une grande tache
d’un beau noir entourée d’un grand nombre de peti-
tes taches d’un bleu brillant assez semblables à Paile
du geai. Les thoraciques sont incolores et la caudale
un peu foncée.
La femelle présente peu de différence. Long. , 0067 ;
séj., plaines de gravier. Ap. mars, juin.
12 ND—0. 2e D—15. P—1t. T—6. A—15. C—11. MB—6.
LES LESSS 2
REMARQUES.
Les trigles ont chacune trois rayons libres, articu-
lés à côté des nageoires thoraciques; un aiguillon pec-
toral triangulaire plus ou moins long, situé en dessous
des ouvertures des ouïes; une dentelure aiguë en des-
sus des cavités orbitaires ; un fort aiguillon qui accom-
pagne les thoraciques; une rainure dorsale bordée de
(57)
plaques osseuses diversement aiguillonnées; la première
nageoire dorsale épineuse : Loutes ont une coupe du
corps verticale, ovoïde, qui va en diminuant de la par-
tie antérieure à la postérieure, avec le ventre presque
droit, incliné d’avant en arrière : toutes ont de fort
petites dents crochues, fixes, serrées aux mâchoires; le
palais et les arcs bronchiaux hérissés de pointes pour
retenir la proie sans la déchirer ; la bouchelégèrement
protractile ; le gosier et la membrane qui avoisine les
bronchies diversement colorés : presque toutes ont le
crâne terminé par des pointes, la ligne latérale droite
et oblique, et la nageoire de la queue peu symétrique,
avec plus de rayons à la partie supérieure, qui est par
conséquent plus ample que l’inférieure : leur chair est
blanche, plus ou moins tendre, et même sèche, coriace
et filamenteuse; elles se nourrissent le plus souvent des
crustacés et de frétins de poissons.
VRAAAAR/VNVAE VU/L/8 V2 LA/0/ LA/0/8/6/8/0/0 00/0/0004 LV 0/0/00/0847 LAVAL AAA LA RAA
MÉMOIRE SUR L'OOLOGIE,
OU
SUR LES OŒUFS DES ANIMAUX:
Par M. ALFRED MOQUIN -TANDON,
CORRESPONDANT À MONTPELLIER.
Toutefois il s’est trouvé des hommes, et
notamment un en Delphes, qui recognoissoit
des marques de différence dans les œufs, si
qu'il n’en prenoit jamais l’un pour Pautre.
Monraicexe, Essais, liv. HI, ch. 13.
La reproduction générative, cette fonction si néces-
saire à la vie, qui, conjointement avec la gemmiparité,
perpétue les êtres organisés, et assure la conservation
des espèces, a dû fixer l'attention des premiers nalu-
ralistes. Admirateurs constans des merveilles de Ja
nature, ils ont cherché à soulever un coin du voile
épais qui dérobe à nos yeux un de ses plus grands
mystères. Les beaux traités que nous avons sur la gé-
nération des animaux ont étendu l'empire illimité de
nos connaissances zoologiques; ils ont servi à la célé-
brité de leurs auteurs, en même temps qu'ils ont con-
iribué à l’avancement de la science. L’anatomie et
la physiologie ont enrichi tour à tour leur domaine
des travaux justement renommés des Hanvix, des
HazLer, des R£pr, des R£aumur, des Burrow, des Vico-
v'Azvn, elc., etc., etc. Parmi ces savans physiopailes,
——
— ———
(1) Formé de 6ôv ovum, œuf, et 905 sermo, discours.
(39)
les uns ont embrassé tout ce qui concernait la géné-
ration des êtres organisés ; les autres, moins hardis, et
observateurs plus fidèles, se sont occupés plus spécia-
lement des œufs des animaux; mais, ne les ayant con-
sidérés que sous le rapport physiologique, les œufs
d’une seule espèce d'animal ont sufli à leurs expé-
riences (1). Jusqu'à présent aucun auteur ne s’est
attaché à examiner les œufs sous d’autres points de
vue; cette lacune en histoire naturelle ne doit être
attribuée, ce me semble, qu’à la difficulté qu’on
éprouve à se former une collection de ce genre, et
qu’au peu d’empressement qu'ont mis dans leurs re-
cherches ceux qui auraient été dans le cas de faire
des observations.
L’ornithologie est cependant redevable à M. Scnixz,
de Zurich, d’un excellent ouvrage sur les œufs des
oiseaux de l’Europe; ouvrage qui se publie en ce mo-
ment, et qui laissera peu de chose à désirer, tant pour
les nouvelles idées qu’il renferme, que pour la beauté
des planches enluminées dont il est accompagné. Il
serait à souhaiter, qu’à l'exemple de ce savant orni-
thologue, les naturalistes français entreprissent de
traiter les autres sections de l’oologie. En attendant
le fruit de leurs travaux, je me permettrai de hasarder
quelques idées générales sur diverses formes que l’on
observe dans les œufs des animaux, sur le nombre qui
(1) Comme de tous les œufs les œufs de poules sont les plus com-
muns, ce sont ceux que l’on a observés de préférence. Harveus, de
ovo; Macricui, de formatione pullé in ovo; Hazver, de la formation
du poulet; etc. \
( 40 )
est particulier à chaque tribu, sur les élémens qui com-
posent leurs substances, enfin sur leur grosseur con-
sidérée avec celle de l'individu qui leur donne nais-
sance.
Non contens d’avoir examiné les changemens presque
insensibles qu'opère l’incubation sur les œufs des ani-
maux, et particulièrement sur ceux des gallinacées, et
d’avoir éclairci cette partie de la génération, plusieurs
anatomistes célèbres, tels que Harvée (1), Graar (2),
KexkriNeius (3), ont voulu expliquer de la même ma-
nière celle des mammifères, et par conséquent celle
de l'homme. Ils ont avancé que l'ovaire de la femme,
irrité par le contact -de la semence du mäle, laissait
échapper un petit œuf qui tombait dans la matrice,
et qui donvait naissance à un nouvel individu (4).
Cnarzes Bonxer a été plus loin; il a prétendu qu’il n°y
avait point d’homme, ni d'animal, qui fussent vérita-
blement engendrés ; que tous existaient depuis la créa-
tion comme germes préformés. Plusieurs métaphysi-
ciens ont adopté le sentiment de ce naturaliste, et le
système de l’emboitement des germes à pris naissance
de la même manière que celui des ovaristes; il s’est
———
(1) De generatione animalium.
(>) De virorum organis generationi inservientibus, et Traité des
organes des femmes.
(3) Anthropogeniæ ichnographia.
(4) On peut voir : SWAMMERDAM, De fabrica utert muliebris, 1679;
Farrnoznx, Cent. prem. hist. nat., AV, p. 2; LANzONIUS, Mém. des
cur. de la nat., dec. 11, an 9, obs. XXX VW, pag. 731; Ronivs,
Cent., MX, obs. LVII; Bencer, De natura humana, lib. IF, cap. 1,
P. 461.
(4)
répandu comme lui, et comme lui il a trouvé de zélés
partisans.
Quelques savans, et entre autres Marian, GR£w,
Razuius, se sont crus fondés à dire de leur côté, que
la reproduction des plantes se faisait aussi au moyen
de l’oviparité, que ce phénomène pouvait surtout s’ob-
server parmi les graminées (1). Comme il n'existe pas
de limites bien tranchées entre le végétal et le minéral,
et que la nature, ne présentant que des individus, ne
saurait se plier à nos vaines classifications, il faudrait
maintenant que des géologues ou des minéralogistes
voulussent, à leur exemple, donner une pareille origine
aux Corps inorganiques (2), et nous ressemblerions
aux anciens idolâtres, ou à ces Druides superstitieux
qui, regardant l’œuf comme le symbole du monde, lui
rendaient un culte pareil à celui que les Grecs aux
fêtes de Bacchus, et les Egyptiens à celles d’Osiris,
avaient consacré au dieu de la génération (3).
Pendant que les ovaristes cherchaient à soutenir
leur opinion de toutes les manières et qu’ils prenaient
pour devise : Omnia ex ovo, il s'élevait des détracteurs
de ce nouveau système : ceux-ci employaient tous les
moyens pour persüader que cette théorie de la géné-
(1) C'était aussi le sentiment d'Eurénocze, de Démocmre, d'A-
NAXAGORE, d'ARISTOTE, de Puixe, de Fagrice d'Aquapendente, etc.
C'était aussi celui de Taéornrasre lorsqu'il dit: Srépuara 2294720 2
Tots &ois. (AZem. de la Soc. Linn. de Paris, 1. A, p. 531.)
(2) I s’est trouvé quelques novateurs qui ont voulu accréditer ce
système ; malheureusement pour leur gloire, il n’a pas pris.
(3) Voyez OEuf de serpent, des Druides, de Roe, d'Orphée, d'O-
siris, etc, ele.
(42)
ralion était contraire à l’Ecriture sainte (1); ceux-là,
non moins singuliers, ne voyaient dans la reproduction
générative qu'une sorte de cristallisation (2); selon
eux, les enfans se cristallisaient dans le sein de leur
mère, comme il arrive au sucre candi et aux corps
inorganiques. Quoi qu'il en soit de toutes ces hypo-
thèses, de tous ces systèmes, vains produits de l’ima-
gination, il n’en est pas moins vrai que chez les ani-
maux la faculté génératrice se présente sous des modes
bien diflérens.
Tantôt l'embryon se développe dans le corps de sa
mère, il sort vivant, et presque semblable aux animaux
qui lui ont donné le jour, et que l’on nomme pour ceia
animaux vivipares.
Tantôt le germe, enveloppé d’une substance jau-
pâtre ou couleur d’or, vitellus (5), à laquelle il adhère
par un plexus de vaisseaux, est renfermé sous une
cloison calcaire ou membraneuse. C’est là la génération
ovipare.
La différence qui existe entre la viviparilé et l’ovi-
parité n’est point aussi grande qu’on pourrait l’ima-
ciner, elle tient au contraire à fort peu de chose (4).
Il est des animaux, tels que les pucerons, le seps, Por-
vet, les polypes à panache, qui, selon le changement
(1) Gousser, De causis linguæ hebraïice.
(2) Mazini, etc.
(3) Chez les poissons, les reptiles et les mollusques, Pœuf est prive
de substance vitelline.
(4) Voyez Paurix, De anguilla, sect. prim., cap. 11; Isiworn, Prev
mem. 28; in append. Hem. nat. cur. dec. 11, an 4, p. 201; See.
Nureu»., De miraculis naturæ, in Europ., €. xL1.
(45)
des saisons, affectent alternativement ces deux sortes
de reproduction : ils sont ovipares en automne et vi-
vipares pendant les chaleurs de l'été. On pourrait
leur conserver la dénomination de cæœnogones cænogo-
na (1), déjà donnée par Forsrer à plusieurs animaux
articulés. D’autres fois il arrive que les œufs éclosent
dans l’oviducte : les petits ont l’air d’être produits par
un animal vivipare, quoique dans le fond ils ne soient
que l’ouvrage d’un œuf. Ces animaux, qui ont été ap-
pelés ovovivipares, sont la vipère, le chaleide, la sala-
mandre terrestre, plusieurs poissons, certains insectes,
et quelques mollusques. On a remarqué que ce der-
nier mode reproductif était ordinairement affecté aux
animaux rapaces et destructeurs ; que ces espèces,
douées d’une sensibilité et d’une ardeur vitale plus
grandes que celles des autres ovigères, pouvaient com-
muniquer à leurs fœtus naissans assez de force et
d'activité pour qu’ils pussent se passer de toute incu-
bation. Parcourons les diverses tribus de l’échelle ani-
male, et nous verrons que les animaux ovipares, gra-
nivores ou phytophages, qui sont toujours les plus
faibles, emploient bien plus de temps à couver leurs
œufs (proportion gardée avec la longévité de leur fa-
mille), que les animaux qui se nourrissent de mol-
lusques ou d’insectes ; et que ceux-ci, qui à leur tour
sont moins actifs, moins puissans que les omnivores
et les rapaces, ont une incubation bien plus prolongée
que celle de ces derniers (»).
TOR CNRS ET PORT | 1 ARONORE TONER NES
(1) De xowès, communis, commune; et Yo, Semen, semence.
(2) Chez la plus grande partie des ovigcres, ct surtout chez les
(44)
Nous examinerons successivement dans nos Mémoires
les œufs des animaux ovipares et ceux des cænogones.
Nous allons commencer par les œufs des oiseaux; les li-
mites étroites que nous nous sommes imposées ne nous
permettent pas de nous étendre davantage. Puisse
notre faible travail être reçu avee quelque intérêt par la
Société Linnéenne, qui nous a déjà donné une marque
de sa bienveillance en nous admettant au nombre de
ses correspondans !
Avant d’entrer dans de plus grands détails, il me
semble qu'il convient de donner une idée exacte du
sens que nous attachons à l'expression qui fait le sujet
de ce premier Mémoire. Je ferai observer que c’est
faute de s'entendre sur la signification du mot œuf, qu'il
s’est élevé parmi les naturalistes des discussions aussi
longues qu’ennuyeuses. Il est clair que si nous voulons
appeler de ce nom le germe qui, chez tous les êtres
organisés, donne naissance par son développement à un
nouvel individu, nous ne pourrons nous refuser à re-
garder comme des œufs les embryons des mammi-
fères, les capsules, les graines et les amandes des vé-
gélaux (1) ; mais si d’un autre côté, bien loin d'étendre
oiseaux , l'intervalle qui existe entre la ponte de chaque œuf est
ordinairement d’un jour. Les animaux vivipares qui déploient bien
plus de force dans leur mode génératif, puisqu'ils donnent le jour à
des êtres déjà tout formés, montrent encore la même activité dans
la ponte de leurs petits; ils peuvent les produire tous dans la même
journée.
(1) Nous pourrons dire alors avec HARvÉE : Tout ce qui vit sort
d'un œuf; omne vivum ex ovo. Voyez ce que lon a dit (Mém. de
la Soc. Linn. de Paris, 1.1, p. 150) sur l’analogie qui existe entre
l'œuf végétal et l'œuf animal.
(4)
l’acception de ce mot, nous nous obstinons au contraire
à la restreindre ; si nous ne voulons apercevoir le ca-
ractère de l’oviparité que chez les animaux dont le fœtus
est recouvert d’une substance analogue à la coquille
des testacés; les oiseaux et les reptiles auront seuls le
privilége de produire des œufs. Ainsi, pour éviter toute
confusion, j'appellerai œuf le corps qui se forme chez
les femelles des oiseaux, des poissons, des reptiles, des
insectes et des vers, qui, sous une enveloppercalcaire
ou membraneuse, plus ou moins épaisse, renferme un
animal de même nature, dont la chaleur seule peut
grossir et développer les parties. D’après les divers
états ou les divers modes sous lesquels on rencontre
cette écorce, nous diviserons les œufs en œufs parfaits
et en œufs imparfaits.
Les œufs parfaits comprennent ceux qui sont re-
vêtus d’une enveloppe mince, friable, calcaire, blanche
ou colorée, qui met le germe à l’abri des injures exté-
rieures : cette enveloppe s’appelle coque (testa). Parmi
les œufs qui composent cette première division, les uns,
comme par exemple ceux de plusieurs sauriens et ceux
de quelques espèces de chéloniens, n’ont besoin que de
la chaleur du soleil pour faire éclore l’embryon qu'ils
renferment : les autres, qui appartiennent aux oiseaux,
doivent être couvés par la mère, par le père ou par
un animal qui ait une température peu difftrente;
et c’est cette action de couver que l’on a désignée sous
le nom d’incubation, incubatus (1).
,
Les : , vin ;
(1) L'incubation varie beaucoup; sa durée ne dépend pas, comme
V e TE ’
ont avancé bien des personnes, de la hauteur de la temperature.
(46)
Les œufs imparfaits sont les œufs chez lesquels une
pellicule membraneuse remplace la coque où l'écorce
calcaire (1) : ce sont ceux de la plupart des reptiles, des
poissons, des insectes. Cette seconde division pourrait
encore être séparée en deux classes, en œufs vrais et
en œufs faux. Les premiers seraient les œufs qui, après
avoir été pondus par l'animal, n’ont besoin que d’être
soumis à la chaleur solaire pour parvenir au but que
la nature se propose; le fœtus en naissant a la forme
qu’il conservera toujours : c’est ce qu’on remarque
Les hirondelles mettent autant de temps à couver en Barbarie et au
cap de Bonne-Espérance, qu’elles en emploient dans le nord de
l'Europe.
11 n’est pas nécessaire que l'oiseau soit constamment sur ses œufs ;
il peut les quitter pendant quelque temps, et ce temps est en raison di-
recte de celui qui reste à l'embryon pour sortir de l'œuf. Beaucoup de
naturalistes ont dit, d’après Wirruensy, que, semblables aux repti-
les, plusieurs oiseaux (l’autruche, le cochevis, etc.) laissaient au so-
leil le soin d’éclore leurs œufs : ils se sont trompés ; tous les oiseaux
couvent leurs œufs ou les font couver par d’autres oiseaux (les
coucous); et si l’autruche, se reposant sur la température du sable
où elle les a déposés, les abandonne quelquefois pendant les chaleurs
. du jour, il n’en est pas moins vrai pour cela, qu’elle vient les échaufler
pendant la fraîcheur de la nuit.
L'incubation dure onze jours chez les mésanges ; treize jours chez
le rouge-gorge, le troglodite. Les pigeons et le rossignol couvent dix-
huit jours ; l’attagas vingt ; la poule, le grébe huppé, la foulque, vingt-
un ; les scolopaces vingt-huit; etc.
L’'incubation aurait été inutile dans les animaux à sang froid , leur
caloricité étant égale ou presque égale à la chaleur atmosphérique.
(1) Chez les animaux vivipares, c'est le chorion (yopeïcv , conte-
nir) qui enveloppe le fœtus. Nous ne pouvons appeler ni coque, n°
chorion, la membrane extérieure des œufs imparfaits; je propose le
nom de périgone (x£p!, tout autour, et yovn, semence).
(4 )
dans les reptiles sauriens, ophidiens et chéloniens,
dans quelques insectes, dans les vers et dans les z00-
phytes. Les autres, au contraire, bien loin de produire
immédiatement des animaux semblables à leurs pa-
rens, donnent la vie à des larves qui ont encore des
mutations à subir, d'anciennes parties à perdre et de
nouvelles à acquérir avant d’être parvenus à leur état
de perfection. Les tétards et lés protées (1), par
exemple, sont des larves, des êtres intermédiaires, qui
forment une nuance entre les grenouilles et les sala-
mandres aquatiques, et les œufs de ces batrachiens.
Les mêmes métamorphoses peuvent encore être obser-
vées chez les autres espèces de cet ordre, et chez
presque tous les animaux articulés.
OŒEUFS PARFAITS.
Les œufs des oiseaux ont généralement une forme
elliptique, plus ou moins allongée; on y distingue un
gros et un petit bout, ou une extrémité obtuse, arron-
die, et une extrémité qui s'approche davantage de la
forme pointue. Chez les oiseaux de proie nocturnes
les œufs ont une figure sphérique ou globuleuse, c’est
ce que l’on remarque surtout dans le grand-duc, la
chevéche, le scops. D'autres oiseaux les ont d’une
forme allongée et presque cylindrique, tels sont les
corneilles, les plongeons, les martinets, l’hirondelle
de rivage et le superbe phénicoptère; chez d’autres,
ils sont acuminés ou pyriformes, comme l’avocette, le
©"
(1) Draparvaun, Tableau des mollusques, p. 5.
( 48 )
courlis, le grébe, les scolopaces, plusieurs palmipèdes
et plusieurs échassiers.
La figure elliptique des œufs dépend de la pression
graduée qu’ils éprouvent dans l’oviducte, lors de la
formation de la coque; et l’inégalité qui existe le plus
souvent entre les deux bouts provient d’une pression
différente , et bien sujette à varier, de la part de cet
organe. Il n’est point extraordinaire de trouver dans
une même espèce d'oiseau, dans la poule, par exemple,
des œufs qui s’éloignent autant les uns des autres, et
pour la grosseur et pour la forme. Aussi, rien n’est-il
plus faillible que cette règle que le vulgaire regarde
comme constante, et qui consiste à considérer les œufs
arrondis comme contenant des femelles, et ceux qui
sont allongés comme renfermant des mâles.
Quelle merveilleuse diversité dans la production
des œufs des oiseaux! Les guillemots, les pétrels, ne
pondent qu’un œuf; les plongeons, les fous, les pigeons
en pondent 2; les oiseaux de proie, les coraces et quel-
ques échassiers, de 5 à À; les alouettes, les saxicoles,
les gros-becs et beaucoup de sylvies, jusqu’à 5; les
chélidons, le rossignol de muraille, de 6 à 7; les mé-
sanges, les grimpereaux, de 8 à 10; les barles, les
perdrix, les cailles et d’autres gallinacées, en pondent
depuis 9 jusqu’à 18; Pautruche en dépose sur le sable
de 25 à 50 (1); enfin, si l’on ôle les œufs, lun après
l’autre, à la poule, au canard, au pouillot, à mesure
que ces oiseaux feront leur ponte, ils en fourniront
un nombre prodigieux.
A ——— "© © —— —————— —— ——————
(1) Selon quelques voyageurs, elle ex pond de 5o à Go.
(49)
On découvre sans peine que ce sont les espèces d’oi-
seaux les plus nuisibles qui donnent naissance à une
moindre quantité d’œufs. Les manchots, les vautours,
la plupart des oiseaux de rapine, et tous les mono-
games en général, sont très-peu féconds; tandis que
le genre Anas, tous les gallinacés et tous les polygames
qui, par leur utilité, sont pour l’homme un secours
des plus précieux, se propagent d’une manière si éien-
due, qu’on est étonné de l’admirable fécondité de ces
volatiles. C’est ainsi que nous distinguons sans cesse,
même dans les plus petites choses, la sagesse pré-
voyante de l’auteur de la nature, et les ressorts dont
il s’est servi pour satisfaire à nos besoins (1).
Si l’on fait attention à l'immense échelle d’oiseaux
qui se trouve entre l’autruche et le brillant colibri, si
l’on considère les nombreuses gradations qui sont pla-
cées entre ces deux espèces si éloignées pour la gros-
seur et pour la force, on ne pourra s'empêcher de
penser qu'il règne une pareille filiation entre les œufs
produits par ces deux oiseaux , et que les anneaux de
la chaîne qu’ils composent, grossissent graduellement
selon le degré d'augmentation que peuvent subir les
(1) Voici le nombre des œufs que pondent tous les gallinacés
d'Europe :
Phasianus colchicus, 12 bis 24; T'etrao urogallus, 6 — 16; T. me-
dius, 8— 15; T.tetrix, 8— 12; T. bonasia, 6 — 16; 7. scoticus,
G6— 10; 7° lagopus, 7 — 15; T. saliceti, 10 — 19; Pterocles arena-
rius, 7 — 9; P. setarius, 6 — 10; Perdix francolinus,, 8 — 14;
P. saxatilis, 10 — 20; P. rubra, 19 — 21; P. petrosa, 10 — 15;
P. cinerea, 19 — 20; P. coturnix, 9— 16; Hemipodius tackydro-
BUS, 8 —14; À. lunatus, 6 — 12.
4
( 90 )
individus auxquels ils correspondent. Tout se lie dans
la nature, tout en elle respire et l’ordre et l'harmonie ;
il est cependant des oiseaux qui interrompent le cours
de cette liaison. Plusieurs familles, peu diférentes pour
la force et pour la taille, enfantent des œufs d’un vo-
jume très-inégal, dont la grosseur est bien loin d’être
en raison directe de la masse du corps des oiseaux
qui les ont créés, ainsi que de leur puissance. Le bé-
casseau, le pingouin et le guillemot, mettent au jour
des œufs très-gros; ce dernier même possède cette fa-
culté à un degré supérieur; mais le cormoran, la buse
bondrée et le grêbe cornu en ont de très-peu volumi-
neux. Ordinairement ce sont les gallinacés, les gralles,
les pinnatipèdes, et les autres oiseaux aquatiques ou
palmés, qui jouissent de la faible prérogative de donner
naissance à des œufs hors de toute proportion avec le
volume de leurs corps. Les petits, dans ces divers or-
dres, se mettant à courir dès leur sortie de l’œuf, il a
nécessairement fallu que la coquille qui devait les en-
velopper fût plus grande que dans les autres tribus, où
l’oiseau, après sa naissance, reste encore une trentaine
de jours dans son nid. Aussi observe-t-on que les oi-
seaux qui ont les œufs les plus gros, proportion gardée
avec l’étendue de leur taille, sont également ceux qui
en pondent une plus grande quantité, l'éducation de
leur famille leur demandant moins de peines, moins
de soins, moins de sollicitude. Cette règle toutefois ne
doit pas être prise d’une manière absolue; une excep-
tion doit être faite en faveur du macareux, du colymbe,
et de plusieurs autres espèces, chez lesquelles Pexiguité
du nombre est compensée par la durée de l’incubation.
(51)
On assure que le solitaire (Didus solitarius Gusr.. )
qui ne pond qu’un seul œuf, le couve pendant sept se-
maines (1), et nous voyons, en Europe, nos mésanges
remplir leurs nids d’une vingtaine d’œufs, et chez elles
l’incubation ne dure que onze jours.
Les pintades, les paons et une foule d'oiseaux,
ont la coque très - dense , très -épaisse; les faucons,
les pétrels, le scops, le merle de roche, ont cette
écorce très-mince, très-fragile. En général, ce sont les
oiseaux les plus légers, les plus habiles à fendre l'air,
ceux qui se transportent d’un seul vol à des traites
immenses, qui produisent des œufs d’une faible co-
quille : ce sont aussi ces mêmes oiseaux qui les ont
d’une petitesse extrême. La frégate, qui serait le roi
des volatiles si l'empire était dà à la légèreté et non
à la force, naît d’un œuf très-peu volumineux, et qui,
comme ceux des chélidons, est pourvu d’une coque
fort mince; les pesans struthions, les manchots, dont
la corpulence égale la stupidité, et les gallinacés pul-
vérateurs, ont des œufs très-gros, très-épais, et dans
lesquels nous trouvons une grande quantité de car-
bonate et de phosphate calcaire. Gette analogie s’a-
percoit aussi chez les alcyons et les hirondelles de
mer, navigateurs ailés qui, après la famille des chéli-
dons, ont le vol le plus fier, le plus puissant, le plus
étendu. La couleur d’ivoire qui caractérise les œufs des
guépiers et des martin-pêcheurs, le peu d’épaisseur et
de développement qu’on trouve dans ceux de l’épou-
vantail, du pierre-garin et de l’hirondelle à dos bleuà-
(1) Burrow, {list. nat. des oiseaux, t. MI, p. 340.
fe
( 52)
tre (1), montrent à quel faible degré ces oiseaux peu-
vent fournir les substances calcaires.
Cette coquille est unie, lisse, luisante, dans la ci-
gogne, le motteux, les pigeons, les tourterelles ; celle
des hérons, du grand pluvier, du fou de Bassan, etc.,
présente une surface très- mate , très-poreuse, qui se
recouvre de pelites éminences ou de nombreuses
aspérités, chez le dronte, le gypaëte barbu, les ca-
nards, et une infinité d'oiseaux à large bec.
J'ai remarqué que ces deux dernières circonstances
n'étaient guère propres qu'aux œufs des gralles, des
coureurs et des oiseaux aquatiques. Accoutumés à cher-
cher leur nourriture incertaine au milieu de la vase,
dans les eaux bourbeuses, dans la fange, ils sont plus
sujets que les autres volatiles à avaler, avec leurs gros-
siers alimens, une certaine quantité de matières ter-
reuses ou animales, qui peut contribuer à rendre à leurs
coquilles cette rugosité poreuse que nous lui connais-
sons. J’ai enfermé une cane pendant quelques se-
maines; je l’ai forcée à s’accoutumer à une nourriture
que je lui avais préparée, et j'ai obtenu par ce moyen
des œufs dont le grain était bien éloigné de la finesse
de celui des œufs ordinaires. La même expérience ré-
pétée plusieurs fois, et sur des individus différens, a
toujours élé suivie des mêmes résultats, et il n’est pas
jusqu'aux gallinacés sur lesquels on ne puisse remarquer
le même phénomène; le cazoar, qui engloutit tout ce
qu’on lui donne, et qui rend quelquelois une pomme
(1) Hirondelle de mer cangek de Trmminck. (Serra cantiaca et
africana. GMEL.)
( 95 }
de la grosseur du poing aussi entière qu'il l’a avalée
(Burrow), a des œufs très - poreux, moins gros et plus
allongés que ceux de l’autruche, et semés d’une mul-
titude de tubercules d’un vert foncé (1).
Plusieurs œufs, comme ceux du cygne à bec rouge
(anas olor Lixx.), et ceux du cygne sauvage ou à bec
jaune (4. cyenus), sont recouverts d’une substance
calcaire très-mince qui nous empêche d’apercevoir la
teinte jaune vert-sale, ou jaune-olivacé, qui les caracté-
rise. Selon M. Scmixz, de Zurich (2), les œufs du cor-
moran et du pingouin macroptère sont tapissés exlé-
rieurement d’une couche de matière épaisse, blanche,
crétacée, qui sert (5) à les fixer d’une manière plus
sûre, plus solide, au roc glissant et escarpé sur lequel
la femelle a coutume d’aHer les déposer.
Les œufs de la plupart des oiseaux (4) ont une cou-
leur dominante sur laquelle sont répandues des taches
plus ou moins nombreuses, plus ou moins grandes, et
plus ou moins variées; chez d’autres espèces, en assez
grand nombre, l'œuf n’a qu’une couleur uniforme et
sans taches. La couleur la plus ordinaire, et qui sert
le plus communément de base ou de fond, est le blanc:
pur et mat comme dans l’œuf de la poule, dans celui
du pigeon, du pétrel, de la chouette; brillant et lustré
comme ceux du rollier, des alcyons, du rouge-queue,
(a) Linnæus, 8:54. nat., edit. duod., p. 265. 2. (Struthio cazua
rius.); GMELIN, 726. 2. et CLusius, Exotic., lib. 5, cap. 3, p. 09.
(2) Histoire naturelle des œufs et des nids des oiseaux, »° partie,
pag. 12 et 15.
(3) Selon PExxaxr.
(4) ÆEncycl. meth., art. OEuf.
( 94 )
des torcols, du pic-leuconote et de plusieurs autres
zygodactyles; enfin il est légèrement sali par une teinte
rosée, grise, jaunâtre et azurée, verdoyante ou rou-
geâtre, dans les cormorans, les cigognes, la spatule, le
blongios. Certains oiseaux les ont aussi unicolores,
mais d’une nuance plus foncée; ceux de l’étourneau ,
des saxicoles, du mouchet, sont d’une très-belle cou-
leur glauque ou vert de mer; ceux du gros tinamou
de Cayenne (Tetrao major Guez.) offrent un bleu
assez intense, qui se change en une teinte lilas dans
les œufs du tinamou varié (T. variegatus) ; le faisan
doré de la Chine les a d’une superbe couleur de chair;
le butor, les grêbes, la poule d’eau naine, le roitelet,
le canard miclon, les ont d’une très-jolie couleur
d’ocre: chez le rossignol, ils ressemblent au bronze,
et ceux des oiseaux aquatiques approchent plus ou
moins d’une teinte jaunâtre, fangeuse ou très-oliva-
cée (1).
Les taches répandues sur la couleur dominante sont
grises, cendrées, brunes et fauves, spadicées, noires
ou noirâtres ; quelquefois elles paraissent jaunes comme
le safran, jaune-verdâtre, entièrement vertes, azurées
et bleu foncé; elles sont communément plus fortes,
plus serrées, et par conséquent en plus grand nombre
à l'extrémité obtuse, où quelquefois elles forment par
leur entrelacement une zone régulière, ou une guir-
(1) La surface intérieure de fa coque est toujours blanche, Îles
couleurs des œufs étant toutes dermales. Les taches les plus foncées
sont celles qui entrent le moins dans le grain de la coquille; aussi,
dans plusieurs œufs on peut les enlever facilement avec un liuge
mouille.
(3)
lande nuancée des plus vives couleurs; c’est ce que
l’on voit assez souvent aux œufs du becfin orphée, à
ceux du guillemot à miroir blanc (1), du bec-croisé
des pins, de la pie-grièche à poitrine rose, et du ster-
coraire parasite (2).
Rien n’est effectivement plus varié que la forme, le
nombre et la grosseur de ces diverses taches. Elles sont
en petite quantité et très-noires, dans l’œuf du loriot
dont la couleur principale est un blanc de lait; dans
l’œuf du becfin des roseaux et dans celui du becfin
aquatique, elles deviennent si pressées les unes contre
les autres, qu’elles ne laissent apercevoir que très-
imparfaitement la couleur beaucoup plus claire qui
leur a servi de fond.
La plupart des becfins ou sylvies, des bergeronnettes
et des mésanges, ont des œufs avec des taches fort pe-
tites, de manière qu’on peut les regarder comme seu-
lement piquetés; ceux des alouettes sont pointillés
d’une teinte grisâtre ou couleur de terrain; d’un autre
côté, les oiseaux de proie produisent des œufs plutôt
marbrés que tachetés; il en est de même des bruans,
de la mouette, du guillemot, du grand pluvier, dont
les œufs sont peints de taches linéaires de la plus
grande irrégularité : presque tous les oiseaux de la fa-
mille du pincon (Fringilla) ont des coquilles bleu-
verdâtres, clair-semées de petites bandes d’une cou-
leur de café; les torchepots, le rouge-gorge, quelques
perdrix et le becfin rayé naissent tous d’un œuf marqué
(1) Scuinz, Hist. nat. des œufs et des nids.
(2) Temmincx, Manuel dornithrols =
( 00 )
d’une teinte couleur de brique, s’approchant tantôt du
jaune, du brun foncé, tantôt du gris-rougeâtre; le
genre du tétras (Tetrao) en produit de panachés, ou
de pommelés sur un fond qui tire sur le roux; les œufs
des oiseaux de proie nocturnes, des perroquets, des
pigeons, des colibris, des alcyons, des alectorides, ne
sont jamais tachés ni pointillés, leur livrée s’éloignant
rarement de la teinte blanchâtre: enfin, certaines sec-
tions d'oiseaux de marécage en créent qui sont telle-
ment couverts d’ordures, que leur couleur, souvent
très-päle, paraît à nos regards livide, obscure, brune,
et quelquefois entièrement incrustée de substances
étrangères.
Il est des oiseaux dont les œufs ont une couleur
toujours constante ; de ce nombre sont les cul-blancs,
le rouge-queue, l’accenteur montagnard; chez le goëlan
à manteau gris, chez les mouettes, les hirondelles de
mer, les pingouins et les coucous, ils sont si diverse-
ment mouchetés et bigarrés, les dessins changent si
prodigieusement dans un seul et même individu, que
la détermination spécifique devient alors très-difficile.
« Les œufs de l'Hamatopus ostralegus (huîtrier), dit
M. Scninz (à), ont le fond blanc, jaune, vert, tantôt
» olive, tantôt brun, avec des taches et des raies d’un
brun obscur, qui offrent beaucoup de variété sous
le rapport du nombre, de la couleur et de la distri-
&1
>
3
» bution. »
Selon les progrès de l’incubation, les taches de-
(1) Histoire naturelle des nids et des œufs des oiseaux, 2° part
\ / w ?
pag: 3.
(157)
viennent plus hautes en couleur et plus nombreuses,
parce que celles qui n’étaient point apparentes sont alors
très-visibles à l’œil de l'observateur; c’est ce qu’on
aperçoit très-bien dans les œufs du merle bleu, et dans
les œufs du merle de roche. Une chose également digne
de remarque, c’est que les œufs s’altèrent d’une ma-
nière assez sensible après le moment de leur ponte;
leur teinte diminue, s’affaiblit, l’air en efface les nuan-
ces; mais bientôt l’incubalion a lieu, la couleur pri-
mitive reparaît, la chaleur en ranime l'éclat, et c’est
pour le perdre aussi vite, car sous peu de jours la co-
quille s’obscurcit, elle se remplit de nuages, les taches
se montrent plus ternes, plus livides, plus nombreuses,
et cette nouvelle altération augmente graduellement
avec la marche de l’incubation. Ces changemens arri-
vent surtout aux œufs qui sont ornés d’une parure
brillante et d’une coque très-légère; ainsi ceux du tra-
quet stapazin et du traquet oreillard, qui sont entière-
ment glauques ou d’un beau vert-céladon, et ceux du
becfin à poitrine jaune, qui se distinguent par une
teinte incarnadine ou par un rose très- doux, de-
viennent sales, perdent leur fraîcheur, et se couvrent
d’une nuance plus foncée, à mesure que l'embryon
qu'ils renferment se développe, à mesure qu'il se pré-
pare par son accroissement à rompre les murs fragiles
qui le tiennent emprisonné.
Plusieurs observateurs, parmi lesquels on distingue
Burron (1), ont cru découvrir des rapports de sym-
pathie entre le fond des couleurs et les taches des
(1) Histoire naturelle des oiseaux, tom. WU , art. Coq
(58)
œufs, et le fond du coloris et les reflets du plumage.
Get éloquent naturaliste a cité plusieurs exemples à
appui de cette opinion; mais il ne peut s’empêcher
d’avouer que dans les œufs le blanc est toujours la
couleur dominante, que c’est celle que la nature y a
répandue avec le plus de profusion.
Burron conclut de ce rapport, qu’il regarde comme
constant que la race primitive de la poule a été la
poule blanche; que cet oiseau, dont nous ne considé-
rons l’existence que comme accidentelle, par l'effet de
sa dégénération, a donné naissance à toutes les di-
verses poules qui nous sont connues, et qu'il est le
type de toutes ces variétés. Aujourd’hui que le do-
maine des sciences naturelles s’est considérablement
étendu, l’observation et l’expérience sont venues dé-
truire cette prétendue analogie entre le coloris des oi-
seaux et celui de leurs œufs; lon a vu qu’elle était
fondée sur des bases peu solides, et les ornithologistes
ont appris à regarder cette ancienne opinion comme
une erreur échappée à la plume d’un de nos premiers
naturalistes. En effet, si nous regardons la poule blanche
comme la tige des diverses variétés de poules qui ont
été décrites par les auteurs, ne serons-nous pas forcés
d’avouer aussi que la race primitive des alcyons, des
colibris, des oiseaux-mouches, des perroquets, et de
plusieurs autres oiseaux dont les œufs ont léclat de
la neige, a été une famille d’alcyons blancs, de colibris
blancs, elc., etc., et que ce n’est que peu à peu que
ces volatiles ont reçu léclatant coloris qui les met au-
dessus des autres animaux (1)? On sent évidemment
(1) Les plus beaux oiseaux d'Europe ont tous les œufs blancs ou
(99 )
le ridicule d’une pareille assertion. D'ailleurs, com-
ment les partisans de cette sympathie expliqueraient-
ils pourquoi les saxicoles qui n’ont aucune teinte de
bleu dans leur plumage, naissent d’un œuf nuancé de
cette couleur? comment le tinamou, dont les œufs sont
d’un azur foncé, n’a qu’une robe d’un gris sombre et
monotone? pourquoi le faisan doré de la Chine (1),
dont les plumes magnifiques sont diaprées et variées
de reflets si ondoyans, provient d’un œuf qui n’est que
d’un rougeûtre pâle et uniforme? et d’où vient que le
tangara septicolor, le plus beau de tous les oiseaux
connus, ne se distingue pas plus par la livrée de ses
œufs, que le jacarini des Brasiliens, espèce de tangara
dont la couleur noire et luisante rivalise pour l'éclat
éblouissant avec celle de l’acier poli (2) ? Il ne parait
donc pas que la teinte des œufs ait la moindre analogie
avec la parure du plumage. Nous serions, au con-
traire, presque tenté de dire qu’il n’existe pas d’oiseau
vivement coloré dont les œufs offrent des nuances
aussi belles, aussi brillantes, que celles qui décorent
la coquille de plusieurs tribus, ainsi favorisées par l’au-
teur de la nature, qui a voulu les dédommager de la
simplicité de leur plumage (3).
blanchätres; il me sufht de citer le flammant, le loriot, le guépier,
le chardonneret, le pélican, et le geai de Strasbourg ou rollier.
(1) Vulgairement tricolor (Phasianus pictus Linn.); c’est le
Phasianus aureus sinensis de Brissox.
(2) Ces deux tangaras ont les œufs elliptiques, longs de 16 à
18 millimètres (7 à 8 lignes), avec des taches rougeûtres.
(3) Presque tous les oiseaux qui ont les œufs bleus ou bleu-ver-
dâtres ont du roux où du roussätre dans le plumage. Tels sont,
( Go )
L'âge des oiseaux et le climat qu’ils habitent influent
beaucoup sur la nature de leurs œufs; les jeunes in-
dividus y développent ordinairement moins de taches,
les couleurs en sont plus pâles, l'œuf est moins gros
et les extrémités en sont bien plus aiguës que chez les
adultes (1) : nous avons aussi observé qu’en général
le coloris était bien plus prononcé selon le degré d’é-
lévation de la température dans laquelle ces animaux
se reproduisaient; de manière que telle espèce com-
mune au midi et au seplentrion pourrait pondre des
œufs sensiblement variés. M. Temminck, savant orni-
thologiste d'Amsterdam, avait déjà reconnu que le
petit grêbe castagneux (Ælciner steissfuss Brcnsr. )
pondait une plus grande quantité d’œufs dans les con-
trées méridionales que dans les régions où règne un
hiver perpétuel (2). On s’est également apercu que la
nourriture avait une grande influence, non-seulement
sur la quantité des œufs des volatiles, mais aussi sur
leur couleur (3). Les oiseaux d’un même genre, qui se
nourrissent des mêmes alimens, mettent au jour des
œufs qui ont ensemble des nuances très-rapprochées :
parmi les oiseaux de la France, le héron pourpré, le rossignol de
muraille, le mouchet, la gorge-bleue, le cul-blanc, le cul-blanc roux
et roussatre, quelques autres saxicoles, le merle de roche, l’accen-
teur des Alpes, la cannepetiére, le canard-pilet, etc., etc. Voilà de
quoï exercer ceux qui cherchent des sympathies.
(1) Dans les œufs rougeàtres, le dernier pondu a toujours une
teinte plus faible , et chez tous les oiseaux le premier œuf est ordi-
nairement le plus gros.
(2) Manuel d'ornithologie, 1e édil., pag 473, et 2° éd., p. 729.
(3) Burrox a pressenti cela. Voyez l'art. Peintade, tom. HE.
(hou)
ceux des bruans, par exemple, sont parsemés d’une
infinité de taches irrégulières et de traits embarrassés
qui changent cependant assez dans les différentes
espèces pour nous permettre de distinguer ceux des
divers membres qui composent cette famille. Nous
voyons dans les anisodactyles que la totalité de la ponte
ne dépasse jamais le nombre 9, et que dans les bec-
fins elle varie depuis 4 jusqu’à 6. Tout le monde sait
que si l’on nourrit une poule avec des graines échauf-
fantes ou des plantes aphrodisiaques, on augmente chez
elle la faculté générative, et que cette influence des
alimens est telle, qu’on a vu des gallinacés pondre
jusqu’à deux, trois œufs dans un seul jour: jai éprouvé
que la même influence s’étendait aussi, non-seulement
sur la substance de la coquille, mais aussi sur sa cou-
leur. Une poule nourrie avec de la garance que j'avais
mêlée dans ses alimens, finit par pondre des œufs re-
vêtus d’une teinte légèrement rosée. Il serait curieux
de continuer cette expérience pour déterminer d’une
manière plus précise la force de cette liaison; mal-
heureusement la garance, après avoir coloré le système
osseux (1) des oiseaux, commence par attaquer le jabot
et les intestins; alors l’animal devient maigre, languis-
sant, et finit par périr : il faudrait donc chercher une
nouvelle matière colorante qui pût agir aussi active-
ment sur les œufs, sans porter atteinte à la vie de l’in-
dividu qui les produit.
Malgré la constance des règles de la nature, malgré
l’ordre admirable qu’elle a répandu partout, la force
oo
(1) Voyez les belles expériences de Punamrt.
62 )
génératrice, troublée dans son action ou modifiée par
des circonstances étrangères, peut cependant dévier
de sa direction au point de produire, dans la confor-
malion intérieure ou extérieure des animaux, des
monstruosités plus ou moins frappantes, plus ou moins
variées. Ces œufs extraordinaires, soit en grosseur, soit
en petitesse, soit enfin pour la figure, se montrent sur-
tout chez les oiseaux que nous élevons dans nos basses-
cours : l’état de domesticité dans lequel vivent ces ani-
maux est cause de cette abondance. On a observé depuis
long-temps que le poids de l'esclavage nuisait à la re-
production des êtres; les animaux vivipares, ceux-là
même que l’homme a soumis à sa domination, qu’il a
pliés au joug de ses caprices, qu’en un mot il a appri-
voisés, sont plus sujets à ces difformités que leurs ana-
logues qui vivent dans l’état naturel, c’est-à-dire dans
celui de la liberté (1). Cette influence de la vie do-
mestique , cet abâtardissement des êtres animés, se
montre également dans tous les corps organiques : les
fleurs odoriférantes cultivées dans nos jardins , les
plantes exotiques échauflées dans nos serres, pâlissent,
se décolorent, s’étiolent, et diffèrent tellement de
celles qui sont abandonnées à elles-mêmes et qui bril-
lent dans le vaste champ de la nature, que le botaniste
le plus exercé à quelquefois beaucoup de peine à re-
connaître leurs véritables caractères.
Les causes de ces degrés de déviation dans la pro-
(1} Tous les animaux carnivores et insectivores, jaloux de leur li-
berté, refusent de s’accoupler dans lesclayage; les seuls qui se per-
petuent, parmi nous, sont .presque tous omnivores ou phytophages.
(65)
duction des œufs tirent leur origine de plusieurs cir-
constances particulières : une trop grande quantité de
nourriture, trop de lascivité de la part des oiseaux,
une fécondité peu commune ou un état de dépérisse-
ment : tels sont à peu près les agens de ces divers phé-
nomènes.
On a beaucoup parlé de ces aberrations du principe
génératif, de ces singularités que la nature, dans ses
bizarreries, se plaît à imaginer. On a vu tant d’exem-
ples de ces jouets du hasard, que le peuple supersti-
tieux, toujours ami des merveilles, a attribué aux uns
des propriétés eflicaces, tenant même du prodige, pour
guérir des maladies, et a regardé les autres comme
des objets pernicieux.
La grande variété qui existe dans ces monstruosités
est cause qu'il est diflicile de les classer d’une manière
convenable; il serait même ridicule de vouloir assu-
jétir à des règles fixes ces jeux de la nature; néan-
moins je crois qu'on pourrait les réduire aux deux
ordres suivans (1) :les œufs monstrueux à l'extérieur,
et les œufs monstrueux à l’intérieur.
(1) M. J.-C. Lapierre ( Buffon, édit. de Sowninr, t. LX, p. 33
et suiv.) a donné un Mémoire sur la maniére de classer méthodi-
quement les oiseaux , d'aprés les caractères tirés de la forme, de la
couleur et de la grosseur de leurs œufs.
( 64 )
NAS
OEufs monstrueux à l'extérieur, ou œufs dont la
difjormité réside dans la coque.
1° OEuf à double coque. Ovum diceluphum (1);
Ovum in ovo. Harv.
Cet œuf, que les naturalistes ont appelé ovum in
ovo, nous présente une coque qui dépasse quelquefois
la grandeur et la forme naturelles, et qui en renferme
un autre d’un volume fort inégal. Cet œuf intérieur
n’est souvent pas plus gros qu’une noisette; quelque-
fois sa dimension approche de celui du pigeon. Hanvée,
dans son traité De gencratione animalium, a fort bien
décrit tous ces phénomènes, il a expliqué les causes
qui peuvent les produire (2).
En 1676, on trouva dans un œuf ordinaire de poule
an petit œuf du volume d’une olive; il n'avait pas de
coquille, il était seulement recouvert d’une membrane
épaisse qui se durcit en fort peu de temps à l'air, et
devint cassante comme la coquille de tous les œufs
parfaits (3). Le blanc et le jaune étaient remplacés
par une humeur blanche, séreuse, et semblable à celle
ee
(1) De dx et xvoce, testa, coquille.
(>) Vide etiam, Acta erud. Leipsik, 1683, pag. 22; Burrow,
art. Coq, tom. IT, pag. 107; Collect. acad. (partie française), tom. ],
pag. 388, et tom. II, pag. 327; ibid. (partie étrangère), tom. IV,
pag. 327.
(3) Journal des savans, an 1676, février 17.
(65)
de l'œuf que M. Méni fit voir, en 1706, aux membres
de l’Académie des sciences (1).
En 1718, M. Morin», chirurgien des Invalides,
trouva un œuf monstrueux dans le corps d’une poule
qui ne pouvait point pondre, et qu’une maladie de la
faculté reproductive avait fait tomber en langueur. Get
œuf pesait 56 grammes ou 12 onces; le blancétait durci
et composé de trente-six couches bien distinctes (2).
Je dois à la bonté de M. Marcez pe SERRES, profes-
seur de minéralogie à la Faculté des sciences de Mont-
pellier, un œuf de poule semblable à celui de M. Mo-
RAn»; seulement les couches extérieures qu’on y dé-
couvre sont de matière calcaire ou crétacée. Il paraît
qu’une longue maladie à fait séjourner cet œuf dans
l’oviducte, et que de cetle manière se sont formées les
enveloppes successives dont nous venons de parler.
Quant à la concrétion du blanc et du jaune, elle est
évidemment l'effet d’une chaleur trop long-temps con-
tinuée. On pourrait à juste titre appeler ces deux‘der-
niers œufs ova polycelupha, œufs à plusieurs coques.
(Ils sant figurés planche E, fig. 1 et 2.)
2° OEuf nain. Ovum centeninum.
Cet œuf est le premier ou le dernier que la poule
pond dans la saison. Un dérangement dans l’organisa
tion des oiseaux et un état de faiblesse, peuvent aussi
donner à leurs œufs ce peu de développement; telle
est, par exemple, la cause qui a présidé à la formation
de celui que j'ai trouvé, en 1821, dans le ventre d’une
ee Rene Ne le
(1) Journal des savans, an 1706, pag. 23.
(2) Nouveau dict, d'histoire naturelle, tom. XXHIH, pag. 285.
5
( 66.)
caille attaquée de la goutte. (Planche I, figure 3.)
Le principal caractère de lovum centeninum est son
extrême petitesse ; de là lui est venu la dénomination
d'œuf nain , sous laquelle il est vulgairement désigné.
Sa forme est très-variée; elle est conique, ovale, tantôt
allongée comme les œufs de tortue, tantôt sphérique
comme ceux des pétrels. Get œuf n’a point de cicatri-
cule (HanvéE) ni de jaune, et c’est ce qui explique sa
stérilité. L’œuf que le vulgaire, plus enthousiaste que
réfléchi, a regardé comme appartenant au coq (œuf
de coq), n’est autre chose qu’un ovum centeninum,
fort petit, mais très-bien proportionné (1). Voyez pl. I,
fig. 4 et 5.
3° OEuf hardé. Ovum aceluphum (2).
De même que plusieurs oiseaux, par une grande af-
fluence de substances calcaires, peuvent donner nais-
sance à des œufs singuliers par leur forme et par leur
épaisseur; de même il en est d’autres qui, par une
cause tout-à-fait opposée, enfantent des œufs dépour-
vus de coquille. Une multitude de causes physiques,
telles que la compression, la constitution maladive de
l’ovaire, peuvent produire ces sortes de monstruosilés.
On voit communément des poules ne créer que de ces
espèces d'œufs (3); d’autres, beaucoup plus fécondes,
fe
(1) Voyez Collect. acad. (partie française), tom. IT, et (partie
étrangère) tom. IV, pag. 225; ainsi que l’excellent Mémoire de La
Peyronie, imprimé dans lhistoire de l'Académie des sciences de
Montpellier, 1710.
2) De & priv. et X£AVU0S testa, coquiile.
2) Il $ I
(3) On a dit que, dans les îles du Danube, des poules nourries
Re 5 DES
à de’ la Societe Linnéenne , (1824) TL. Lay. 00
1.2. Ovum Diceluphum de Poule.
5. Ovum Centeninum 8. de Caille, 4.5. de Rule.
Ovum Aceluph um ; Moineau.
guin-Jandon, del. Lanvin, seulp.
(67)
en donnent deux dans la journée, dont le premier est
en très-bon état, et dont le second est privé de sa co-
que (1). Ces œufs, comme tous les autres,renferment un
blanc, un jaune et un germe fécondé; mais leur enve-
loppe est tellement mince, le tissu en est si mou, il se
froisse si aisément, qu'au bout de très-peu de temps sa
surface se plisse, se chiffonne, perd toute sa forme, et il
devient alors impossible d’opérer l’incubation (2).
L'œuf que nous avons représenté planche E, fig. 6,
est un ovum aceluphum de moineau. Il fut trouvé dans
une muraille avec dix autres œufs du même oiseau
tous revêtus de leur enveloppe calcaire. Le fait est
assez extraordinaire, mais cette grande fécondité suflii
seule pour l'expliquer. Je dois faire remarquer en pas-
sant que les polygames, qui sont très-chauds, sont les
oiseaux les plus sujets à enfanter des œufs hardés.
Toutefois il ne faut pas s’étonner d’en avoir trouvé un
exemple dans le moineau franc, puisque c’est l'espèce
la plus lascive que nous connaissions : ALDOVRANDE en
vit un qui, dans l’espace d’une heure, cocha sa femelle
au, moins une vingtaine de fois.
4° OEuf informe. Ovum amorphum (3).
Cette classe de monstruosités est à la fois la plus
uniquement d'insectes ne pondaient que des œufs à coque molle.
ÆEncycl. Suppl, art. OEuf.
(1) C’est ce qui arrive souvent dans le midi de la France.
(2) Réaumur a pensé qu'on pouvait remédier à cet inconvénient ;
il a conseillé d’enduire ces œufs avec une matière solide et poreuse,
qui pût tenir lieu de coquille, en donnant à la pellicule membra-
neuse une épaisseur et une dureté factices. Mém. de P Académie des
sciences de Paris, 1710, pag. 558.
(3) De äuopocs informe, informe.
LEa
(68)
grande et la plus variée. On en rencontre peu d’exem-
ples dans les oiseaux en liberté; mais, dans ceux que
l’homme a pliés sous son empire, cette détérioration
est devenue héréditaire, et ces animaux y ont été d’au-
tant plus sujets qu'ils se sont plus perpétués dans l’état
domestique. Ces œufs sont ronds, pyriformes, coni-
ques, sphéroïdes , cydariformes, cylindriques; quel-
quefois ils sont recourbés comme un croissant (voyez
la planche IF, figure 3), ou, semblables aux œufs pé-
tiolés des insectes (ova petiolata Fonrsrer), ils ont
conservé le pédicule qui les tenait attachés à l'ovaire
(voyez la planche IT, figure 4) : tantôt la coquille porte
des empreintes de graines, d'herbes, d'insectes ; tantôt
ces graines, ces herbes, ces insectes sont incrustés sur
sa superficie.
Dans la nuit du 2 décembre 1680, environ une
heure après minuit (1), une poule qui n'avait jamais
pondu, après avoir chanté d’une manière exiraordi-
naire, fit un œuf volumineux, dont la coquille était
parsemée de plusieurs étoiles gravées avec assez de
régularité (2). .
On fit voir à Gassinr, lors de son passage à Bologne,
(1) Uu grave docteur allemand publia (Æphen. de la nature, dec. 2,
an 6, app. obs. xxv) qu'il avait découvert dans une poule blanche
des œufs qu'il qualifie du ütre de lumineux : il ajoute qu'ils avaient
été fécondés par un coq très-ardent, et il ne manque pas de dire
que c’est vers minuit que la chose est arrivée; c’est l'heure qui con-
vient le plus aux grands événemens, et c’est peut-être aussi celle où
notre observateur germanique a rêvé les fables ridicules qu'il ose
sérieusement nous débiter.
2) Journal des sayans, 1681, janvier 20.
Mer: de La Société Linneenne, (1824) PL A. Lay. 2
2.2.8.4.5. Ovum amorphum; z de Proyer, 2.de Pigeon ;
Le Le
3. de’ Joule; 4.de lincon, 5. de Canard.
Mo qui -Zandon, del. Lanvur, ®
(69)
une coque d’œuf sur laquelle on apercevait un soleil
en relief (1); on assura à notre savant géomètre que
cet œuf avait été pondu dans le temps d’une éclipse.
Ces faits sont si singuliers que nous avons beaucoup
de peine à y ajouter foi : cependant nous avons vu des
choses si merveilleuses en ce genre, que si nous ne
pouvons garantir la vérité de celles que nous venons
de rapporter, du moins sommes-nous enclins à penser
qu’elles s’approchent beaucoup du vraisemblable.
En 1822, je trouvai dans le nid d’un proyer (Embe-
riza miliaria L.) un œuf sans jaune et sans germe,
au milieu de six petits nouvellement éclos. Get œuf,
que j'ai représenté planche IL, fig. 1, nous offre encore
une de ces bizarreries de la nature.
Un ami a bien voulu me communiquer un œuf de
pigeon recouvert d’une infinité de petites éminences
ou de petits points saillans ; il avait été pondu par un
oiseau gros et robuste. ( Planche IF, fig. 2.)
Le père Aurerr de Caen, dans les Mémoires publiés
par l'abbé Rozier, donne la description d’un œuf de
poule assez intéressant. Un hanneton à demi digéré
avait les pieds et la tête tellement enclavés dans sa
coquille qu'ils paraissaient pour ainsi dire identifiés
avec elle (2).
Nous avons vu nous-même un œuf de cane dont
la coque était incrustée d’un insecte assez gros; plu-
(1) Journal des savans,an 1681, septembre 8. Voyez aussi d’autres
exemples d’un soleil, d’une comète, etc., ete., dans la Collect. acad.
(partie étrangère), tom. [V, pag. 160.
(2) Mémoires d'une Société célèbre, tom. IT, pag. 250 et suiv.
(70)
sieurs parties étaient encore en relief. Autant qu’on
pouvait en juger, on était conduit à penser que c'était
un coléoptère du genre des pimélées. (Planche IT,
fig. 5.)
Les canards, plus que tous les autres oiseaux, doi-
vent être sujets à donner de ces œufs difformes : ayant
le bec large et applati, ils peuvent avaler sans distinc-
tion des alimens qu’il leur est ensuite difficile de pou-
voir digérer.
$S Il.
OEufs monstrueux à l'intérieur, ou œufs dont la
difformité ne réside pas dans la coque.
1° OEuf double. Ovum geminum. (Puis)
Ces œufs, que les anciens naturalistes avaient appelés
ova gemina (1), et que les auteurs modernes ont dési-
gnés sous le nom d’ova gemellifica, présentent trois va-
riétés distinctes. Ils sont à deux blancs et deux jaunes,
deux jaunes et un seul blanc, ou à un blanc, un jaune
et deux cicatricules (2).
Un exemple de l’ovum geminum fut montré par
M. Wozr aux membres de l’Académie des sciences
de Pétersbourg (5).
2° OEuf clair. Ovum zephirium. (Puixe.)
Ces œufs, vulgairement appelés œufs blancs, sont les
mêmes que ceux que Pure distingue par les épithètes
(1) Prune, Hist. natt., lib. x, cap. Li.
(2) BurFow, Hist. nat. des oiseaux, tom. IX, pag. 106, art. Coq.
(3) VazmonT pe Bomarr, Dict. d’hist. nat, art. OEnf.
(71)
d’irrita, cynosura, hypenemia, zephiria (1), et qu’À-
RISTOTE avait déjà nommés üreviueis (2). Ce sont ceux
qui n’ont point été fécondés ou qui ont été pondus en
l'absence du mâle; ils n’ont pas de germe, et quel-
quefois ils sont privés de l’humeur vitelline, jaune (3).
3° OEuf à substances étrangères. Ovum heterylum (4).
Ce sont les œufs qui, dans leur intérieur, contien-
nent des plantes, des pierres, des graines, des in-
sectes, etc, 'etc.
On trouva, il y a quelques années, dans un œuf de
ce genre une épingle rouillée; elle était recouverte
d’une croûte blanchâtre, épaisse de quelques lignes (5).
Dans une lettre du père Auserr de Caen, il est fait
mention d'un œuf dont l’albumen avait au milieu de
sa substance un crin de cheval très-long , qui y faisait
plusieurs tours sans entrer dans le jaune (6).
Dans le Journal des savans on voit un fait non
moins extraordinaire. Un religieux de Lyon coupant
un œuf à moitié durci dans l’eau, trouva dans l’inté-
rieur du jaune une pierre de la grosseur et de la figure
d’un noyau de cerise : elle était dure, lisse et résonnait
comme un caillou; son poids était de 15 grains (7).
(1) Pune, lib. x. cap. zvint et Ex.
(2) Arsroreces, ist. animal., Mb. vr, cap. 1v.
(3) Azsert LE GraxD, lib. vi, cap. c xuiv. Voy. aussi Marricni,
HarVÉE, etc. , etc.
(4) De érepos alter, autre, et dn materia, matiere.
(5) On voit un pareil exemple dans le Journal des savans, 1678;
fév. 15. Voy. aussi Collect. acad. (partie francaise), tom. 1, pag. 388
(6) Mémoires d’une Societé célèbre, tom. IT, pag. 349.
(7) Année 1690, mars 6. Voy. aussi Bibl. german., t. VIT, 1778;
€ Mercure de France, 1728, pag. 760. :
« (72)
Plusieurs personnes m’ont assuré qu’elles avaient vu
dans divers œufs de poules d’Inde des graines qui y
avaient germé; malgré l’autorité de quelques auteurs
respectables, qui ont rapporté à cet égard des obser-
vations très-curieuses, je crois que la chose mériterait
un peu plus de confirmation. J’en dirai autant de cet
œuf trouvé par un chirurgien d'Avignon, dont le vwi-
tellus était remplacé par une substance glaireuse, assez
solide, et dans laquelle on voyait la figure d’un petit
homme (1). Credat Judæus Apella.
4° OŒEuf développé. Ovum præcubatum,
J’appellerai ovum præcubatum lout œuf dont le
germe aura reçu un commencement sensible de déve-
loppement au moment de la ponte. Plusieurs écrivains
nous ont donné sur ce sujet des choses surprenantes.
Il y en a qui ont été jusqu'à prétendre qu’une poule
et un corbeau avaient été momentanément vivipa-
res (2).
On lit encore dans le Journal des savans qu’une
poule accoucha de cinq petits poussins vivans. L'abbé
Nazani, qui se fait l'historien de cet accouchement,
ajoute qu’à Variton en Norfolk on découvrit à la mort
d’une poule qui ne pouvait pas pondre ses œufs, un
poulet tout formé situé dans l'ovaire (5).
Quoi qu’il en soit, on a vu des œufs récemment
pondus, chez lesquels le punctum saliens avait déjà
(1) Journal des savans, an 1681, juillet 28, et &bid., 8 septembre.
(2) Ephém. d’Allem., an 4, déc. à, app. obs. xxviu. Journal
des savans, 1778, n° 23. Lawzonr, obs. méd. cx. Lysrrus, obs. vi
(3) An 1798, juillet 4.
4
75 )
reçu un sensible accroissement; ce sont ceux que Je
désigne sous le nom d’ova præcubata (1).
Telles sont les principales divisions que j'ai cru de-
voir faire pour classer, autant qu’il m'a été possible,
les œufs monstrueux des oiseaux. Ge serait ici le lieu
de faire mention des ovolithes, ou des œufs trouvés à
l’état de fossile (2); mais nous avons bien peur qu'il
en soit de ces œufs comme des graines qui ont germé,
comme de la figure humaine du chirurgien d'Avignon,
et comme de la poule vivipare de l’abbé Nazarr.
On me dira : Ce sont des phénomènes extraordinaires ;
sans doute, mais ils me paraissent sensiblement exagé-
rés; ils sont un peu ultra-surnaturels; ils semblent
avoir beaucoup d’analogie avec cet animal qu’on faisait
voir publiquement, il y a quelques années, et qui était
le produit des amours d’un lapin et d’une poule.
1
(1) Les œufs électrisés éclosent quatre ou cinq jours plus tôt que
les autres: j'ai cru distinguer dans les œufs d’une poule électrisée que
le cicatricule (le follicule de Hazzer) était plus dilaté.
(2) On assure qu’il y avait dans le cabinet de LamèTHERE deux
ovolithes qui paraissaient avoir été des œufs de perdrix; plusieurs
personnes les ont vues à la mort de ce savant. Elles avaient été trou-
vées à T'erruel en Arragon : l’intérieur représentait une géode cris-
tallisée. (Dict. d’hist. nat., art. OEuf.)
CUAUVRA AAU AAA/ A/VA/0AA/RA/D AARA AAA V8 0/AAT VAR AV VAAY WUVIL LU
NOTICE
Sur deux nouvelles espèces de champignons, dé-
couvertes et dessinées par M. Louis pe Bron-
DEAU , Correspondant.
1. — FULIGO cerebrina Brown.
Cerebriformis, prim mollis pulposa, sub maturi-
tatem duriuscula; cortice exteriore tenui deciduo, vi-
tellino, demum viridescente-cinereo; intus fibroso-
cellulosa, pulvere fuligineo-fuscescente referta.
Cette fulige cérébrale croît à la fin du mois de juin
sur les débris pourris des végétaux ou sur la terre gra-
veleuse des collines.
Elle est représentée dans la planche IIF, figure 1, à
son état de jeunesse et de grandeur naturelle. — La
fig. 2 la montre plus développée. — Dans la fig, 3, on
en voit une portion grossie à la loupe. — La fig. 4
donne sa structure intérieure également vue à la
loupe.
IT. — HELVELLA sinuosa Bron.
Pileo plicato-sinuoso, subgelatinoso, e lutescente
fuligineo; pediculo compresso, albo.
L'helvelle sinueuse se trouve dans les bois, sur la
terre où la mousse abonde; elle croît au printemps.
La fig. 5 de la planche HT la représente de grandeur
naturelle.
(
de la Société Linneenne, /282/4)
ne
ulieo ; Crcbrinea; 1.2.8. 4.
LL 4
2 rondeat del.
PULL Le 74
Gyroc epha lus, Aginnenwer, ô
L.
F
Lanvin. d'CL V4
(75)
Observations de M. PErsooN, et création du
nouveau genre Gyrocephalus.
Le Fuligo cerebrina de M. nr Bronpgau ne laisse
aucun doute; c’est une espèce nouvelle, remarquable
par sa forme qui imite en quelque sorte la figure du
cerveau. Il aurait, sous ce rapport, quelque analogie
avec le Diderma contextum et le Trichia serpula; mais
ces deux champignons sont chacun munis d’un capil-
litium (chevelure) manifeste, que l’on n’observe pas
dans le Fuligo cerebrina.
Quant au champignon nommé par M. ne BRoNDEAU
IHelvella sinuosa, je ne le vois pas aussi certain que le
premier, du moins pour le genre; car bien qu’il ait un
peu le port d’une helvelle, il s’en éloigne cependant
par la forme du chapeau, qui est sinueux et très-plissé.
Il est en outre gélatineux, caractère qui convient bien
à une tremelle, et en particulier à la T'remella mesen-
terica JAcCQ., et cerebrina Burz.
M. pe Canporze a décrit dans la Flore française
(vol. IF, p. 95), sous le nom de T'remella helvelloides,
une espèce à peu près semblable qu’il avait décou-
verte dans un bois de hêtres assez humide, non loin
du pied du Jura, mais qu’il paraît n’avoir pu examiner
microscopiquement,.
L’autopsie peut seule nous éclairer sur le rappro-
chement à faire. En effet, dans la famille ou division
des helvellacées, les utricules (thecæ) renfermant ordi-
nairement huit semences ou sporules, forment par leur
réunion intime une sorte de membrane (hymenium)
surimposée et peu adhérente au chapeau, servant
(76)
alors de réceptacule, et qui est au-dessous stérile, sou-
vent aussi un peu différente en couleur; tandis que
dans la division des trémellacées on remarque seule-
ment des graines nues, sans utricules distinctes, et
même sur les deux superficies : ces sortes de cham-
pignons n'ayant point un véritable pileus.
On peut encore ajouter que le stipes dans le genre
helvelle est plus régulier, ordinairement cylindrique,
et souvent même plus ou moins sillonné. L’ÆHelvella
sinuosa, au contraire, a un pédicule difforme et bran-
chu par le bas. Cependant, outre l’espèce citée de
M. pe CanpoLLe, qui demande, comme nous l'avons dit,
un nouvel examen, on ne connaît encore aucune véri-
table trémelle avec un stipes, du moins aussi considé-
rable ; celui de la trémelle sinueuse ne paraît pas être
de la même nature que ceux des autres champignons
stipités, ce qui demanderait encore une recherche
particulière. Il est donc probable que ces deux cham-
pignons formeront un genre particulier, auquel on
joindra la T'remella stipitata que M. Bosc a découverte
dans la Caroline (1), qui a aussi une semblable con-
formation; et il est vraisemblable que le Phallus tre-
melloides (Morchella, Syn. fung. Pers.) décrit et figuré
par feu Venrenar, dans les Ïémoires de l'Institut na-
tional, vol. 1, p. 509, doit aussi entrer dans ce nou-
veau genre; mais toutes ces espèces qui paraissent être
très-rares, sont encore trop peu connues sous le rap-
(1) Elle est décrite dans un Hémoire sur quelques espèces de cham
pignons des parties méridionales de P Amérique du Nord, avec 3 pt,
inséré dans le vol. pour 1811 de l'Académie de Berlin.
Qax.)
port de leur organisation ; Ce qui exigerait une atten-
tion particulière de la part des botanistes qui auront
occasion de les observer.
Quoique je n’aie point vu ces divers champignons,
comme Je suis presque moralement persuadé qu'ils
doivent constituer un genre particulier, je veux en es-
quisser ici les caractères génériques et spécifiques,
sauf les changemens et les corrections à faire sur des
individus vivans ou en nature. ,
GYROCEPHALUS.
Pileus ? (aut capitulum) tremellosus aut subtremel-
losus, gyT080-Sinuosus, suffl ultus stipite forti.
Obs.Genus e divisione tremellacea? aut helvellacea?
comprehendens species sat magnas, forma helvellis et
morchellis subsimiles, sed natura tremellis proximas.
Stipes in his plerumque magnus et crassus, albidus ,
ac passim Cavus.
1. G. AGINNENSIS, stipite sursum dilatato, basi diviso
albo, capitulo lutescente-fuligineo.
Helvella sinuosa. Bronpeau.
Crescit, vere, prope Aginnum (Agen) ad terram
muscosam, in sylvaticis.
2. G. JuraTEnxsis, roseo-aurantiacus, stipite com-
presso, basi sulcato,
Tremella helvelloides. Decanr. Flor. Gall., vol. IL
P+ 99. Ejusd. synops. p. 19.
Provenit in fagetis, autumno, ad pedem montis Jura.
(78)
3. G. CanoziweNsis, stipite sursum dilatato flaves-
cente, inæqualiter sulcato, capitulo atroviridi viscoso,
Tremella stipitata. Bosc., 1. c. p. 7, tab. VI,
figs x.
Crescit vere, locis arenosis, in Carolina inferiore.
4. G. GARNUTENSIS, stipite crasso ventricoso, Capi-
tulo subrotundo fulvo.
Phallus tremelloides. VEnr., 1. c., p. 509, fig. 1.
Hab. prope Pontchartrain, vere.
PE +
AV ORAE VV OUN VE VA 0/00/0100 LL 1/0/0/0 VA /8 VV LL UL ,AAV VVN/E
INSTRUCTION
Sur la manière de recueillir et de préparer les
champignons pour les herbiers, de les conserver
et de les préserver contre l'attaque des insectes
et de leurs larves; par M. C.-H. Persoow,
membre honoraire et vice- président de la
Société.
JE dirai d’abord quelques mots sur le temps et les
endroits où l’on peut récolter les champignons, dont le
nombre et la diversité des espèces varient selon le cli-
mat," l’exposition (1), l’élévation et la qualité du sol.
Sous les bois résineux, on rencontre, outre les espèces
ordinaires, des champignons qui leur sont particuliers,
et vice-versa sous ceux dont les feuilles tombent à l’ap-
proche de l'hiver.
Au printemps paraissent les morilles, quelques hel-
velles et d’autres petits champignons. L’été en offre
peu, si ce n’est des épiphylliens qui croissent sur diffé-
rentes feuilles vivantes des arbres et des plantes; ce-
pendant après quelques jours de pluie, la terre étant
bien imprégnée d'humidité, on voit paraître de grandes
_ espèces de clavaires comestibles, la chanterelle (Meru-
(x) Celle au nord présente ordinairement plus d’abondance.
( 86 )
lius cantharellus), le bolet esculent, plusieurs coprins
ou agarics fimeterres, mais très-peu d’agarics charnus,
ou autres champignons terrestres, dont la véritable
saison est depuis la fin de l’été jusqu’au commence-
ment de l’hiver; ceux-ci aiment l’ombre des forêts, les
lieux abrités et un peu humides.
Les champignons coriaces qui viennent sur les vieux
arbres languissans ou prêts à mourir (car un arbre
vigoureux ne souffre pas de tels hôtes), durent jus-
qu'au printemps ; alors ils sont détruits par les insectes
ou autrement, excepté quelques bolets d’une substance
presque ligneuse (tel que l’amadouvier) qui persistent
quelquefois pendant plusieurs années. Certains cham-
pignons coriaces persistent aussi et donnent naissance
à une nouvelle couche de pores, ete.; d’autres poussent
sur le bord de l’ancien pileus de nouvelles accrétions
(accroissement partiel) : ce qui se remarque surtout
chez le T'elephora hirsuta , Vespèce la plus répandue.
On peut trouver presque toute l’année des sphéries
ou autres champignons qui se développent sur des ra-
meaux secs, des bois putrides, ou sur des tiges de
plantes herbacées, particulièrement la grande ortie
(Urtica dioica). Hs ont pourtant, en hiver et par un
temps humide, un aspect plus frais.
Beaucoup de petits champignons, presque micro-
scopiques, et fort curieux par leur forme et leur cou-
leur, se rencontrent au-dessus et au-dessous des amas
de feuilles pourries et autres débris des végétaux, et
même de quelques animaux, par exemple, sur des
chrysalides, des chenilles et quelques autres insectes
morts. C’est pendant tout automne et un hiver doux
C2
( 81)
qu’un curieux instruit trouve une véritable jouissance
à en faire la recherche; ses peines sont toujours ré-
compensées par la découverte d’espèces rares ou nou-
velles.
De grandes espèces de champignons (1) servent
aussi, dans leur état de dépérissement et de destruc-
tion, au développement de divers agarics, de plusieurs
sclérotes, sur lesquels croissent souvent des petites
clavaires, des petits agarics; des moisissures y pul-
lulent surtout. Ainsi la nature se sert des champi-
gnons pour hâter et consommer la destruction des
végétaux ou de celles de leurs parties qui ne sont plus
utiles.
: Dans les caves et souterrains, particulièrement dans
les mines, où la température ne varie pas, on voit se
propager en tout temps des fungoïdes, ordinairement
d’une forme anomale et bizarre.
La fiente des animaux herbivores présente plusieurs
genres et espèces, tels que les Ascobolus, Pilobolus,
des Stilbum, des Mucors, quelques sphéries; et parmi
celles-ci je citerai en particulier la grande et belle
espèce que Linx£ avait appelée Peziza punctata. N
faut cependant remarquer que ces champignons ne pa-
raissent dans de tels endroits qu'après un certain laps
de temps, et lorsque le tout est bien sec, et pour ainsi
dire élaboré par l’air et par la pluie.
L'on ne trouve des productions fungoïdes que sur
(x) L’Agaricus nigricans Burr., ou adustus, Synop. fung., est
surtout fertile sous ce rapport.
‘ 6
(82)
les troncs, rameaux, tiges, feuilles (pour certaines
espèces épiphylliens), et péricarpes, que lorsque ceux-ci
ont cessé d'exister pour le moins depuis six mois ou
un an, et ordinairement quand ils sont tombés par
terre dans des endroits humides. Ces champignons éta-
blissent, par cette circonstance, une ligne de démar-
cation avec les lichenoïdes, qui ne croissent que sur
des arbres vivans ,outre ceux qui sont terrestres ou qui
se propagent sur les rochers.
Les champignons coriaces, subéreux, ou d’une sub-
stance presque ligneuse, qui ont une certaine di-
mension et quelque épaisseur, tels que plusieurs bolets
ou polypores, quelques hydnes et thélephores, se des-
sèchent d’eux-mêmes; mais pour les conserver on
doit choisir des individus qui ne soient pas encore
trop avancés, car alors quelques insectes y ont souvent
déjà introduit leurs œufs. Pour s’en assurer on brise
l’un ou l’autre individu afin de voir s’il s’y trouve déjà
des traces de vers (larves), et pour s’en préserver
chez soi, il faut soigneusement envelopper ces sortes
de champignons dans du papier, ou, ce qui est préfé-
rable, les plonger dans une dissolution de sublimé cor-
rosif, ou du moins les en enduire extérieurement ;
cette substance est bonne pour tous les champignons
charnus, coriaces ou membraneux, comme aussi pour
toutes sortes de plantes, si cependant leur nombre
considérable dans un herbier et la nature du moyen
proposé, qui demande toujours dans son emploi beau-
coup de circonspection, ne s’y opposent point.
Malgré cette préçaution, surtout quand la dissolu-
ee ee ns - ÉÉCS
(85)
tion d’arsenic a été mal employée, ou à des doses in-
suffisantes, il arrive que des champignons nourrissent
des insectes (ce sont des coléoptères du genre Der-
mestes Linn., ou Bostrichus Gxorr., ainsi que le Pti-
aus pertinaxæ L.) dont on ne tarde pas à reconnaître
la présence par la vermoulure ou par les trous cylin-
driques qu’ils creusent sur les surfaces. Si le cham-
pignon appartient à une espèce rare, et que l’on ait
intérêt à le garder, on peut, s’il n’est pas complé-
tement détruit, le mettre dans un four assez chaud
d’un boulanger, et, ce qui serait mieux et plus expé-
ditif, l’exposer, ie printemps et l'été (car l'hiver les
vers sont en repos) aux rayons du soleil. La chaleur
fait sortir les insectes et les force à se réfugier dans la
partie inférieure du champignon, d’où on les écarte de
temps en temps en changeant la position du fungus.
IL paraît que l’ardeur du soleil suffit pour tuer les œufs
et les vers qui sont les larves de ces coléoptères.
Les autres espèces coriaces, mais plus ou moins apla-
ties et peu épaisses, se dessèchent bien dans de vieux
livres, ou entre des feuilles du papier dont on se sert
ordinairement pour les herbiers. Une règle générale
pour tous champignons d’une consistance charnue et
coriace est, avant que de les mettre entre du papier
et sous presse (laquelle doit être, au reste, médiocre-
ment serrée, pour conserver, autant que possible, le
port des espèces), de les exposer, selon leur nature,
à Pair libre, pour que l'humidité superflue, dont ils
sont ordinairement imbibés, s’évapore: il est aussi né-
cessaire, du moins au commencement ,., de changer
deux fois par jour le papier; on peut même, avant de
( 84 )
mettre ces mêmes champignons dans du papier sec,
les laisser quelques heures sur une table, ce qui abré-
gera de beaucoup la préparation et conservera mieux
la couleur ; il est aussi bon de couper perpendiculai-
rement et par la moitié les espèces pourvues d’un pi-
leus et d’un stipes ; de cetlé manière on verra mieux,
entre autres, les feuillets des agarics et les aiguillons
des hydnes, etc.
On doit presque renoncer à réussir avec des cham-
pignons très-épais et en même temps très-charnus,
tels que les bolets proprement dits (les Suilli de Mr-
c&eL1), beaucoup d’agarics, et ceux qui se dissolvent
facilement, à moins que l’on ne choisisse parmi ces
derniers des échantillons avant leur état adulte. El faut
aussi mettre dans le même nombre les tremelles et
autres d’une consistance gélatineuse et molle, qui,
pendant leur pression, se collent au papier; il faudra
donc les laisser se dessécher d’elles-mêmes, et lorsqu'on
voudra les examiner, on les humectera; la contraction
qui les rendait presque méconnaissables venant à ces-
ser par la nouvelle humidité, elles reprennent facile-
ment leur forme et leur couleur primitives.
Celui qui veut avoir une collection complète d’es-
pèces, du moins des plus remarquables, peut les
meitre dans des bocaux remplis d'alcool un peu
étendu d’eau, Ce moyen, il est vrai, altère la couleur,
mais il laisse dans son état naturel la forme des indivi-
dus, et jusqu'aux petites parties dont ils sont compo-
sés. On peut aussi remplacer l’alcool par des modèles
en cire, Une collection semblable devient dispendieuse,
mais elle est aussi plus durable. Il importe qu’elle soit
mb.» à
(8)
exécutée sous la conduite d’un connaisseur, comme
celles de feu Sowergx à Londres, de M. TraTrINNIcx à
Vienne, et du Muséum d'histoire naturelle de Flo-
rence.
Les lycoperdacées, ou vesses-loup, demandent une
préparation particulière. Quand ils sont bien préparés,
ils se présentent et se conservent mieux que tous les
autres. D'abord il faut les cueillir avant leur maturité,
et avant qu'ils soient remplis de poussière, c’est-à-dire
dans leur moyen âge, où ils sont encore charnus; dans
cet état ils ont sur leur surface les verrues (verrucæ),
ou petits aiguillons, qui servent à distinguer les espèces
entre elles, et qui se perdent ordinairement quand la
peau du peridium devient flasque : ce qui a lieu après
la dispersion de la poussière. Ainsi, quand les indivi-
dus sont ramassés élant charnus, il est souvent néces-
saire, avant de les soumettre à la dessiccation, de les
laisser quelques jours à part, car ils ont cette particu-
larité, avant que le parenchyme se change en pous-
sière, de subir une sorte de fermentation et de devenir
tout humides. On doit faire passer cet état, sans quoi
ils pourriraient ou se noirciraient entre le papier ;
quelque temps après ils deviennent secs et un peu
mols, ce qui facilite la préparation; cependant ceux
qui ne sont pas encore adultes peuvent de suite être
inis dans un livre où du papier, sans cependant les trop
comprimer, pour qu'ils ne se brisent pas. On mettra
aussi de suite sous presse ceux des lycoperdons en
étoile (Geastrum) qui, en se desséchant d'eux-mêmes,
se contractent par leurs lanières et s’y maintiennent ;
dans ce cas sont principalement le Lycoperdon stel-
(36)
latum Buzr. (G. hygrometricum), et le Lycop. recol-
ligens Sowers.
La préparation des fungoides , d'une consistance
mince et membranacée, se fait très-facilement. Dans
ce cas sont presque toutes les helvellacées, plusieurs
agarics, surtout de la division Mycena, les nidulaires
{Cyathus) , les byssoïdes, les rhizomorphes, etc.
Les Fungi epiphylli sont ceux, comme l'indique leur
nom, qui croissent et se développent sur les feuilles,
el particulièrement dans leur intérieur, quand elles
sont plus ou moins vertes; je citerai pour exemple la
nombreuse famille des urédinées, les xylomes, les phyl-
lostictes, les érysiphes et les érinéum. On les prépare
comme les feuilles des autres végétaux; ils demandent
peu de soins, seulement on doit indiquer sur quelle
plante les feuilles ont été prises; cette circonstance
est aussi nécessaire quant aux hypoxylons (X'ylomici)
qui croissent sur les écorces ou branches des arbres,
et sur les tiges des plantes herbacées, et qui n’exigent
aucun arrangement, si ce n’est de diminuer autant
qu’il est nécessaire le volume des rameaux. L’indica-
tion de l’espèce végétale sur laquelle vivent ces sortes
de champignons parasites et pseudo-parasites (quand
ils sont peu ou point connus) est d'autant plus impor-
tante qu’elle en facilite la détermination ; car ordinai-
rement telle ou telle espèce naît seulement sur telle ou
telle plante, en quoi ces pelits champignons ressem-
blent aux vers intestinaux et à quelques insectes, tels
que les Coccus, Chermes et Aphis, que LinNé avait,
comme on sait, pour la plupart seulement désignés par
( 87 )
le nom des plantes qu’ils habitent, sans en donner au-
cune phrase spécifique.
Quant aux trichiacées qui comprennent de très-
jolis champignons, mais très-petits, excepté les genres
Fuligo et Spumara, lesquels étant fragiles et pleins de
poussière, et par conséquent faciles à se gâter par la
pression, on les conserve dans des petites boîtes er
bois ou en carton, dans le fond desquelles on met un
peu de coton.
Les lyÿcoperdons à écorce dure, dont l’intérieur est
un peu compacte, et qui ne subissent point par la
dessiccation des changemens notables, tels que les Sele-
roderma, les Hypogeum, les Polypera que M. Decax-
DOLLE appelle Polysaccum, se conservent mieux ren-
fermés dans de semblables boîtes que partout ailleurs.
On gardera de la même manière les Zsaria et les
Sphæria, qui naissent sur des chrysalides (ordinaire-
ment celles des phalènes), et sont, par conséquent, un
peu cachées sous des feuilles ou de la terre, ainsi que
les diverses espèces qui viennent sur d’autres restes
d'insectes. -
On n’a pas ldcoutume de préparer les petites es-
pèces des pézizes, et autres helvellacées, les Szilbum, les
sclérolies, etc., en recourant de suite au moyen indiqué
pour les grandes espèces. Ce manque de précaution
fait qu'ils se grippent sous l'influence seule de l’at-
mosphère. En les préparant comme les grandes es-
pèces , ils conserveront beaucoup mieux leur port;
mais il faut seulement avoir soin que les branches et
les feuilles sur lesquelles ces petits champignons ont
paru ne soient point trop humides.
(88)
Quand les divers champignons que nous venons de
mentionner seront suffisamment desséchés, on fera
bien, pour empêcher tout accès aux insectes et vers
nuisibles, de les enfermer dans des capsules de papier
pliées comme on le pratique en partie pour les mousses
et les hépatiques, de les conserver dans un endroit
aéré et sec; alors on aura la jouissance de garder long-
temps ces productions, de pouvoir les comparer, les
étudier sans crainte de les perdre , et de les commu-
niquer utilement à d’autres botanistes.
AAA AAA LAVAL AA VALVE LAVAL MAIS
CATALOGUE RAISONNE
Des plantes introduites dans les colonies françai-
ses de Mascareigne et de Cayenne, et de celles
rapportées vivantes des mers d'Asie et de la
Guyane, au Jardin des plantes de Paris, par
M. SamuErz PERROTTET, membre résidant.
Les végétaux que je me propose d'indiquer dans ce
catalogue sont le résultat d’un voyage que le gouver-
nement français voulut bien me charger de faire dans
l'intérêt de l’horticulture et pour les progrès de la bo-
tanique. Ensuite de cet acte de bienveillance et d’une
confiance dont je conserverai toujours le souvenir, je
quittai le Jardin des plantes où, depuis deux années,
j'étais employé comme botaniste-cultivateur. Le 9 oc-
tobre 1818, muni des instructions de mon illustre
maître, M. le professeur Axpré Tuouin, auquel je suis
redevable de toutes les connaissances que je puis avoir
dans l’art de gouverner les plantes, je me rendis à
Rochefort où j’arrivai le 14 du même mois, et d’où j'ap-
pareïllai le 1°° janvier 1819, faisant voile sur Cayenne.
Je montais la galarre {ce Rhône, commandée par M. le
capitaine de vaisseau Paiciserr. Nous touchämes
Cayenne le 1° février; j'y déposai des arbres fruitiers
et les graines qui m’avaient été confiées par M. Tour;
vingt-six jours après nous partimes pour les mers d’A-
sie; le 10 avril nous relächâmes à Praya, port de l’une
7
( 90 )
des iles du Cap-Vert, et le 26 juin nous atteignimes
l’île Mascareigne (1), située à l’est de Madagascar ,
dans l’Océan éthiopique. Mon premier soin fut d’in-
troduire dans le jardin de naturalisation les boutures
des vanilliers, les plants et les graines de différens
palmistes que j'apportais de Cayenne : les unes et les
autres ont parfaitement réussi. Le 27 juillet je quittai
Mascareigne pour gagner Java. de débarquai le 15 sep-
tembre à Sourabaja, où je restai un mois occupé à
recueillir tout ce que mes yeux découvraient d’utile
et d’inconnu en Europe : mes récoltes furent très-
abondantes. Le 15 octobre nous fimes voile sur Ma-
nille; chemin faisant nous mouillämes à Samboangan,
dans le détroit de Basilan, où je demeurai jusqu’au
2 décembre. Le 23 nous arrivâmes à Cavitte, ville de
l'ile de Manille, que j’explorai en tout sens, mais qu’il
me fallut quitter trop tôt, le but de l’expédition de
M. Priumerr étant rempli. Ce but était de prendre
des Chinois instruits dans les cultures exotiques pour
les conduire dans les colonies francaises et y accli-
mater ce genre d'industrie. Nous primes trente-sept
Chinois à Manille, dont un fut amené à Paris et y
fut entretenu pendant deux ans aux frais du gouver-
nement.
De Manille nous revinmes à Mascareigne. Notre dé-
(1) Les savans et les géographes sont convenus depuis un demi-
siécle, pour éviter les changemens que la politique améne trop sou-
vent, de donner à l'ile dite de Bourbon et de la Réunion, le nom
de MascarennaAs qui le premier la découvrit; c’est une justice tar-
dive que tout voyageur est intéressé à. rendre.
(91)
part eut lieu le 17 mars 1820, et notre arrivée le 6 mai
suivant. Je déposai au jardin de naturalisation de cette
colonie soixante-quatorze genres de plantes diverses,
en deux cent seize individus vivans, plus une caisse
de graines de Sagus gomutus en germination, et
soixante-dix-sept sachets graines recueillies à Java,
Mindanao et dans les Philippines. J’ai, depuis mon
retour en France, appris que les individus et les semis
de mes plantes étaient tous en un état prospère.
Le 1° juin nous quittämes Mascareigne pour gagner
Madagascar, où nous descendîimes le 6 du même mois,
et de là retourner à Cayenne, où nous arrivâmes le
10 août 1820. Je remis au jardin de naturalisation
de cette colonie plus de soixante-seize genres peu ou
point connus, en cent trente-quatre individus vivans,
une caisse de graines en germinalion du Sagus gomu-
tus, une autre de mandariniers, et cent dix sachets
graines appartenant la plupart à des genres nouveaux
et inconnus. Le 1° juin 1821 je m’embarquai sur la
gabarre la Durance, qui avait fait partie de notre ex-
pédition dans les mers du Sud, et je revis le sol de la
France le 18 juillet suivant. J’entrai dans le port du
Havre, et j’arrivai à Paris le 1°" août, après une absence
de trente-quatre mois, ramenant quatre-vingt-cinq
caisses de diverses dimensions, lesquelles renfermaient
cent cinquante-huit espèces de végétaux vivans, de
16 décimètres (6 pouces) à 2 mètres (6 pieds) d’élé-
vation, et formant un total de cinq cent trente-quatre
individus ; plus, deux caisses graines de différens pal-
mistes et autres stratifiées dans de la terre et en pleine
végétation; trois cents sachets graines de toute espèce
7°
(92 )
provenant de l’intérieur de la Guyane et des environs
de Cayenne; sept caisses de plantes sèches, bois et
fruits; vingt-six bocaux en verre contenant des fruits
des diverses contrées que je venais de parcourir et
quelques reptiles ; une caisse de minéraux des îles Phi-
lippines, deux oiseaux rares des mêmes îles (1), un
pain de résine (2), plusieurs animaux vivans de la
Guyane, savoir : quatre perroquets, une perruche, un
gymnote électrique , vulgairement appelé Anguille
tremblante ; un coaïta , Simia paniseus L. ; le hocco
noir à ventre blanc, deux agamis; enfin cinq plants de
l'ananas maï- pouri, très-grosse espèce déposée au
jardin des primeurs à Versailles (3).
Je ne parlerai point de mes nombreuses excursions
dans les contrées que j'ai parcourues pour y découvrir
tout ce qui pouvait intéresser les savans et enrichir les
précieuses collections du Muséum d'histoire naturelle
de Paris: je ne dirai pas les soins qu’il m’a fallu prendre
pour conserver vivans les végétaux que je devais pro-
mener pendant plus de vingt-deux mois sur mer, el
sous des latitudes si différentes (4); ni les recherches
(1) Je Les ai rapportés empaillés; l'un est une espèce de Calao
et l'autre un épervier des Philippines.
(2) Voyez à ce sujet le premier volume des Mémoires de la Société
Linnéenne, p. 58 et 59.
(3) De Manille j’expédiai au Jardin des plantes trois cent soixante-
dix sachets de graines; de Mascareigne, sept grandes caisses de
plantes en nature, et enfin de Cayenne, une autre également de
plantes vivantes, dont M. le professeur Tnouix m'a annoncé la ré-
ception par sa lettre du 15 novembre 1820.
(4) J'ai publié sur cet objet un Mémoire dans le premier volume
de la Société, p. 541 à 547.
(9%)
auxquelles je me suis livré sur les pratiques agricoles
des Indiens (1); je ne ferai pas mention des pertes
considérables en plantes que j'ai essüyées à bord de
la Durance, pendant mon séjour sur les côtes des
Indes orientales, ni des tracasseries de toutes les sortes
que j'ai dû supporter à bord du Rhône, où j'étais pour
ainsi dire obligé de disputer chaque jour la place qui
_ m'était nécessaire, et de me soumettre aux caprices
d'hommes absolument étrangers aux études et aux
opérations qui font les délices de ma vie; mais je ne
puis taire l’honorable témoignage que m'a donné, le
15 août 1821, M. le professeur Axpr£ Taouix : « J’af-
» firme, dit-il, qu’à ma connaissance il n’est point
» arrivé en Europe, depuis le commençement de ce
» siècle, une collection végétale aussi nombreuse en
» funilles, en genres el en espèces rares, et surtout en
» individus de végétaux vivans, et qui soit plus sus-
» ceptible d'enrichir un jardin de botanique, que celle
» que M. Perrorrer vient d'introduire en France. »
L'administration entière du Muséum d'histoire natu-
relle m'a donné également les plus honorables attes-
lations les 17 et 21 août dans les lettres qu’elle a
adressées aux ministres de l’intérieur et de la marine
sur les résultats de ma mission.
C’est donc pour justifier ces nobles encouragemens
que je crois devoir mettre sous les yeax des amateurs
de la botanique et de l’horticulture le tableau de toutes
les plantes que j'ai rapportées. J’indiquerai emploi
(1) Voyez ce que j'ai publié à ce sujet tom. Ier des Actes de la
Société, p. 548 à 554.
( 94}
que l’on en fait dans leur pays et le terrain qui leur
est propre; j'y joindrai les noms indigènes qu’ils por-
tent, afin que ceux qui visiteront les mêmes contrées
que moi puissent tirer un plus grand profit du séjour
qu'ils seront dans le cas d’y faire. Je m’étendrai fort
peu sur toutes les espèces nouvelles, voulant les étu-
dier attentivement et revenir sur chacune d’elles en
particulier : je ne fais donc que les indiquer, afin de
prendre date.
Mes plantes (qu'il me soit permis d'employer cette
expression) se trouvent pour la plupart renfermées
dans une serre chaude, construite à la fin de l’été de
1821, à laquelle plusieurs botanistes nationaux et
étrangers ont la bonté d'imposer mon nom, comme
ils donnent celui de Riepz£ à la serre qui contient les
plantes vivantes que recueillit à Porto-Rico, à Saint-
Thomas, dans la Nouveile-Hollande, ce voyageur,
mort victime des persécutions que le capitaine Baupix
fit endurer à tous les naturalistes qui composaient la
célèbre expédition aux terres Australes.
J’appellerai de première grandeur les arbres qui
s'élèvent au-dessus de 32 mètres (100 pieds); de se-
conde grandeur, ceux qui vont de 19 à 50 mètres
(60 à 100 pieds), et dont la moyenne est de 26 mètres
(6o pieds) ; de troisième grandeur, ceux qui montent
de 10 à 20 mètres (30 à 6o pieds), dont la moyenne
est de 14 mètres et demi (45 pieds); enfin de qua-
trième grandeur, ceux qui atteignent de 6 mètres et
demi à 10 mètres (20 à 30 pieds), et qui sont de grands
arbrisseaux.
Par le mot graines je désignerai les végétaux que je
( 99 )
n'ai point recueillis vivans, et je terminerai chacun
des articles par les lettres G, M, P, selon que les plantes
existeront, de mon fait, à Cayenne, à Mascarecigne ou
au Jardin des plantes de Paris; les articles qui ne pré-
senteront point l’une de ces lettres se trouvent aux
trois endroits.
Enfin, les espèces qu'il ne m’a pas été possible de
déterminer, n'ayant ou point vu les fleurs et les fruits,
ou les ayant reçus par voie indirecte, je les rapporte
sous le nom qu’on leur donne dans le pays. Ces indi-
cations sont en elles-mêmes de peu de valeur; cepen-
dant elles pourront servir à d’autres. Il est plusieurs
genres ou espèces auxquels je n’ai pas même pu ajouter
les noms vulgaires; leur nombre est d'environ une
centaine : on ne pourra les déterminer que lorsqu'ils
auront fleuri.
+ AGACTA pannacoco Aus. de la Guyane. P. Et une
autre espèce dite Corail végétal, du même pays. P.
ACHRAS sapota L. Nouvelle variété de Manille. M.
À. ichicomame Pere. Espèce nouvelle de Manille à la-
quelle je donne lenom qu’elle porte dans le pays. L'arbre
est plus élevé que le sapotillier ordinaire ; ses feuilles
sont plus longues et plus larges, d’un vert foncé très-
luisant. Le fruit est trois fois plus gros, recouvert d’une
peau rude, écailleuse, gris-cendré, et a la forme d’un
cône de cèdre du Liban. Sa chair est jaunâtre, d’un
goût exquis. On Île cultive dans tous les jardins. M. C.
Aczé des Indiens de Manille. Arbre de seconde
grandeur appartenant à la belle famille des légumi-
neuses. Son bois passe dans le pays pour être incor
( 96 )
rupüble : on l’emploie aux constructions civiles et na-
vales, et les ébénistes en font des meubles de prix.
L’aclé ne se voit que dans les régions élevées des Phi-
lippines et dans les forêts voisines des montagnes. Je
n’ai pu l’observer assez pour en tracer les caractères
botaniques; j'en ai recueilli des graines fraiches que
j'ai portées et semées au jardin des plantes de Masca-
reigne où elles ont prospéré et d’où l’on pourra en
tirer des individus. Le terrain dans lequel j'ai vu cet
arbre m’a paru de bonne nature, consistant, sans être
argileux. (Graines.)
ADANSONTA digitata EL. Ce géant de la végétation,
connu sous le nom de Baobab du Sénégal, vient très-
bien dans les serres chaudes du Jardin des plantes.
Je l’ai rapporté venu de graines semées à Cayenne;
il a dans ce moment 2 mètres un quart (7 pieds) de
haut, et montre la plus grande vigueur. P.
ÆSCHINOMENE grandiflora L., le Touri des Ja-
vanais, l’Agati nélite des Créoles. — Les fleurs de cet
arbrisseau se mangent crues ou cuites, et le plus sou-
vent en salade; séchées à l’ombre elles sont employées
en guise de thé par les Malais, habitans les îles de
Java. Ses légumes sont petits, très-comprimés et de
la grosseur d’un moyen haricot; les indigènes les font
cuire avec du poisson salé, lorsqu'ils sont encore ten-
dres. On retire du tronc un suc r{sineux que les Chi-
nois, particulièrement ceux de Sourabaja, emploient
sans aucun apprêt comme vernis. Le touri, dont je con-
nais deux variétés, l’une à fleurs blanches, et l’autre à
fleurs d’un beau rose, n’est pas seulement cultivé
comme plante utile, mais il l’est encore comme plante
( 97 )
d'ornement. Les terres légères et fraîches lui con-
viennent de préférence à tout autre, (Graines.) C. M.
AGAVE banlan P£rr. Je donne à cette espèce d’a-
gave le nom que les Javanais lui donnent, Vanas ban-
lan ; ils font avec ses feuilles un fil propre à la fabri-
cation des toiles et des cordages. G. M.
ALEURITES vriloba. Ge grand arbre, que les Java-
nais appellent Kamiri, donne une noix à coque très-
dure; son amande, bonne à manger, cause de violentes
coliques; l’on en retire une huile excellente. M. C.
AMOMUM zingiber L. Deux variétés, dont l’une a
‘ les racines blanches. M.
AnGrow. Arbre de moyenne grandeur, dont le bois
est blanc et tendre. Les Malais l’emploient, sous les
ordres des Européens, à la manipulation de la poudre
à tirer. (Graines.) G. M.
ANNONA wuricarTa. Ge corossolier est un arbre de
quatrième grandeur, dont le fruit, très-gros, est hérissé
d’aspérités et très-parfumé; on le mange avec délices.
On le cultive à Cayenne dans les terres légères voisines
des habitations. M. P.
J’ai rapporté de Cayenne l’espèce connue des bo-
tanistes sous Ja dénomination de Cherimolia, et de
Java une espèce nouvelle, que les naturels appellent
Merak merakkan, dont les feuilles sont petites, étroi-
tes, et les fleurs d’un beau jaune, très-odorantes. Les
Indiens de Manille, qui la nomment Quenon-on, et les
Malais, Îlan-guillan, recueillent ses fleurs pour les
tresser en couronnes et en orner le front de leurs
femmes. (Graines.) M.
AnBoz À BReA des Indiens. — Arbre de première
(98 )
grandeur, originaire des Philippines, qui me parait
faire partie des térébintacées. Le tronc est couvert de
protubérances, et d’une écorce épaisse, inégale, cre-
vassée et d’une couleur cendrée. Les feuilles sont al-
ternes, à surface ondulée, pennées avec impaires, à
folioles souvent opposées, à nervures saillantes, pour-
prées et pubescentes. Le pétiole commun est renflé
à la base, armé près de son insertion de deux crochets
ou stipules; la chute de ces longs pétioles laisse sur le
tronc et les branches des cavités qui leur donnent un
aspect raboteux et une surface inégale. (Woyez, pour
ce qui regarde la résine que l’on obtient de cet arbre,’
le premier volume des Mémoires de la Société Lin-
néenne, p. 88 et 89.) J’ai remis quatre beaux individus
au jardin de Mascareigne, trois à Cayenne et trois au
Jardin des plantes de Paris.
ARECA catechu L. Ge palmier, appelé Toctiang-
pinang par quelques Malais, Djambe et Indelstin par
d’autres, Bonga dans les îles Philippines et à Java,
s'élève rarement à 6 mètres et demi (0 pieds); ses
feuilles sont ailées, droites, d’un vert foncé. Le pétiole
commun, auquel les folioles sont attachées, est de gran-
deur moyenne et d’une grosseur proportionnée. Au
fur et à mesure que les feuilles tombent, elles laissent
sur le stype des impressions annulaires très-saillantes,
qui donnent à cet arec un aspect remarquable. A la
base du chou naît une, deux et quelquefois trois spa-
thes univalves et pointues au sommet, qui, à l’époque
de la floraison, laissent paraître un régime ou panicule
ramifiée de 32 à 48 centimètres (1 pied à 18 pouces)
de long, chargée de petites fleurs blanches qui tombent
( 99 )
aussitôt leur épanouissement, et sont remplacées , pour
ainsi dire, subitement par des fruits de la grosseur
d’un œuf de poule, colorés d’un beau jaune orange et
de forme ovoïde. L’enveloppe florale n’est point cadu-
que, elle accompagne généralement les fruits jusqu’à
parfaite maturité, et ne tombe d'ordinaire qu'avec le
régime, proprement dit, auquel elle a servi d'appui.
L’arec catechu est d’autant plus intéressant qu’il
est toute l’année couvert de fruits verts et jaunes, dont
l’amande, vulgairement appelée noix d’arec, sert aux
naturels du pays pour la teinture de divers objets et
à préparer leur bétel. Gette amande, parsemée de
veines rougetres, est cachée sous une enveloppe filan-
dreuse, très-épaisse, qui la met à l’abri du contact de
l'air; sa forme est parfaitement conique, et sa consis-
tance assez dure. Les Européens font des brosses à
dents avec l’enveloppe.
Ce palmier fructifie très-jeune; j’en ai vu à Java
qui avaient à peine 3 mètres de haut, déjà tout cou-
verts de fleurs et de fruits. C’est un ornement pour les
jardins et pour les routes. Une terre légère, mais sub-
stantielle, plutôt sèche que trop humide, est celle qui
lui convient pour prospérer. G. M.
À. faufel, arbre dont les fruits sont un objet de
commerce dans l’Inde. (Graines.) C. M.
À. oleracea cultivé à la Guyane. P.— l’alba et le ru-
bra originaires de Mascareigne. C. P.
ARISTOLOCHIA. Espèce nouvelle de Java. M.
AROUMA guianensis Aur. Avec les branches de ce
bel arbre les Nègres préparent leur crocrou et leur
pagara.
( 100 )
ARTOCARPUS. J'ai lu un mémoire sur ce genre
intéressant, dont la Société à ordonné l'impression.
Voyez le Compte rendu de 182», par M. Tnifeaur DE
BerxeAuD, pag. 45 et A6. J’observerai seulement que
les rejetons de l’arbre à pain sauvage (A. incisa) que
is : Ur):
j'ai rapportés de Cayenne sont ceux d’un individu que
le Jardin des plantes de Paris avait envoyé dans cette
colonie en 1797, et dont la multiplication est due aux
soins de M. Manrin.
Les Javanais donnent le nom de So/oer à l Artocar-
pus incisa apyrena; celui de Nanka à VA. jaca, el
emploient son écorce pour la teinture; celui de Do-
crian à une espèce qui se rapproche de la précédente,
mais dont le fruit est aigre et fade; celui de Alouwé
et d’'Emboel à une espèce qui m'est inconnue et qui
contient une amande amère; enfin celui de Rima au
véritable arbre à pain.
ARUM. — J'ai rapporté trois espèces de ce genre,
une dite cordifolium , provenant de Mascareigne, l’ar-
borescens, que les indigènes de la Guyane appellent
Moucou moucou, dont les graines ressemblent à celles
de l’Artocarpus seminifera, et servent à la nourriture
des naturels du pays, et deux espèces nouvelles qui
végètent très-bien en ce moment au Jardin des plan-
tes : l’une est de Cayenne , l’autre des Philippines.
ARUNDO. L'espèce dite Roseau à flèches des natu-
rels de la Guyane. P. |
AUGIA sinensis. Voyez le Gompte rendu des tra-
vaux de ia Société pour l’année 1822, pag. 74 et
5. M.
ET
(trou) À
AVERRHOA acida H. P., ou Cerisier de l'Inde;
arbrisseau muni de feuilles alternes, pennées, à fo-
lioles nombreuses également alternes, presque sessiles,
ovales, petites et d’un très-beau vert. Les branches et
les rameaux, d’un vert glauque, sont couverts de pe-
tites cavités dues à la chute des feuilles. Fleurs tégè-
rement pédonculées, d’un rose pâle, distribuées par
bouquets sur le tronc et les rameaux. Fruits petits, de
27 millimètres (1 pouce) environ de longueur et de la
grosseur d’un petit cornichon : ce fruit est cannelé,
transparent quand il est parfaitement mûr, ne peut
être mangé cru; on le recherche pour les confitures
auxquelles il imprime un goût acide très-agréable.
Cette espèce de carambolier aime les terres légères,
sablonneuses, plutôt sèches qu'humides, et préfère les
lieux un peu ombragés. C’est dans ces derniers terrains
que je l'ai vu prospérer à Java.
À. bilimbi. de Java. — Et une espèce nouvelle éga
lement de Java. M.
À. minima Prrr. Espèce nouvelle venue de la
Chine, qui s'élève à 1 mètre (3 pieds) au plus. M.
BAMBUSA arundinaceæ Won. J'ai rapporté des
Philippines et de Java plusieurs espèces et variétés de
bambous que j'ai déposées au jardin de botanique et
de naturalisation de Mascareigne. Je les désigne sous
leurs noms malais : 1° bamboui apous dont on mange
les feuilles; 2° le dejava; 5° le panden, très-belle
espèce; 4° le ouri, qui est très-épineux et dont les
feuilles sont fort étroites; 5° le godin; sa tige est d’un
beau jaune, à nœuds blancs et formant des anneaux
irès-prononcés : on en fait de belles cannes à Java;
(102 )
6° et le pringadant qui est très-petit, garni de feuilles
étroites, et cultivé sur le bord des étangs.
Banava des indigènes des îles Philippines est un
arbre d’une très-grande élévation et dont le port le
rapproche des tulipiers. Son bois, fort dur, incor ru-
ptible, est employé aux constructions navales et aux
monumens publics. Le banava croit naturellement
dans les lieux secs et élevés. (Graines.) C. M.
BARLERIA prionitis. Cette belle espèce était déjà
dans les herbiers, mais elle n’avait jamais été rapportée
vivante en Europe. Sa hauteur moyenne est d’un
mètre (3 pieds) environ; elle forme une sorte d’ar-
buste semi-ligneux sur les lisières des bois et des
chemins de l’ile de Java, sa patrie, où elle croît abon-
damment. L'espèce que l’on possédait au Jardin des
plantes, sous le nom de B. prionitis, était mal nom-
mée; elle n’a d’autre rapport avec la mienne que d’ap-
partenir au même genre; le véritable B. prionitis est
couvert d’épines sur toutes ses parties, tandis que
l’autre en est absolument dépourvu.
BAUHINIA inermis Perr. Espèce nouvelle des
montagnes des Philippines. M. (Graines.)
Bexpo. Grand arbre de l’Archipel indien, à fruit
assez gros et bon à manger; on extrait de l'écorce des
fibres que l’on convertit en fil très-estimé. Le bois,
qui est d’un grain fin, fort dur, est employé dans les
constructions. (Graines.) G. M.
BESLERIA cristata et coccinea de la Guyane. P.
BIGNONIA incarnata, purpurea, et l'espèce appe-
lée dans la Guyane Fausse vanille. P.
B. fraxinoides Prrr. Espèce nouvelle de Java,
sat . _ . nt je
( 108 })
dont le port est celui de notre frêne commun. Il croît
dans les lieux marécageux, aux environs de Sourabaja.
M. C.
Boa DsA, plante javanaise de la famille des malvacées,
dont la fleur fournit un extrait très-estimé pour les
maux d’yeux. (Graines.) CG. M. ]
BOMBAX. Plusieurs espèces non décrites provenant
de Java. (Graines.)
* BROMELIA pigna. Perr. J’adopte le nom de Pigna
que les naturels de Manille donnent à cette espèce d’a-
nanas nouvelle pour les botanistes. Elle pousse d’é-
normes toufles longues et flexibles. On la cultive avec
un soin tout particulier, non pour ses fruits qui sont
excellens, mais pour ses feuilles qui fournissent une
filasse très-tenace dont on prépare de la toile et des
étoffes d’une grande finesse. Les Européens recher-
chent et paient fort cher ces beaux tissus, qui pren-
nent toutes les couleurs qu’on veut leur imprimer. C’est
pour les femmes du pays un ornement de rigueur,
elles en font des corsets et surtout une sorte de ta-
bliers qu’elles nomment calimbés. La filasse du pigna
est également employée à la fabrication de toutes
sortes de cordonnets et autres ligatures. La plante
vient très-bien dans les terres sablonneuses, sa culture
n’est point diflicile, G. M.
B. maï-pouri Peer. Cette nouvelle espèce d’ananas
provient de Cayenne; cinq plants ont été, comme je
l’ai dit, déposés au jardin des primeurs à Versailles.
Le maï-pouri n’a point les feuilles armées de dents
comme ses congénères; ses fruits, d’un manger fort
(104 )
délicat, pèsent d'ordinaire 10 kilogrammes (20 livres),
et sont très beaux. M.
BROUSSONNETIA papyrifera, que les Malais ap-
pellent Glugo. (Graines.)
BUTONICA speciosa R. Cet arbre, originaire de
Mindanao , et que l’on nomme vulgairement Bonnet
carré, est un des plus beaux arbres connus; il est re-
marquable par son port, la grandeur de ses fleurs, par
ses fruits quadrangulaires, qui lui ont fait donner le
nom vulgaire qu’il porte, et par ses grandes et belles
feuilles luisantes, à nervures pourprées. Il s'élève de
10 à 15 mètres (30 à 40 pieds), pousse beaucoup de
branches horizontales. Son écorce est épaisse, char-
nue, d’un blanc gris foncé, assez unie. Il couvre plu-
sieurs petites îles à l'embouchure du détroit de Ba-
silan; les bords sablonneux de la mer lui plaisent
beaucoup, aussi en voit-on des tiges nombreuses sur
les plages de Madagascar, où elles résistent aux lames
de l'Océan qui viennent se briser à leurs pieds.
Le fruit de ce Butonica renferme une amande que
l’on divise par tranches et que l’on jette dans l’eau
pour enivrer le poisson au moment où l’on veut en
faire la pêche. Cette pêche est facile. Le poisson mon-
tant à la surface de l’eau est ramassé au moyen d’un
lilet fixé au bout d’une longue baguette de bois bifur-
quée. — On retire encore de l’amande une huile bonne
à brûler, et même à laquelle on attribue quelque pro-
priété médicinale.
CACTUS. Espèce nouvelle que j'ai recueillie sur les
rochers de Montabo près de Cayenne. P.
CÆSALPINA lœvigata Penn. Originaire des plages
( 109 )
marécageuses des îles Philippines, où elle porte des
panicules, longues de 4o à 48 centimètres (15 à
18 pouces), chargées de fleurs jaunes d’une grande
beauté; cette espèce nouvelle se distingue de ses
congénères par ses feuilles ovales, coriaces et lui-
santes.
CÆSALPINIA sappan L. de Mindanao, lune des
Philippines. Get arbrisseau est cultivé avec beaucoup
de soin dans les environs de Manille et dans Pile de
Java, où son bois, d’un rose jaunâtre, est employé à
la teinture. Le Sappan habite les lieux élevés; son
tronc, ses tiges et ses feuilles sont couverts d’épines;
il sert à faire des haies de défense. G. M.
CALAMUS rotang L.,nommé par les Malais Rocloé.
Ce palmier lance sa tige jusqu’à 50 et 65 mètres (150
et 200 pieds), sur 27 millimètres (1 pouce) de dia-
mètre. Ses fruits sont écailleux, de la grosseur d’une
cerise et parfaitement sphériques. Les écailles se re-
couvrent mutuellement; le drupe est indéhiscent, à
une loge; il contient un noyau, dur, cartilagineux. Les
feuilles sont pennées, engaînantes, terminées au som-
met par un long filet ou vrille armée de crochets op-
posés, très-aigus, recourbés en dehors, qui se fixent
aux arbres voisins et soutiennent les tiges longues et
flexibles du Rotang, qui dépassent en hauteur les plus
grands arbres des forêts. Les Malais et les habitans des
iles Philippines emploient ces tiges pour faire des cables
et des cordes qui durent fort long-temps et servent à
traîner les plus lourds NE fait encore usage
pour va-et-vient sur les rivières où l’on a établi des:
ponts volans, des radeaux; elles résistent pendant plu-
8
( 106 }
sieurs années à un frottement continuel et aux intem-
péries des saisons.
Cette précieuse monocotylédone se trouve commu-
nément dans les forêts de Java et des Philippines, où
elle abonde. On la multiplie facilement de graines
mises en terre immédiatement après leur maturité :
passé celte époque, elles perdent leur faculté germi-
nalive.
J’ai encore rapporté de ces contrées quatre autres
espèces de calamus, l’une appelée Sépat, dont la tige
très-souple sert à faire des liens d’une durée moins
longue que ceux obtenus du rocloé; l’autre, dite Pa-
lassant; la troisième, Beyoco, et la quatrième, Mamou
gom.
A la Guyane, j'ai trouvé l'espèce dite petit Ouara,
el une autre non décrite, que j'ai comprise dans le
nombre des individus déposés au Jardin des plantes.
CARAPA guianensis Augr. Grand arbre de seconde
grandeur, d’un beau port, qui croît très-vite et ac-
quiert en très-peu de temps un volume remarquable.
Son bois n’est pas très-dur, mais d’une belle cou-
leur rouge, très-liant et solide. Il ne pèse que 21 kilo-
grammes et demi (44 livres) par 5 centimètres cubes.
On l’emploie comme bois de charpente et pour plan-
ches : on en fait aussi des meubles qui durent fort
long-temps, et même des mâtures et des bordages de
canots. Les feuilles sont alternes, pennées avec im-
paires; le fruit est un gros drupe qui contient cinq
grosses graines aplatés du côté de leur point d’union
et convexes à l’extérieur; parfois elles offrent une
forme presque triangulaire. L’amande qu’elles renfer-
a El
de.
(107. )
ment est avidement recherchée par les porcs et géné-
ralement par tous les rongeurs : elle donne à la chair
de ces derniers un goût très-amer, mais elle ne paraît
pas influer sur celle des pourceaux. On retire encore
de cette amande une huile très-belle, bonne à brûler,
et employée avec succès, à cause de son amertume,
pour éloigner les insectes dont la Guyane est infestée.
Les indigènes se frottent le corps de cette huile, à la-
quelle ils mêlent du rocou, pour se préserver de la
piqûre des moustiques et des maringouins. Le carapa
se plaît dans les lieux frais et humides ; il se multiplie
facilement de graines qui germent huit à dix jours
après être mises en terre. M. P.
CARYOPHY LLUS aromaticus. Véritable giroflier
cultivé à la Guyane. C’est un arbre de seconde grandeur
qui prend naturellement une forme pyramidale, et
s’accommode de tous les terrains, même ceux dont la
terre est forte, argileuse, et des vases marécageuses ;
mais il y perd de sa vigueur, ses fruits ÿ acquièrent
moins de volume et ils sont d’une qualité inférieure.
Dans les terres sèches et élevées, il devient superbe ;
dans les terres basses il produit plus, ne manque ja-
mais et vit très-peu. P.
CARYOTA urens. Espèce de palmier extrêmement
rare, que l’on nomme faux Sagoutier de l’Inde. Ses
feuilles pennées ont des folioles triangulaires, décou-
pées à leur bord. Un des quatre individus que j’ai in-
troduits au Jardin des plantes a fleuri en 1893. Il à
aujourd’hui 4 mètres (12 pied®) de haut.
CASSIA alata L. Get arbrisseau est connu des In-
diens sous le nom de Capoulkeau, et par les Javanais
8
( 108 )
sous celui de Catapin. Ses feuilles alternes et pennées,
ses folioles très-rapprochées les unes des autres, pres-
que opposées, larges et ovales; les fleurs qui naissent
sur une panicule terminale, et sont grandes, d’un beau
jaune safran, rapprochées sur l’axe en épi serré, lui
donnent l'aspect le plus brillant. Le fruit est un légume
de 10 à 16 centimètres (4 à 6 pouces) de long, à deux
valves armées d’une membrane ailée; les graines sont
petites, triangulaires et très-nombreuses. Les Malais et
les naturels font usage des feuilles de cette belle légu-
mineuse dans les maladies de la peau. Ils les pilent et
en font une pâte liquide, en y mêlant un peu de poudre
à Lirer, ou du noir de fumée et quelques gouttes de
vinaigre, On m'a assuré que l’effet était plus prompt,
plus efficace, lorsqu'on mettait les feuilles bouillir avec
ces mêmes ingrédiens.
Le Cassia alata se trouve abondamment dans les
lieux bas et humides de Samboangan, de Java et de
Manille. Il se plait à toutes les expositions, même dans
les plus chaudes. (Graines.)
CASTANEA sinensis Penn. Espèce nouvelle prove-
nant de la Ghine, et que j’ai obtenue à Manille. M.
CASUARINA. L'espèce que l’on cultive dans les
jardins à Java comme plante d'ornement, et que les
Malais appellent T'iamoro. M.
CGAVANILLA philippensis Lawx. Ce bel arbre, de
quatrième grandeur, est appelé Habolo par les insu-
laires des Philippines; son aspect est majestueux; il
est garni de grandes feuilles couvertes d’un duvet ar-
genté en dessous; son tronc est droit; ses fruits, qui
se rapprochent beaucoup de l’abricot-pêche, sont d’un
(109)
beau jaune orangé, d’un parfum agréable, et contien-
nent de trois à quatre graines aplaties qui perdent en
fort peu de temps leur propriété germinative. On le
cultive dans tous les jardins, et ses fruits figurent sur
toutes les tables, Il est d’une culture facile, puisque
tous les sols lui conviennent; il aime à être abrité par
des manguiers, par des haies ou des groupes de bam-
bous.
CECROPIA peltata, et une espèce non décrite que
les naturels de la Guyane appellent Bois canon grand
bois. P.
Cipre noir de la Guyane (le) est un des plus grands
arbres forestiers de cette vaste contrée, mais il n’est
pas connu des botanistes. Il fournit un bois très-
solide que l’on emploie avec avantage dans les con-
structions. P.
CELTIS mascarinensis Penn. Espèce nouvelle que
j'ai trouvée dans les lieux secs et arides de lile de
Mascareigne. C. P.
CHILIOPERA. Espèce non décrite de la Guyane. P.
CHRYSOPHYLLUM philippense Penn. Espèce nou-
velle de caimitier indigène aux forêts montagneuses
des îles Philippines. Cet arbre de première grandeur,
remarquable par son beau port, son tronc très- gros,
ses feuilles larges, d’un vert gai en dessus et d’un jaune
doré brillant en dessous, sont alternes, elliptiques et
assez épaisses. Je n’en connais point la fleur. Son
fruit, de la grosseur d’une de nos poires dites rousse-
lettes, est bon à manger; je lui ai trouvé un goût très-
agréable. Le bois de ce caimitier est dur, d’un grain
très-fin, susceptible de recevoir un beau poli; aussi
( 110 )
est-il recherché pour les meubles de prix. Il n’est point
sujet à la vermoulure.
CISSUS lucida Perr. Espèce nouvelle que j'ai
trouvée à Java.
CITRUS. Petit citronnier non décrit provenant de
la Chine, que j'ai obtenu à Manille. M.
C. aurantiummandarinum Perr. Mandarinier cul-
tivé de Manille. Cet arbre, de quatrième grandeur, à
le port et l’aspect du Citrus medica L. Son fruit, pres-
que aussi gros que l’orange ordinaire, est aplati par les
deux extrémités; sa pulpe, très-délicate, se divise
d'elle-même du moment que l’on enlève l’écorce fine
qui la contient. À Manille on préfère le mandarinier
à toutes les autres espèces d’orangers, aussi le trouve-
ton dans tous les jardins.
CLERODENDRUM paniculatum Pere. Espèce nou-
velle connue des Malais sous le nom de Cadeparida.
Il abonde sur les plages de Samboangan; sa pani-
cule, longue de 48 centimètres (18 pouces) environ,
se couvre de très-belles fleurs d’un rouge éclatant.
C. M.
CLITORIA philippensis Penr. Superbe espèce, ori-
ginaire de Manille, et couverte de grandes fleurs d’un
bleu foncé.
CLUSIA parviflora, et une autre espèce non dé-
crite, provenant toutes deux de la Guyane. P.
COCOS nucifcra, de Mindanao.
COFFEA L. J'ai rapporté de Mascareigne une nou-
velle variété de cet arbrisseau; ses graines ont une
forme plus ronde et plus petite que celle du caféier
ordinaire, mais d’une qualité bien supérieure à ce der-
Re. «Éd EE
CAD I)
nier. On la nomme Café Leroi. Elle provenait du jardin
de botanique de Galcutta.
COUBLANDIA frutescens Aus. Originaire des plages
marécageuses de la Guyane. P.
COUROUPITA guianensis. Grand arbre, de pre-
mière grandeur, qui est durant toute l’année couvert
de fleurs et de fruits. Ses fleurs sont belles et odo-
rantes, et d’un rose un peu foncé; ses fruits ont la
srosseur et la forme d’un boulet de canon, c'est ce
qui a fait donner à l’arbre ce nom vulgaire. P.
COUTAREA speciosa Aus. P.
CRATÆVA marmelos, le Tangolou des Javanais.
Arbre de quatrième grandeur, de la famille des ca-
priers, tout couvert d’épines, et portant un fruit sem-
blable au citron, dont on obtient une résine blanchà-
tre, propre à vernir les meubles et autres ustensiles.
Cette résine m’a paru caustique; du moins pour en
avoir mis un pelit morceau dans ma bouche, j'ai eu à
soaffrir pendant près de quinze jours des douleurs
cuisantes. Les rameaux du tangolou sont munis d’é
pines foliacées, dont le développement ne se fait qu’im-
parfaitement. Les feuilles sont alternes, pennées avec
impaires. Le fruit exhale, à l’époque de sa maturité,
une forte odeur de melon; il renferme une grande
quantité de semences qui ont la forme de celles des
orangers. L'arbre se trouve très-communément à Java,
même dans les terrains les plus arides. — J’en ai rap-
porté une espèce nouvelle, sans épines, au Jardin des
plantes, où elle vient fort bien.
J'ai tiré de Madagascar une autre espèce nouvelle
et une troisième de la Guyane.
(Uar22)
CROTON carmaza Per. Les habitans des Philip-
pines donnent le nom de Camaza à une espèce nou-
velle de croton qui croît spontanément dans les lieux
élevés, et qu'ils cultivent dans tous leurs jardins pour
ses propriétés médicinales. Je n’ai point vu sa fleur.
La plante s'élève à 1 mètre (3 pieds) environ. Ses
feuilles sont alternes, pétiolées, ovales, couvertes en
dessus et en dessous d’un duvet légèrement ferrugi-
neux. Le fruit est une capsule triangulaire, de la gros-
seur d’une noisetle, à trois loges; les graines qu'il
contient sont au nombre de trois; elles sont très-
purgatives, même données à des doses légères : prises
en trop grande quantité elles empoisonnent. L'huile
que l’on retire de ces graines est employée en méde-
cine, M. (Graines.) |
CYCAS circinalis, de Madagascar. C. P.
GYCLANTHUS bifolius. Nouveau genre de pal-
mier de la Guyane qui demande à être étudié avec
soin. P.
CYPRIPEDIUM elatum Porr., de la Guyane. P.
DIANELLA philippensis Penn. Espèce nouvelle de
Mindanao. M.
Doirar. Grand arbre fruitier des Philippines. On
mange son fruit, qui a la chair blanche; son écorce
est employée avec succès à la teinture des étoffes.
(Graines.) ;
DIOSCOREA alata. J'ai rapporté de Java les deux
variétés, la rouge et la blanche, que les Malais appel-
lent Oui.
DIOSPYROS amara Penn. Espèce nouvelle, ori-
ginaire de la Chine, et cultivée dans Pile de Masca-
( 118 )
reigne sous le nom de Coing de Chine. Get arbrisseau
n’est point difficile sur la nature du terrain; on l'élève
dans les terres fortes et substantielles, plutôt humides
que sèches : on le place de préférence à l'exposition
du sud-est. Chaque année il perd ses feuilles, et comme
le sorbier il conserve long -temps après ses fruits, qui
ont la grosseur et la couleur d’une orange. Ils sont
très-âpres, et ont le goût du coing, lorsque, comme lui,
on les laisse dans le fruitier prendre le dernier degré
de maturité. Les confitures que l’on fait avec ce fruit
sont excellentes.
DIOSPYROS nigra Perr. Espèce nouvelle des Phi-
lippines que les créoles de Mascareigne appellent Sapot
negro; son fruit est très-gros, assez semblable, pour la
forme, au melon cantaloup galeux. M..C.
DOLICHOS. L'espèce dite par les Malais Katjen-
kadelé, dont les graines leur servent à faire une sauce
piquante , et J'intéressante espèce connue des bota-
nistes sous le nom de D. bulbosus, que l’on appelle
indistinctement à Java et dans les Philippines Zqua-
mas et Bankovang. J'ai publié, en 1821, sur la culture
et les usages de cette seconde espèce un mémoire dans
la Bibliothèque physico-économique de M. Ti£gaur
De BerneAuD, tom. X, p. 511 et suiv.
DRACÆNA serrulata, appelée par les Malais Andon.
ECHITES. J'ai ramassé, durant mon excursion à la
Mana, des graines d’une espèce nouvelle de ce genre,
qui ont été semées à Cayenne, d’où j'en ai rapporté
onze individus en pleine végétation au Jardin des
plantes.
E. tomentosa Aus. P.
(114)
ELÆAGNUS philippensis Penn. Arbrisseau de 48 à
64 décimètres (15 à 20 pieds) d’élévation, à tiges et
rameaux minces, flexibles, très-ramifiés, armés dans
toute leur longueur d’épines foliacées ou espèce de
rameaux avortés, non aigus, qui servent à soutenir la
plante et à l’accrocher aux troncs sur lesquels elle se
fixe. Les feuilles sont alternes, assez grandes, ellipti-
ques, acuminées, argentées en dessous et criblées en
dessus de points épars également argentés. L’extrémité
des rameaux offre cette couleur à un degré des plus
intenses, et donne à la plante un aspect vraiment pit-
toresque. Les fruits sont aussi revêtus d’un duvet ar-
genté; ils naissent dans l’aisselle des feuilles et même
à l’extrémité des rameaux, en bouquets très-agréables.
Leur grosseur égale celle d’une moyenne olive allon-
gée; ils sont couronnés au sommet par le calice per:
;
sistant, et par à assez semblables aux fruits de cer
taines espèces d’Eugenia. Le drupe contient un noyau
allongé, très-dur; la pulpe est comparable à celle de
nos meilleures cerises pour le goût : les indigènes des
Philippines le mangent, mais il ne cultivent point l’ar-
brisseau. Il abonde sur les montagnes élevées et froides
des environs de Cavitte; on le trouve aussi par toufles
impénétrables sur le bord des chemins et la lisière
des bois. Un sol sec, consistant, assez semblable à nos
terres à blé, paraît lui convenir de préférence. M.
ELAIS guianensis Aus. P.
EPIDENDRUM vanilla. J'ai lu à la Société un mt-
moire sur la culture et la multiplication de cette plante,
ainsi que sur les moyens d’en conserver les boutures.
Comme elle en a voté l'impression, je me contenterai
beam tn té tt dé CE nt. ER) ES Se Em à
I PS
(4700)
J.
de répéter ici que J'ai porté à Mascareigne le vanillier
de la Guyane où il est originaire, et j’ajouterai que,
dans mes herborisations aux Philippines, je l'ai décou-
vert spontané au sein des vallons au-dessus de Manille
qui sont environnés de hautes montagnes, et non loin
du lieu dit la Cueva de San Matteo. J'en ai recueilli
de nombreux rameaux que j’ai remis au jardin de
naturalisation à Mascareigne, où ils réussissent très-
bien.
Ilest bon de faire observer que le fruit du vanillier
ne répand aucune odeur tant qu'il est sur la plante;
il a besoin d’être macéré dans l’eau chaude, puis dans
l'huile, pour développer son arome. ( Voyez plus bas
l’article Pornos.)
ERYTHRINA. En étudiant les diverses espèces de
ce genre qui vivent aux îles d’Asie, j’ai découvert dans
le Dadape tian keing des Javanais le véritable tuteur
du poivre, Piper nigrum. Gette espèce, très-épineuse,
que je nommerai spinosissima, a été le sujet d’un mé-
moire que j'ai publié dans la Bibliothèque physico-
économique de M. Tni£gaur pe BenneaAu, tom. XI,
pag. 90 et suiv. Je l’ai porté à Cayenne, où le poivrier,
qui réussissait très-mal auparavant, croît aujourd’hui
avec vigueur, avec rapidité, et promet à son proprié-
taire un revenu considérable.
Les Javanais ont encore un autre dadape auquel ils
ajoutent l’épithète de serap; il produit une belle fleur
que l’on prend en guise de thé et que l’on prépare aussi
en salade. Ses graines arrivent rarement à maturité.
(Graines.) M. C.
Une troisième espèce, nommée dans le pays Plosso,
( 116 )
est fort belle, munie de fleurs rouge-écarlate, et de
feuilles très-larges que l’on emploie à envelopper du
sucre et autres objets. (Graines.) M. C.
EUGENTA djouat Perr. Espèce nouvelle. Get arbre
de troisième grandeur, originaire des Philippines, où
il est cultivé, se trouve planté sur les routes et les
places publiques. Il a le port du géroflier : son tronc
se couvre de branches minces et flexibles, enveloppées
d’une écorce blanchâtre assez mince. Ses feuilles sont
alternes, ovales, luisantes, légèrement ondulées. Le
fruit m'est inconnu, les habitans en font grand cas, ils
le disent exquis et d’un parfum très-agréable. Le djouat
n’est point diflicile sur la nature du sol, il vient égale-
ment bien partout. À Manille, je l'ai vu très-beau dans
une bonne terre, un peu humide et à l’exposition du
sud-est.
E. malaccensis L., le Djambou méra des Malais, ou
Jambosier de Malaca. Arbre de quatrième grandeur,
affectant la forme pyramidale, que j'ai vu cultivé à
Java, où il est recherché pour ses fruits et comme
plante d'ornement. Il réussit très-bien dans les terres
légères et substantielles, plutôt humides que trop
sèches.
J’ai de plus rapporté de la Guyane des individus
d’une espèce non décrite. P.; et une autre de Java. M.
EUPHORBIA nudicaulis Perr. Espèce nouvelle que
les Malais appellent Caytanyan. Elle pousse des ra-
meaux nus, minces et flexibles. La fleur est d’un
beau rouge écarlate. Je n’ai pu la recueillir. Elle croit
abondamment dans les endroits frais et humides des
environs de Sourabaja. M.
Cruz)
EUPHORIA litchi de la Chine. G. — Et le Longana
de Madagascar. G. P.
FICUS paludosa Penn., le Poutou-tan des Malais.
Espèce nouvelle produisant une résine d’abord claire
et limpide, puis, exposée à l’air, prenant une légère
consistance. Cet arbre de quatrième grandeur, indi-
gène aux terres argileuses inondées de Java, a l’écorce
d’un gris cendré, très-épaisse; ses branches s’étalent
en tous sens et sont couvertes de feuilles entières, al-
ternes, glabres, assez grandes, très-minces et d’un beau
vert noir. Les Javanais mélangent la résine de cet
arbre avec celle du badamier, T'erminalia vernix,
pour la rendre plus brillante et plus solide. Ils s’en
servent aussi pour enduire les caisses d'emballage,
elle résiste très - bien à l’action de l'air et de l’eau,
surtout quand elle est unie à d’autres résines. Gomme
l'arbre reprend très-bien de boutures, il sert à former
des haies chez les Malais.
FLACURTIA ramontchi Gou. Get arbuste de Ma-
dagascar, que j'ai trouvé très-abondamment dans les
sables gris-foncé qui composent le sol des environs de
Tamatave, donne un fruit de la grosseur d’une mira
belle, mais de couleur violette, que l’on mange avec
plaisir, et que l’on recherche surtout à cause de son
goût légèrement vineux. C.
FLAGELLARIA indica L. Gette plante, que les Ja=
vanais nomment T'amalola, est munie de tiges minces
et flexibles qui s’attachent aux arbres les plus élevés
et courent le long de leur flèche. Ses feuilles sont en
gaîne, longues, étroites, assez semblables à celles
d’une graminée, et Lerminées à leur extrémité par une
( 118 )
espèce de cirrhe ou vrille, au moyen de laquelle la
tige monte et s’accroche aux arbres. Ce sont ces tiges
qui fournissent les petits rotins qu’on expédie en Eu-
rope, et dont les indigènes font usage pour confec-
tionner des paniers, des chaises, des mannes, des nattes,
des chapeaux, et même pour aider à la construction
des plafonds dans l’intérieur de leurs habitations. On
en fait aussi des cordes, des anneaux pour les avirons
et des cables pour les navires. Ces rotins sont d’une
texture tenace: les Indiens les divisent en plusieurs
parties, plus ou moins déliées, selon le travail qu’ils se
proposent de faire. Ils ne cultivent point la plante, ils
la trouvent partout, dans les bois et dans les haies qui
servent de clôture aux habitations. Elle pousse par
touffes, et croît très-rapidement dans les terres fortes
et humides. Je ne l’ai jamais rencontrée sur le bord
de la mer; elle n’en approche pas de plus de 120 mè-
tres (60 toises).
GARDENIA. Diverses espèces peu ou point connues
de la Guyane. P.
Gayam. Le gayam des Javanais est un grand arbre
d’un assez beau port: il s’élève à la hauteur de 29 à
32 mètres (40 à 100 pieds). Ses branches minces et
flexibles s'étendent peu et donnent à l'arbre une forme
presque pyramidale. Elles sont couvertes de feuilles
simples, alternes, ovales et de nature sèche; de fleurs
axillaires, petites, blanches, qui tombent aussitôt leur
épanouissement, et de fruits ou noix comprimées à pé-
ricarpe filandreux et tenace, dont l’amande est très-
bonne à manger. On en retire de l'huile qui sert de
condiment aux alimens et même à brûler. Ge bel arbre
(Lo) )
fait l’ornement des places publiques, des rues et des
grandes routes à Sourabaja. Les terres fortes et hu-
mides sont celles qui m'ont paru lui convenir de
préférence. Il s’accommode de toutes les expositions.
MC.
GreBanc. Espèce de palmier dont les Javanais pré-
parent du sagou moins estimé que celui de l’Aren, du
sucre et du vinaigre, auquel ils ont donné le nom de
Hyllzanez. G. M. |
GENIPA americana, arbre de l'Amérique méridio-
nale, dont les fleurs ont une odeur agréable, et dont
les fruits contiennent un suc d’un violet foncé qui sert
à la teinture.
GOSSIPIUM. Diverses espèces non décrites, entre
autres le Xopok des Javanais. (Graines.)
GUETTARDA coccinea, de la Guyane. P.
GYNESTUM maximum Porreau. Le grand Wouaic
des habitans de la Guyane française, est une belle es-
pèce du genre Gynestum créé dans la famille si peu
connue des palmiers, qui est décrit et figuré dans le
IX° vol. des Annales du Muséum d'histoire naturelle
de Paris, p. 385 et suiv. J’en dirai donc peu de chose.
Ses fruits contiennent un petit noyau filandreux, qui
demeure long-temps en terre avant de donner signe
de végétation. Les cannes que l’on fait avec sa lige
élancée et d’un petit diamètre, sont remarquables par
les nœuds réguliers qui les garnissent à 8 et 10 centi-
inètres (3 et 4 pouces) de distance l’un de l’autre.
La fleur tombe presque aussitôt après son épanouis-
sement.
G. acaule. Cette espèce toute particulière que l’on
( 120 )
irouve sur les bords de la Mana, entre le Maroni et
lracoubo, n’a point de tige, mais seulement une
hampe simple et fructifère qui s’éleve au-dessus de la
toufle que forment les feuilles larges, bifurquées de ce
wouale. |
Ces deux palmiers, ainsi que le baculiferum, le
deversum, le strictum, que j'ai vus dans l’intérieur
des forêts de la Guyane, croissent abondamment dans
les terres légères, sablonneuses, un peu humides; leur
développement ne se fait qu'imparfaitement dans les
lieux secs et argileux.
HERNANDIA. Espèce nouvelle provenant de Mas-
careigne, où elle est cultivée. C. P.
HIBISCUS. J’ai rapporté deux espèces de ce genre.
L'une est nommée par les Javanais W'arou-lingi; on
extrait de sa racine des fibres propres à faire des cor-
des ; on emploie ses jeunes feuilles en décoction comme
fébrifuge. (Graines.) M. C. L'autre, qu'ils appellent
W. combang, est l'Hibiscus populneus; on fait aussi
des nattes et des cordages avec ses fibres corticales. P.
HYMENÆA courbaril L. Originaire de la Guyane,
cet arbre d’un très-beau port, se fait remarquer par
sa taille et par sa grosseur; il se plaît sur les plages
inondées. Son bois est très-dur, d’un grain fin, fort
estimé par les ébénistes et les tourneurs. Le fruit, avi-
dement recherché par les singes, et dont les Nègres se
nourrissent, est presque cylindrique; il a de 5 à 8 cen-
timètres (2 à 3 pouces) de long, sur 27 millimètres
(1 pouce) à peu près de diamètre; sa substance est
sèche, jaunâtre, farineuse, sucrée, et contient deux à
trois grosses graines ovales et dures. P.
Cast
ILLICIUM san-ki Penn. Le nom de San-ki est celui
que les Chinois donnent à cette nouvelle espèce de
badiane. Quelques personnes estiment qu’elle doit être
un Cookia. Quand on considère ses feuilles pennées
avec impaires, on serait tenté de partager cette*opi-
nion; mais si on examine avec attention le fruit, qui
est une réunion de huit à neuf capsules, contenant
chacune une graine luisante parfaitement semblable
à celle de l’anis étoilé, Z{licium anisatum, et formant
à son sommet une étoile parfaite, le doute cesse aussi-
tôt. Toutes les parties de cet arbrisseau exhalent une
odeur forte d’anis, notamment le fruit et sa graine.
Le san-ki s'élève de 4 à 5 mètres (12 à 15 pieds);
son tronc est assez droit et acquiert souvent un dia-
mètre de 16 à 18 centimètres (6 à 7 pouces); il est
recouvert par une écorce brune pointiilée de taches
plus foncées, et couronné par un grand nombre de
branches minces et flexibles qui s'étendent latérale-
ment et divergent en tout sens. Ses feuilles sont al-
ternes et pennées, dont le pétiole commun contient
sept à neuf folioles également alternes, ovales, plus
larges d’un côté de la nervure que de l’autre, forte-
ment pointillées.
Les Chinois mâchent la graine de cette badiane
pour faciliter la digestion; ils la mettent infuser avec
la racine du Menzi (espèce de berle), et prennent
chaude cette boisson très-agréable pour rétablir leurs
forces abattues et récréer leur esprit. Je lai vu dans
les Philippines mêler avec le café et le thé. On en
fait aussi une liqueur fort estimée. Le bois de cet ar-
brissean, que l’on connaît sous le nom de boîs d’unis,
9
( 122 )
est employé dans les ouvrages du tour et pour les
meubles. On le cultive à Manille; les terres fortes,
mais végétales, lui conviennent; il se plaît surtout dans
les lieux un peu ombragés; exposé au soleil il demande
à être arrosé souvent,
INGA camatchili Psrr. Nouvelle espèce, originaire
de Manille, et presque toute l’année chargée de fleurs
et de fruits. Je lui donne le nom sous lequel elle est
désignée dans les Philippines. Elle forme un arbre de
seconde grandeur, d’un port remarquable, couronné
par une cime de branches larges, touflues et épineuses.
Ses feuilles sont petites, d’un beau vert, alternes et
bijuguées, assez semblables à celles de l’/nga unguis-
eaii Wip., ce qui fait que quelques voyageurs les ont
confondues l’une et l’autre. Les jeunes pousses de cette
espèce, ses pétioles, ses épines et même ses rameaux
sont d’un rose pourpré, tandis que dans le camatchili
ils ‘sont constamment d’un blanc grisâtre cendré,
comme l’écorce du tronc. Les deux épines de l’ais-
selle desquelles sortent les rameaux et les pétioles, sont
plus écartées, plus longues et plus acérées que celles
de l'Unguis-cati, quoique placées de la même manière
sur l’une et l’autre espèce.
Les fruits du camatchili sont un légume contourné,
ou si l’on veut à forme de demi-lune révolutée et tor-
due; il a de 8 à 10 centimètres (3 à 4 pouces) de
long ; ses graines, au nombre de quatre ou cinq, sont
petites, aplaties, de couleur noire à l’époque de leur
parfaite maturité, entourées d’une arille épaisse, blan-
che et pulpeuse, dont la saveur est des plus agréables.
Aussi les indigènes mangent-ils ce fruit avec avidité :
PS
| ( 123 ) |
ils cultivent l'arbre autour de leurs habitations quarid
elles sont voisines des eaux courantes.
La Guyane m'a fourni deux autres espèces d’Inga
que je crois encore inédites. P.
IPOMEA grandiflora, de Mascareisne. G. P.
IXORA rosacea Pyrr. Espèce nouvelle de Java, à
fleurs d’un rose pâle. M. P.
Jari-Loxcoˣ. Grand arbre de Java dont le bois est
très-dur et d’une couleur noirâtre. (Graines.) M. G.
JATROPHA coccinea cultivée à la Guyane, et unë
espèce nouvelle originaire de Mascareigne. P.
JUSTICIA maculata Perr. J’appelle ainsi cette nou-
velle espèce de carmantine, parce que les fleurs qu’elle
porte sont parsemées de taches violettes sur un fond
d’un très-beau blanc, quélquefois légèrement rosé. Ses
feuilles sont roides et coriaces. Elle croît naturelle-
ment dans les forêts qui avoisinent la ville de Soura-
baja, dans l’île de Java.
KamancA, grand arbre des iles de la mer du Sud, de
seconde grandeur. Les Malais recherchent ses fleurs,
qui sont belles et d’une odeur fort agréable. (Graines.)
Kanvisro, grand arbre des îles Malaises, qui pro-
duit une espèce de fruit semblable à la pomme et dônt
le péricarpe est fort dur; sa chair est blanchâtre, d’une
saveur douce, assez agréable. (Graines.)
Kasewak. Arbre de moyenne grandeur des îles Phi-
lippines. Il donne un fruit assez semblable à celui du
mangoustan ou du mondo, aigrelet et recherché par
les Malais. Du tronc ils retirent un suc jaunätre qui
fournit un très-beau vernis. (Graines.) G. M.
KasozuBAc-KkinG, arbre de seconde grandeur, d’un
9:
(124 )
port remarquable, ayant des fleurs d’un beau rouge,
et des fruits que les Javanais emploient dans la tein-
ture en jaune. (Graines.)
Kenonpow. Arbre de seconde grandeur, provenant
de Java. Son fruit est gros, d’un goût aigre, mais
que l’on peut manger. Le bois sert à la charpente.
(Graines.)
K£PoENDOENG-mERAK. Cette espèce d’arbre fruitier
se rapproche beaucoup du Djirak. Comme lui, elle
abonde aux Philippines. Son fruit a la chair rouge.
Son écorce est recherchée pour la teinture. (Graines.)
Kzozx. Grand arbre qui produit une amande que.
les Malais font entrer dans presque tous leurs mets.
Avant de s’en servir, ils la mettent plusieurs jours sous
la cendre chaude. (Graines.)
LANTANA melissæodorifera Penr. Les indigènes
de la Guyane donnent le-nom de melisse à cette espèce
de viorne, à cause de ses feuilles qui en ont l’odeur
d’une manière très- prononcée. C’est aussi ce qui m'a
décidé à lui imposer le nom qu’on vient de lire. P.
LATANIA alba et rubra, cultivées à Mascareigne.
G. P.
LAURUS cinnamomum L. Parmi plusieurs variétés
de cannelliers que j'ai rapportées des îles de la mer
d’Asie, j'en citerai surtout une, originaire de Ceylan,
que j'obtins à Manille. Elle est remarquable par sa
saveur et son parfum, très-supérieurs à l'espèce que
l’on cultivait à Cayenne. Get arbre demande à jouir
de sa liberté; à dix-huit mois de végétation ses Liges
ont acquis tout leur développement; mais quand il
a atteint sa hauteur ordinaire, qui est de 6 mètres et
( 125 )
demi à 10 mètres (20 à 50 pieds), il n’est plus suscep-
tible de fournir de bonne cannelle ; les petites vésicules
qui sont sous l’épiderme, et où se trouve concentrée
l’odeur aromatique qui distingue cet arbre, se dessè-
chent, et l'écorce devient dure, coriace. On coupe les
tiges tous les ans à quelques centimètres au-dessus du
niveau du sol; il sort alors de la souche une touffe vi-
goureuse dans laquelle on fait choix des pousses les
plus droites, les plus unies, et on enlève le surplus.
C’est le liber qui fournit la cannelle. Après la coupe,
on porte les branches dans un lieu couvert, aéré et où
le soleil ne pénètre pas; il faut que la dessiccation s’ob-
tienne lentement pour ne point perdre l’huile essen-
tielle qui constitue l’arome de l'écorce précieuse. Une
fois sèche, on l’enferme dans des caisses ou dans des
sacs qu’on livre successivement au commerce. L’arbre
réussit à merveille dans les terres élevées, argileuses
et compactes.
LAURUS persea,l Avocatier des Indes occidentales.
Get arbre, que l’on multiplie de graines, se plaît dans
tous les terrains, particulièrement dans ceux dont la
consistance est forte, sans être trop humide. Les graines
germent au bout de dix à quinze jours. On a parlé di-
versement de son fruit, qui est semblable à une belle
poire sans ombilic, c’est pourquoi j'en dirai quelque
chose. La chair en est verdâtre près de l'écorce et
blanchâtre près du noyau; elle est grasse au toucher,
d’une consistance butireéuse, et n’a point d’odeur. Sa
saveur, assez agréable au dire des habitans de l'Amé-
rique méridionale, me paraît fade, el même insipide:
je n’ai jamais pu en manger sans l’assaisonner, soit
( 126 )
avec du jus de citron et du sucre, soit avec du poivre, du
sel et du vinaigre, soit enfin avec du sucre et du tafia.
Le noyau que ce fruit présente à son centre, et auquel
il n’adhère pas, n’est point bon à manger : il est plein
d’un suc laiteux qui rougit un peu à l’air et tache le
linge d’une manière presque ineffacable. P,
LEUCOXYLON Jaco. Espèce dite Bois d'ébène par
les habitans de la Guyane. P.
LHERITIERIA livtoralis, des plages marécageuses
des Philippines.
LIMODORUM altum, variété de la Guyane. P.
MALAPARIUS. Espèce nouvelle de Java. M. C.
MAMMEA americana L., appelé ÆAbricotier à
Cayenne et à Saint-Domingue. Arbre de seconde
grandeur, donnant un fruit sphérique, de forme et de
couleur semblables à celles de l’abricot ordinaire; sa
peau est rude, épaisse, écailleuse, et la pulpe qu’elle
renferme est agréable au goût et d’une digestion diffi-
cile. Les Nègres le mangent avec plaisir. J’ai vu de ces
fruits acquérir le poids de 3 à 4 kilogrammes (8 à
10 livres). L'arbre est d’un beau port, et se plait par-
ticulièrement dans les terres légères et substantielles,
sans être trop humides. On en connaît à Cayenne
deux variétés : l’une à fruit rougeâtre, l’autre à fruit
blanc. P.
MANGIFERA indica L. Nouvelle variété de Manille.
M. C.
MELASTOMA. Plusieurs espèces nouvelles, toutes
provenant de la Guyane. P.
MESEMBRY ANTHEMUM sheris Penn. Espèce nou-
velle que les Malais appellent de ce nom. M.
(Rue, )
MIMOSA scandens L., le Beyugo des terres élevées,
et sablonneuses des Philippines. Sa tige est une liane
de 10 à 15 centimètres (4 à à pouces) de diamètre,
qui s'élève à près de 50 mètres (150 pieds). Elle presse
tellement les arbres qui lui servent d'appui qu'elle leur
fait produire des articulations et des gonflemens sin-
guliers; quelquefois même, elle s’incorpore au tronc
de manière à paraître en faire partie intégrante. Le
liber de cette plante sarmenteuse contient une sub-
stance muqueuse de couleur jaunâtre, qui se dissout
dans l’eau. Les indigènes s’en servent, en guise de sa-
von, pour blanchir leur linge et en enlever toutes les
taches. Les fibres corticales du beyugo ont cette pro-
priété à l'instant de leur extraction et elles la conser-
vent plusieurs années de suite lorsqu'on les met sécher
au soleil. La plante croît très-vite ; douze à quinze mois
suflisent pour que le liber acquière sa propriété; aussi
est-ce à cette époque que l’on coupe les tiges rez
terre. Peu de jours après on voit paraître de nouveaux
bourgeons qui s’allongent et prennent un accroisse-
ment vraiment extraordinaire. Parvenu au terme de sa
végétation le beyugo se charge de siliques de 1 mètre
(5 pieds) et plus de longueur, sur 10 centimètres
(4 pouces) de large. (Graines.)
MIMUSOPS elingi. Arbre à fruits, de la famille des
sapotilliers, que l’on trouve particulièrement dans les
terres légères et humides des Philippines. Il est de
quatrième grandeur, couvert de branches horizontales
et de fruits petits assez bons à manger.
Moxno, arbre nouveau, de quatrième grandeur, ori-
ginaire de Java, où on le trouve dans les terres fran-
( 128 )
ches, un peu humides, à l’exposition du sud-est. Il est
voisin et ressemble beaucoup au mangoustan, Garcinia
mangostana L. Les Malais le.nomment HMondo et en
connaissent quatre variétés. [l affecte la forme pyra-
midale; ses feuilles sont opposées, épaisses, coriaces,
luisantes et ovales; l’extrémité des rameaux est qua-
drangulaire. Les fleurs et les fruits, presque tous ses-
siles, naissent sur le tronc et sur les branches. Le fruit,
de la grosseur d’une orange ordinaire, est ovoide,
recouvert d’une peau épaisse, très-luisante, d’abord
verdâtre, puis d’un beau jaune doré à l’époque de la
maturité; sa pulpe est délicate, d’un goût exquis, lé-
gèrement vineux; les graines qu’elle renferme sont au
nombre de trois et souvent de quatre, toutes sem-
blables aux graines de l’Aymenœa courbaril L. Elles
sont un peu aplaties du côté de leur réunion, et d’une
consistance molle, huileuse et spongieuse. Ce précieux
arbrisseau est cultivé dans tous les jardins de Java,
près des habitations, auxquelles il sert d’ornement.
G. M.
MORINDA umbellata L., le Houcoudou des Java-
pais, croît abondamment aux îles Philippines et de
Java, dans les terres les plus arides; c’est un arbris-
seau très-estimé pour la belle couleur jaune que l’on
obtient de ses racines rougeâtres et peu ligneuses, et
dont on se sert pour teindre les étoffes. Les rameaux
minces et flexibles du woucoudou sont généralement
quadrangulaires au sommet; ils portent de grandes et
belles feuilles rondes, opposées, munies de deux sti-
pules à leur base et à petites nervures saillantes. Les
fleurs sont petites, blanches, monopétales régulières:
(129 )
le fruit qui leur succède est turbiné, assez semblable
à celui de quelques annones, et composé, comme la
fraise, d’une réunion de soroses à pulpe très-âcre et
vermifuge. Dans cette pulpe nagent plusieurs petites
graines comprimées, presque analogues à celles des
pommes; elles avortent assez généralement.
MORINGA nux-ben. Cet arbrisseau est nommé à
Java Katantag, par les Malais Kelor, et par ceux des
Philippines Malungay. Is se servent de ses feuilles
en guise d'oseille; elles ont en effet un goût légère-
ment acide qui rappelle celui de cette plante de nos
potagers. Son fruit est une espèce de légume triangu-
laire qui se mange cru et cuit, surtout lorsqu'il est
encore jeune. Les racines sont très-volumineuses et
ont le goût du raifort. Ces propriétés économiques ont
fait placer le moringa dans tous les jardins, autour
des habitations. Il veut une terre légère et substan-
tielle, On en fait usage en médecine.
MORUS multicaulis Prrr. Ce mäûrier, que l’on
voit en Europe pour la première fois, est la véritable
espèce dont les cultivateurs de vers à soie doivent
faire choix pour nourrir ce précieux insecte. IL a la
propriété de pousser de ses racines de larges toufles,
formant de nombreuses tiges minces, flexibles (sans
former de tronc proprement dit), chargées de feuilles
plus tendres, plus délicates et bien plus nutritives
que celles de ses congénères, et même que celles du
mûrier blanc dont on fait un si grand usage en France.
Des Chinois, en me procurant cette espèce nouvelle,
m'ont assuré qu’il fallait une moins grande quantité
de feuilles, et que c’est à cette nourrilure que le vaste
( 130 )
empire policé par Gonrucrus doit la beauté, la solidité
de sa soie.
Le mürier multicaule est aujourd’hui parfaitement
acclimaté en France, il se propage partout; n’étant
point diflicile sur la nature du sol, il s’accommode de
tous les endroits où on le place, mais il produit plus,
mais son développement est plus rapide, quand on le
met dans une bonne terre légère, substantielle et un
peu humide. Il réussit à Cayenne dans les lieux les
plus chauds et les plus arides.
MOURIRI guianensis Aus. P.
MUSA abaca Penn. Je donne à cette nouvelle es-
pèce de bananier le nom qu’elle porte chez les Indiens
des Philippines. Elle diffère de ses congénères par des
feuilles plus allongées, moins larges, plus fermes et
d’un beau vert noir, par la grosseur et l’élévation con-
sidérables de sa hampe d’une couleur vert foncé bril-
lant. Son fruit ne paraît jamais bien noué. On extrait
de sa hampe une espèce de fibre de la plus grande te-
nacité, dont on fait des cables et des cordages qui
durent fort long-temps et résistent aux tempêtes les
plus violentes. On en prépare aussi de la toile d’un
tissu très-fin, susceptible d'acquérir une grande blan-
cheur et de rivaliser avec le plus beau linge.
Les indigènes multiplient cette plante au moyen
des rejetons que les racines fournissent abondamment;
ils la cultivent avec une certaine prédilection et la
tiennent dans le voisinage de leur demeure; où elle
forme des touffes considérables ; mais elle ne prospère
que là où la terre est riche en humus et plutôt hu-
mide que sèche, où elle est abritée contre les vents.
(ao )
Elle est originaire des grands bois, et abonde dans les
parties humides et ombragtes. G. M.
MUSA chapara Pere. le Plantanos des Philippines.
J’ai dédié cette espèce de bananier à M. Cnapar, offi-
cier de la marine française, qui le premier la rapporté
de la Cochinchine, l’a introduite à Manille où elle est
encore rare. Le fruit que donne ce bananier est le plus
gros et le meilleur de tous ceux connus dans ce genre
de plantes nombreuses, J’en ai fait présent à nos co-
lonies de l'Afrique orientale et de l'Amérique du sud.
M. coccinea. M. C.
M. humilis Prrr. Cette espèce, dont la hampe blan-
châtre est plus mince que celle de ses congénères,
arrive au plus à 2 mètres (6 pieds) d’élévation. Elle
est garnie de feuilles courtes, ovales, et d’un régime
d'environ 52 centimètres (1 pied) de long. Les fruits,
qui affectent la forme d’un œuf et en ont la grosseur,
sont très-pressés sur la grappe. J’en ai rapporté un
que l’on conserve sous verre dans les salles de bota-
nique. Les insulaires des Philippines le mangent et
l’estiment des plus délicats.
M. nigra PErn., originaire des Philippines et cultivé
à Manille. Sa hampe, recouverte d’un épiderme noi-
râtre, s'élève rarement au-dessus de 2 mètres (6 pieds),
mais elle acquiert une grosseur extraordinaire. Ses
feuilles sont très-larges, d’une belle couleur brune en
dessus et d’un beau vert glauque en dessous. Le ré-
gime est d’une grosseur et d’une grandeur très-remar-
quables, et les fruits qui l’ornent, irès-rapprochés les
uns des autres, offrent souvent un poids qui va jusqu’à
20 kilogrammes (40 livres). Les oiseaux et les singes
( 1352,)
sont tellement friands de ces fruits que rarement on
les voit arriver à une parfaite maturité.
MYRISTICA aromatica ou muscadier.
NERIUM dysentericum? de Java.
N. tinctorium. Arbre latescent, de quatrième gran-
déur, dont le tronc, revêtu d’une écorce épaisse blan-
châtre, se maintient dans une direction assez verticale.
Ses branches minces et flexibles divergent en tous
sens. Les feuilles sont grandes, opposées, elliptiques
et douces au toucher. Je n’ai pas vu la fleur; le fruit
est composé de deux follicules réunies à la base, lon-
_gues dé 27 à 52 centimètres (10 à 12 pouces), très-
droites, etrenferment des graines aigrettées. On obtient
par la macération de ses feuilles une fécule bleuâtre.
Cette fécule est assez semblable à celle de l’indigotier,
et fournit une couleur brillante, très-intense. L’arbre
donne deux et trois récoltes de feuilles dans le courant
d’une année, et comme l'extraction de la fécule qu’elles
contiennent est très-prompte, le Verium tinctorium a
de grands avantages sur l’indigotier, dont la culture
est peu facile. Le nérium prospérera dans nos colo-
nies. Il abonde aux Philippines, sur les lisières des
bois, dans un sol sec, mais substantiel. Les indigènes
le placent dans leurs jardins comime ornement.
NIPA fruticosa Lawr. Palmier d’une moyenne élé-
vation que j’ai trouvé à Java et à Mindanao, n’offrant
qu’une touffe de longues feuilles pennées, du milieu
desquelles montait une courte hampe de fleurs réunies
en tête. Les fruits qui leur succèdent sont longs et
anguleux. Les peuples de l’Inde recherchent les feuilles
de ce palmier, non-seulement pour en faire des cou-
( 135 )
vertures de cases qui durent plus de vingt ans, mais
encore pour la fabrication des nattes et des chapeaux
fins, qui ne se rompent point comme ceux faits avec
les feuilles des autres palmiers. On m’a assuré que l’on
retirait de cette plante une liqueur susceptible de fer-
menter, avec laquelle les indigènes s’enivrent facile-
ment. Le Nipa fruticosa croît naturellement dans
les marais vaseux et submergés de Sourabaja; les pla-
ges en sont couvertes, il sert de retraite au caïman. M.
Ocris ocrisson. Grand arbre de Java, dont l’écorce
sert à faire du fil. (Graines.) G. M.
OMPHALEA diandra Auger. Liane dont les ra-
meaux s'élèvent au-dessus des plus grands arbres et
retombent ensuite jusqu’à terre; ils n’ont guère plus
de 27 à 41 millimètres (1 pouce à 1 pouce et demi)
de diamètre. Les habitans de la Guyane s’en servent
pour faire des cercles aux tonneaux dans lesquels on
renferme le sucre et le café que l’on expédie en Eu-
rope. Les fruits de cette euphorbiacée renferment des
amandes bonnes à manger. Elle croît naturellement
aux lieux marécageux. P.
OXALIS arborescens Perr. Espèce nouvelle appor-
iée de la Guyane, où elle se trouve dans les bois vierges.
Sa racine est fibreuse. P. a
PACHIRA aquatica Aus. Arbre de quatrième gran-
deur, provenant de terrains couverts d’eaux et sur les
bords des criques et rivières de la Guyane. P.
PALMZÆ. Outre les individus déjà nommés de cette
belle famille trop peu connue, j’ai rapporté le Bache,
palmier évantail ; le Moucaya, | Aouara palmiste épi-
neux, le Pinau qui vient dans les endroits aquatiques,
( 154 )
le Maripa, le Pataoua, tous six originaires de là
Guyane. P.
PANAX fruticosum (le) que j’ai trouvé à Manille, est
employé dans ce pays à faire des haies, des bordures,
et comme plante d’ornement ; il s'élève ordinairement
à la hauteur de 1 mètre (3 pieds); il aime les terres lé-
gères et sablonneuses, M. C.
De Cayenne j'ai rapporté le P. undulatum d'A. P.
PANCRATIUM œmboinense.
PANDANUS latifolius Perr. — Le V'aquoi panden
ou à larges feuilles, originaire d> Mindanao, est une
espèce nouvelle, et pour la première fois apportée en
France. Il monte à la hauteur de 6 à 8 mètres (20 à
29 pieds) environ, surtout si l’on a soin de le main-
tenir dans une direction verticale. Arrivé à cette élé-
vation, il se charge d’une grande quantité de fruits,
semblables pour leur grosseur à un Coco (cocos nu-
cifera). Les fruits tombent aussitôt leur maturité.
Comme on le pense bien, ces énormes fruits ne sont
point le produit d’une seule fleur, mais bien celui de
l'union de plusieurs petits fruits. Leur union est telle-
ment intime qu'ils ne peuvent se séparer lés uns des
autres que lorsque l’enveloppe filandreuse, qui leur est
particulière à chacun, commence à se rompre. A cette
époque, l’instant de la germination des graines est
arrivé. On voit alors au centre de lun de ces petits
fruits se développer de cinq à six bourgeons, et souvent
plus, destinés à fournir chacun une plante semblable
à celle dont ils proviennent.
Les feuilles de ce superbe pandanus sont remar-
quables par leur taille, qui est presque d’ordinaire de
( 159 })
6 mètres (18 pieds) de long, sur 32 centimètres (1 pied)
de large : c’est ce caractère spécifique qui m’a déter-
miné à lui donner le surnom de (latifolius. Dans le
pays, on emploie ces feuilles à la fabrication des nattes,
des sacs d'emballage, des chapeaux, et même des cou-
vertures.
Ce pandanus est originaire d’une petite île située à
l'entrée du détroit de Basilan; il y croît en abon-
dance, non pas dans la terre, mais sur un sable pier-
reux que baignent les eaux de la mer.
PANDANUS odoratissimus. Le tronc de ce grand
vaquoi renflé par le haut, et sillonné en spirale par l’im-
pression des anciennes feuilles, pousse près de sa base
des jets qui vont s’enraciner autour de lui, et le sou-
tiennent comme des arcs-boutans. Ses fleurs mâles sont
recherchées à cause de leur odeur suave : on les place
dans les appartemens pour les parfumer. Les Malais
le nomment Kambang.
Paripou, palmiste cultivé à la Guyane, dont le tronc,
le pétiole et les feuilles sont armés de longues épines
très-aiguës. Il aime particulièrement les terres légères
et un peu humides, dans le voisinage des habitations,
qui le défendent contre l’impétuosité des vents. Son
fruit, généralement recherché, est de la grosseur d’une
noix revêtue de son brou; il acquiert en mûrissant
une couleur d’un beau jaune -orange; sa substance
est farineuse, très-nourrissante, et enveloppe un petit
noyau de la grosseur et de la forme d’une noisette des
bois. Les fruits qui terminent le régime sont ordinai-
rement petits et ne portent pas de graines.
PAULLINIA asiatica L. Gette espèce, que les In-
( 136 )
diens nomment À akatoddali, ést un bel arbre dont les
feuilles ternées et ponctuées rappellent agréablement
l’odeur de l’anis étoilé. M.
J’ai rapporté au dardin des plantes de Paris le Paul-
linia pinnata de la Guyane.
PETIVERIA des Philippines, dont la racine a la
‘propriété d’éloigner les insectes. Son odeur est très-
pénétrante,
PHYLLANTHUS. Espèce nouvelle de Java. G. P.
Pinsex. Arbre fruitier des Philippines dont le fruit
est excellent. (Graines.)
PIPER betel L. Plante sarmenteuse que les Malais
appellent Sirimangan, et les Indiens des Philippines
Bongo. Pour prospérer, elle demande un tuteur, et
c’est l’Erethrina spinosissima qu’on lui donne à Java
et dans ses environs. Les indigènes la cultivent avec
un soin tout particulier et près de leurs habitations.
Ils mâchent continuellement ses feuilles mélangées
avec de la noix d’arec, ou de la graisse et un peu de
chaux. Cette dégoutante habitude est de tous les âges
et de tous les sexes; on vend des chiques préparées
sur les marchés publics. Le bétel est originaire de Java
et de Sumatra, où il croît dans des terres fraîches et
ombragées.
Parmi les autres espèces de piper que j’ai rapportées,
je citerai le Djambou-piment, le Siri paqui des Ma-
lais et le Poivrier sauvage de la Guyane.
PISONIA mollis Pere. Espèce nouvelle de la Guyane,
dont les tiges sont très-flexibles. P.
PLATISTEMAÀ odorata Porr. de la Guyane. P.
PLUMERIA alba. J'ai recueilli beaucoup de graines
(137)
de cette apocynée que les Malais appellent Sambodja.
POINCIANA pulcherrima, cultivée à la Guyane. P.
POTHOS. J'ai rapporté de la Guyane trois espèces
de ce genre; l’une que je nomme odoratissima, dont
la fleur exhale une odeur de vanille très-prononcée ;
les deux autres n’ont point encore été décrites.
Le Pothos odoratissima a la propriété d’embaumer
les forêts dans lesquelles il croît naturellement; quel-
ques spadices épars, à peine épanouis, suffisent pour
pénétrer l’atmosphère à une grande distance. C’est
sans doute à la présence de cette aroïde, et à quelques
autres de la même nature, qu’il faut attribuer l’erreur
commise par tant de voyageurs qui ont dit, écrit et
répété jusqu’à satiété, que, à l’époque de la maturité
des fruits du vanillier, l'odeur qu’ils exha lent se fait
sentir de très-loin, tandis que ces mêmes fruits, que
l’on appelle improprement gousse de vanille, ne dé-
cèlent réellement leur odeur aromatique que lorsqu'ils
ont subi une première préparation. Ge pothos vient de
fleurir dans les serres du Jardin des plantes, où chacun
a pu constater le fait que je rapporte.
PSIDIUM. J’ai trouvé dans un jardin, à Java, une
belle espèce à feuilles étroites que je nomme parvi-
folium M. — À Mascareigne, j'ai découvert une variété
nouvelle du pomiferum. C. P.
QUASSIA amara L. Les créoles appellent cet ar-
brisseau Quachi; on le cultive sur toutes les habita-
tions de la Guyane, et comme plante d’ornement, et
comme offrant dans ses feuilles, dans son écorce, et
même dans son bois, un fébrifuge des plus héroïques.
Les feuilles de ce bel arbrisseau sont alternes, à pé-
10
( 158 })
tiole ailé; les folioles sont souvent lobées régulière-
ment; les fleurs naissent sur une panicule terminale,
elles brillent du plus beau rouge écarlate; les fruits,
de la grosseur d’un pois ordinaire et de forme inégale,
un peu allongés, sont noirs à l’époque de leur matu-
rité, et terminés au sommet par une petite mucrone
peu saillante provenant du style. Groupés au nombre
de trois, ils sont fortement réunis à la base et forment
ainsi une sorte de grappe très-serrée. Une bonne terre,
douce, légère, surtout riche en humus, est celle qui
lui convient le plus. Je l’ai vu très-beau dans un ter-
reau composé de débris de feuilles et de végétaux dé-
composés. Il demande à être ombragé, et surtout mis
à l’abri des vents impétueux. P.
RAVENALA madagascariensis. Gette monocotylé-
done s'élève à la hauteur des palmiers; son stipe nu
est couronné par des feuilles de 5 à 4 mètres (10 à
12 pieds) de long, y compris le pétiole, sur environ
1 mètre (3 pieds) de large; elles sont disposées en éven-
tail. La base du pétiole est terminée par une gaîne de
1 mètre (3 pieds) environ de longueur qui contient
une eau fraîche et limpide, ce qui a fait donner à la
plante le nom vulgaire d’Arbre du voyageur. L’eau ne
provient point de la sève, comme on l’avait avancé,
mais bien des pluies que la lame concave de la feuille
recoit et laisse égoutter dans cette sorte de réservoir.
RHIZOPHORA tagal Perr. Ce palétuvier, espèce
nouvelle que les Indiens appellent Tagal, a les feuilles
opposées, ovales, charnues, luisantes, et le fruit long
de 95 millimètres (trois pouces et demi), quelque-
fois plus, très-pointu au sommet, plus gros et plus
(139 )
rond à la base, d’une surface très-inégale, offrant cà
et là des angles assez saillans. On voit souvent des îles
flottantes de ces fruits à l’entrée du détroit de Basi-
lan. L’écorce de ce palétuvier est très-épaisse, charnue
et de couleur jaunâtre, semblable en quelque sorte à
celle de notre chêne commun. Les habitans des Phi-
lippines l’enlèvent avec le plus grand soin pour la ré-
duire en poudre lorsqu'elle est parfaitement sèche, et
s’en servir comme d’un excellent fébrifuge, auquel ils
donnent le nom de Quina. Ce végétal intéressant ne
prospère que dans le voisinage de la mer; sur les pla-
ges vaseuses de Samboangan, il étale un grand luxe de
végétation. Il assainit les lieux qu’il habite. II serait bon
de tenter quelques essais sur les nombreuses espèces
de ce genre qui se trouvent aux environs de Cayenne,
afin de s’assurer s’ils possèdent les mêmes proprié-
tés. M.
RUBUS mascarinensis Perr. Gette belle espèce de
framboisier, originaire de Mascareigne, porte de gros
fruits rouges très-parfumés et d’un excellent goût. On
ne le cultive pas, on le trouve généralement partout,
sur les rochers, comme dans les meilleurs terrains.
GC. P.
SAGCHARUM officinarum. Parmi les nombreuses
espèces ou variétés de cannes à sucre que j’ai rapportées
des mers de l’Inde et que j'ai introduites à Mascareigne,
je citerai les suivantes en les désignant par le nom que
leur donnent les Javanais : 1° le T'eboclare, qui ac-
quiert une taille et une grosseur remarquables, mais
dont le suc est salé; o°le Manglé, qui fournit une pe-
lite quantité de sucre; 35° le Pouti, canne blanche de
10,
( 140 )
moyenne grosseur, légèrement sucrée ; 4° le Léong, qui
croît très- rapidement, mais dont la substance est fade ;
5° le Djava à hampe d’un beau pourpre, et des plus
abondantes en sucre; 6° le Malanga, canne très-grosse,
produisant beaucoup de sucre et d’une très-bonne
qualité; 7° et le Patéha, fort petite canne, à nœuds
rapprochés, donnant un sucre très-estimé des Euro-
péens.
SAGUS farinifera de l'Inde, cultivé à la Guyane. P.
S. somutus de l’Encyclop. méth., l’Aren des Java-
nais et le Cavonegro des indigènes des Philippines, est
un palmier qui s’élève à la hauteur de 11 à 15 mètres
(55 à 4o pieds). Il porte de grandes feuilles alternes
et pennées; le pétiole commun sur lequel sont atta-
chées les folioles, est très-ligneux et d’une grosseur
remarquable; il embrasse le stipe sur lequel il prend
naissance, de telle manière qu’à l’époque de sa chute
il y laisse des empreintes annulaires très-prononcées et
rapprochées les unes des autres de 13 à 16 centimètres
(5 à 6 pouces) environ. De l’aisselle de ce pétiole sort
un tissu filandreux (1), noirâtre, très-fort et d’une te-
nacité excessive : on l’emploie dans le pays à la fabri-
cation de cables qui durent fort long-temps et passent
pour incorruptibles. La panicule ou le régime qui
porte les fleurs et les fruits, prend également naissance
sous l’aisselle des feuilles et acquiert souvent une
taille de 22 à 25 décimètres (7 à 8 pieds). Elle se cou-
vre d’une grande quantité de ramifications, et les filets
Joe * sm
(1) Ce tissu est tellement inhérent à la base du pétiole qu'il paraît
être produit par lui.
(uAx)
qui la composent, de fruits de la grosseur et de la
forme d’une de nos pommes d’api; ils ont ordinaire-
ment de trois à quatre côtes peu saillantes, selon qu’ils
contiennent trois ou quatre graines. Celles-ci sont
dures, noirâtres, allongées, pointues vers l’attache et
légèrement aplaties à l’autre bout; elles sont enve-
loppées dans une substance piliforme qui, lorsqu'elle
est sèche et que le fruit a acquis sa parfaite maturité,
cause un prurit insupportable, puis une enflure dou-
loureuse qui dure plusieurs heures.
Les graines de ce palmier mises en terre y restent
souvent huit et dix mois sans donner aucun signe de
végétation même dans leur pays. Les naturels des îles
Philippines emploient comme contre-poison le pétiole
du Sagus gomutus; ils le coupent par morceaux, l’ex-
posent durant quelques minutes sur des charbons ar-
dens, et en retirent un suc dont les effets sont très-
prompts et d’une réussite certaine.
Du tronc ou stipe on retire le sagou le plus fin et le
meilleur connu de toute l’Inde. On n’est point exposé
à voir périr ce palmier aussitôt qu’il a atteint l’époque
de sa fructification ; on l’abat et on le coupe par tran-
ches minces, à partir de la base, à mesure des besoins.
La coupe se fait ordinairement pour toute une semaine.
Le tronc reste ainsi exposé à l’air pendant une année
entière et quelquefois plus, sans que sa substance
amylacée perde de ses qualités nutritives. La coupe se
fait habituellement par les hommes; les femmes en re-
cueillent les tranches où fragmens sur des toiles ou
inieux encore sur des nattes tressées avec des feuilles
de vaquoi (Pandanus odoratissimus); puis elles en
(421)
délaient la substance dans de l’eau et la passent en-
suite dans des toiles assez claires pour en retirer la fé-
cule. Après cette première opération, on a recours à
des toiles plus serrées, afin d'exprimer l’eau et ne con-
server qu’une pâte que l’on met sécher au soleil, que
l’on remue souvent pour la diviser, et à laquelle on fait
prendre la forme de petites graines rondes. Quand elle
est totalement sèche, on l’enferme dans des sacs pré-
parés avec des feuilles de vaquoi, et on la livre au com-
merce.
Comme on le voit, ceux qui ont dit que le sagou était
préparé avec la graine du Sagus gomutus sont tombés
dans une erreur grossière; on ne fait aucun usage
de cette graine. Ce palmier, que j'ai observé dans les
lieux bas et humides , au voisinage de la mer, paraît
indigène des îles de Java et des Philippines : il s’y
trouve abondamment.
SAGUS rafjia (le) de Madagascar est un palmier
d’un très-beau port et remarquable par ses früits de la
grosseur d’un œuf. Ses feuilles servent aux indigènes à
préparer leurs pagnes, leurs nattes et tapis si renom-
més en Europe; ils en font aussi des cordages de diflé-
rentes grosseurs. Je dois à M. d. J. Groun», riche pro-
priétaire à Tamatave et correspondant de la Société
Linnéenne de Paris, la connaissance des procédés que
les Madécasses emploient pour la fabrication de leurs
tissus. Après que les feuilles du raflia sont coupées on
les étend dans un lieu ombragé, afin qu’elles s’y flé-
trissent et prennent une souplesse convenable, On les
divise ensuite par lanières plus ou moins fines, selon
l’objet auquel on les destine; elles sont exposées à l'air
( 145 )
libre pendant quelques heures seulement et employées
avec beaucoup de dextérité.
Les régimes du palmier raflia ont # mètres (au
moins 6 pieds) de long , et sont composés de ramifica-
tions nombreuses portant chacune une plus ou moins
grande quantité de fruits, couvertes d’écailles du jaune
le plus brillant et régulièrement imbriquées. La plante
abonde aux environs de Tamatave dans un sable gris
foncé presque pur, submergé pendant üne partie de
l’année. C. P.
SAGUS rhumplhi, l’Intal des Malais, le Bori des in-
sulaires des Philippines, le Servalam de Java, s'élève à
une hauteur prodigieuse; j’en ai vu de nombreux in-
dividus qui avaient plus de 26 à 50 mètres (80 à
90 pieds). Son tronc acquiert une grosseur très-con -
sidérable. Ses feuilles sont grandes et digitées, assez
semblables à celles du latanier blanc (Latania st-
nensis JAc.), portées sur un pétiole beaucoup plus gros
encore que celui du Sagus gomutus, et armé sur ses
bords de longues dents clairement parsemées. La base
de ce pétiole est très-large et forme une espèce d’an-
neau ou gaîne semi circulaire qui embrasse le tronc du
palmier et y laisse, en tombant, des impressions pro -
fondes. Sur une panicule terminale de 16 à 19 décimè-
tres (5 à 6 pieds) de long, très-droite, composée de
ramifications nombreuses, naissent les fruits, qui sont
petits, ronds, unis et contenant, sous une enveloppe
verte et mince, une graine ou noyau très-dur, noir,
qui demeure en terre plus de dix mois sans donner au-
cun signe de végétation.
Ce beau palmier périt aussitôt que ses graines sont
( 144)
parvenues à maturité; alors les Indiens l’abattent et le
mangent. Une fois séparé de la racine, il se conserve
long-temps, sans que la fécule perde de ses qualités.
SauPaxc , arbre de deuxième grandeur, originaire
des Philippines. Il donne un fruit assez gros, mais qui
ne se mange pas. On retire de l’écorce un fil très-beau
et d’une grande force. Du tronc il suinte un suc rési-
neux qui produit un vernis superbe dont les Malais se
servent pour enduire le fourreau de leurs cris. (Grat-
nes. ) |
SAPINDUS maduriensis Penn. Espèce nouvelle ori-
ginaire des îles de dava et plus particulièrement de
celle de Madura. Cet arbre, de’quatrième grandeur,
dont le tronc est couvert d’une écorce grisâtre, in-
égale et crevassée , a les feuilles alternes , pinnées avec
impaires; le pétiole commun est chargé d’un grand
nombre de folioles ovales et entières. Les fleurs et les
fruits naissent sur une panicule terminale, longue de
15 à 16 centimètres (5 à 6 pouces), quelquefois plus et
assez ramifiée. Les fleurs sont blanches, petites, ca-
duques; les fruits, de la grosseur d’une noix sèche,
sont parfaitement sphériques, à pulpe légèrement rési-
neuse, un peu gluante et jaunâtre. Il est à remarquer
que dans cette espèce sur trois ovaires agglomérés sur
le même réceptacle, deux avortent toujours, ce qui se
voit très-rarement dans le Sapindus saponaria L. Les
indigènes de Madura recueillent avec soin le fruit pour
blanchir le linge; ilest pour eux un objet de commerce
très-productif; deux ou trois drupes suflisent pour
une quantité de linge considérable. C’est à cette pro-
priété que l’on doit les plantations que l’on voit à Java,
( 145 ) 3
à Sourabaja et à Sumatra. Le bois de ce nouveau sa
vonnier est blanc, d’un grain assez fin. L’arbre se plaît
dans les terres légères.
Sawu. Arbre d’un très-beau port, assez semblable
à l’acajou. Son bois, dont le grain est très-fin, est fré-
quemment employé à Java. (Graines.)
SEDogoEric. Espèce de malvacée de l’île de Java,
dont la tige herbacée fournit une filasse propre à faire
le fil à voile. (Graines.)
SIDA rotundifolia Perr. Espèce nouvelle de Java,
que les Malais désignent sous le nom de Yoplakan.
Ses feuilles sont rondes, velues et argentées. (Graines.)
SMILAX species nova, appelée par les Indiens Ma-
cabujay. De ses tiges sarmenteuses découle, lorsqu'on
les coupe iransversalement, un suc vert, âcre et très-
amer, dont les naturels des îles Philippines font usage
dans les cours de ventre, la dyssenterie, les coupures,
les déchiremens de la peau. La plante croît naturelle-
ment partout ; mais comme elle est de nature grasse
et succulente, elle vient mieux dans un terrain sec et
pierreux. Elle a besoin d’un tuteur. Un Espagnol a pu-
blié sur ce nouveau smilax un mémoire fort intéres-
sant, où il ne le considère que sous le rapport médi-
cinal. Il en fait un éloge des plus pompeux.
SPONDIAS mombin. Orginaire de la Guyane, ce
grand arbre à tête diffuse et à feuilles pinnées avec
impaires, porte des fruits de la grosseur à peu près de
la mirabelle, mais ovales et plus allongés, sur une pa-
nicule terminale. À l’époque de la maturité, en mars
et avril, ces fruits d’un beau jaune-orange, sont avi-
dement recherchés; leur goût est légèrement acide:
( 146 )
on en fait des tisanes rafraîchissantes. Le mombin
est très-commun aux environs de Cayenne et ne craint
point l'humidité. P.
SPONDIAS myrobalanus des Antilles, cultivé à la
Guyane. P.
S. javanica Perr. Espèce nouvelle de Java. M.
STERCULEA fœtida. Gette belle malvacée, l’un
des plus grands arbres connus, se trouve dans les lieux
élevés des îles Philippines; j’en ai surtout observé des
tiges nombreuses à l’ouest de Gavitte, sur des mon-
tagnes où je n’ai pu résister au froid de la nuit sans
allumer du feu. Le port du Sterculea fœtida est ma-
jestueux ; son tronc, dont la grosseur étonne, est cou-
ronné par une grande quantité de fortes branches qui
naissent à 6 mètres et demi (20 pieds) au-dessus du
sol, et montent jusqu’à 26 et 32 mètres (80 à 100 pieds).
Elles sont couvertes de feuilles alternes, digitées, à sept
folioles au plus; ses fleurs ont une odeur insuppor-
table; le fruit est composé de diverses capsules, for-
mant par leur réunion un fruit à plusieurs sépales. Il
se moutre sur les grosses branches et les rameaux sans
pédoncule apparent. Chaque capsule est une boîte pé-
ricarpienne, ligneuse, fort dure, presque réniforme; à
l’époque de la maturité, elle s'ouvre en long en deux
valves, dont le bord interne est garni de graines sem-
blables, pour la forme et la grosseur, à un gland de
chêne. Dépouillés de la lorique noire qui les enveloppe,
ces graines sont bonnes à manger; leur goût est celui
de l’'amande. On en retire une huile excellente dont
on se sert en médecine et pour les alimens. Elle est
une branche de commerce très-importante à Manille.
(147)
STRY CHNOS nux vomica, arbrisseau de quatrième
grandeur, originaire de Madagascar, croît abondam-
ment dans les sables de Tamatave, où il se couvre tous
les ans d’une grande quantité de fruits ronds, de la
grosseur d’une orange et parfaitement sphériques. Le
fruit renferme plusieurs graines osseuses, entourées
d’une pulpe amère. Le port de la plante est élégant
et des plus gracieux. G. P.
SvÉROË. Arbre de seconde élévation, dont le bois
est brun et sert aux ébénistes de Java à fabriquer des
meubles. (Graines.) C. M.
SIDEROXYLON. J'ai rapporté de Mascareigne
deux belles espèces de bois-de-fer, qui croissent abon-
damment dans les lieux élevés de cette île. Elles se
: font remarquer par leur prodigieuse élévation, la gros-
seur et la blancheur de leur tronc, ainsi que par la
beauté de leur feuillage. C’est ce feuillage qui fait toute
leur distinction : chez l’une il est petit et peu large,
chez l’autre il est très-grand. Le bois-de-fer a le grain
très-fin et d’une tenacité à toute épreuve ; on le re-
cherche pour les constructions civiles et navales. C. P.
TABERNÆMONTANA. J'ai rapporté deux espèces
nouvelles appartenant à ce genre, l’une que je nomme
semperflorens, et l’autre arborescens; le premier je les
ai introduites dans les colonies françaises de l'Afrique
orientale et de l'Amérique méridionale. La hauteur
moyenne du premier de ces deux arbustes est de 9 à
12 décimètres (3 à 4 pieds); ses fleurs sont blanches,
monopétales et à tube légèrement contourné : elles nais-
sent par paquets à la sommité des rameaux, et donnent
à l’arbuste un aspect d'autant plus flatteur qu'il fleurit
(148)
abondamment toute l’année. Les fruits sont deux fol-
licules écartés, réunis à leur base, divergens vers le
sommet, légèrement et fortement ridés. Ces follicules
contiennent, dans une pulpe jaunâtre, une grande
quantité de graines, presque anguleuses, ridées, qui
perdent en très-peu de temps leur faculté germinative,
Les feuilles sont opposées, elliptiques ou ovales, lui-
santes et à surface ondulée. Comme elles sont lates-
centes, les Indiens des Philippines s’en servent en dé-
coction dans les dyssenteries et contre les morsures
des reptiles. L’arbrisseau croît partout en abondance,
que le terrain soit humide ou des plus secs.
L'espèce arborescens est remarquable par ses jets,
qui ont 4 mères (12 pieds) d’élévation. Sa tête est dif-
fuse et très-branchue.
Tacawaca. Espèce nouvelle de Manille. P.
TERMINALIA benzoin. C. P.
T. catappa. Badanier-amande de l’Inde, cultivé à la
Guyane. P.
T. vernix, appelé Zgnan par les Malais. Arbre de
quatrième grandeur que l’on trouve dans les terres
fortes, marécageuses de Java. Son port est triste; ses
feuilles, d’un vert sombre, alternes, et tellement rap-
prochées qu’on les croirait verticillées, sont étroites,
lancéolées, presque semblables à ceiles du Mangifera
indica, légèrement ondulées sur les bords. Le vernis
que l’on retire de cette espèce de badanier est plus
brillant, il se sèche plus vite que celui fourni par lAu-
gia sinensis. Les Malais l’emploient pour leurs meu-
bles et surtout pour leurs poignards qu'ils appellent
cris, M.
(149)
THEKA. J’ai rapporté de Java des graines de plu-
sieurs espèces ou variétés de theka : le Djati, grand
arbre à larges’ feuilles ; le Sung-gu, qui fournit le meil-
leur bois de construction, mais qui demande un siècle
avant d’avoir atteint toute sa perfection; et le Soen-
20e, dont on mange le fruit. (Graines.)
THEOBROMA cacao L. Cultivé à la Guyane et dans
presque toutes les îles de la mer du Sud, où son fruit
acquiert un volume considérable lorsqu'il est abrité
par de grands arbres. Il aime une bonne terre forte,
mais substantielle, plutôt sèche que trop humide. P.
TIBOUCHINA Avs., de la Guyane. P.
TOMEX macrophyllus, de Mascareigne. C. P.
Trou: des Javanais, arbrisseau qui m’a paru très-
voisin de l’Averrhoa. Ses feuilles sont bijuguées, pres-
que semblables à celles du courbaril, mais moins co-
riaces, moins épaisses, et point luisantes. Il porte des
fleurs rose pâle, dont la forme et la grandeur rap-
pellent celles de l’Averrhoa acida; elles tombent au
plus léger attouchement, et lorsqu'on veut les voir
donner du fruit, il faut entourer le pied d’un treillage.
Ce fruit gst réniforme, large, fortement comprimé,
sans être pédonculé; il s’ouvre en deux valves, à une
seule loge, contenant une graine unique. On le mange
cru ou cuit; il a le goût de notre pomme de reinette
et devient jaune en mûrissant. La graine qu’il contient
est comprimée et pourvue de deux cotylédons verts
sans périsperme. Elle germe aussitôt après la maturité
du fruit. Le tromi est cultivé avec beaucoup de soin
dans tous les jardins de Sourabaja; il se plaît dans les
terres plutôt consistantes que légères, et demande une
( 150 )
humidité presque constante et un abri contre les rayons
du soleil. CG. M.
URTICA tenacissima. Les îles de Java possèdent
une espèce d’ortie dont on retire une filasse aussi belle,
aussi souple, que celle du chanvre, que l’on emploie
à la fabrication des toiles et des cordages. On les estime
beaucoup à cause de leur durée et de leur grande blan-
cheur. Les fibres de la plante ont plus de tenacité que
celles de nos espèces nivea et dioica. Les Malais la
nomment Ramé.
VAHEA gummifera. Espèce de liane ligneuse, assez
grosse, indigène à l’île de Madagascar. L’écorce est
noirâtre, et la tige couverte de feuilles opposées à plat,
ovales et luisantes. Dans son jeune âge l’écorce est
mince, plus tard elle est comme écailleuse. On retire
de cette plante un suc résineux, qui, à l'air libre,
prend la consistance de la gomme élastique; j'en ai
extrait moi-même par incision longitudinale, en 1820,
alors que je me trouvai à Tamatave, dont les sables
ferrugineux des environs sont couverts de cette liane.
La gomme élastique du vahé est la meilleure de toutes
celles connues sous ce nom. C. P. .
VEPRIS éinermis, de Mascareigne. C. P.
VIROLA sebifera. Ge grand arbre, de la famille des
laurinées (1), appelé par les indigènes de la Guyane
Famadou, porte des graines qui contiennent une sub-
stance dont on fait des chandelles. Il abonde dans les
Ca
(1) Iest bon d'observer ici que les personnes peu familiarisées
avec les plantes prennent toujours les fruits des laurinées pour des
glands de chénes, auxquels ils ressemblent beaucoup.
PER Er
PR RE 7,
(GS
forêts voisines de Gayenne et se plaît dans les terres
fortes, un peu humides et surtout très-substantielles.
M. P.
WOUAPA bifolia Aus., de la Guyane. P.
Wuau ou Kitangi. Très-bel arbre de Java, surtout
quand il est en fleurs, Son bois sert dans les construc-
tions. (Graines.) G. M.
LV A/S VAR 0/0 LA LAVAL Q/R VAA NY VAS A0 VAA A/0/0/0
OBSERVATIONS
Sur le Limodorum purpureum de M. ne LAMARCK,
et création d’un nouveau genre dans la famille
des Orchidées; par M. L. Cozra, correspondant
a Turin. |
I y a peu de genres dans le règne végétal qui aient
peut-être été moins exactement déterminés que ceux
appartenant à l’ordre de la ginandrie driandrie, créé
par le naturaliste immortel dont la Société Linnéenne
de Paris honore véritablement la mémoire.
Cet ordre renferme un groupe de plantes qui for-
ment la famille naturelle des Orchidées; puisque l’on
n’est point forcé de tâtonner, pour ainsi dire, en les
cherchant dans les autres ordres du système sexuel,
et de les en distraire pour les réunir ensemble, en dé-
truisant ainsi le vaste et savant édifice bâti par le lé-
gislateur de la botanique moderne.
C’est précisément par ce motif que la détermination
des genres de cette famille est si diMicile; les caractères
de différence devant être tirés de la considération des
organes de la fructification, comment se comporter ici
qu'ils sont presque tous essentiellement uniformes? Il
en est de même, il est vrai, pour les genres des autres
classes linnéennes qui constituent les familles vrai-
ment naturelles, telles que la didynamie, renfermant
les labices, les verbénacées, les scrophulaires, les acan-
Cx55 )
thoïdes, et la tétradynamie renfermant celles des cru-
cifères.
1! se présente encore une autre difficulté particulière
aux Orchidées, c’est que d’un côté étant presque im-
possible de rien déterminer d’après des orchidées
sèches, qui ne conservent plus aucune forme, et de
l’autre, pouvant rarement les observer vivantes et en
fleurs, au moins quant au très-grand nombre des
genres exotiques, les eflorts des botanistes deviennent
presque toujours infructueux ; aussi le travail qui pa-
raît offrir le moins d’imperfection sur ces plantes, que
rendent si intéressantes et leur structure singulière
et l’éclat des fleurs d’une grande partie d’entre elles,
est celui de M. Swarrz, qui a eu occasion d’en observer
un grand nombre de vivantes. Je pourrais nommer
aussi celui de M. Durerir-Tnouars s’il était terminé.
En venant au Limodorum purpureum que M. pe LA-
MARCK a si bien décrit dans l'Encyclopédie méthodique,
tom. IE, part. 2, pag. 495, n° 1, et qui fait l’objet de
mes observations, il paraît n’y avoir aucun doutg qu'il
ne soit la plante cultivée depuis quelque temps dans
nos serres, et répandue sous le nom que lui donna le cé-
lèbre auteur de l’{{lustration des genres.
Mais l'examen attentif que je fis des organes de la
_fructification de cette superbe plante, qui depuis quei-
ques années fleurit abondamment dans ma serre chaude
aux mois de mars et d'avril, me fit douter qu’elle pût
appartenir à aucun des genres des orchidées établis
jusqu'ici par les botanistes.
En effet, en vérifiant les différentes observations
faites par les plus célèbres naturalistes, relativement
it
(154 )
à la détermination des genres de cette famille, nous
voyons d’abord que Linxé avait tiré le caractère essen-
tiel de diflérence de la forme d’un des pétales qu'il
appelle nectarium, et qui est vraiment, dans ces sortes
de plantes, d’une structure fort différente de celle des
autres pétales, étant tantôt corniculé , tantôt séroti-
forme, tantôt pédicellé, etc.
Le nectaire du Limodoruim est, d° spas Lixxé, mo-
nophylle, concave, pédicellé : or ce dernier caractère
ne convient point à notre plante, chez qui cet organe
est sessile (voyez la planche IV, fig. 8), ce qui a aussi
été observé par M. pe Lamanck. Dans la description des
trois pièces intérieures de la corolle (le calice des mo-
dernes), après avoir dit que l’inférieure (le nectaire de
Liné) est plus large et concave , ce savant ajoute :
» Linxé avance mal à propos qu’elle est pédicellée; »
mais n’était-il pas plus prudent de dire que sa plante
n’avait point les caractères du Zimodorum de Lixxé ?
Cette circonstance prouve aussi que le Limodorum
purpureumn de M. pe Lawancx ne doit point être le tu-
berosum de Lané, ainsi qu'il paraît l'avoir cru, puis-
qu’en premier lieu il n’est point naturel de supposer
que ce dernier se soit trompé sur un caractère aussi
sensible que celui du pédicelle du nectaire; en second
lieu, parce que le ZLimodorum tuberosum a, selon
Linvé, les fleurs sessiles, et que dans le purpureum
elles sont pédonculées (voyez la fig. 2). Le Limodo-
rum tuberosum paraît être la même plante que celle
décrite sous ce nom par Micnaux, Flor. amer. IT,
pag. 199: par Sauiseury, Prodr. 8, sous celui de Li-
inodorum pulchellum: par Wniaipexow, Sp. pl., IV,
( 159")
par. 1, pag. 109, sous celui de Cymbidium pulchel-
lum, et par Rorerr Browx, dans l’Hort. kew. (édit.
nouv.) sous celui de Calopogon pulchellus : cette plarte
croît au Canada, et la nôtre est originaire des Antilles,
d’après M. pe Lawarck.
Mais la plante que nous étudions ne présente pas
même les caractères génériques donnés au Limodorum
par M. pe Lauarcr et par les autres botanistes.
Quant à ceux établis par le premier, elle diffère re-
lativement aux organes de la génération. Get auteur,
en rapportant les caractères essentiels du genre, définit
l'organe de la femelle en ces termes : Corps caverneux
du pistil allongé en £rEroN court à sa base; or le pistil
de notre plante est sans éperon (voyez fig. 4 et 9). En-
suite, analysant en détail les caractères génériques, il
dit, par rapport à l’organe mäle, que le Limodorum a
DEUX ÉTAMINES situées au sonvmet intérieur du corps
caverneux du pistil, et qui consistent en DEUX FILETS
fort courts portant des anthères ovales - arrondies:
mais notre plante n’a qu’une anthère sessile operculée,
c'est-à-dire recouverte par une pièce mobile et ca-
duque avec elle (fig. 4, 10, 11, 12 et 15); note dont
Waczpenow s’est heureusement servi pour établir un
des caractères essentiels parmi les genres des orchi-
dées.
Cette anthère se voit composée, 1° d’un opercule
d’une substance cornée et presque diaphane en forme
de capuchon, et divisée sur le devant en deux loges
(fig. 11), ce qui a peut-être induit en erreur les bota-
nistes qui ont considéré comme diandres une quantité
d’orchidées de la même organisation que celle de notre
A
( 156 }
plante. Cet opercule est situé au sommet du style, et
comme appliqué au-dessous de la lèvre supérieure du
stigmale sans un véritable filet.
2° De deux masses de pollen nichées dans les loges
de l’opercule. En examinant chacune de ces masses à
une forte loupé, on voit qu’elles sont attachées par un
connectif fort mince de la même substance du pollen,
et qu'elles se partagent chacune en trois, rarement en
quatre, globules ovales-arrondis, qui mis dans un li-
quide y surnagent, et se divisent naturellement, n’é-
tant retenus entre eux que par leur viscosité (fig. 14).
L'opereule tombe naturellement quelques jours
après l'épanouissement de la fleur; avant on peut le
détacher avec facilité, il n’oppose presque aucune ré-
sistance. On peut avec la même facilité sortir les masses
du pollen qui y sont collées, elles ne laissent pas aper-
cevoir la moindre apparence d’un lien quelconque, à
l'exception du connectif de la même substance qui les
réunit entre elles avant leur chute.
Wizpexow n'ayant pas été trompé par les loges de
l’anthère, a rangé la plus grande partie des orchidées
dans sa Gynandrie monandrie, et d’après le travail de
M. Swanrz, il a établi les caractères génériques plus
exactement que ne l'avaient fait les botanistes précé-
dens. Ce savant ne rapporte point dans ses limodores là
plante dont nous parlons, et donne à ce genre les ca-
ractères suivans : Corolla 5, petala subpatens; label-
lum (nectaire de Linx£) basi antice IN CORNU LIBERUM
PRODUCTUM ; anthera terminalis.
Dans notre plante le tablier /labellum) est entier à
sa base, légèrement onguiculé, mais sans la moindre
(157)
trace de cornet ou éperon; il est ecalcaratum dans la
véritable signification du terme (fig. 8).
Quant à l’anthère, quoiqu’elle soit située au sommet
du style, toutefois il paraît inexact de l’appeler termi-
nale, étant surmontée par la lèvre supérieure du stig-
mate (fig. 4 et 10) ; au surplus WiczpeNow, en parlant de
l’anthère d’autres genres située et formée comme celle
le notre plante, l'appelle très-proprement opercularis
decidua, ainsi qu’on le voit dans les genres Cymbi-
dium, Oncidium, Epidendrum-Vanilla, Ærides,
Dendrobium, Stelis et Lepanthus, chose qu’il n'aurait
pas oublié d’observer dans le limodore si ce genre eût
eu l’anthère comme celle de notre plante,
M. Pensoox, qui publia son Synopsis plantarunr
après l'ouvrage de Wiribexow, donne les mêmes ça-
ractères au genre Limodorum, et quoiqu'il y ait ajouté
quatre espèces, il ne cite point le purpureum de M. »£
Lauanck.
Après ces ouvrages, je n’en connais point d’autres
classiques où l’on ait fait des changemens essentiels re-
lativement aux orchidées, à l'exception de ceux qui
ont été rapportés par M. Porrer, dans l'Encyclopédie
méthodique, 1°* supp. , aux articles Angrée, Limodore,
Bletie, etc.
Je ne trouve pas même dans l’Aortus Cantabri-
gtensis, édit. de 1815, cette plante placée sous le genre
Limodorum; je vois bien, pag. 291 ,un Calopogon pul-
chellus qui a pour synonyme le Limodorum tuberosum
de Currr (Bot. mag. 116); mais si celte plante est
le Limodorum tuberosum de Lixxé, elle ne peut ap-
partenir à la nôtre, ainsi que je l'ai déjà fait observer,
( 198 )
Il est donc certain que la plante qui nous occupe
n'appartient point au genre Limodorum.
A
Xeste à voir si on peut la ranger dans quelqu'un
des genres voisins, tels que le Cymbidium, l'Onci-
dium, V'Epidendrum, et le Bletia établi par Rurrz et
Pavox, Prodr. flor. peruv. et chilens., p. 108. Ces
genres se rapprochent de notre plante par les carac-
tères de l’anthère operculaire et caduque, ils en ont
aussi quelques autres de communs.
Mais notre plante diffère essentiellement du Cymbi-
dium en ce que le tablier n’est que peu concave à sa
base; il est au surplus trilobé, et de la longueur des
pétales extérieurs avec la lame fléchie en dedans, au
lieu que celui du Cymbidium est à peine long de la
moitié, et a la lame fléchie en dehors.
Elle diffère de l’Oncidium en ce que le tablier n’est
point tuberculeux à sa base.
Elle diffère de l’£pidendrum en ce que le tablier
n’est point tubuleux à sa base ni soudé au style.
Elle diffère enfin du nouveau genre Bletia (1), non-
seulement par la forme et la grandeur relative des
pétales, mais particulièrement par le tablier, qui n’est
point en cône renversé ou bilabié, mais un peu con-
cave et exactement trilobé; en outre, notre plante n’a
pas huit anthères attachées à deux filets, ainsi que
Aurrz et Pavox l’établissent par rapport à leur Bletia,
(1) Les caractères essentiels établis à ce genre par Rurrz et Pavox
sont les suivans : /Vectarium obverse conicum, labio inferiore inferne
carinato trilobo, lobo intermedio magno : antheræ 8, filamentum
bipartitum laciniis levissimo 4 - fédis.
(159)
mais une seule anthère sessile (puisque le connecuf,
élant de la même substance, ne peut être considéré
comme filet}, qui renferme dans ses loges les deux
masses de pollen dont nous avons parlé, lesquelles se
divisent tantôt en six, tantôt en huit globules, ce qui
n'arrive qu’en les plongeant dans un liquide.
Je ne dois pas passer sous silence que certaines espèces
de Limodorum ont été rapportées au nouveau genre
Bletia,tel que le Limodorum T'anchérvillæqu'ilne faut
pas confondre avec le L. purpureum de Lamarck, quoi-
qu'on’le trouve cité sous le même nom par M. Rr-
pouTÉ, dans ses Liliacées, pl. 43. Ge Limodorum, qui
habite la Chine, est parfaitement décrit par M. nr La-
MARCK (Dict., tom. IE, part. 2, pag. 495, n° 4), par
Aron (Kew., TL, 502), par Swarrz (Wow. act. Upsal.
VI, pag. 79), par Wiscoexow (Sp., IV, pag. 122), et
par Lourgiro, sous le nom de Phajus grandifolius
(Cochin. , IE, pag. 645). °
D’après toutes ces observations, il paraît que l’on
peut établir sans hésiter que le Zimodorum purpu-
reum de M. ne Lamarcrk ne doit être en toute rigueur
rapporté à aucun des genres des orchidées établis jus-
qu'à présent, surtout si l’on retient pour caractères
génériques essentiels ceux que les botanistes ont assi-
gnés à chacun des genres de cette famille.
Peu importe que la plante ait été décrite et rap-
portée après l’ouvrage de M. ne Lauarck à tel ou tel
autre genre (ce que je ne puis assurer positivement):
dès qu’il est certain que les caractères essentiels du
senre ne lui conviennent pas exactement, elle ne doit
plus en faire partie, En établissant un nouveau genre
( 160 )
pour une plante connue, on ne peut être accusé de
mettre de la confusion dans la science, au contraire
on contribue à son perfectionnement, pourvu que les
caractères de différence qu’on assigne au nouveau
genre soient bien constans et sensibles: aussi je défie
le plus habile botaniste, la plante à Ha main, de re-
connaître le Limodorum purpureum de M. px La-
MARCK dans les ouvrages publiés jusqu'iei sur les or-
chidées.
Dans le Species plant. de Wnipexow, celle qui
pourrait en approcher davantage parait être l'Epiden-
drum atropurpureum, parce que l’auteur cite pour
synonyme celui rapporté par M. pe Lamanck, savoir
Helleborine floribus atropurpureis de Pruwien, Sp. 9,
ic. 178, fig. 1. Mais comme celui qui, la plante à la
main, cherche dans un ouvrage classique à la déter-
miner, doit commencer par le rapprochement des ca-
ractères du genre, il ne s'arrêtera point à l’Æpiden-
drum, lorsqu'il verra que sa plante a le tablier non tu-
buleux à la base et libre au lieu d’être soudé au style,
Telles sont les observations que je soumets à la sa-
gacité des dignes botanistes qui composent la Société
Linnéenne de Paris; j'y ajoute la figure peinte d’après
nature par ma fille, madame TrcorLa Brirorri, qui
a eu l'honneur d’être reçue parmi ses associées libres,
Si, d'après mes remarques, la Société croit que la
plante en question peut être raisonnablement dis-
traite des genres connus des orchidées, je lui propose
d'adopter le suivant en l'honneur de notre illustre
Secrétaire perpéluel et savant naturaliste, mon ami,
M. Ansenne Tuiépaur pe Brénnraup.
(161 )
- TIHEBAUTIA. Gynandria monandria. Orchidewæ.
Character essentialis genericus.
Corolla pentapetala erecto-patens, persistens. Label-
lum ecalcaratum trilobum, apice inflexæum, superne
basim versus costatum. Anthera opercularis, bilocu-
laris, decidua labii superioris, stigmatis basi antice
adnata. Pollen globosum.
T. nervosa. Foliis nervosis ensiformibus, scapo
simplicissimo subnudo, floribus racemosis atropurpu-
reis. N.
Limodorum purpureum. Floribus imberbibus pe-
dunculatis alternis subracemosis, foliis nervosis ensi-
formibus. — Law., Dict., tom. HE, part. 2, pag. A9.
Ielleborine purpurea tuberosa radice Prux., Sp. 9,
ic. 178, fig, 1.
An epidendrum atropurpureum foliis subternis lan-
ceolatis bulbo innatis, scapo simplici, lamina labelli
obcordata, lobis retusis. — Win. , Sp. pl., part. 1,
tom. IV, pag. 115?
DESCRIPTIO.
Tuber orbiculatus, inferne radicatus, superne Tolio-
sus, latere scapiferus. Scapus simplicissimus, subnu-
dus, racemosus, pedalis. Folia radicalia nervosa, ensi-
formia, pedalia. Flores pedunculati, bracteati, squarmis
Janceolatis vaginantibùs brevissimis. Corolla pentape-
tala inæqualis, duplici ordine atropurpurea, persistens.
Petala tria exteriore inæqualia; superius lanceolatum,
erectum; inferiora obliqua, lanceolato-ovata Jatiora :
petala duo interiora, erecta, lanceolato-ovata apice in-
Curva, genitalia tegentia. Intra hæc labellum ecalca-
( 162 )
ratum trilobum apice inflectum cosiis longitudinali-
bus elevatis undulatis luteis superne basim versus
instructum, longitudine petalorum exteriorum, latitu-
dine tripla, lobis lateralibus integris, medio emargi-
nato. Genitalia præseferentia germen inferum vergens
in stylum carnosum arenatum prismaticum, apice ge-
rens stigma bilabiatum, cujus labium superius anthe-
ram sessilem opercularem bilocularem deciduam basi
antice adnatam gerit. Pollen globosum in loculamen -
tis antheræ. Capsula inferior prismatica 3 -carinata
9-valvis 1-locularis, per angulos dehiscens. Semina
numerosa scrobiculata capillaria.
Habitat in Anthyllis et America calidiore } (V. V.
in flor.)
EXPLICATION DE LA PLANCHE IV.
1. THIEBAUTIA zervosa, représentée un Liers nature.
>. Sa hampe en grappe, portant des fleurs pédonculées,
de couleur rouge-violet.
3. Une fleur de grandeur naturelle.
4. Le pistil surmonté par l’anthère operculaire, vu par
devanit et grossi du double.
5. Un des deux pétales intérieurs.
6. Le pétale supérieur extérieur.
7. Un des deux pétales extérieurs inférieurs.
5. Le tablier, labellum.
9. Le pistil de grandeur naturelle, vu de côté.
10. La partie supérieure du pistil vue à la loupe apres
la chute de l’opercule.
1r. L’opercule, avec l’anthère, vus à la loupe et par
dessous.
12. Le même, vu par devant.
Mém. de {x Société Linneenne de Liris
THIÉBAUTIA . Nervosa .
Tecopilla Billotté, del Z. la Dei
dba Dedioa
( 165 )
13. Le même, vu par dessous, après da chute de l’an-
thère.
14. Les globules de l’anthère bilobée , nageant dans l’eau
et vus à la loupe.
15. L’ovaire prismatique vu à une forte loupe, quelque
temps après la fécondation.
16. La capsule, de grandeur naturelle, au moment où
elle s'ouvre par les angles.
37. Graines vues à une forte loupe.
NV VU LU VU VU EL PU VA AU AU UE UE LUS
NOTE
Sur une variété femelle du pommier commun ;
par M. TizzeTte DE CLERMoONT-ToNNERRE,
correspondant.
M. Aux, propriétaire à Saint-Valery-sur-Somme,
possède un pommier dont il ignore l’origine et qu’il
croit âgé de 30 à 40 ans. Get arbre, en tout semblable
au pommier commun par les feuilles et la disposition
des fleurs, en diffère d’une manière très-remarquable
par la structure de ces dernières et par ses fruits.
Un pédoncule tomenteux soutient une fleur com-
posée d’un calice à dix folioles soudées par la base,
disposées sur deux rangs alternes, les intérieures un
peu plus courtes. La corolle et les étamines manquent;
les styles, au nombre de quatorze, légèrement velus à
la base, sont surmontés d’un stigmate oblique, très-
vigoureux.
Les premières années que l’arbre a fleuri, son pro-
priétaire étonné, disons mieux, très-mécontent de ne
lui voir porter aucun fruit, allait l’abattre, quand un
médecin, instruit de cette bizarrerie de la nature, con-
seilla la fécondation artificielle, qui réussit parfaite-
ment. Depuis ce temps, chaque année, à l’époque de
la fleuraison, c’est à qui des dames et demoiselles de
Saint-Valery ira faire sa pomme (c’est l'expression
consacrée). On applique sur chaque fleur une fleur
( 165 )
hermaphrodite, cueillie par un temps sec, sur un pom-
mier quelconque, en l’ÿ abandonnant jusqu’à ce que, la
fécondation achevée, elle tombe naturellement; puis
on attache un ruban de couleur au bouquet fécondé
pour que, quand l’automne sera venu, chacune recon-
naisse le fruit que sa main a créé.
Ces fruits diffèrent entre eux par la grosseur, la sa-
veur et la couleur, mais ils se rapportent aux espèces
hermaphrodites qui les ont fécondés. Ils sont très-re-
marquables par un étranglement situé vers les deux tiers
de leur longueur, ainsi que par quatorze loges disposées
sur deux plans parallèles, dont cinq, placées comme
celles des pommes ordinaires, occupent le milieu du
fruit; les neuf autres, plus petites, la partie voisine du
sommet. Rarement toutes ces loges contiennent des
graines. Dans le très-petit nombre de fruits que nous
avons ouverts, elles variaient de trois à neuf.
Plusieurs botanistes, entre autres WizzpENow et
M. Porrer, parlent de pommiers uni-sexuels, très-
différens de celui dont nous nous occupons. Dans les
leurs, il y a avortement des pétales et des étamines ;
dans le nôtre, il y a bien aussi avortement des mêmes
organes, mais il y a augmentation en nombre toujours
constant des autres parties de la fructification. Chez
eux, le calice est simple, à cinq folioles; ici, il est évi-
demment double, l’intérieur semblable à l'extérieur,
comme lui persistanteet ne pouvant être assimilé à une
corolle, Dans les premiers, on trouve cinq styles et stig-
mates ; dans le nôtre, quatorze. Les pommes ordinaires
n'ont que cinq loges; celles-ci en renferment quatorze
sur deux rangs, et représentent deux pommes soudées
( 166 )
bout à bout, dont la coupe longitudinale a la figure
d’une feuille panduriforme ou en violon.
M. Aux a porté des greffes de cet arbre sur la moitié
d’un pommier voisin qui reste constamment stérile,
_ quoique les fleurs soient parfaitement semblables à
celles du premier, et que les mêmes moyens de fécon-
dation soient employés. Des graines semées ont très-
bien levé; le plant trop jeune n’a pas encore fleuri.
EXPLICATION DE LA PLANCHE V.
a partie inférieure du fruit;
& fleur;
c style et stigmates grossis; ]
d partie supérieure du fruit;
e coupe longitudinale :
1 partie supérieure contenant neuf loges ; .
à partie inférieure contenant cinq loges.
Ce
Mem. de læ Societe Linnéenne . {2824 ) LV.
Pommier 4 S'Valery
(Jonume:)
SV VV VU VE UV UV UT VEUVE VAR LULU VVR AAA ML
MÉMOIRE
Sur le Varaire cévadille; par M. le docteur
M.-E. Descourrizz, vice-président de la
Société.
IL n'existe pas de plante qui ait plus que la céva-
dille éveillé l'attention des naturalistes, et qui, malgré
leurs études, soit moins connue. Les semences de ce
végétal, étant les seules parties employées en médecine,
ont été regardées par quelques observateurs comme
provenant d’une graminée, et d’après leur forme nom-
mées hordeolum (petite orge), tandis que plusieurs
autres, fondés sur leurs propriétés, les rapportaient
aux delphinies et les rapprochaient des staphisaigres.
Quelques botanistes ayant enfin mieux examiné la cé-
vadille, lui ont assigné le rang qu’elle doit occuper
dans la division naturelle, et l'ont mise à sa véritable
place, en la forçant d'augmenter comme espèce le
genre varaire.
En effet, la cévadille est réellement une espèce bien
caractérisée de ce genre. (Monocotylédones, famille
des juncinées de Jussieu. — Colchicacées de M. pe
CannoiLe. — Polygamie de Liné.) Elle croît en abon-
dance au Mexique, et presque sur toutes les côtes qui
avoisinent le golfe de ce nom. Les Indiens, qui en font
un certain commerce, ont soin, pour éviter qu’on ne
reconnaisse le végétal qui la produit, de dénaturer les
panicules par le froissement, et, par une légère torré-
( 168 )
faction, de faire perdre aux graines leur facullé ger-
minative.
Nous avons rencontré le varaire cévadille dans les
bois humides qui garnissent le pied des montagnes
aux Antilles, mais en petite quantité; ce qui nous ferait
penser que cette plante n'y paraît que rarement et seu-
lement dans des circonstances susceptibles de favoriser
son développement. Plus heureux que nos prédéces-
seurs, nous pouvons tracer les caractères génériques
de ce végétal, ayant eu Plus d’une fois l’occasion de
les étudier avec soin sur des individus vivans.
VARAIRE CÉVADILLE. V'eratrum sabadilla.
CARACTÈRES SPÉCIFIQUES. — Plante herbacée, s’éle-
vant de 9 à 12 décimètres (3 à 4 pieds), tige simple,
cylindrique, souvent légèrement sillonnée à ses extré-
mités. Feuilles nombreuses, toutes radicales, disposées
en rosettes, droites sur le pétiole qui est vaginant à
sa base; plantaginiformes, ovales, oblongues, et décur-
rentes sur le pétiole, obtuses à leurs extrémités, gar-
nies de huit à quatorze nervures simples, partant de la
base de la feuille et se perdant à son sommet en décri-
vant un demi-cercle. Leur couleur est d’un vert terne,
glauque en dessous, légèrement luisant à leur face su-
périeure.
La tige florale offre une panicule ample, très-simple,
et quelquefois rameuse; alors les ramifications sont
alternes.
Les fleurs en grand nombre sont réfléchies, pres-
que pendantes, supportées par des pédoncules très-
courts, et réunies deux à trois ensemble. Elles sont
(169)
disposées par séries en spirales et sortent d’un point
saillant; lorsqu'elles se dessèchent les fleurs herma-
phrodites se trouvent alors placées unilatéralement, et
les points qui donnaient naissance aux autres sont alors
marqués par leur chute ou leur avortement, et laissent
des empreintes granulées ineffacables.
Les fleurs sont hermaphrodites, les unes mâles et les
autres renfermant les deux sexes.
Fleurs mâles. — Galice à six divisions persistantes,
très-profondes, stellées, étalées, droites, ovales, lan-
céolées, sans autres nervures que la médiane, d’un noir
pourpre très-Intense.
Point de corolle.
Six étamines moins longues que les divisions du ca-
lice, et dont les filamens élargis à leur base soutien-
nent des anthères quadrangulaires, presque bilobées,
trois ovaires rudimentaires sans styles.
Fleurs hermaphrodites. — Galice et étamines comme
celles des fleurs mâles. Les filets anthérifères entourant
trois ovaires oblongs, réunis, obtus à leur sommet qui
est surmonté de trois styles aigus, quelquefois élargis
et à stigmate simple.
Le fruit est composé de trois capsules qui, par la
forme, se rapprochent des fruits des delphinies. Elles
s'ouvrent par le haut et sont déhiscentes à l’intérieur:
leur suture donne naissance à de légers filets ou pla-
centa, servant d’attache, qui, au nombre de trois dans
chaque valve, sont disposées par imbrication.
La semence est contournée, obtuse à une de ses ex
trémités, pointillée d’un noir de suie, d’un goût fade,
puis aussitôt amer, mais par suite âcre et nauséeux.
112
(1%)
Habite les bois humides du Mexique et de quelques
les des Antilles.
Propriétés. — La cévadille est un végétal précieux
dont on ne saurait trop étudier et bien apprécier les
propriétés ; à dose ordinaire, et graduée par un médecin
habile, elle offre tour à tour : 1° un médicament iatra-
leptique très-employé pour la destruction des animaux
parasites de l’homme ; 2° un vermifuge puissant; 5°un
spécifique contre le ténia ; 4° un vomitif; 5° et, à plus
haute dose, un poison redoutable (1).
Depuis quelques années nombre d’essais ont été
faits sur cette plante. Peu ont réussi, parce que sou-
vent des doses trop faibles ne causaient à l’extérieur que
des vertiges, à l’intérieur que des nausées; ou souvent
la plante entière, avariée par la traversée, ou par une
dessiccation mal combinée, ne produisait aucun effet,
Le varaire cévadille est un médicament très-employé
aux Antilles et toujours avec succès. Les Nègres,
qu’une grande habitude rend circonspects sur l’em-
ploi de certains végétaux, usent de celui-ci sans crainte
et sans danger.
Ses graines contiennent un principé extrêmement
actif, à base salifiable, que les chimistes ont nommé
V'ératrine. Ce sel, pris à la dose seulement de quel-
ques grains, donne la mort au milieu des plus violentes
convulsions.
Il serait à désirer qu’un séjour prolongé aux lieux
(3) Voyez pour l'indication plus détaillée des propriétés de cette
plante et le mode d'administration, le Ie volume de ma {'lore me
«licale des Antilles, no 105.
PL. V1
Veratrum Jrbadilla À
». de la Nociété Linnéenne .(2424,)
(us)
où croît la cévadille pût donner à de bons observa-
teurs la facilité de faire une analyse exacte de cetie
plante, et par suite les amener à rendre plus utile à
l’homme un des remèdes les plus énergiques et les
plus précieux que lui ait accordés la nature.
2522225592)
EXPLICATION DE LA PLANCHE Vi.
Le rameau est représenté de grandeur naturelle,
1. Fleur hermaphrodite,
2. Fleur mâle,
3. Capsule entière,
4. Coupe transversale d’une capsule.
5. Portion de capsule contenant trois semences.
6. Semences.
7. Feuille au simple trait, demi-grandeur naturelle,
VUVUUVOA VVUAVAS VOLS 0/7 VAD/AA/T/A LL/0/3 QULT A/A/0/0 0/08 LR L0/G VAT AVR/R LEE
RAPPORT
Sur le jardin de cultures exotiques établi à
Fromont, près Paris; par M. Tarésaur pe BEr
NEAUD, Secrétaire perpétuel.
Vous m'avez chargé, Messieurs, de vous présenter
une notice sur le jardin que notre confrère M. Sou-
LANGE-Bonix possède à Fromont, et que plusieurs
d’entre vous ont, à diverses reprises, visité avec le plus
vif intérêt. Je m’acquitte avec d’autant plas de plaisir
de cette douce obligation, que c’est rendre service aux
sciences naturelles en payant un juste hommage à
l’homme qui les cultive avec goût, en faisant connaître
un établissement où tout est disposé pour donner plus
de développemens et d’ensemble à la culture des
plantes répandues sur les différentes zones du globe.
La France pouvait déjà, depuis 1784, citer, dans les
jardins du vénérable auteur du Botaniste-cultivateur à
Courset, près Samer, département du Pas-de-Calais,
un monument de ce genre, tout à la fois consacré à
des essais de culture, à la multiplication des arbres
fruitiers et forestiers, à la propagation des végétaux
de simple agrément, et surtout à l’acclimatation des
plantes exotiques de quelque utilité réelle. Les longs
efforts de M. Dumonr pe Gounser, l’un de vos membres
honoraires, ont été couronnés du plus brillant succes,
puisque, malgré une atmosphère tellement variable
qu'on peut, dans le même jour, éprouver l'alternative
(175 )
des différentes saisons de l’année, malgré la fréquence
et l’impétuosité des vents qui soufilent constamment
sur cette contrée maritime, il est parvenu à natura-
liser plusieurs plantes exotiques, et à trouver dans les
résullats de ses nombreux essais les élémens de l’ou-
vrage classique dont il a enrichi le domaine de Flore.
Cependant, sans déprécier aucunement la juste ré-
putation des jardins de Courset, on peut leur repro-
cher un trop grand éloignement de Paris, devenu plus
que jamais le grand foyer des sciences d’observation,
le point central où tous ceux qui s’occupent de re-
cherches d'histoire naturelle viennent apporter le tri-
but de leurs veilles, de leurs découvertes. La route
qui conduit au Gourset est fatigante, il faut toujours
monter et descendre, et avant d’arriver on trouve une
côte très-rapide à gravir, que le plus léger mauvais
temps rend plus difficile encore. Du sommet de cette
élévation l’on découvre, il est vrai, dans un vaste am-
phithéâtre, Boulogne et sa plage, tantôt terminée par
une falaise escarpée, tantôt couverte de sables qui
forment des déserts incultes et inhabitables de plus
d’un kilomètre de largeur ; plus loin, le vaste Océan
et les côtes de l'Angleterre, et auprès de soi un sol
irrégulier, couvert de bois, coupé en tout sens par des
clôtures verdoyantes, et sillonné par des eaux pures
et limpides, dont les débordemens sont fréquens; mais
ce spectacle, d'autant plus enchanteur qu'il était in-
attendu, s’il satisfait l'œil du voyageur, ne diminue
point les difficultés de la route.
Sous ce rapport, le jardin de Fromont est plus fa-
vorisé. Hl est situé dans la commune de Rüs, arrondis-
(.174:)
sement de Corbeil, département de Seine-et-Oise, à
> myriamètres et demi (6 lieues) S. $S. E. de Paris.
On y arrive par la grande route qui mène à Fontaine-
bieau, et qui sert tout le midi de la France et l'Italie.
Le passage continuel des diligences et autres voitures
publiques fournit à toutes les heures du jour des moyens
de transports nombreux et économiques pour les pays
que cette route parcourt.
Le jardin de Fromont contient 67 hectares (130 ar-
pens) enclos; il va de Ja grande route à la Seine, et
domine un riche vallon qu’arrosent ce fleuve et la petite
rivière d’Orge, en face de la forêt de Senart. Le mou-
vement général du terrain offre, dans les deux tiers
de son étendue, une pente assez rapide vers le nord.
Toute la partie supérieure est une bonne terre à blé,
douce et un peu sablonneuse; on trouve l’argile plasti-
que à une petite profondeur, au-dessus d’une couche
de sable ou de crayon dans lequel gisent des blocs
de pierre meulière. La partie basse est une bonne terre
à seigle, peu profonde, et qui repose sur un lit de sable
de rivière à travers duquel les eaux de la Seine s’in-
filtrent et montent quand la rivière grossit. Ce mou-
vement alternatif des eaux souterraines supplée un
peu à l’aridité du sol, aussi l’on y voit pousser avec
assez de vigueur les frênes et Îes peupliers suisses. Des
pelites sources, heureusement situées dans la partie
élevée du terrain, suflisent aux cultures et contribuent
à l'agrément des scènes que le jardin présente à
chaque pas.
Le manoir a peu d'apparence. Notre confrère, Mes-
sieurs, s’est occupé du terrain avant de songer au bà-
1790)
timent. Il a sagement laissé de côté la truelle pour la
pioche et la bêche. Il a eu le bon esprit de commencer
par planter, aussi la presque totalité des grands arbres
qui décorent sa belle propriété ont-ils été plantés par
lui : c’est un ouvrage de vingt ans.
Aujourd’hui le jardin de Fromont présente de fort
belles masses d’arbres et d’arbustes de toutes les es-
pèces. Les scènes intérieures sont simples, naturelles
et largement dessinées; l’art ne s’y fait guère aperce-
voir que par les soins d’une propreté recherchée, d’un
ordre qui séduit quiconque a le sentiment du beau.
De vastes pelouses séparent les massifs et les groupes,
et s'étendent jusque sous lPombrage de grands bois
clairs. Une statue de Vénus, emblème de la grâce et
de la beauté, quelques vases en marbre, une petite
fontaine, un petit lac alimenté par une cascade : voilà
presque les seuls ornemens que M. SouLancr-Bonix
ait demandés aux arts que les anciens Grecs ont portés
à la plus noble perfection; tous les autres ornemens
c'est la nature qui les a fournis. Les vues extérieures
sont riches et étendues, et comme les clôtures ne sont
presque pas apercues d’aucun point, le pays se fond
d'autant mieux dans le jardin, que les plans les plus
reculés de l’un reproduisent l’aspect de toutes les cul-
tures de l’autre. Ainsi toutes les couleurs, tous les
tons, tous les tableaux de la nature ornée, cultivée et
agreste, se placent à la fois, ou passent successivement
sous les yeux, liés entre eux sans rudesse, opposés sans
symétrie et mélangés sans confusion.
Mais ces effets harmonieux et pittoresques se trou-
vent plus ou moins développés dans tous les jardins
( 176 )
paysagers; ce sont ceux que recommandent les auteurs
qui ont écrit sur l’art de créer des jardins, depuis Kewr,
qui eut, le premier en Europe, l’heureuse idée de sub-
stituer les jardins pittoresques aux jardins symétri-
ques, dont la pompe et le mauvais goût ne conviennent
qu’à ceux-là qui sont condamnés à la magnificence ;
jusques au créateur d’Ermenonville et à l’architecte
Morez, qui nous a laissé sur la théorie des jardins un
ouvrage qu’on peut regarder comme le plus parfait.
Indiquons donc ce qui, dans le jardin de Fromont,
donne à une composition qui ne semble, au premier
coup d’æil, qu’agréable, le caractère d’un établisse-
ment important et utile, digne de l'attention de tous
ceux qui s’occupent de botanique et d’horticulture, et
ce qui doit en faire, dans peu d’années, un des monu-
mens les plus remarquables en ce genre, qui aient été
jusqu'ici fondés dans notre chère patrie par les soins
d’un simple citoyen.
Dans de vastes encaissemens de terre de bruyère,
amenée à grands frais de régions lointaines, ont été
rassemblées et groupées les belles familles des érica,
des acacia, des magnoliers, des camellia, et diverses
plantes rares dont l’organisation délicate exige un sol
frais, riche et pourtant excessivement divisé, et dont
la forme, le port, le feuillage, les fleurs et les fruits
sont destinés à jeter dans nos bosquets tant de grâces,
d'éclat et surtout de variété. Ces encaissemens ont été
disposés avec goût el prévoyance, à l'appui et au nord
de grandes masses d'arbres exotiques et d’arbrisseaux
à fleurs, destinés à leur servir de rempart contre un
soleil trop ardent, et sous le #rop-plein des eaux supé-
ftsa71)
rieures qui, en les humectant, pour ainsi dire goutte à
soutte, leur procurent, presque sans dépense d’arrosage,
une fraîcheur constante et bien précieuse. C’est sur
ce sol factice, entièrement rapporté, et d’une étendue
considérable, que les plus belles plantes croissent en
pleine liberté, acquièrent toute leur puissance végéta-
tive, prennent le caractere qui leur est propre, et offrent
à la fois des échantillons parfaits au botaniste studieux
et au cultivateur de riches porte-graines.
Vous devinez tous, Messieurs, les brillans effets
que les plantes dites de bruyère imprimeront à nos
compositions littéraires et d’art une fois qu’elles se-
ront introduites en grand dans nos jardins; elles leur
donneront ce caractère si éminemment poélique des
paysages vantés par les anciens: elles rappelleront
dans nos bosquets les délices de Tempé, d’Amathonte
et de Paphos, et le génie, en y portant ses rêveries
vagabondes, y puisera d’heureuses inspirations, des
pensées fécondes, des images éclatantes de fraîcheur.
L’essai de ce nouveau système de plantations, que je vou-
drais appeler anacréontiques, a été fait à Fromont sur
une échelle assez grande pour que l’on puisse juger,
par l’esquisse, des charmes qu’oflrirait le tableau. C’est
aux mortels également dotés par la fortune et par le
bon goût, comme votre confrère M. Sourance-Bonis,
qu'il appartient de reproduire en grand dans leurs do-
maines ces scènes riantes, Ces Mmouvemens gracieux,
ces formes variées, ce rhythme harmonieux qui peignent
les grands effets de la nature : ja terre leur a été donnée
en apanage; les plantes, aimables filles de la rosée, obéis-
sent à leur voix, et des régions les plus lointaines et les
(178)
plus opposées elles viennent embellir leurs jardins, em-
baumer leurs salons, et, tressées en couronnes, décorer
le front de leurs épouses. Il est peu de spectacle plus
ravissant que celui que présentent, au milieu du prin-
temps, à Fromont, ces longues et épaisses guirlandes
de rosages, de kalmies, d’azalées, qui, après avoir en-
touré le manoir d’une ceinture élégante, promènent
leurs fleurs d’un rouge vif, d’un rose tendre, d’un
violet foncé, d’un jaune orangé, d’un blanc éblouis-
sant, disposées en longs corymbes, en grappes termi-
nales ou en larges ombelles, le long des prairies émail-
lées, se perdent sous de grands chênes d'Amérique, ou
se marient à d'immenses bouquets de roses qui ne fu-
rent ni connues ni vantées par le chantre des amours.
Ces nobles tribus étrangères résistent en général
aux froids de nos climats. Beaucoup sont douces d’une
verdure persistante; quelques-unes parfument les airs
ou viennent égayer la triste saison des frimas en pro-
menant çà et là l’écharpe fleurie du doux printemps.
Mais il en est d’autres non moins agréables, non moins
utiles, mais plus délicates, qui demandent une tempé-
rature constamment élevée, des abris qui les isolent
de tous les météores qui agitent notre ciel, et qui rè-
glent jusqu’à l’action qu’exerce sur leurs tendres or-
ganes l’atmosphère même au milieu de laquelle elles
accomplissent les fonctions de la vie. Appelées des ré-
gions brûülantes comprises entre les deux tropiques,
et même de la zone torride, par les arts, l’agriculture,
la médecine, le luxe, et notre insatiable tendance pour
la nouveauté, elles veulent retrouver auprès de nous
l’image de leur patrie, les feux de leur soleil, l'air hu-
(179)
mide et chaud de leurs forêts, et jusqu'au calme de
leurs solitudes : de là le besoin, de là l'invention de
ces sorles de caravanserais que nous appelons serres.
Conservées dans ces riches dépôts, où elles acquièrent
parfois une robusticité plus grande que dans leur
propre climat, les plantes exotiques offrent à l’obser-
vation d’intéressans phénomènes, à la science des su-
jets d'expériences nouvelles, et à l’industrie des élé-
mens nombreux d'activité. Nulle part, on peut le dire,
ces familles voyageuses n’auront recu une hospitalité
plus recherchée et plus prévoyante qu'à Fromont.
Vastes ou resserrées, suivant leur destination, les
serres, construites avec une solidité presque monu-
mentale, présentent aux végétaux qu’elles abritent
toutes les expositions et toutes les températures. Par-
faitement liées dans leur ensemble et dans leurs com-
munications, le travail s’y fait promptement et avec
facilité, la surveillance y est constante; elles offrent
aujourd’hui, presque sans interruption, une prome-
nade couverte de 323 mètres (1000 pieds) de long,
sur 5248 mètres (10,000 pieds) carrés de surfaces vi-
trées. L’eau y est amenée et distribuée de telle facon,
qu’on peut la voir couler, dans une des divisions seu-
lement, ou dans toutes à la fois, et qu'elle se met
promptement au niveau de la température de chaque
serre. Nous savons que l'intention de M. Sourance-
Bonix est d'adapter à ses immenses locaux le procédé
du chauffage par la vapeur. Dans ce cas, comme vous
le pressentez tous, Messieurs, notre confrère retirera
encore un nouvel avantage du système bien entendu
de ses constructions: car il lui suflira d’un appareil
( 180 })
unique pour faire circuler la vapeur de lune à l’autre
serre, et reporter l’eau condensée dans le bassin même
d’où elle sera sortie.
La collection de Fromont se compose en ce mo-
ment d'environ deux mille espèces de plantes, dont
une grande partie sont encore très-rares et quelques -
unes n’ont point encore été introduites dans nos cul-
tures. M. Sourancr-Bonin se propose de l’élever sous
peu à un fond constant de cinquante à soixante mille
végétaux exotiques, et par des acquisitions successives,
par des échanges justement appréciés, la mettre au
niveau des plus belles collections de l’Angleterre. Les
multiplications, confiées à des mains habiles, et faites
sous l'œil du propriétaire, se poursuivent avec une in-
telligence rare et une activité qui doivent nécessaire-
ment produire d'immenses résultats. Tout est traité
en grand, sans que rien cesse d’être traité avec soin.
Ainsi que vous le voyez, Messieurs , les vues de
M. Souzancr-Bonix sont élevées et généreuses ; elles
rendent son entreprise encore plus digne de succès.
Vous devez y applaudir, vous devez le seconder de
tous vos eflorts; le but de votre confrère est d’ériger
près de Ja capitale de cette France si chère à tous vos
cœurs, un temple à la flore exotique; il veut donner
aux amis des champs et des jardins exemple et moyens
pour toutes les expériences tendantes à l’acclimatation
des plantes utiles et d'ornement. L'exemple se verra
dans les essais qu'il fait lui-même et pour lesquels
touie une parlie de sa propriété va être consacrée; les
moyens se trouveront dans l’extrême modération des
prix auxquels les riches et nombreux excédans de ses
| (r81)
cultures sont livrés au public, et dont les produits se
ront une source abondante pour augmenter chaque
année la collection de toutes les conquêtes qu’il reste
encore à faire sur les flores les plus lointaines.
Sous ce double rapport, le jardin de Fromont sera
donc une véritable école-modèle; il nous rendra cette
Malmaison, où une femme illustre, à jamais chère aux
amans de Flore, rassembla les pompes végétales des
deux mondes ; il nous offrira toutes les richesses exo-
tiques, et nous les conservera par une culture bien en-
tendue, les soins y étant sans cesse calculés sur lès be-
soins de chaque individu, les soins y étant sans cesse
dirigés par le propriétaire. Le jardin de Fromont sera
surtout précieux pour les amateurs, qui n'auront plus
à craindre l'ignorance ou la mauvaise foi des mar-
chands de graines, la cupidité de certains pépinié-
ristes ; il sera utile aux fleuristes, aux cultivateurs et
aux débitans, qui seront sûrs d’y trouver en quantité
et en toute saison des plantes formées et marchandes
que le manque de temps, de terrain, de local, d’usten-
siles, et quelquefois aussi de moyens pécuniaires, ne
leur permettent pas, le plus souvent, d’élever eux-
mêmes. Les vastes laboratoires de Fromont seront
pour eux une source inépuisable de bénéfices certains,
presque sans aucune avance d'argent et de travail.
Tels sont les avantages que présente à la science et
à l’horticulture le beau jardin de Fromont. La plus
aimable comme la plus innocente des jouissances ainsi
mise à la portée de toutes les classes, il en résultera
un accroissement graduel dans la consommation, qui,
à son tour, imprimera une nouvelle activité à l’indus-
( 182 )
trie nationale. Les Linnéens en venant au milieu des
cultures de M. Sourancr-Bonin, étudier les formes,
les organes et le développement successif des plantes
exotiques, enrichiront d’observations utiles le domaine
de la physiologie végétale; par leurs entretiens avec
leur zélé confrère, ils rappelleront les sages de la Grèce
antique se livrant dans les jardins de l’Académie, sous
les portiques du Lycée, à l'étude de la philosophie, à
la contemplation de la nature, et dans cette vaste en-
ceinte un d’entre vous, Messieurs, découvrira quelque
jour la méthode désirable qui mettra d’accord les lu-
mineux systèmes de Tourveronr, de Link, de Jussiu,
en un mot, la méthode simple et vraiment naturelle qui
doit donner une direction juste aux esprits investi-
gateurs de notre temps, et faire cesser le vague qui
laisse aujourd’hui à chaque auteur la faculté de ren-
verser, de modifier, de multiplier arbitrairement les
genres et les espèces. Ces créations puériles, enfans
de l'ambition et d’un faste imposteur, ne ressemblent
pas mal aux rêves de l'imagination que le réveil du
matin dissipe comme l’ombre, et qui perdent leur
éclat séducteur devant la raison sévère, qui pèse tout
avec équité,
LV A0 VU VV VU VV V0 VV VA /0/Y VV 00/0 VV UV UV VU VU LAN AV AN /E
MÉMOIRE
Sur un nouveau genre de coquille de la famille
des Arcacées, et description d’une nouvelle
espèce de Modiole fossile; par M. Cnarses
Drourr, correspondant au Mans,
Depuis quelque temps on a souvent avancé que rien
n'est plus diflicile aujourd’hui que la découverte de
genres en conchyliologie. L’inventaire de tous les fos-
siles de France, disent quelques naturalistes, a été
dressé par des mains trop habiles pour supposer qu'il
reste encore quelque chose à glaner dans le champ de
leurs observations; ils considèrent les immenses tra-
vaux des savans Bruquière, FAusas, DE LAmaARcKk,
MonrrortT, DE FRANCE et autres, comme ayant comblé
toutes les lacunes : dès lors, l'imagination tourmentée
par les démembremens opérés à l’aide de trop légers
caractères, ils repoussent jusqu’à la possibilité d’en
établir de nouveaux.
Cependant, quelque longues et satisfaisantes qu’aient
été les recherches de tous ceux qui étudient l’histoire
naturelle des coquilies fossiles de notre patrie, on est
loin, je pense, d’avoir arraché au sein de la terre tou-
tes les dépouilles des mollusques qu’y transporta le vieil
Océan. Dans le nombre de celles que la retraite subite
de ses eaux y laissa enfouies, comme dans celui qu’y
dépose journellement l’abaissement graduel des mers,
peut-on se flatter d’avoir tout remarqué, tout apercu?
( 184 )
La sphère de la nature n’a pas de bornes; il en est
d’elle comme de lhorizon : si le monde ne finit pas où
nos yeux cessent d’apercevoir, des êtres ignorés sont
aussi là où nous n’avons rien soupçonné !
Presque toujours disséminées dans les pierres cal-
caires, et faisant corps avec elles, les coquilles fossiles
ne nous sont guère révélées que par des causes sur-
naturelles, ou par suite de fouilles et d’éboulemens
extraordinaires; il est même peu commun de les trou-
ver libres à la surface du sol, et cette circonstance
manquant trop souvent, du moins dans la Sarthe, on
ne peut établir avec une rigoureuse précision l'analyse
de leurs caractères par l’inspection de leurs char-
nières. C’est sans doute celte raison qui rend géné-
ralement l’étude des fossiles décourageante; aussi faut-
il attribuer autant aux obstacles de leur dégagement
de la gangue qu’au petit nombre des naturalistes qui
s’en occupent, la rareté du signalement de nouveaux
genres en conchyliologie.
Cette science, compagne inséparable de la géologie,
est cependant bien nécessaire aujourd'hui que, pré-
munis contre les faux systèmes, et cherchant franche-
ment la vérité, nous expliquons, avec son aide, plu-
sieurs points importans de l’histoire de notre globe,
nous essayons d’en fixer les époques, disons mieux,
de déterminer les eflets des diverses révolutions qu'il
a subies, et nous notons enfin les changemens aussi
continuels qu'insensibles qu’il éprouve. Nous devons
donc regretter de ne pas connaître les caractères essen-
tiels de la plupart des coquilles fossiles : leur révélation
jeterait un rayon lumineux sur nos systèmes, et nous
(Lras )
amènerait nécessairement à des résultats qu'il est
permis de soupçconner, mais qu’il nous est impossible
de calculer aujourd’hui.
En vain le zèle et l’opiniâtreté même chercheront
à les découvrir, et à leur assigner dans la chaîne in-
finie la place qu’une providence générale leur a mar-
quée; la perception des différences qui les éloignent
du genre où, par une analogie extérieure, on les avait
comprises jusque là, ne sera due le plus souvent qu’à
l’un de ces hasards qui créent, fort heureusement pour
la méthode, un nouveau point de liaison, et préparent
au naturaliste une source inattendue de jouissances.
Ainsi, favorisé par cette cause dans une de nos ex-
plorations, c’est à elle seule que nous devons l’avan-
tage de tracer ici les caractères d’un nouveau genre
dont nous proposons l’admission, et auquel nous im-
posons le nom de VWéithée.
Une étude approfondie des familles établies par
M. pe Lamanck, sous les noms d’arcacées, de trigonies
et de pectinides, nous a fait reconnaître que le genre
néithée était inédit, et que, présentant à la fois les ca-
ractères des deux premières familles et la physionomie
de la troisième, il doit faire partie des Arcacées et leur
servir de chainon avec les Trigonies.
On lui trouve en effet, 1° la charnière linéaire mu-
nie des petites dents nombreuses et intrantes des {r-
cacées;
2° Les dents cardinales , oblongues, divergentes,
aplaties sur les côtés, et sillonnées transversalement
des Trigonies ;
; k . - Ne
Ge LL empreinte du ligament intérieur fixé sous les
19
{ 186 )
crochets, ainsi que les valves auriculées, inégalement
bombées et munies des côtes rayonnantes de la plu-
part des Pectinides.
Mais, comme la charnière du genre néithée est un
peu interrompue par le sommet, et que cette circon-
stance le rapproche conséquemment des VNucules, nous
croyons qu'il faudra le placer à leur suite pour former
la transition nécessaire aux trigonies.
GENRE.
NÉITHÉE NeitHea. N. (1)
Coquille libre, inéquivalve, équilatérale, auriculée;
vaive inférieure concave, terminée par un crochet re-
courbé en dedans; valve supérieure plane; charnière
presque linéaire, multidentée, à dents sériales sur les
auricules; deux dents cardinales oblongues, diver-
gentes, aplaties sur les côtés et sillonnées transversa-
lement; fossette du ligament intérieure, insérée sous
le sommet.
ESPÈCES.
5. NÉITHÉE PECTINOÏDE. Netrnea pecrtinoïinss. N.
Voyez la planche VII, fig. 1—>.
N. Testa trigona, sub-antiquata, inferne valde
concava ; Mmargine crenalo, subpentagono} radiis 98
ad 51 confertis, æqualibus, glabris.
(1) De Wéüth, nom d’une divinité des eaux chez les Gaulois. Il y
avait dans le lac de Genéye un rocher qui lui était consacré et qui
porte encore le nom de Wetton.
Men. dela SocLämnéenne (1824 ) PI VIT.
Pelletier, f::
Luh. de Duperray
1, 2. Neithee pectimoide. | 4. Néithée, cotes-inegales
Le
[y < pe . .
3. in ace 5. Modiole striée.
(H87)
Coquille trigone, presque rustiquée, à valve infé-
rieure très-concave; bord crénelé, presque pentagone ;
28 à 31 rayons serrés, égaux el unis.
Pecten æquicostatus. Lam., Hist. anim. s. vert. VI,
pag. 181, n° 15, des Esp. foss.
Habite. — Fossile des coteaux de Gazonfier, de
Saint-Blaise et du Luard, communes de Sainte-Croix
et d'Yvré-l'Evêque, près le Mans, département de la
Sarthe; de Soucelles et de Soulaire, près Angers, dé-
partement de Maine-et-Loire.
Largeur 20 à 54 millimètres.
2. N. COTES INÉGALES. NEITHEA VERSICOSTATA. N.
Voyez la planche VIE, fig. 4.
N. Testa trigona, margine crenato, pentagono;
radiis numerosis, diversis, transverse substriatis,
G remotis elevatioribus.
Coquille trigone, à bord fortement crénelé et pen-
lagone; rayons nombreux, striés transversalement,
dont six plus gros et relevés.
Pecten versicostatus. Lax., Hist. anim. s. vert. VI,
pag. 181, n°14, des Esp. foss. Fausas, Hist. nat. de
la montagne de Saint-Pierre de Maestricht, p. 167,
planc. XXVIIL fig. 4. À. BronantarT, Descript. géol.
des environs de Paris, nouvelle édition, planche IV,
en, 4, D,
Habite. — Fossile de Sainte-Croix, d’Yvré-l’Evêque,
de la Chapelle-Saint-Remi, de Dissé-sous-Courcillon,
de Crosmières, département de la Sarthe; de Sou-
(188)
celles et de Soulaire, département de Maine-et-Loire:
de Vendôme, département de Loir-et-Cher.
Largeur 14 à 56 millimètres.
3:.NLISSE: NeITuEA LævicaraA. N.
Voyez la planche VIE, fig. 5.
N. Testa trigona, lævi, longitudinaliter lineata ;
margine Subintegro, rotundo.
Coquille trigone, lisse, marquée de lignes longitu -
dinales peu apparentes ; à bord entier et arrondi.
Habite. — Fossile de la butte de Clermont, près La
Flèche, département de la Sarthe.
Largeur 15 à 28 millimètres.
4. N. COSTANGULAIRE. NeiTuEA cosTanGuLARIs. N.
N. Testa trigona, arcuata; radiis sex maæximis,
longitudinaliter suleatis; margine 6-angulato.
Coquille trigone, arquée, à six gros rayons sillon-
nés longitudinalement; bord à six angles.
Pecten costangularis. Lam., Hist. anim. s. vert.,
VI, pag. 182, n° 15, des Esp. foss. Encyclopédie,
planc. CGXIV, fig. 10, a, b, e (1).
SE s .
C'est avec très-peu de doute que je rapporte au
nn 1 RON POP EP EE SO UE R ep: Ji ET" US SRE
(1) La comparaison que nous avons faite des exemplaires que
nous possédons de la néithée costangulaire avec les figures de
l'Encyclopédie, planche CCXIV, fig. 10, a, Bb, c, nous a convaincu
que ces figures appartenaient bien à cette espèce, et qu'elles ne
convenaient nullement à la néithée côtes inégales, Pecten versi-
costatus de M. DE Lamarcr.
(189)
genre néithée le Pecten costangularis Lax., dont à la
vérité je n’ai pu observer la charnière, mais qui se
rapproche entièrement des trois premières espèces
par sa conformation extérieure,
Habite, — Fossile de Saint-Maixent, près Mamers,
département de la Sarthe.
GISEMENT.
C’est au milieu d’un terrain marin, peut-être con-
temporain de la craie la plus ancienne, que se trou-
vent ordinairement les néithées. Elles sont renfermées,
à Angers et à Vendôme, dans une sorte de roche que
nous rapportons à la Glauconie crayeuse de M. À. Brox-
anrART (le sable vert, Green sand, des géologues an-
glais); et quoique dans le département de la Sarthe
elles soient bien aussi quelquefois méltes à la glauco-
nie, cependant, aux environs du Mans, elles se ren-
contrent particulièrement associées à un agrégat de
sable quartzeux plus ou moins atténué, de coquilles
entières ou brisées, et de grains verts de fer chlori-
teux granulaire, liés ensemble par un ciment calcaire
non crayeux.
La présence du fer chloriteux indiquant une époque
de formation semblable à celle de la glauconie, nous
pensons que pour distinguer la roche des collines du
Mans des autres roches calcaires du département, cle
devra porter à l’avenir le nom de Culcaire glauco-
nique. On reconnaîtra facilement cette identité, si Pen
veut tirer le caracitre de l’époque de formation de
plusieurs corps organisés fossiles qui sont propres à fa
(190 )
Giauconte crayeuse, et se trouvent assez fréquemment
dans nos collines.
FOSSILES
DES COLLINES DES ENVIRONS DU MANS.
1. Clypeaster oviformis, var. 2, Lax., ist. anim.,
S. verlt., à, P- 19.
>. Galerites cylindricus Lax., L e.,3, p. 25.
9. Ananchytes carinata Law., L. e., 5, p. 26.
4. Spatangus bufo À. Broxc., Descript. géol. des
environs de Paris, édit. nouv., planc. V, fig. 4, a, b,e.
Fausas, Maest., planc. XXX, fig. 2.
o. Nucholites columbaria Lax., L e., 5, p. 37.
6. Cydarites variolaris À. Broxc., L. e., pl. V, fig. 9.
7. Lutraria gurgitis À. Bronc.; {. c., pl. IX, fig. 15.
3. Cardium burdigalinum Law., L. e., 6, p.18.
4. Pectunculus subconcentricus Law., L. e., 6, p. 56.
10. frigonia scabra Law., L. e., 6, p. 63. Encycl.,
planc. CCXXX VII, fig. 1, a, b, c, d.
11. J'rigonia crenulata Lam.,{.c:,6,p. 63.
12, Trigonia dædalea Lam., L e.. 6, p. 65.
12 Trigonia cordata Nos.,Enc., pl. CEXXXVI,
fig. 9, a, b, e. Se rapporte au T'rigonia costata, var. b,
Lau: le p6/:
14. Trigonia suleataria Lax., L. c., 6, p. 64.
19. J'rigonia fleœuosa Law., L e., 6, p. 65.
16. Trigonia crassatellina Law., L. e., 6, p. 65.
17. Mytilus scapularis Lax., L. c., 6, p.161.
8. Peeten elongatus Da 10,0, p.101.
19. Pecten subacutus Lax., Pic 0, pe 101-
so. Pecten orbicularis Lam., Ne 10; P: 102.
(191)
21. Spondylus? strigilis À. Bnronc., l. e., pl. IX, fg.6.
29. Gryphæa columba, var. b. Law 0626, 1p. 198.
« Cette variété, très-commune dans nos coilines,
» reste constamment plus petite que la Gryphæw eo
» lumba des craies. »
25. Gryphæa plicata Law., L. e., 6, p. 199.
24. Gryphæa plicatula Law., L. c., 6, p. 200.
25. Ostrea diluviana Lam., l, c.,6, p.214. Encyel.,
planc. CLXXXVIT, fig. 1 —».
26. Ostrea flabelloides Lax., l e.,6,p. 215. Encye.,
planc. CLXXXV, fig. 9.
27. Ostrea colubrina. Lam., L e., 6, p. 216.
28. Ostrea scolopendra Lax., l. e., 6, p. 21
29. T'erebratula biplicata Law., l. e., p. 259
30. T'erebratula gallina À. Broxc., {. c., pl. IX,
fig. ©, a, b, ©
51. Tercbratula pectita À. Bronc., {. c., planc. IX,
fig. 3, a, b, ce. Law., L c., 6, p. 256.
52. T'erebratula difformis Law., L. e., 6, pe 250:
Encycl., planc. GCXLIL fig. 5, a, b,e.
55. T'ercbratula compressa Lam., L. e., 6, p. 256,
54. Nautilites triangularis Monrr., Hist. moll., IV,
292, planc. XLIX, fig. 2.
99. Ammonites tuberculifera Lan., L. e., 3, p. 659.
86. T'urrilites costatus Montrorr, Honog. Journal
de phys. an 7,p.1,t. 1, fig. 1. À. Browc., {. c., nouv,
édit, pl. VIL, fig. 4. Turrilites costulata La., L. €,
7, p. 646.
Enfin une espèce de strombe (1), et le moule inté-
ss
(1) Le Strombus pelagi? À. BroNG., p. 94.
(192)
rieur d’un trochus, indéterminables, des fragmens de
trois sortes de serpules, une côte et d’autres ossemens
de lamantin, enfin de litoxyles qui ont appartenu à des
arbres monocotylédons.
La glauconie crayeuse de quelques localités propres
aux déparlemens de la Sarthe et de Maine-et-Loire
nous a offert aussi divers fossiles, parmi lesquels nous
avons remarqué plusieurs exemplaires d’une grande
Modiole que nous croyons inédite. Nous nous empres-
sons d'insérer ici la description d’une espèce aussi in-
téressante, et nous en donnons la figure (pl. VIF, fig. 5).
MODIOLE STRIÉE. Moprora srriaTA. N. (1)
M. Testa oblonga, decussata, posteris tumida, sub-
medio carinata transversi suleata; striis longitudi-
nalibus, interruptis, divergentibus, aliquoties bifur-
catis.
Coquille oblongue, treillissée, postérieurement en-
flée, carénée versle milieu, sillonnée transversalement ;
stries longitudinales, interrompues, divergentes, quel-
quelois bifurquées.
Habite. — Fossile des communes de Clermont et de
Parigné-le-Pôlin, département de la Sarthe; de Pé-
louailles, département de Maine-et-Loire.
Longueur 7 à 11 centimètres.
« Largeur 4 à 5 centimètres.
(1) Je témoigne bien sincèrement à M. Texprow, de Coulans,
observateur excellent et trés-enclin aux recherches d'histoire natu-
relie, toute ma reconnaissance pour la cession qu'il n’a faite d’un
bel échantillon trouvé à Parigné-le-Pôlin, C’est le type de la fig. 5,
planche VIT.
VAL VV VV AMV VA VAUT VVVV AV AA TA
DESCRIPTION
D'une espèce nouvelle de sangsue, l'Hirudo
oscillatoria, par M. DE SAINT-AMANs, prési-
dent de la Société Linnéenne de Lot-et-
Garonne.
Corps oblong, presque transparent, très-contractile,
dilatable aux extrémités en un disque charnu, qui se
fixe par une forte succion comme une ventouse.
Ventouse antérieure d’un jaune clair, blanchâtre et
transparente à l’extrémité; une tache semi-circulaire
d’un violet foncé, bordée de trois lignes noires, dont
deux réunies à leur base.
V’entouse postérieure arrondie dans l’état de dilata-
tion, d’un vert clair, avec des taches d’un vert plus
foncé, allongées et rayonnantes, qui donnent à cet or-
gane l’apparence d’un éventail ouvert.
Surface supérieure du corps d’un violet foncé, avec
quatre rangées longitudinales de points jaunes. Entre
les deux rangées intermédiaires sont placées trois au-
tres rangées de points plus petits de la même couleur;
ces points se réunissent à la partie antérieure du corps
et forment des lignes continues.
Bords de la même surface transparens et marqués
de lignes brunes, avec des lignes ou des taches jaunes
au nombre de deux.
Surface inférieure du corps d’un cendré bleuûitre,
marquée de deux rangs longitudinaux de taches d’un
14
(194)
beau-rouge, en forme d’y grec, et réunies à l'extrémité
antérieure par une tache de la même couleur; bords
transparens et marqués de lignes d’un brun-rouge et
de taches jaunes.
OsservarTions. —Les surfaces supérieure et inférieure
de l’extrémité antérieure, qu’on peut regarder comme
la tête de l’animal, présentent deux ou trois points
noirs, qui paraissent des yeux, mais qui, regardés
plus attentivement, semblent se réduire à de simples
taches.
Le nombre des taches ou des points varie suivant
le plus ou le moins de contraction du corps; lorsqu'il
est entièrement allongé, il n'offre plus que quatre
rangs de points longitudinaux.
Cette sangsue marche à la facon des chenilles ar-
penteuses. Elle se fixe d’abord par sa partie posté-
rieure, s’allonge en avant, puis fixe sa partie anté-
rieure, détache la postérieure, se contracte, la porte
en avant, la rapproche de l’antérieure, la fixe de nou-
veau, el par ses mouvemens répétés arpente avec assez
de vitesse.
Lorsqu'elle n’est point dans l’état de repos, elle est
toujours fixée par la partie postérieure, allonge son
corps, qui devient cylindrique, et le promène sans
cesse en oscillant dans l’eau, dont elle ne sort jamais.
Elle a été trouvée au mois d'octobre 1823, dans une
fontaine près d'Agen. Conservée dans un bocal dont
on renouvelait l’eau tous les huit jours, elle y a vécu
jusqu’en février 1824.
On avait essayé de la nourrir, mais sans succès, avec
des caillots de sang et des plantes aquatiques.
à
Mem . de x Societe Linneenne [1824.) 4
‘
HIRUDO Oscillatoria.
Z. de Brondeau, del.
(195 )
Cette sangsue m'a été communiquée par notre Con-
frère linnéen, M. le docteur Irrer, et M. Louis pe Brow-
peau l’a dessinée d’après nature avec l’exactitude et
le talent qui le distinguent parmi les plus habiles na-
turalistes. Cette espèce étant inédite, je lui impose le
nom de sangsue oscillante, Hirudo oscillatoria.
LOS nn sn
EXPLICATION DE LA PLANCHE VII.
. 1. Grosseur naturelle de la sangsue dans l’état de
repos.
2. La même, dessinée à une forte loupe.
3. Sangsue dans son mouvement oscillatoire habituel,
et de grandeur naturelle.
4. Représentée dans son mouvement progressif, et pa-
reillement de grandeur naturelle.
5. Dessus du corps vu à la loupe.
6. Dessous du corps également dessiné à la loupe.
LU LWVERE RE LUE AVR VER EURE VUUERAVV LUE VUE VULULE VAS VER EU
MÉMOIRE
Pour servir a l'histoire du Tournis chez l'homme,
par M. le docteur G.-B. CARRÈRE, membre de
la Société Linnéenne de Paris.
Perpendendæ non numerandæ observationes.
MorGAGni.
Le fait dont je vais avoir l'honneur de vous entre-
tenir, Messieurs, n’est pas nouveau : quoique assez rare
par lui-même, plusieurs auteurs ont été à même de le
constater, On en trouve çà et là quelques observations
éparses.
Personne n'ignore que des insectes parasites ne
puissent prendre droit de domicile dans toutes les par-
lies de l’économie animale, et que chacun, selon son
espèce et le siége qu'il occupe, n’y cause des désordres
que le médecin sait apprécier. C’est ainsi que le ver
vésiculaire, placé dans l'abdomen, peut lui donner un
développement considérable, simuler la grossesse, ou
produire ce qu’on connaît sous le nom de môle hyda-
tique et de fausse grossesse (1). Les vétérinaires savent
que, placé dans le cerveau du mouton et d’autres qua-
drupèdes, il produit une maladie encore mortelle, à la-
quelle ils donnent le nom de Z'ournis, nom tiré sans
doute du symptôme le plus saillant de la maladie,
D RAS AS
(1) Turrn Obs. med, Lib. I], cap. xxxn, hydrops uteri.
(197)
Quoique cette affection ne serve pas à grossir le
cadre nosologique déjà trop vaste des médecirs, ose-
rons-nous dire qu’elle est spécialement réservée aux
quadrupèdes ? que puisque, depuis plus de trois mille
ans qu’on étudie la médecine, il n’en a pas été fait men-
tion, elle ne peut appartenir à l’homme? Quelque res-
pect que j'aie pour l’antiquité, quelque sublimes que
soient ses écrits, je ne pourrais que vainement y fouil-
ler : c’est à l’esprit investigateur des modernes que
nous devons les beaux livres sur l’anatomie patholo-
gique, et c’est par des observations basées sur ce nou-
veau genre de recherches, et en comparant les faits des
médecins avec ceux des hippiâtres, et leur opposant
celui que j’ai eu l’occasion de recueillir, que je tâche-
rai, autant que mes faibles moyens me le permettront,
d’éclaircir la question.
Aucun auteur, que je sache, n’a fait ce rapproche-
ment ; tous les faits de ce genre qui nous sont connus
ont été rapportés, ou comme pour contenter les esprits
avides de cas rares, ou comme des pierres d’attente qui
ne demandent que la main habile de quelque génie
heureux qui voudrait tracer l’histoire pathologique du
genre humain.
Cette affection dévastatrice assez commune chez les
bêtes à laine a fixé depuis quelque temps Pattention
des observateurs; des ouvertures réitérées de cada-
vres ont permis de constaler d’une manière matérielle
une maladie bien réelle, qui parcourt ses périodes
avec régularité et qui a son siége dans le cerveau.
Cette maladie, connue sous les noms de nouton
lourd, de tournoiement et de tournis, allaque les
(198)
jeunes agneaux qui n’ont point encore atteint l’âge de
deux ans, et de préférence ceux qui semblent avoir
reçu, par voie de génération, une frêle constitution,
ceux qui sont issus d’une mère faible, ou ceux qu’une
industrie funeste a fait naître d’un père sans vigueur,
pour retirer de son fruit une toison plus fine et plus
soyeuse. On remarque aussi que les jeunes veaux les
moins impétueux, comme les agneaux les plus lents”
dans leur marche, y sont plus exposés que ceux qui
ont reçu de leur père, avec la force, une partie de son
âpre rudesse : que les cochons les plus sujets à l’hy-
datide-ladrique sont ceux qui demeurent le plus long-
temps dans leurs loges étroites, tandis que les san-
gliers dans les forêts n’en sont jamais atteints.
Les symptômes qui font reconnaître cette maladie
sont d'ordinaire la perte du peu d'intelligence que ces
animaux ont reçu de la nature. Quand les troupeaux
vont aux champs, l’agneau parait lourd, pesant, on ne
le voit point se livrer à ces bonds particuliers à son es-
pèce : au contraire, il cesse même de suivre le trou-
peau, ilerre çà et là, s’embarrasse quelquefois dans
les broussailles et ne sait plus s’en retirer; plus tard,
il porte sa tête tantôt d’un côté, tantôt d’un autre,
tantôt basse, tantôt le nez en haut : il tourne dans des
cercles concentriques, perd l’appétit, et meurt le plus
souvent au milieu des convulsions.
La cause de cette maladie est la présence d’hyda-
tides dans le cerveau. Les autopsies bien faites n'ont
jamais démontré le contraire. Sur vingt-une autopsies
faites par notre estimable confrère M. Grrov, de Bu-
zaringues, une seule n’a pas répondu à son altente :
(199)
un Coup de sang avait simulé le tournis. Il est vrai-
semblable que la rapidité de la maladie ne lui avait
pas permis d'observer l'animal, peut-être ne l’avait-il
pas vu du tout et s’en était-il rapporté au dire de son
berger : ou peut-être encore des symptômes qui ne lui
semblaient pas anomaux avec ceux qu’il avait observés
jusqu'alors lui firent porter un diagnostic que l’au-
topsie n’a point justifié.
Le nombre des hydatides n’est pas constant, les
observateurs en ont trouvé jusques à quatre. On sait
seulement qu’elles sont d’autant plus petites qu’elles
sont plus nombreuses.
L’analogie frappante que j'ai cru remarquer entre ces
symptômes et ceux que les médecins ont observés chez
l’homme, me semblent dignes de fixer un instant l’at-
tention. Un des faits les plus frappans que j'ai puisés
chez eux, est celui observé par Br£rA (1), célèbre
professeur de clinique à l’université de Pavie.
Joseph Ricci, qui fait le sujet de cette observation,
est un homme de cinquante-cinq ans, d’un tempéra-
ment faible, qui vivait sous l’influence d’une foule de
causes débilitantes : il se nourrissait mal; depuis trois
mois il était tourmenté par des fièvres intermittentes
et en proie à de fortes affections de l’âme. Dans cet
état il est attaqué, en route, dans la matinée, d’une
violente torpeur des extrémités inférieures , il se
traîne chez lui; là, il est pris tout-à-coup d’une dou-
leur violente dans la partie supérieure de la tête;
(1) BrérAa, Zraitc des maladies vermineuses, xaduit de Pitalien,
pag. 32.
( 200 )
il appelle du secours et tombe par terre sans connais-
sance.
Bréna, frappé de ces phénomènes, ne sait trop com-
ment qualifier cette maladie, et comme dans ce temps-
là, comme dans des temps encore bien plus rapprochés
de nous, on appelait nerveuse une affection difficile à
caractériser, le professeur décore cette maladie du
beau nom d’apoplexie nerveuse.
L’autopsie vint lui démontrer que sa prétendue apo-
plexie était due à la même cause, et il le dit sans dé-
tour , qui donne le tournis aux jeunes agneaux : car,
après avoir examiné ces vésicules, il lui fut facile de
constater qu'elles différaient de celles qu’on trouve
dans le foie des lièvres, des souris; tandis qu’elles
avaient beaucoup de ressemblance avec celles qu’on
trouve dans le cerveau des brebis (1), mais il ne fut
pas plus loin.
Il est plus que probable que certaines particularités
nous manquent sur ce fait : l’idée de l’observateur,
tournée vers une apoplexie, bien que se présentant
d’une manière inaccoutumée, ne l’engage pas à s’en-
quérir des antécédens; peut-être ne put-il pas; du
moins il ne parle pas de l’état où Ricei se trouvait avant
l'attaque, ni de ce qui se passa après sa visite jusqu’à
la mort; il ne vit sans doute le malade qu’une fois
immédiatement après l’accident.
7
(1) La gravure qu'il nous en a donnée nous fait placer ces vers
vésiculaires dans le genre Cysticerque (de xvçt, vesica, et de xepxoç,
cauda). Le caractère des cysticerques est d’avoir un corps conformé
à peu près comme celui des tœnias et terminé postérieurement par
une vessie.
{ 201)
Pour nous, un peu plus heureux que Bréna, nous
pouvons offrir l'observation suivante, plus complète et
plus circonstanciée :
François Hévrard, âgé de vingt-quatre ans, né à
Romorantin (Loir-et-Cher), fait le métier de tailleur
depuis quelques années. Quoique fils d’un père mort
phthisique à quarante-cinq ans et d’une mère hysté-
rique encore vivante, sa constitution est assez forte;
il a les cheveux noirs. L'enfance et la puberté se
passent sans rien offrir de remarquable.
À vingt ans seulement il se plaint de maux de tête,
qui deviennent habituels. Ces douleurs se sont, dit-il,
fait toujours ressentir dans le même lieu : elles s’é-
tendent de la racine du nez jusqu’au sommet de la
tête. Avant cette époque il avait eu quelquefois des
épistaxis; il y a quatre ans que cet écoulement ne re-
paraît plus.
Son séjour à Paris date de plusieurs mois; aucun
dérangement de santé ne signale son arrivée.
Depuis six semaines Hévrard sent sa tête plus
lourde; cet état de pesanteur insolite se change gra-
duellement en douleur; elle redevient vive, la vue se
trouble après quelques heures de travail, il perd l’ap-
pétit, il n’y oppose aucun remède; le mal fait de
nouveaux progrès, il ne peut plus exercer son état.
Le 1 avril 1824, entre midi et une heure, il ressent
une douleur beaucoup plus forte que les jours précé-
dens ; la vue est plus trouble, il chancelle sur ses jam-
bes; à quatre heures du soir il est admis dans une
des salles de l’Hôtel-Dieu : aucune médication ne lui
est administrée dans la soirée; la nuit est très-agitée :
( 202 )
pour la première fois il la passe sans sommeil; quand,
dit-il encore, le sommeil voulait venir, il se trouvait
éveillé par une douleur plus poignante que toutes celles
qu'il avait ressenties jusqu'alors.
Le 22, au matin, il se plaint d’une forte douleur à
la partie antérieure de la tête, au même point qui a
élé déjà indiqué. Sa tête est presque toujours en mou-
vement, il la porte tantôt d’un côté de son oreiller,
tantôt d’un autre. Le regard est fixe, les yeux comme
troubles présentent un aspect particulier : état d’hébé-
tation. I distingue cependant bien les choses qui l’en-
tourent; les pupilles sont très-dilatées, mais non im-
mobiles ; face terreuse, expression de mort, traits tirés,
incertitude morale, malade très-affaissé; pouls dur, sans
fréquence; on sent les battemens de la récurrente pal-
maire. Rien de particulier dans lappareil digestif :
mouvemens des bras et des jambes très-libres.
La seule prescription qui a formé tout le traite-
ment se compose d’anti-phlogistiques, combinés aux
anti-spasmodiques diffusibles et aux rubéfians.
Un léger soulagement semble suivre la saignée, les
pupilles se sont resserrées, le pouls a été moins dur et
plus lent.
Ce mieux être apparent, qui a suivi la saignée gé-
nérale, s’est soutenu jusque vers deux heures de l’après-
midi, que le délire a commencé après la chute des
sangsues. On le contient un instant, un léger calme re-
paraît, et c’est alors qu'il se livre à un nouveau genre
d’agitation que les personnes qui l’entourent ne con-
naissent pas. ]l tourne dans son lit, se cache sous les
couvertures : le délire redouble. Application de la ca-
( 08 }
misole de force; les sinapismes le rendent plus tran-
quille : il remercie des soins qu’on prend de lui; à
six heures et demie il est dans le méme état de calme;
à six heures cinquante-cinq minutes sa bouche se rem-
plit d’une bave mousseuse : mort à sept heures.
Autopsie. —On procède à l’ouverture du corps vingt-
quatre heures après la mort : chairs assez fermes, pu-
pilles larges.
Crâne pas très-dur. — La dure-mère s’enlève avec
facilité; il n’existe pas de filamens entre les deux mem-
branes; arachnoïde sèche, sans injection.
Le cerveau en place, dépourvu de ses enveloppes ;
la main portée d’arrière en avant, on constate, en pres-
sant légèrement, que le lobe droit en arrière est bien
moins ferme que le gauche. On présume un ramol-
lissement à droite qu’on n’avait pas soupconné dans
la vie.
Une coupe horizontale d’avant en arrière pénètre
dans les deux ventricules : le gauche contient quelques
gouttes de sérosité, le droit n’est point dilaté; septum
lucidum entier.
À la partie postérieure et un peu latérale du lobe
droit, au-dessous du ventricule du même côté, les vais-
seaux de l’arachnoïde, légèrement injectés en forme
de gerbe, recouvrent un corps ovoïde, de couleur gris
de perle, peu résistant sous les doigts, de la grosseur
d’un œuf de poule d'Inde à peu près, qui semblait at-
taché au cerveau comme par juxtà-position. Celui-ci
enlevé avec soin et examiné en dessous, on a remarqué
la substance du cerveau, comme écartée, pour donner
passage à un corps étranger. La membrane qu’on avait
(204)
disséquée à la partie supérieure, était déchirée infé-
rieurement et comme morcelée, mais n’empêchait pas
de s’assurer que d’abord elle avait dû servir tout-à-fait
d’enveloppe à une vésicule ronde ayant beaucoup de
ressemblance avec le corps vitré. On a pu enlever cette
vésicule toute entière, la manier, et constater, en la
tenant sur Ja main, un certain frémissement ondula-
toire tout particulier. Il a été facile de reconnaître que
ce corps n’était autre chose que ce que les helmintho-
logistes avaient désigné sous le nom de vers vésicu-
laires, et que M. Larnxec, plus récemment, a appelé
Acephalocystis globula (1).
1
(1) C'est à M. Larnwec qu'on doit le genre Acéphalocystis, dont
le nom en grec signifie vessie sans tête, dxéporos xûçis ; il en exprime
les caractères par la phrase suivante : « vers intestins dont le corps,
» où une partie quelconque du corps, représente une vessie rem-
» plie de liquide. » (Voyez les Bulletins de la Faculté de médecine
de Paris, an XIII ou 1804, n° 10.) Il ajoute plus bas, que ces vers
différent des autres vers vésiculaires par plusieurs caractères essen-
tiels, et entre antres par l'absence de tout organe que l’on puisse
comparer au corps et à la tête des Cysticerques et des Polycéphales,
ou aux cornes du Ditrachyceros, et surtout par la singularité de leur
reproduction,
Le poids de notre acéphalocyste est de 119 grammes (3 onces7 gros
et quelques grains). Les parois de cette vessie étaient minces, trans-
parentes, d’un blanc de nacre, sans fibres. Elle était pleine d’un li-
quide parfaitement clair. Soumis à quelques expériences chimiques,
30 grammes (1 gros) de ce liquide, mis en évaporation, donnent un
résidu de 3 grammes ?/, (68 grains); du mucus et des muriates pré-
dominent : ces muriates sont probablement de soude, ou un sous-
carbonate de potasse. La saveur est alcaline. On n’y trouve pas de
phosphates, non plus que de la gélatine; l'albumine y est en très-
petite quantité.
( 209 )
La membrane qui formait la première enveloppe, n’a
offert à la loupe aucune espèce de vaisseaux.
Cervelet sain; la protubérance annulaire donne des
angles fermes à la coupe; moelle allongée pas tout-
à-fait aussi consistante.
Poumons crépitans, légère congestion sanguine à la
partie supérieure du droit; dans le gauche, il ÿ avait
quelques adhérences celluleuses. Cœur pas plus gros
que le poing du sujet; substance friable, flasque, un
peu pâle, cavités pleines d’un sang difluent. Rate un
peu ramollie. Estomac : membrane muqueuse pas très-
dense; injection linéaire vers la petite courbure et le
grand cul-de-sac; les intestins grêles présentent 40 à
48 centimètres (15 à 18 pouces) d’injection de la mu-
queuse amincie; valvule iléo-cæcale pleine de ma-
tières pelotonnées; foie couleur fauve; sang plus rouge
qu’il n’a coutume de l'être dans cet organe; vésicule
biliaire, rien de particulier non plus que dans l’appa-
reil urinaire.
Notre malade, comme celui de Br£ÉrA, a vécu sous
l'influence d’une foule de causes débilitantes; il est
tailleur : comme les agneaux les plus sujets à cette
maladie, il descend de parens faibles, portant un germe
de mort qui ne leur permet presque jamais de voir de
longs jours ni d’en transmettre de fortunés à leur pos-
iérité. Son mal n’est pas venu tout-à-coup; les obser-
vateurs savent saisir les diverses périodes de cette ma-
ladie chez les agneaux. On trouve même dans les fastes
de notre art, que, dans quelques contrées de l'Italie,
cette maladie a été comme épidémique en 1571, et
qu'après trois ou quatre attaques les malades mou-
( 206 )
raient au déclin du jour (1). 11 y avait quatre ans que
Hévrard se plaignait de la tête. Les symptômes sur
les quadrupèdes ne deviennent alarmans que long-
temps après leur première apparition. Six semaines
avant d’être soumis à notre observation, la douleur
avait fait place à un état de lourdeur, de pesanteur,
comme chez les agneaux. Trente-six heures avant la
mort, la vue devient plus trouble, les yeux présentent
un aspect particulier; cet état que je n’ai trop su qua-
lifier, l’a été de la manière suivante par un ancien au-
teur : Seilicet talem quo caligent oculi. Comme le ma-
lade de Br£r4, le nôtre chancelle sur ses jambes; ils
ressentent tous deux la douleur à la partie supérieure
de la tête.
Le lendemain au matin, sa tête ne peut rester un
moment sur son oreiller ; dans la soirée, il se roule dans
son lit, s'enfonce brusquement sous les couvertures;
enfin, il tourne comme les agneaux. L'action de tour-
ner chez les quadrupèdes n’a souvent lieu que tout-à -
fait à la fin de la maladie, lorsqu'elle est au plus haut
point d'intensité : c’est ce qui est arrivé chez Hévrard.
La particularité de cette bave mousseuse qu’il a pré-
sentée cinq minutes avant sa mort, n’a pas non plus
échappé aux observateurs. Un d’entre eux (2), tra-
cant le tableau de cette maladie funeste, outre la dou-
leur aigüe et pongitive de la tête, outre cette agitation
particulière dont nous avons parlé, n’abandonnant ja-
(1) Voyez Grorcrs GArNERuS, cité dans le Sepulchretum Theo-
plhili Boneti, tom. 1, p. 66, obs. cxvr.
(2) Saxonsus Panreus, liv. I, ch. 1.
(07)
mais son malade, quoiqu’aux prises avec la mort, si-
gnale aussi une certaine quantité de salive qui semble
venir se placer là comme pour servir de barrière à la
libre circulation de l’air dans les poumons, ou comme
d’avant-coureur du terme prochain de la vie du mal-
heureux.
Cette maladie ne pourra être confondue avec une
arachnitis, comme on le crut d’abord : notre malade,
ainsi que celui de Brér4, n’en offrait aucune trace à
l’autopsie,
La petite quantité de sérosité dans un seul ven-
tricule ne pourra point lui faire grossir la liste des apo-
plectiques.
Nous ne pourrons non plus avec M. Rosran (1) la
regarder comme une complication du ramollissement ;
nous ne blâmerons pas cet observateur d’avoir ainsi
conclu, puisque, dans le seul fait qu’il ait observé, les
symptômes du ramollissement prédominaient. L’au-
topsie lui ayant fait voir plusieurs points de ramollis, les
acéphalocystes ne durent lui paraître qu’accessoires ;
mais nous qui avons vu ces mêmes acéphalocystes seuls,
qui n'avons pu, malgré de minutieuses recherches,
trouver un seul point de ramolli, pouvons-nous em-
brasser son opinion? L'intérêt de la science et la vé-
rité ne nous le permettent pas.
La conséquence qui en découle, au contraire, basée
sur l’ensemble des symptômes et sur les résultats cons-
tans de l’autopsie, fait grouper, comme d’elle-même,
(1) Léon Rosrax, Recherches sur le ramollissement du cerveuu,
2° édit., p. 412.
( :08 )
cette maladie avec celle observée chez les moutons.
Cette affection morbide, qui sera donc pour nous
commune aux hommes et aux animaux en général, et
plus spécialement aux bêtes à laine, sera long-temps
encore, je le dis à regret, le désespoir de la médecine,
du cultivateur, et de l’hippiâtre. Ce qui me fait porter
ce triste pronostic, c’est que les remèdes les plus hé-
roïques de la médecine n’ont pu en triompher; le fer
et le feu ont été vainement employés.
Nous n’ignorons pas que Riu et Géricx en Alle-
magne, des Anglais, Cuagerr, MM. Tessier et Hu-
zARD, de l’Institut, en France, ont proposé la ponc-
tion. Ils assurent même en avoir obtenu de bons ré-
sultats.
M. Vazors, en 1808, répète à Versailles l’expérience;
mais que devons-nous conclure, même de celle qu'il
cite en faveur de la ponction, quand on s'aperçoit,
d’après la date du mémoire, que les animaux qui sur-
vivent ne sont opérés que de quelques jours, et qu’on
sait que lorsque l’animal survit à l’opération, c’est
pour être bientôt repris de la maladie et périr.
Du reste, ces vétérinaires ne sont pas les seuls qui
aient tenté de pratiquer la ponction. Ruyscn (1) dans
ses observations d’anatomie et de chirurgie, raconte
qu'un chirurgien des environs d'Amsterdam fut assez
hardi pour pratiquer, seul et de son propre mouve-
ment, celte opération à l’abdomen, dans l’hypocondre
droit d’une femme, qui survécut peu de temps après
l’opération, malgré l'expulsion des vers vésiculaires.
(1) Ruyscn, obs. Lxv, p. 61. Opera omnia.
( 209 )
Lassus cite plusieurs cas dans lesquels lincision de
kystes hydatifères ont hâtéla mort.
Notre confrère M. Ginou se prononce contre l’opé-
ration, et je crois avec beaucoup de sagesse. En effet,
les vétérinaires ne peuvent la pratiquer que quand l'os
est aminci, et alors la maladie est presque toujours à
son dernier période ; il préfère livrer l’animal au cou-
teau dès les premiers symptômes : la chair en est bonne
et point malfaisante.
Tout récemment M. pe Neyrac, de l'Aveyron, a
proposé le feu appliqué entre les deux yeux. Quant à
cette méthode, je dirai qu’elle a trompé l’attente que
quelques propriétaires en avaient conçue.
A l'exemple de certains médecins, des cultivateurs
proposent d’user, comme moyens prophylactiques,
des secours que la gymnastique fournit , et auxquels
socie à l’intérieur |” loi d Ï hky
on associe intérieur l'emploi du sel commun (y-
drochlorate de deutoxide de sodium ).
Chez l’homme comme chez les agneaux, nous regar-
derions ce moyen avec celui que propose M. Bives,
le mercure doux (protochlorure de mercure), comme
pouvant offrir quelque chance de succès, si le siége de
la maladie qui nous occupe était dans tout autre or-
gane que l’encéphale.
On lit dans les OEuvres du docteur LE Camus, qu'il
guérit une femme chez laquelle des hydatides avaient
sonflé le ventre d’une manière prodigieuse. Pour tout
remède, il lui fit porter une ceinture de sel commun;
la malade s’en trouva si bien, que son ventre disparut
complétement. M. le professeur Lazxnec emploie ce
19
( 210 )
même moyen dans des ças analogues. Il m’a assuré en
avoir obtenu de bons résultats.
Le traitement de cette maladie, avec quelque soin
qu'on l’ait étudiée chez les animaux, à si peu fait
d'avancement que nous n’osons encore rien présenter
pour Yhomme. Nous n'avons, dans de si tristes con-
jonctures , que des souhaits à faire pour que de nou-
velles expériences viennent aplanir, s’il se peut, un
chemin trop peu frayé. Nous les provoquons ces utiles
expériences, nous nous promeltons de nous y livrer
nous-mêmes. Puisse ce mémoire servir de prétexte
ou de stimulant à ceux qui voudront s'ouvrir une
carrière dans ce travail neuf et de la plus haute im-
portance !
22551225.
EXPLICATION DE LA PLANCHE IX.
A. Acephalocystis globula Lasnwec. Il est représenté de
grandeur naturelle.
B. Portion déchirée de la poche dans laquelle se trou-
vait l’acéphalocyste.
C. Position de l’acéphalocyste dans la partie inférieure
du cerveau.
ém.de la Jocité Linneenne, (1824 PLIX
ACEPHALOCYSTIS Globula .
.B.C.dreæ. Lanvin, seu.
LD AAA VA VAL UV LA AL AAA LAVE LU LUE UMA LA VA A/R
EXPOSITION MÉTHODIQUE
Des genres de la famille des Mousses, pour servir
de complement au travail de feu PaArisor DE
Beauvois (1), par M. Desvaux, directeur du
Jardin des plantes à Angers, correspondant.
La mort enleva trop tôt pour la science notre labo-
rieux et respectable ami Pazisor DE Beauvois, il n’a
pu mettre la dernière main à ses divers manuscrits ;
leur ensemble se trouvait dans sa mémoire, ou dans
des notes éparses et incomplètes. C’est ainsi qu’en
publiant dans le premier volume des Mémoires de la
Société Linnéenne de Paris son dernier travail sur les
mousses, on a dû remarquer que le texte n’était pas
entièrement achevé, qu’il n’était pas toujours d’accord
avec les planches gravées depuis long-temps, et que
l’ordre même d’exposition des genres n’était pas celui
que l’auteur voulait adopter définitivement, puisque,
par exemple, sa quatrième section, les Hyménodes,
doit rester la cinquième, ainsi que nous en avons ac-
quis la certitude.
C’est pour donner de l’ensemble au travail de feu
Pazisor pe BEAuvois que nous présentons le suivant,
dégagé de beaucoup de détails peu utiles pour la con-
naissance et la distinction des genres, et complété de
(1) Instre dans le premier volume des Mémoires de la Societé,
S
1),
( 212 )
plusieurs genres qui eussent été énumérés à leur place,
si, comme je viens de le dire, une mort prématurée
n’eût empêché la rédaction d’un nouveau manuscrit.
Il nous paraît d'autant plus nécessaire d’accorder
ensemble les parties de l’ouvrage de Parisot pe Beau-
vois sur les mousses, que c’est de toute la botanique
celle qu’il a observée avec le plus de soin et de persé-
vérance : il y a consacré trente années, et l’on peut
assurer qu’un Species traité d’après le Genera qu'il a
esquissé, serait, à quelques légers changemens près,
un ouvrage qui fixerait cette branche de la botanique,
livrée encore à une incertitude peu encourageante
pour ceux qui veulent connaître l’une des plus cu-
rieuses familles des plantes.
De toutes les classifications proposées jusqu'ici, celle
de Pazisor pe Beauvois est la plus précise, et nous
l’assurons d’autant mieux, que nous ne l’avons étudiée
qu'avec prévention : mais lapplication que nous en
avons faite depuis plus de dix années, et sous ses yeux,
sur près de huit cents individus, nous fait croire que
sa méthode est digne de rivaliser avec toutes celles
proposées, si elle ne l'emporte de beaucoup. On a pu
s’apercevoir que les auteurs des derniers ouvrages pu-
bliés sur les mousses ont profité de plusieurs des in-
novations proposées par notre savant ami.
Pour faciliter l’usage de cette méthode de classifi-
cation, nous présenterons une table analytique au
moyen de laquelle on pourra parvenir aisément au
genre.
Si nous partageons la manière de voir du célèbre
muscologiste français sur la partie technique, à quel-
( 219 )
ques modifications près, il n’en est pas ainsi pour la
partie théorique, relativement à sa manière de voir
sur le sporangide ou urne des mousses. Nous ne pen-
sons point que la columelle soit une capsule : si l’on
y a trouvé des grains, ainsi que nous l'avons remarqué
nous-même, c’est que dans toutes les parties vertes
d’un végétal on observe des parties organiques globu-
leuses qui ne peuvent être des spores, et alors le pré-
tendu pollen n’est véritablement qu’un composé de
spores, c'est-à-dire d’analogues de graines.
Les bourgeons que lon a qualifiés de fleurs mâles,
ne sont, ainsi que l’a très-bien vu et dit PALISOT DE
Bsauvois, que des gemina susceptibles de reproduire
les espèces comme par bouture, et qui ne peuvent en-
trer comme caractère essentiel dans la distinction des
genres, IDais seulement comme caractère habituel,
sorte de notions dont la brièveté que nous voulions
donner à notre travail ne nous a pas permis de faire
usage.
Nous n’adoptons ni le nom de périsyphe, ni celui
de péricole, employés dans l'ouvrage de Parisot DE
Brauvois, persuadés qu’ils ne pourraient faire aban-
donner celui de périchèse qui est généralement adopté,
et qu’on ne laisserait pas sans inconvénient notable.
JI nous reste à constater si sa présence ou son absence
doit constituer un caractère générique : nous penchons
à croire que non, d’après quelques observations.
Ceux qui se créent un monde d’un petit groupe de
végétaux, ne doivent chercher dans notre distribution
de la famille des mousses, ni classes, ni ordres, ni
sous-genres, ni divisions de familles, avec dénomina-
URNE
(o14)
tion particulière, toutes choses superflues, qui nuisent
à la science, en hérissant de mots chaque moindre
groupe, ce qui ne dispense pas d’être obligé de con-
naître ce qui se rattache à ce groupe, sous le rapport
des notes caractéristiques.
Nous n’avions pas de notions suflisantes pour fixer
notre opinion sur les genres Pyramidula, Hymenosto-
mum, Schistidium et Schistostega.
Dans la table analytique qui suit, nous rangeons les
mousses sous quatre catégories particulières, qui nous
donneront cinq grandes coupes naturelles, selon que
ces plantes sont privées de péristome ou bien qu’elles
en sont munies d’un simple extérieur ou intérieur, et
que ce péristome est double ou simple avec une urne
close.
MOUSSES.
1ASANS, pérIStOME.Le, Med en SEE
s ; Extérieurs ie «0 SOE
2° À péristome simple AE
P P | intérieur... . . . Ç HI.
3° À péristome double. . . . . . . . . . . IV.
4° À péristome simple et urne close. . stv
$ ler. — Sans peristone.
pédonculée CAE NE RE AT Araæat ir
a opercule Veaduque. . . . ... «+ . Sphagnum, 2.
tubulée à coiffe fopereule persistant. . . . . Phascum, 5.
cuculliforme {0. caduque. . . Gymnostomum,
AU un périchése. . . Hedwigia, 5.
T. à coiffe .cadu ue J 41% DIR à à
an aifo O:caduque pointde périchèse. Anictangium, 6.
‘am pa rme À RE à ee ?
Î O. persistant divisé en entier. . Tetraphia, 5.
Wen)
$ IL — 4 péristome simple exterieur.
A) feuilles distiques 0 0 CES
5 périchèse { FE
5 coifles cuculliformes . eparses. RCE ne Ne AR), CT IR eREe .
c ». { dents fendues'a moltiéns CU. COTE
= nul :
= _ jusque vers la base. +:
2
: ents fendues jusque vers le milieu. . . . . . . . : .
£ | C. campaniformes d La -
A Jusque vérs laphase M 7.
re urnes dents RS nbran eue opaques. , , . RE A en
ape sans nil RP Cr
chées I D. pellucides ï
|] apophyse TÉÉCHIES Re RC
:1n À par paires 2 Se
LA UNS IPOUrVUES UNE APUÜPHYSER AE nu nn 0
= couvrant l’urne. . . EPP Se npce
= A : D. bicuspidées. 2 ;
= É coiffes ulabres plus e s
ns CA aie glabres pe fie Dos coiffe striée et fimbriée:
: 38 campanif. que l’urne . simp es { C'iéeentiines ee
; = LR
Ex L'& RÉTISSÉ CR Poe TR NRC RASE
A Ces dentslacunetseses PER Te RE PTE. 2e ie
Q È & cite périchèse.. . . :
a D »
a Ge : - urnes latérales : POAte
Ë cucullifor. } D. continues) libres : point de périchése. . .
urneitérminale 2}... =. Fer
conniventes'au sOmMmMEt. + . . |. .>: .+,.
S IL. — 4 péristome simple interieur.
“
2 ; UD:PÉérICHESC Me Re ne
| libres dans toute leur éteudue { l
point de périchése. +... + . .
spiralés envcylindre. {ét se NS ne A do à
réunis / en plusieurs fais CEA. 0 7 y ou Cr EE me CE à à
deux à deux par la bäse! "7! 1. … .
COURIR IAN CE ee ce
PSS CNE CO LEONE BED.
CILS DU PÉRISTOME
droits. — Réunis en membrane {
Fissidens, 8.
Cecalyphum, 9.
Dicranum, 10.
Didimodum, 12.
Codonophorus, 11.
Trichostomum, 16.
. Leucodon, 13.
. Fabronia, 14.
. Cynodontium, 15.
. Splachnum, 17.
. Encalypta, 18.
. Apocarpum, 20.
. Grimmia, 19.
Funaria, 21.
Lasia, 22.
Trematodon, 25.
Pterigynandrum , 23.
Pilaisæa, 24.
Octoblepharnm, 27.
. Weissia, 28.
Conostomum, 26.
Streblotrichum, 30.
Tortula, 29.
Barbula, 31.
. Cicclidotus, 32.
. Hookeria, 33.
. Leptostomum, 34.
. Diphiscium, 35.
(52x60)
CILS
COIFFE
réunis
coiffe
campaniforme
membrane
C. cucullifor.
en partie
formant une
C. cucullifor.
libres
campanif.
Li
|
simple, cuculliforme.
cils
dents
d'un côté
entière
$S V. — À péristome simple
fendue
$ IV. — 4 péristome double.
f libres au sommet {
dents re ilant les cils.. . .
sphéroïdes, . : . .
ovales dressces
urnes ou
pyriformes
pendantes. .
cylndracées. . . .
longue cyathiforme. .
gaine ne
Ébeulsaie À D. continues.
plus courtes que les cils. . , . . . .
égales aux cils.
unie de
involutée
cils dressés, , .
C. couchés {
. . . . . . . . ,
double d "2e sans apophyse
péristome à dents {
dents courtes
D. longues, aiguës.
{réunis au sommet.
nul
périchèse
apparent
plus courtes que les cils.
. . . . . +
8. coiffe striée, , , .
10. colfe lisse : 5 7
NUILES +... 0.
CORNEES ne.
péristome à cils longs indéterminés. . .
urne AYeC APOPhySE hL. 77. 0. et
. . , . ‘ . .
; tronquées, .
droites.
inclinées .
obliques .
dents à facanes. :
et urne close.
D. du pér istome EMfethe réunies deux à ea :
D. du péristome externe libres.
à sa base.
Fontinalis, 37.
Cinclidium, 38.
Meesia, 39.
Timmia, 40.
>artramia, 41.
Gymnocephalus, 45
Leskea, 46.
Calyptrochæta,
Mnium, 42.
Bryum , 44.
Pterisgophyllum, A7:
CRU CPRAUTES 48.
Climacium ; 45.
Hypaum, 50.
Diplocomium, 52.
Neckerä, 5r.
Zyg sotlon; ERE
Racopilum > OU:
Calymperes, 58.
Pilotrichum, 5
Orthotricum, 56.
Schleiteimia, 53.
49.
Catharinea, 59.
Lyellia, Ga.
Poyonatum, 60.
Dawsonia, 63.
Polytrichum, 67,
Mousses privees de péristome.
1. ANDRAZÆA Eunu., Paurs. Beauv., Mém. Soc.
Linn. Par., 1. 1%, p. 432. Coiffe campaniforme; urne
pédonculée quadripartite : divisions réunies au sommet
par l’opercule conique obtus, acuminé persistant. An-
draæa alpina. PI. I, fig. 1, des mousses publiées dans
le volume cité.
2. SPHAGNUM L., P. Beauv., L. c., p. 433. Coifle
cuculliforme; urne pédonculée; opercule presque sphé-
rique : opercule caduc. PI. 1, fig. 2.
3. PHASCUM L., P. Beauv., {. c., p. 434. Pleu-
ridium Brin, Voitia Honnscuur. Coiffe cuculliforme ;
urne à pédoncule court : opercule persistant conico-
subulé. PI. [, fig. 3.
4. GYMNOSTOMUM Hepw., P. Beauv., loc. cit.,
p. 455. Schistidium Brin. Coiffe cuculliforme (quel-
quefois presque campaniforme}); urne tubulée (1),
dressée, ovale ou pyriforme : opercule conique aigu,
quelquefois déprimé. PI. IE, fig. 1 et 2.
5. HEDWIGIA Hepw., P. Brauv., {. c., p. 457. Pe-
risiphorus P. Brauv., pl. E, fig. 4. Coiffe campani-
forme: urne ovale, comme sessile, entourée d’un pé-
richèse : opercule mamillaire. Hedwigia ciliataHenw.,
Perisiphorus ciliatus P. B. PL I, fig. 4.
6. ANICTANGIUM Henw., P. Beauv., L. e., p. 438.
Schistidii Spec. Brin. Coifle campaniforme; urne
(1) De même que dans tous les genres qui suivront.
( 18 )
ovale, dressée : à tube court: gaine large, ouverte,
longue; périchèse nul. PI. F, fig. 5.
7. TETRAPHIS Hepw., P. Brauv., /. c., p. 438.
Coiffe campaniforme, laciniée à sa base; urne dressée:
tube allongé; opercule Litrapartite, persistant; gaine
enveloppée d’un périchèse. PI I, fig. 6.
S IT.
Un péristome simple, à dents placées sur le bord
interne de l'ouverture de l’urne.
* Dents bifides, coiffe cuculliforme.
8. FISSIDENS Hepw., P. Beauv., L. e., p. 459.
Skitophyllum Lavyr. Feuilles distiques; coiffe glabre;
urne cylindrique, peu inclinée; opercule acuminé, huit
ou seize dents demi-bifides; gaine tuberculeuse, in-
cluse dans un périchèse à folioles réfléchies au som-
met. PI. IE, fig. 3.
9. CECALYPHUM P. Brauv., {. e., p. 441, excluant
Hypnum sciuroides L. Coïfles glabres ; urne ovale ou
cylindrique ; opercule conique, plus ou moins allongé
et subulé. Seize dents semi-bifides ; périchèse à folioles
imbriquées, longues, membraneuses, dressées. PL. IT,
fig. 4 (1).
10. DICRANUM Henw., P. Beauv., L. e., p. 444,
Campylopus Brin. , Dryptodon Brin., ined. Coifle
(1) Il est probable que le genre $ystylium viendra à la suite du Ce-
calyphum, mais nous ne le connaissons pas assez pour le classer; il a
un péristome simple, seize dents courtes, géminées et unies par la
base, et un opercule persistant et adhérant à la columelle.
(219)
glabre; urne subcylindrique, presque dressée ; oper-
cule conique obtus ou subulé; péristome à seize dents
demi-bifides ; gaîne oblongue ou tuberculeuse; point
de périchèse. PI. IL, fig. 1.
11. CODONOPHORUS P. BEauv. (par erreur Co-
driophorus), L. e., p. 445. Goifle souvent dentelée ;
urne dressée, quelquefois légèrement inclinée ; seize
dents demi-bifides au péristome; point de périchèse.
Codriophorum aciculare. PL IE, fig. 2. Codriophorum
pulvinatum. PL TE, fig. 3.
** Dents du péristome libres, mais rapprochées deux
à deux par la base; coiffe cucutliforme.
12. DIDYMODUM Henw., P. Beauv., {. c., p. 443.
Coille glabre ; urne presque dressée, oblongue, termi-
nale; opercule conique subulé; péristome à seize ou
trente-deux dents sétacées, libres, géminées; périchèse
nul. PI. IL, fig. 5. Didymodum pellucidum. La fig. «
est mauvaise. |
13. LEUCODON Scuwazc. {ypnum sciuroïdes L.
Cecalyphum P. BEauv., {. e., p. 44°. Coilfe glabre;
urne dressée; péristome à seize dents membraneuses
blanches, bipartites; un périchèse.
14. FABRONIA Rapnr. Urne penchée; péristome
à seize dents geminées, pellucides, infléchies dans
l’'urne. Point de périchèse.
15. GYNODONTIUM Brin, Swartzia HEDw., PAL.
Beauv., L e., p. 443. Cynontodium Hepw. Opercule
conique aigu; urne peu inclinée, oblongue; péristome
à huit ou seize dents lancéolées, libres géminées; point
de périchèse.
|
( 220 )
*** Dents géminées ou semi-bifides ; coiffes campa-
niformes.
16. TRICHOSTOMUM Henw., P. Brauv., L e..
p. 446. Coifle courte campaniforme, laciniée ou fim-
briée à sa base; urne ovale dressée; opercule long,
subulé; péristome à seize dents fendues jusque vers
la base, ou seulement demi- bifides ; périchèse nul,
PI. IL, fig. 4.
17. SPLACHNUM L., P. Beauv., L. e., p. 447. Urne
dressée, à renflement polymorphe à sa base ; opercule
court, conique, obtus; huit ou seize dents géminées,
souvent réfléchies. PI. IIT, fig. 6.
*** Dents du péristome libres ; coiffe campaniforme.
18. ENCALYPTA Heow., P. Beauv., L. e., p. 448.
Coiffe entière, plus grande que l’urne, persistante,
translucide; urne dressée, allongée; opercule long ,
subulé; péristome à seize dents comme filiformes.
PL IN Ge: 2.
19. GRIMMIA Hepw., P. Beauv., {. c., p. 449.
Campytlopi, Spec. Brin. Coiffe campaniforme opaque,
plus courte que l’urne; urne souvent comme sessile,
dressée, à opercule mamillaire; péristome à seize dents
simples; périchèse nul. PI IV, fig. 3.
20. APOCARPIUM Desv. Apocarpum P. Brauv.,
L.e., pl. IV, fig. 2. Coiffe campaniforme opaque; urne
dressée comme sessile ; péristome à huit dents bicus-
pidées au sommet; périchèse à folioles subspatulées,
21. FUNARIA Hepw., Par. Beauv., L. c., p. 450.
Coiffe campaniforme, fendue d’un côté profondément ;
( 221 )
urne pyriforme penchée; opercule obtus; péristome à
seize dents; périchèse nul. PI. IV, fig. 5.
29, LASIA P. Beauv., {. e., p. 451. Leptodon Wree.
Coiffe hérissée de longs poils; urne dressée, plus courte
que la coiffe, opercule conique, aigu; péristome à seize
dents; périchèse foliiforme ou fimbrié. PLAN, fig. 2
et 3.
**** Dents du péristome libres, au moins par le bas;
coiffe cuculliforme.
23. PTERIGYNANDRUM Hepw., P. BEauv., L e.,
p- 45°. Pterogonium Scuw. Coille cuculliforme lisse;
urne dressée ; opercule conique, quelquefois point acu-
miné ; péristome à seize dents; périchèse à folioles li-
néaires. PI. V, fig. 1.
°4. PILAISÆA Desv. /Journ. bot.) Coifle cucul-
liforme; urne penchée; péristome à seize dents den-
telées sur leurs bords; point de périchèse.
25. TREMATODON Rien., P. Beauv., L. c., p. 444.
Urne cylindracée, inclinée, plus ou moins atténuée
par étranglement, à sa base : opercule court, acuminé;
seize dents libres, lacuneuses au péristome, point de
périchèse. Trematodon longicollum. PI. IV, fig. 1.
26. GONOSTOMUM Svw. Coiffe petite; urne inclinée,
globuloïde ; opercule conique, courtement acuminé;
péristome à seize dents adhérentes par le sommet.
27. OCTOBLEPHARUM Hepw. Bryum albidum L.
(Bryum sclerodon P. Bracv., {. e., planc. V, fig. 4.)
Apodanthus Laryr. Coifle médiocre; urne dressée ;
opercule déprimé, longuement acuminé; péristome à
huit dents coriaces; point de périchèse.
( 220 )
28. WEISSIA Henw. BryumP. Beauv.,L. e., p.455:
non Hrpw. Coiffe oblique, variable; urne ovale; oper-
cule conique, plus ou moins aigu; péristome à seize
dents; point de périchèse. Weissia controversa (Bryum
controversum) P. Beauv., pl. V, fig. 5.
STE
Peéristome simple placé au bord interne de l’urne.
* Cils plus ou moins contournés en spirale, ensemble
ou solitaires.
29. TORTULA Hepw., P. Beauv., loc. cit., p. 455.
Coiffe cuculliforme; urne presque dressée : opercule
oblong conique, plus ou moins subulé; péristome à
cils libres, spiralés en faisceau dans les deux tiers de
leur étendue; point de périchèse. PI. VE, fig. 1.
30, STREBLOTRICHUM P. Beauv., L. e., p. 455.
Barbula convoluta et humilis de Hepw. et Mnium se-
taceum L. Caractère du genre Tortula, mais pourvu
d’un périchèse cuculliforme. PI. V, fig. 6.
51. BARBULA Hepw., P. Brauv., L. e., p. 456. Syn-
trichia Brin. Goiffe cuculliforme; cils du péristome
adhérens, conoturnés, libres au sommet. PI. V, fig. 2.
32. CICCLIDOTUS P. Beauv., L c., p. 454. Sekra
Apaxsox. Coiffe campaniforme, glabre; opercule co-
nico-subulé: péristome à cils lacuneux, spiralés dans
toute leur longueur en faisceaux; périchèse nul. PI. VI,
fig. 3.
55. HOOKERIA Scuzeicu. SCHWAEG. non SuITH.
T'ayloria Hook. Coiffe conique, échancrée, dentelée à
sa base; opercule obtus, conoïde; urne oblique, portée
SA
par une apophyse de l’étendue de l’urne; péristome
de trente-deux dents géminées, isolément tortiles; un
périchèse court.
** Péristome membraneux.
34. LEPTOSTOMUM Rozert Brown. Coiffe cucul-
liforme ; urne inclinée, amincie à sa base par une apo-
physe; opercule hémisphérique obtus; péristome an-
nulaire. P. Beauv., pl. IL, fig. 5.
85. DIPHISCIUM Moun., P. BEauv., /. c., p. 457.
Buxbaumia foliosa L. Webera Eurn. Hymenopogon
P. Bgauv. Prodr. Coiffe cuculliforme; urne dressée,
renflée à sa base d’un seul côté; opercule conique aigu;
péristome pyramidé, plissé (1); périchèse nul. Diphi-
setum foliosum, pl. VL fig. 4.
S IV.
Deux péristomes, l’un interne, l'autre externe.
* Déristome interne membrancux dans presque toute
q
son étendue.
56. BUXBAUMIA L., P. Brauv., Le, p. 458. Coiffe
campaniforme; urne oblique, gibbeuse, déprimée en
devant; opercule cylindracé, obtus; péristome exté-
rieur à seize dents très-courtes, l’intérieur membra-
no-strié, à seize cils libres sur le bord; périchèse nul.
PI. VL, fig. 5.
37. FONTINALIS L., P. Beauv., L. c., p. 468. Goifle
1) Le péristome double ind qué par Mour et WEeger esl une ei-
|
reur relevée par Pazisor n£e B£Auvois et vérifiée par nous-même.
(254)
campaniforme; urne dressée, sessile ; opercule conique
aigu; périslome extérieur à seize dents droites, lon-
ques, l’intérieur membrano-réticulé plus long; un pé-
richèse. PI. VE, fig. 6.
38. CINCLIDIUM Sw. Coiffe cuculliforme; urne
pendante, obovale; opercule convexe en mamelon ;
péristome extérieur à seize dents libres, l’intérieur
membraneux, conique, supporté par seize filets dis-
tans. Cinclidium stygium Sw. PL. VIL fig. 6.
x re : à
** Déristome interne membraneux seulement à la
base.
59. MEESIA Hepw. Amblyodum P. Brauv., { e.,
p- 462. Coifle cuculliforme; urne courbée; opercule
obtus mameloné ; péristome externe à seize dents cour-
tes, obtuses, l’interne à seize cils réticulés et réunis
par le bas; point de périchèse. Meesia Par. BEauv.,
RU VII, fig. 5 et 5. Voyez Diplocomium pour la
fig. 4. Les dents sont libres dans la figure, c’est une
erreur provenant d’une observalion faite sur le sec.
Lo. TIMMIA Hepw., P. Beauv., /. e., p. 468. Coifle
cuculliforme ; urne penchée; opercule conique, dépri-
mé; péristome extérieur à seize dents allongées, l’in-
térieur à seize cils réunis en membrane jusque vers
leur moitié et lacuneux à leur base. PI. VIIL, fig. 2.
41. BARTRAMIA Hepw., P. Brauv., L. c., p. 465.
Coiffe cuculliforme; urne subsphérique, inclinée; oper-
cule déprimé submameloné ; péristome à seize dents
lancéolées, l’interne réuni à la base en membrane.
PL YIL"fs,.uet 2,
42. MNIUM L., P. Beauv., {. c., p. AG 4 (excel. Mnium
( 225 )
androgynum et Bryum macrocarpum). Goiffe cucul -
liforme; urne subcylindracée, oblique; opercule co-
nique aigu; péristome du Bartramia; point de pt
chèse. PI. VIE, fig. 3 et 4.
43. GY MNOGEPHALUS Ricu., Scuware. Fusico-
nia P, Beauv., L. c., pl. VIT, fig. 5. Coiffe cuculliforme;
urne cylindracée, oblique; opercule conique mucroné;
péristome du genre précédent; corpuscules reproduc-
tifs, pulvisculaires, réunis en capitule sur un pédicelle
capillaire; périchèse nul.
44 BRYUM L., P. Beauv. Paludella Brin. Goiffe
caculliforme; urne ovale, pendante, pyriforme; oper-
cule déprimé obtus; point de périchèse. PI. VIIL, fig. 1.
Obs.— Les espèces à gemma, ou bourgeons discoïdes,
forment le genre Mnium de beaucoup d’auteurs; celles
à bourgeons rosellés, le genre Bryum de plusieurs au-
tres; celles à urne portant une sorte d’apophyse, le
genre Pohlia, qui serait naturel si des espèces ne for-
maient pas un passage insensible au genre Bryum.
45. GLIMACIUM Wss., P. Brauv., /. c., p. 467.
Zigotrichia Brin. Coiffe cuculliforme; urne presque
droite; dents du péristome interne lacuneuses, portées
sur une membrane très-peu élevée; périchèse à folioles
très-longues. PI, IX, fig. 4 et 5.
46. LESKEA Henw., P. Beauv., /. c., p. 467. Goiffe
cuculliforme; urne droite ou inclinée; péristome in-
terne à seize cils réunis à leur base par une membrane
plissée. PI. X, fig. 1, 2 et 3.
47. PTERIGOPHYLLUM Brin. Hookeria Suirn,
non Scuwazc. Leskea lucens Henw. et Hookeria læte-
16
( 226 )
virens Hook. Coiffe lisse, campaniforme; urne cylin-
dracée ; péristome interne à seize dents réunies à la
base.
48. CYATHOPHORUM P. Beauv., L. e.,p. 466. Hyp-
num bulbosum Dick. Coifle cuculliforme; urne globu-
loïde; opercule aigu; péristome du Leskea. PI. VIIT,
fig. 6.
49. GALYPTROCHÆTA Desv. Chaetophora Brin.
non Muz. Leskea cristata Henw. Coite campaniforme
velue. Caractères du Leskea pour larne et le péris-
tome. Calyptrochæta cristata Nos.
50. HYPNUM L., P. Beauv., L. e., p. 465. Coiffe cu-
culliforme; péristome intérieur à seize dents alternes,
avec seize cils, Lous réunis à leur base en membrane.
PI. X, fig. 4.
#** Les deux péristomes à dents libres ou seulement
coadunées deux à deux.
51. NEGKERA Hepw., P. Beauv., {. c., p. 469.
Cryphæa Brin. Daltonia Hook. Antitrichia Brin.
Anomodon Hook. Coiffe cuculliforme; urne ordinai-
rement dressée; péristome de même hauteur; un pé-
richèse. PI. IX, fig. 1.
59. DIPLOCOMIUM Wss. Meesia longisseta HeDw.
P. Brauv., L e., pl. VIT, fig. 4. Coifle cuculliforme;
urne courbée; péristome externe à seize dents très-
courtes, obtus; l’interne à dents libres égales; point
de périchèse.
53. ZYGODON Hook. Amphidium Nres. Gagea
Rapni non Mag. bot. Coifle cuculliforme; urne dressée
à huit sillons; opercule à long rostre oblique; péris-
( 227 )
iome externe à seize dents coadunées deux à deux:
péristome interne à seize cils incombans, horizontaux.
Bryum conoïdeum Dick. Mnium-Surrn. Gymnoce-
phalus Scnwr4cr.
54. RACOPILUM P. Brauv., {. e., p. 469. Coiffe
campaniforme, fendue d’un côté, fimbriée à sa base;
urne dressée; seize dents lancéolées au péristome ex-
terne et cils reticulés au péristome interne: un pé-
richèse.
Obs. La fig. 6 dela pl. IX est le Racopilum mnioides
de Parisor ne Brauvors, cependant il l’a figuré à cils
réunis à la base; si cela est, ce que nous n’avons pu
observer sur nos échantillons, cette espèce doit être
jointe au Pierisophyllum, le Racopilum Aubertii res-
tant seul alors dans le genre.
55. PILOTRICHUM P. Beauv., L. c., p. 470. Coifte
campaniforme, hérissée de poils; urne presque sessile,
ovale; un périchèse, PI. IX, fig. 2 et 3.
56. ORTHOTRICHUM Hspw., P. Beauv., { e.,
p.471. Goiïffe campaniforme hérissée ; péristome externe
à huit dents dressées, l’interne à huit cils filiformes:
point de périchèse. PI. IX, fig. 7.
57. SCHLEITEIMIA Brin. Coiffe campaniforme
glabre; urne dressée; péristome externe à seize dents
linéaires révolutées, l’interne à dents filiformes ; péri-
chèse nul. PI. IX, fig. 8.
S'IM
Orifice de l’urne couvert d’une membrane
ou fermée par le péristome.
58. CALYMPERES Scnwarcr. Coiffe persistante
10,
( 228 )
campaniforme, glabre, fendue, et enroulée par sa base
autour de la soie; urne dressée, incluse : péristome
nul; opercule remplacé par une membrane spongieuse
rayennée. Cryphyum vaginans Par. BrAuv., inédit.
(Calymp. Palisotit Senw.). PI X, fig. 5.
59. CATHARINEA Enrn., P. Beauv., L. c., p- 460.
Atrichum P. Beauv., Prod. Oligotrichum Drc. Coifle
cuculliforme simple, portant quelques poils; urne Cy-
lindracée, déclinée; opercule mameloné; périchèse
nul. Atrichum undulatum. PI. XL, fig. ».
6o. POGONATUM P. Beauv., {. c., p. 460. Coiffe
campaniforme double, l’extérieure fibrilleuse, l’inté-
rieure fendue ; urne sphéroïde, sans apophyse à la base;
périchèse nul. PI. XE, fig. 3.
61. POLYTRICHUM L., P. Brauv., L. c., p. 461.
Coiffe du genre précédent; urne tétragone, portant
apophyse en dessous; un périchèse nul. PI. XI, fig. 1.
62. LYELLIA R. Brow. Coiffe cuculliforme, velue
au sommet, fendue d’un côté; péristome non saillant,
ni denté, ni cilié; épiphragme, à centre circulaire, fixé
à la columelle, et séparable par solution de continuité
du reste de cette membrane. Lyellia crispa R. Browx.
63. DAWSONIA R. Brown. Triplocoma Laryr.
Coille du Pogonatum, l’'intérieure conique; urne tétra-
gone, plane en dessus; opercule allongé; péristome en
coma, renfermant au centre de l'ouverture de l’urne
un faisceau de filamens; un périchèse. PI. XL, fig. 4,
CUVE VU UV UVU UV LUS LV VV VV LEA L'URL LUYBAVY VU LV LE ULVLVUR
REMARQUES
Sur le Callitriche verna de Lanxé; par M. le
docteur F.-Ams. LAVIEILLE, correspondant.
La meilleure méthode d’étudier un végétal est de
disséquer chacune de ses parties; de cet examen at-
tentif peuvent découler seulement les preuves indis-
pensables pour avancer des faits.
Partant de ces principes, je vais analyser les diverses
parties organiques du Callitriche verna de Line.
Sa tige fragile et ramiliée présente, de distance en
distance, des nœuds bien marqués, d’où naissent les
feuilles, et entre celles-ci des racines blanches, fili-
formes et quelquefois longues de 6 décimètres (2 pieds).
L'homogénéité du tissu de cette tige, qui est d’un
vert clair, ne peut donner aucun caractère de classi-
fication.
Les longues racines vermiculaires de cette plante,
ses délicates tiges flottantes, et ses nombreuses feuilles
opposées, arrangées en étoiles à la surface des eaux
tranquilles , lui valaient bien l’épithète de belle che-
velure (Kkaibaé).
Ses feuilles sont de deux ordres : celles qui sont sub-
mergées, et celles qui nagent à la surface de l’eau.
Les premières sont linéaires, et tellement homo-
gènes qu’elles n’offrent aucune nervure; les autres, au
( 580 )
contraire, sont plus ou moins larges, spatulées, quel-
quefois même arrondies, presque toujours entières ou
peu divisées, et présentent des nervures. De ces ner-
vures , le plus souvent au nombre de trois à einq,
l’une est médiane et les autres partent de ses parties
latérales.
Cette particularité était suflisante pour s’assurer si,
comme l’a dit Cr. Ricnar», toutes les plantes dicotylé-
donées, à peu d’exceptions près, ont les feuilles latéri-
nerves, tandis que toutes les monocotylédonées, moins
la famille des aroïdes, les ont basinerves.
Les fleurs du callitric sont le plus ordinairement
monoïques et quelquefois hermaphrodites; dans tous
les cas, elles sont toujours placées dans Paisselle des
feuilles. Les fleurs mâles présentent une seule étamine,
et les fleurs femelles offrent seulement deux styles fili-
formes fixés au centre de lovaire.
Que la fleur du callitric soit mâle, femelle ou her-
maphrodite, elle présente toujours un calice composé
de deux folioles membraneuses; mais au moment de
la floraison, les feuilles de la partie supérieure de la
tige sont tellement rapprochées de la fleur, et telle-
ment disposées par rapport à celle-ci, que le calice, qui
n’est réellement composé que de deux folioles, pour-
rait être considéré comme pentaphylle.
Je pense que toutes les fleurs du callitric sont her-
maphrodites, et dans mon hypothèse le petit tubercule
conique de la base duquel s’élève l’étamine est un ru-
diment d’ovaire avorté.
Les graines du callitric sont au nombre de quatre,
de forme semi-lunaire ; elles sont soudées entre elles
(:231 |)
par le bord concave, et de plus, les deux graines supé-
rieures et les deux inférieures sont réunies ensemble par
leur face interne, de sorte que la réunion de ces quatre
graines forme un corps quadrangulaire comprimé la-
téralement. Ges graines ne sont pas contenues dans
une capsule, comme on le croit, mais bien maintenues
entre elles par un tissu cellulaire peu abondant qui se
détruit promptement par son séjour dans l’eau. Ge
Lissu est en partie détruit avant la chute des graines,
lesquelles se détachent le plus ordinairement deux à
deux.
L’épisperme de ces graines est extrêmement épais
et d’une texture fibreuse. En coupant transversale.
ment les graines du callitric à leur maturité, on aper-
coit parfaitement l’épaisseur des parois de l’épisperme
intimement unie avec celle du péricarpe, et l’on voit
clairement que l’embryon n’a réellement que cette
enveloppe, qui n’est pas plus une capsule que ne l’est
l'enveloppe des graines des labites, et d’une infinité
d’autres graines non contenues dans des capsules
réelles, mais seulement fixées entre elles avant leur
maturité par plus ou moins de tissu cellulaire.
L’embryon, comme on le verra bientôt, est néces-
sairement composé de deux cotylédons, mais ils sont
si petits, qu'il m'a été impossible de les distinguer à
l’œil nu.
Il faut que les fruits de cette plante n’aient jamais
été observés attentivement, car tous les auteurs les
qualifient du nom de capsule; encore ne sont-ils pas
d'accord sur le nombre des loges, puisque les uns par-
lent d’une capsule quadriloculaire, et d’autres d’une
( 252 )
capsule biloculaire : il est probable que ces derniers
auront proportionné le nombre des loges à celui des
styles.
La considération de toutes les parties de ce végétal,
même celle des graines, ne m’ayant pas suflisamment
montré la place qu’il devait occuper, j’eus recours à
la germination, et voici exactement ce que j’observai :
Des graines semées sur le bord d’une mare, dans
les premiers jours de mars, ne germèrent pas. Je re-
commençai mon expérience le 10 avril, et dans les
premiers jours de mai j’aperçus seulement quelques
callitrics naissans (1). Chacun m'offrit deux feuilles
séminales opposées, attachées à une frêle tige fixée
en terre par une à deux racines filiformes assez longues.
Quelques jours après, la jeune tige se couvrit de quatre
à six feuilles, et se pencha bientôt sur le sol en se di-
rigeant vers la mare, de sorte qu’au bout de quinze à
vingt jours deux étoiles d’eau seulement parvinrent à
la surface de cette mare, mais toutes les tiges avaient
produit quelques racines qui les fixaient avec assez de
solidité.
Des animaux ayant détruit ces jeunes plantes, je
suivis les progrès de leur végétation sur d’autres indi-
vidus élevés par la nature.
Au moment de la floraison, le filet de l’étamine qui
parait presque nul, s’allonge graduellement et finit
eus un trafle tutne 45h 2tirtt PSE NeME lt
(1) Depuis ces semis er terre, il m'est arrivé plusieurs fois de pla-
cer des graines dans des vases contenant une petite quantité d’eau.
Constamment çes graines ont germé au bout de dix à quinze jours,
et m'ont présenté des êtres dicotylédonés qui n’ayaient qu'une exis-
tence éphémère,
( 235 )
par avoir 10 millimètres (4 à 5 lignes) de longueur à
l'instant de la sortie du pollen; époque où la paroi de
l’anthère se flétrit et devient transparente. Cet allon-
sement de l’étamine me paraît favorable à l’acte de
la fécondation.
Outre cet accroissement du filet de l’étamine, la
tige prend aussi une élongation bien digne des regards
du physiologiste. Dans le bouquet de feuilles placé à
la surface de l’eau, on aperçoit d’abord une fleur qui
peu à peu s’éloigne du rudiment de la fleur située au-
dessus d'elle, de manière que lorsque celle-ci est épa-
nouie, l’autre, qui actuellement est défleurie, se trouve
éloignée à peu près de 27 millimètres (1 pouce) du
niveau de l’eau : de sorte que s’il existe, par exemple,
huit fleurs sur une tige, la première épanouie sera dé-
fleurie et enfoncée de 18 centimètres (7 pouces) dans
l’eau, tandis que la huitième, actuellement en pleine
floraison, sera au niveau du liquide.
Ce genre d’accroissement, qui, au premier coup d'œil,
semble avoir lieu de haut en bas, s'explique par la fai-
blesse de la tige qui, ne pouvant soulever le bouquet
de feuilles très-pesant qui la termine au niveau de
l’eau, est obligée d'abandonner la direction perpendi-
culaire pour en prendre une autre dans un milieu
doué de peu de cohésion. D'ailleurs cette immersion
des fleurs après leur fécondation est une particularité
commune à la plupart des plantes aquatiques et dont
il n’est pas facile de se rendre exactement raison.
Tous les callitrics ne sont vraiment que des variétés
qu'on doit rapporter au Callitriche verna de Linxé;
tous végèlent ainsi pendant huit à dix mois de l’an-
( 254)
née, et meurent ordinairement au bout de ce laps de
temps.
D’après toutes ces observations, le callitric est in-
contestablement une plante dicotylédonée qui doit
donc quitter la famille des Naïades, et constituer dans
la quinzième classe de la méthode appelée naturelle
(les diclines) une nouvellefamille qu’on pourra nom-
mer les Callitrichacées, famille qui aura pour carac-
tères ceux du genre unique qui la constitue.
Caractères de La fanille et du genre.
Fleurs monoïques ou hermaphrodites : 1° fleurs
mâles, un calice à deux sépales, une étamine à anthère
réniforme s’ouvrant sur son bord convexe, et présen-
tant dans toute sa longueur une légère rainure; un ru-
diment d’ovaire; 2° fleurs femelles, un calice à deux
sépales; un ovaire supère tétragone, surmonté de deux
styles filiformes (1); quatre akènes (graines nues) lé-
sèrement ailés, réunis entre eux par un tissu cellulaire
qui les maintient jusqu’à leur maturité.
Dans le système de Lixx£, le callitric devra néces-
sairement occuper deux places :
1° Être classé dans la monandrie digynie, puisque
certains individus sont hermaphrodites; 2° et être
classé dans la monoécie monandrie, puisque le plus
ordinairement un même individu porte des fleurs mâles
et des fleurs femelles séparées.
(1) Avant la maturité des fruits, les quatre ovaires font tellemen 1
corps ensemble qu'ils n'en paraissent former qu'un.
( 259 })
En prenant le callitric pour base de mes observa-
tions, j’ai voulu prouver : 1° que ce genre n’a jamais
été convenablement décrit; 2° que toutes ses espèces
sont dicotylédonées, ce que quelques botanistes soup-
connaient seulement; 5° et enfin, combien il est dif-
licile de classer les végétaux en familles naturelles,
quand on n’a pas recours à la germination.
AAA VV VV 0 V0 10/0/0000 VV RL VV VA 00/0 LUS MAMA G/0/0U
OBSERVATIONS
Sur quelques espèces de Primevères (); par M. le
docteur C.-J. Gowriz, correspondant.
Des cinq espèces de primevères qui font le sujet de
ce mémoire, trois ont été bien connues des anciens
auteurs. Désignées par Dioscorine sous le nom de
guides, ce nom fut traduit en latin par Fucus, Ver-
basculum. Les épithètes de Arthetica où Arthriticu
données par Ruezce, et celle de Herba paralysis par
Bnunrezs, furent prises de l’emploi que l’on fit alors
de ces plantes dans les douleurs des articulations et
dans la paralysie. Enfin le nom de Primula veris,
adopté par Marmiozr, par L'Ecruse et par quelques
autres, prévalut : ce fut à juste titre, car il était difli-
cile d'imaginer un choix de mots plus heureux pour
exprimer le temps où fleurissent ces jolies plantes, si
dignes d’attirer les regards, lors même qu’attristés par
la longueur des frimats le plaisir qu’on éprouve au
premier réveil de la nature n’eût pas encore ajouté
aux charmes que possèdent ces premières fleurs du
(1) Le nom de primevère est exclusivement appliqué ici aux espéces
désignées par Linné sous le nom de Primula veris officinalis, Pri-
mule veris elatior, Primula veris acaulis, ainsi qu'a leurs nombreuses
variétés.
(257)
printemps. Nous passerons sous silence d’autres noms
moins imporlans et plus incertains qui furent adoptés
par quelques anciens auteurs.
Ces plantes, répandues dans presque toute l’Europe,
recurent encore des épithètes particulières aux divers
peuples qui les connurent : elles furent en partie im-
portées chez nous; ainsi nous devons celle d’Herbe
ou Clef de saint Pierre, aux Allemands; de Brayes de
cocou, aux Îtaliens; de Primerose ou Primerolle, aux
Anglais, etc.
L’immortel Linxé, embrassant la nature entitre,
laissa partout les traces de son vaste génie, de son tact
exquis dans l’étude des êtres qu’elle renferme, comme
dans leur distribution systématique. Profitant avec art
des travaux de ses devanciers, il sut s’approprier avec
beaucoup de bonheur ce qui méritait d’être adopté,
et rejeter presque toujours avec une saine critique ce
qui devait être écarté. Ainsi, conservant l’heureux nom
de Primula veris pour nom commun aux espèces
connues des anciens, il leur emprunta encore les noms
spécifiques qu’il assigna à deux de celles qui vont nous
occuper (l’acaulis et l’elatior).
Trois de nos espèces ne furent d’abord considérées
par notre illustre patron que comme variétés les unes
des autres; cela se conçoit facilement pour ses prime-
vères élevée et sans tige, mais comment ne pas être
frappé des différences si importantes qui existent entre
celle-ci et sa primevère oflicinale ? On doit vraisembla-
blement attribuer cette sorte de négligence à la réserve
qu'il mettait dans la création de nouvelles espèces,
(réserve rarement imitée aujourd’hui), peut-être même
( 238 )
aux objets livrés à son observation, qui tous assez bien
connus, ne lui laissaient plus lespoir de proposer de
nouvelles distributions qu’à l’aide d’un examen plus
scrupuleux. Les primevères officinale et sans lige,
bien distinctes et bien connues, n’ont donné lieu à
aucune indécision de la part des botanistes. Il n’en est
pas de même de la primevère élevée : la synonymie de
celle-ci nous a paru fort embrouillée, parce que la
plupart ont pris pour la plante de LrNNÉ une autre
espèce que d’autres botanistes n’ont considérée que
comme une variété à hampe multiflore de la prime-
vère sans tige. Nous ne nous sommes pas flattés d’é-
claircir ces diflicultés : privés des figures du Flora
danica et de l'Englo botanish, il était difficile de pro-
noncer sur ce point litigieux. Cependant, favorisés par
un heureux concours de circonstances qui nous ont
mis à même de voir vivantes,et presque toutes sur leur
lieu natal, les espèces que nous décrirons, nous avons
cru devoir offrir le résultat de nos recherches, dans
l'espoir de les rendre profitables à l’étude d’une science
remplie de tant de difficultés, mais qui compte cepen-
dant au nombre de ses avantages celui de nous sous-
traire aux orages de la vie politique, comme aux ennuis
ou aux chagrins de la vie privée quand ils menacent
de nous assiéger.
Avant de passer à l'examen des espèces que nous
proposons, nous ferons remarquer une erreur échappée
x M. Baran», et dans laquelle il a entraîné notre sa-
vant confrère M. ne Canpoze ; il est question ici de l’es-
pèce appelée variable, dans le supplément à la Flore de
Maine-et-Loire, et de celle qui, dans le supplément à
( 259 )
la Flore française, a recu le nom de primevère à style
court.
Dans l’une comme dans l’autre espèce le caractère
unique qui leur appartient consiste dans la situation
des étamines, la dilatation du tube de la corolle qui
varie avec elles et la longueur relative du style. Si
ces caractères étaient constans, ils mériteraient bien
d’être pris en considération; mais il s’en faut de beau-
coup qu'il en soit ainsi.
Ces variations déjà notées dans l'édition du Systema
vegelabilium de Lixxé, publiée par Murray et Per-
soon, avaient encore été remarquées par le muscolo-
giste Brinez (1). Ayant aussi constaté ces variations
dans l’année 1812 ,nous avions, dès ce temps, pris quel-
ques notes à ce sujet; un examen plus prolongé nous
a convaincus que ces accidens, dans la situation ou la
longueur relative des organes sexuels, ne méritaient pas
une attention sérieuse, et nous ajoutons qu'il n’est
dans les espèces de primevères dont j'aurai à traiter
dans ce mémoire, aucune de leurs nombreuses variétés
qui ne présente ces accidens de situation, retrouvés
par M. pe CanDozze dans l’oreille d’ours. Ainsi, si l’on
persistait à vouloir faire des espèces sur des caractères
aussi variables, ce serait d’un trait de plume doubler
les primevères et toutes leurs variétés.
Ï, PRIMEVÈRE A GRANDE FLEUR.
La primevère à grande fleur, très-remarquable par
ses hampes uniflores, est bien connue des botanistes ;
1) Mouron-Fonreniczr, Système des plantes /t.A,0p: 272:
(240 )
c’est celle que Lixné a appelée Primula veris acaulis :
cette espèce a fourni de nombreuses variétés aux fleu-
ristes. Il faut prendre garde de les confondre avec les
individus à hampe uniflore de notre primevère va-
riable si répandue dans les jardins. La primevère à
grande fleur se distingue toujours par ses hampes nom-
breuses, longues et faibles, et surtout par les divisions
de son calice, qui sont profondes, linéaires, un peu
courbées à la pointe, et rapprochées du tube de la co-
rolle qu’elles égalent en longueur. La variété des jar-
dins, de notre primevère variable, à hampe uniflore,
les a plus courtes, plus droites, moins nombreuses, et
ses divisions calicinales moins profondes sont plus
élargies, droites à la pointe et écartées du tube de la
corolle dont elles n’égalent point la longueur; les fleurs
sont moins grandes.
La véritable primevère à grande fleur, extrêmement
commune dans le département de la Sarthe, n’y a ja-
mais été observée à hampe ombellifère. M. Barar»
nous dit aussi dans le supplément à sa Flore, ne l'avoir
jamais trouvée.
JT, PRIMEVÈRE VARIABLE.
Nous avons appelé primevère variable celle que
quelques auteurs ont regardée comme une simple va-
riélé à hampe ombellifère de la primevère à grande
fleur. M. pe CanDozze nous semble ainsi l'avoir envi-
sagée, quand elle avait Je style aussi long que le tube
‘de la corolle, et l’avoir rapportée à sa primevère à style
court, quand celui-ci était moins élevé que le lieu d’in-
serlion des étamines.
(241)
- Nous n’avons pas adopté le nom spécifique Bre-
vistyla proposé par ce botaniste célèbre, parce qu'il
entretenait une erreur. L’adijectif variabilis nous a
paru préférable, d’abord parce qu’il avait été primi-
tivement employé par Trarrinicr et par M. Baranrn,
et appliqué à des espèces qui comprenaient la nôtre;
ensuite, parce qu'il exprimait bien cette variation de
hampes uniflores et multiflores qu’on observe sou-
vent dans la primevère variable, quelquefois même sur
un seul pied.
Cette espèce nous a paru bien figurée par L’EcLuse
( Hist., 1, page 501). Cependant beaucoup d’au-
teurs ont rapporté cette figure à la primevère élevée
de Linx£, et ont par conséquent commis une erreur
d’autant plus grave, que la forme des feuilles, la
brièveté de la hampe et les fleurs nombreuses, pen-
chées et supportées par de longs pédicelles qui ter-
minent la primevère variable, ne peuvent convenir à
la plante de Lixxé; ils s'adaptent au contraire parfai-
tement à notre espèce. Nous nous fondons, pour cesser
de la considérer comme une simple variété de la pri-
mevère à grande fleur, 1° sur ce que les fleurs sont
notablement plus petites, le diamètre de leur limbe
ne surpasse pas la longueur de leur tube; 2° sur ce
que les divisions du calice sont plus courtes, élargies
à la base, droites vers la pointe, et surtout écartées
du tube de la corolle, dont elles n’égalent point la
longueur : les fleurs sont d’une couleur jaune plus
foncée.
Souvent nous avons trouvé des individus de cette
espèce sur lesquels il y avait des hampes multiflores
7)
(- 242 )
et uniflores ; dans ce dernier cas, c'était une hampe
dont quelques circonstances avaient empêché le: com -
plet développement; souvent elle en avait un com-
mencement et ne l’acquérait que l’année suivante.
Nous venons de rencontrer notre plante avec des
hampes toutes uniflores; elle conservait néanmoins les
caractères qui la distinguent de la primevère à grande
fleur. Ces observations s appliquent aussi à la variété
cultivée dans les jardins, qui quelquefois paraît sans
tige et finit par en acquérir une plus ou moins longue;
mais alors que ses hampes sont uniflores, nous la dis-
tinguons constamment aux caractères énoncés plus
haut et à ceux que nous établirons en parlant de la
primevère à grande fleur.
Cette primevère des jardins, qui est fort répandue,
et dont les couleurs parcourent toutes les nuances du
rouge, agréablement mélangé de jaune et blanc, n’a-
vait encore été trouvée spontanée qu’une fois en
France, par M. Porrer, aux environs de Fougères,
département d’Ille-et-Vilaine (1). Notre collègue, et
mon ami, M. Drouer, l’a observée de nouveau, en
1825, dans le département de la Sarthe, aux environs
de la forge de Ghemiré en Charnie.
L'espèce croît abondamment dans nos bois couverts
et montueux.
LL. — PRIMEVÈRE ÉLEVÉE.
L'espèce de primevère à laquelle nous avons réservé
l’épithète d’élevée, nous semble être celle que Linxé
LR SL NON NN
(x) Dict. bot., supp., t. IV, p. 551.
(245)
a appelée Primula veris elatior, et plus certainement
celles de MM. Surra /Flor. brit.), et nr Canpozre
{Flor. france.). Elle se caractérise par des feuilles su-
bitement rétrécies vers le milieu, ovales; par des ham-
pes longues terminées par des pédicelles courts, char-
gés de fleurs un peu penchées, dont la couleur jaune
pâle est uniforme, c’est-à-dire n'ayant point vers la
gorge de taches orangées comme dans les deux précé-
dentes, ni les plis dont celles-ci sont pourvues (1); les
divisions du calice sont lancéolées, aiguës et surpas-
sent à peine le milieu du tube de la corolle.
Cette espèce, qui n’a point encore été observée dans
le département de la Sarthe, croît dans les bois hu-
mides de la Queue en Brie, et de Ville-d’Avray, près
Paris. i
IV. — PRIMEVÈRE LATÉRIFLORE.
Cette espèce nous a été rapportée de Vendôme par
M. Drousr; elle croît abondamment dans un petit bois
couvert et montueux, appelé le bois de l’'Ermitage.
C'est celle qui, par le port, se rapproche le plus de
la primevère oflicinale, mais elle en diffère essentiel-
lement par le calice qui est appliqué sur la capsule et
plus court qu’elle, et par le limbe de sa corolle qui
est plane : elle diffère encore de la primevère élevée
et de la primevère variable, par ses dents calicinales
qui sont courtes, très- obtuses, comme arrondies et
terminées par une petite pointe foliacée très-aiguë.
(1) Les Primula grandiflora, variabilis et officinalis ont vers
Pentrée du tube de leur corolle une tache d’un jaune orangé; dans
cet endroit Ja gorge forme comme des plis plus où moins saillans.
17.
4
( 244 )
Les feuilles, dans cette espèce, affectent la même
forme que dans la primevère élevée et la primevère
officinale, mais elles sont plus velues. La hampe est
très-droite, plus ferme; les pédicelles qui la terminent
sont courts, droits, pubescens; les fleurs regardent
toutes du même côté, leur couleur est d’un jaune de
soufre, sans tache plus foncée ni pli à leur gorge.
C’est de toutes les primevères à limbe plane, celle qui
a les fleurs les plus petites; les segmens en sont ovales,
à peine échancrés; les divisions du calice sont courtes,
arrondies, acuminées, et watteignent pas le milieu du
tube de la corolle.
Ces caractères nous ont paru suflisans pour nous
autoriser à ne pas considérer cette plante comme une
simple variété de la primevère élevée, quoique nous
eussions pu y être engagés par l'exemple de RoœmER et
Scuurres, qui, dans leur Systema vegetabilium, 1. IV,
p- 156, décrivent une variété de la primevère élevée
qui paraît parfaitement se rapporter à notre espèce.
Nous en donnons la figure planche X. Elle a été
dessinée par M. Ferpixann Goupir, jeune homme de
vingt ans, dont le talent naissant fait concevoir d’heu-
reuses espérances.
EXPLICATION DE LA PLANCHE x.
La figure 1 représente la plante entière demi-nature;
La fig. 2, une fleur isolée ;
La fig. 3, le calice séparé ;
La fig. 4, le calice fendu et ouvert pour faire voir ses
dents arrondies et acuminées ;
La fig. 5, une corolle pour moutrer le reuflement de
son tube,
PIX.
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PRIMULA Lateriflora.
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( 245)
V,. — PRIMEVÈRE OFFICINALE,
Ce que nous aurons à dire de la primevère offici-
nale, connue de tout le monde, se bornera à rappeler
qu’on la distingue des autres espèces, non-seulement
par le limbe de sa corolle qui est concave, mais encore
par son calice renflé, dont les divisions courtes sont
obtuses.
Nous aurions pu entrer dans l’examen de quelques
variétés importantes, mais nous avons pensé qu’il sufli-
sait de les avoir mentionnées dans le tableau suivant
des espèces, auquel nous renvoyons,.
Nous ne terminerons point ces courtes observations
sans manifester notre crainte d’encourir les reproches
que nous avons nous-mêmes faits à d’autres, de créer
des espèces trop légèrement : nous prions ceux qui
nous condamneraient de ne pas nous juger trop sé-
vèrement, et de se persuader que nous avons été mus
par une conviction acquise par plus de dix années
d’une étude suivie. Cependant si une nouvelle atten-
tion donnée à ce sujet nous faisait reconnaître une
erreur, nous nous rangerions volontiers à l’opinion de
ceux qui pourraient regarder notre primevère variable
comme une variété de la primevère à grande fleur, et
notre primevère latériflore comme une variété de la
primevère élevée.
LORS E ES
(246)
TABLEAU DES ESPÈCES.
PRIMULA.
dhopidse, Dioscorines. — Verbasculum, Fucus.— 4r-
thetica, Arthritica, Ruszrius. — Herba paralysis,
Brunrezsius. — Primula veris, Marniorr, Dopoxæus,
SriGELius, GLusius, TourNeronT, — Primula, Linné,
JussIEU, GÆRTNER, DE GANDOLLE.
Calix monophyilus, tubulosus, pentagonus, quinque
dentatus, semper corollæ tubo dimidio longior aut
æqualis; corolla infundibuliformis, tubo dilatato ad in-
sertionem staminorum; stamina 5, inclusa; stigma 1;
capsula oblonga, unilocularis, apice multivalvi; flores
lutei nempe faucibus luteis; folia rugosa, herbacea (1).
Î. — PRIMULA GRANDIFLORA.
P. foliis obovato-oblongis; scapis unifloris; laciniis
(1) Doivent faire partie de ce genre les Primula perreiniana
Frucer; Pallasüi Leum; Amoœna Marscu. Breserst; Suaveolens
BertoLon ; {nflata Len.
Nous pensons que les autres espèces du genre Primula devront,
sous le nom d’Auricula, constituer un sous-genre, et même un
genre, ainsi que l'avait fait Tournerorr, et qu'on pourrait caraclé.
riser ainsi :
Calix monophyllus, campanulatus non angulatus , sæpiis corollæ
tubo dimidio brevior; floribus rubri aut albi, capsula subrotunda,
folia non rugosa subcarnosa.
IN. B. La Primula vitaliana Lan. spec. ferait partie du genre
ÆAretia où Androsuce.
(‘247 )
calicinis linearibus, acutis, adpressis, apice inflexis,
corollæ tubum æquantibus.
P. veris pallido flore humilis, Grus., Hist., 302.
P. veris floribus ex singularibus pallidis majoribus
simplicibus, J, Baun., Hist., ILE, 497.
P, n°1, Varce., Bof. par:;\pe 16%.
P. veris sylvestris flore pallido, Hort. Eyst. plant.
vern. ordo, À, fol. à, fig. 5.
P. veris acaulis, Lixn., Spec., 204.
P. elatior, var. &, Wicen., Spec., E, p. 801.
P. vulgaris, Suiru, FL brit., T, p. 222.
P. grandiflora, Lamk., FL. fr.
P. variabilis, var, &, TRATTINICK.
P. acaulis, LEnMANN, Mon. primul., p. 50.
P. grandiflora, pe Gann., Fl. fr., 2565.
Vulg. primevère, primerolle, Puput.
Var. B. Purpurascens, fauce luteo, limbo purpuras-
cente, Gircà Cœnomanum {Le Mans)in nemorosis um-
brosis, vulgd Marshain.
Var. CG. Alba, fauce luteo, limbo albescente, Primula
veris alia flore albo. J. Baun., IT, p. 497. Gircà Cœ-
nomanum in sepibus fabricæ, gallicè dictæ, Chemiré
en Charnie.
Var. D. Constantinopolitana, flore simplici rubra,
—carnea,—purpurea,—miniata, — ferruginea (Borr.,
Plant. hort. acad. Bat.), —viridi. (Primula veris flore
viridi simplici, Park., Par., 242.) |
— Flore multiplici luteo (Primula veris sylvarum
flore multiplici, dilute luteo, specioso, ampliato, Hort.
Eyst. plant. ver. ord., E. fol. »). Apud nos culta.
— Flore maltiplici albo, — lilacino, — violaceo, —
( 248 )
rubro, apud nos cultis, — viridi (Primula veris flori-
bus obscure virentibus fimbriatis, J. Baun., Hist., INT,
p- 498).
__ — Calycanthema flore albo, apud nos culta.
— Calycanthema flore viridi (Primula veris flore
viridi duplici, Park., Par., 242.)
Foliis obovato-oblongis, attenuatis, rugosis, sub-
tus hirsutis; scapis numerosis, lanuginosis, unifloris ;
laciniis calicinis linearibus, acutis, adpressis, apice in-
flexis, corollæ tubum æquantibus; floribus pallidè sul-
phureis, odoratis, fauce plicato (1), limbo plano am-
pliori quàm tubo, segmentis ovato-cordatis, basi au-
reis Z; martio, april floret; hab. in sylvis et umbrosis
et humidis; frequentissimè circà Cœnomanum.
IT, — PRIMULA VARIAGILIS.
P. foliis oblongis attenuatis, scapo mulüifloro; laci-
niis calicinis lanceolatis, acutis, patulis, apice rectis,
corollæ tubum subæquantibus.
P. veris pallido flore elatior, Gius., Hist., 501.
P. veris caulifera pallido flore, inodoro, aut vix odo-
ro, J. Baun., Hist., III, p. 496.
P. n°3; Varni., Bot. par., p. 164.
Àn P. elatior, var. z, Wizz., Spec., I, p. 801?
P. elatior, plurimorum auctorum.
P. grandiflora, var. Ê, scapo umbellifero, ne Ganp.,
FL. fr. 2565.
P. variabilis, var. 8 elatior, TrarrinicKk ? T'abular.,
413?
P. elatior, Lenmanx, Mon. primul., p. 55?
re
he OR, PR EE
(1) Voyez la note page 243.
( 249)
P. variabilis, var. *, BaarDr., Suppl, p. 26.
P. oflicinalis, Tauirvier, Flore paris., p. 98.
P. brevistyla, var. ;, DE Gann., FE. fr. suppl. 2565*,
P. veris, var. B, Nouv. Flore de Paris, »° édition,
vol. IE, p. 147.
Vulg. primevère, herbe à la paralysie.
Var. B, incisa. Paralysis inodora, calicibus dissec-
is Park., Par., 245. Primula elatior, var. B, incisa,
Nouv. Flore parisienne, 9° édit., vol. IE, p. 147. Hab.
circà Parisios.
Var. C, calycanthema flore luteo. Paralysis flore ge-
minato inodoro Park., Par., 245, apud nos culta.
Var. D, viridis : calice amplissimo, foliaceo, corolla
viridi minima, in tubum calicis inclusa. Paralysis flore
fatuo Park., Par., 245? Primula veris loco in summo
foliosa Tourner, /nst., p. 124? apud nos culta.
Var. E, ecalicina. Paralysis flore flavo, simplici in-
odoro, absque calicibus Park., Par., 245. Primula
veris inodoro flore calicis experte Tourner., /nst,,
p-127:
Var. F, hortensis, in hortis culta; a præcedentibus
differt pedicellis calicibusque pubescentibus, nec sub-
lanuginosis, corollis eleganter purpureis. Domin. Por-
RET nuper hanc varietatem detexit, in Armorica circà
Filiceras (Fougères), Dict. bot. suppl, vol. IV, p. 551.
Recentissime observata dilectissimo Drouer, circa
Cœnomanum ad fabricam gallicè dictam Chemiré en
Charnie.
Hæc varietas gaudet corolla purpurea variabili,nunc
calice corollæformi, quandoque flore multiplie.
Foliis oblongis attenuatis, dentatis, rugosis, sublus
( 250 )
hirsutis; scapo multifloro; pedicellis elongatis subla-
nuginosis; involucellis linearibus acutis ; floribus cer-
nuis vix odoratis; laciniis calicinis lanceolatis, acutis,
patulis, apice rectis, tubum corollæ subæquantibus ;
corolla lutea, fauce plicato, limbo plano, tubum æquan-
te; segmentis obovatis, cordatis, basi croceis. FI.
martio, aprili; hab. in sylvis umbrosis, non rard circà
Cœnomanum.
(Scapis multifloris et unifloris in varietatibus À F
sæpè simul reperiuntur.)
LIT. — pRIMULA ELATIOR.
P. foliis ad medium contractis, ovatis, scapo multi-
floro ; dentibus calicinis lanceolatis, acutis, apice rec-
lis, vix medium tubi corollæ superantibus.
P. veris elatior, Lixx., Spec., 204?
P. officinalis, var. 8, Laux., llust., 1928.
P. elatior, Suiru, FF. brit., I, p. 2253.
P. elatior, ne Caxp., FI, fr., 2366.
Foliis ad medium contractis, dentatis, rugosis, sub-
tus hirsutis, petiolo alato, hirsuto; scapo multifloro
elongato, pedicellis hirsutis; floribus erectiusculis ino-
doris; dentibus calicinis lanceolatis, acutis, apice rectis
vix medium tubi corollæ superantibus ; corolla dilute
lutea, fauce æquato, limbo plano minori quàm tubo,
segmentis cordatis æquè coloratis. Z FI. martio, aprili;
hab. in sylvis humidis, circà Parisios, V’ille-d’Avray,
la Queue en Brie.
IV. — PRIMULA LATIFLORA (NOBIS).
P. foliis ad medium contractis, ovatis; scapo multi-
floro; floribus secundis: dentibus calicinis brevibus,
( 251 )
rotundatis, acuminatis,vix medium tubi corollæ æquan-
tibus.
P. elatior, var. y, Lenmann, Mon. primul., p. 53?
P. variabilis aurea, Trarrinierk, Tab., 420?
P. elatior, var. +, Roeum. et Scuuzr., Syst. veget.,
vol. IV, p. 156?
Foliis ovatis, ad medium contractis, dentatis, rugo-
sis, utrinque hirsutis, petiolo alato hirsuto; scapo mul-
üifloro ; pedicellis brevibus'erectis, pubescentibus; in-
volucellis ovato lanceolatis; floribus secundis, inodoris;
dentibus calicinis brevibus,rotundatis, acuminatis, vix
medium tubi corollæ æquantibus; corolla sulphurea,
fauce æquato, limbo plano, multd minori quàm tubo;
segmentis ovatis, vix emarginatis, æquè coloratis; calix
capsulæ appressus et multo brevior, Z FIL. martio,
aprili; hab. in sylvis umbrosis montosis, circà Ven-
docinum (Vendôme), in loco vulgd dicto, Bois de
l'Ermitage, qud reperta fuit dilectissimo Drougr.
V. — PRIMULA OFFICINALIS.
P. foliis abruptè contractis, subcordatis; scapo mul-
tüifloro; floribus secundis, nutantibus, limbo concavo:;
calice inflato, dentibus obtusiusculis.
P. veris flavo flore elatior, GLus., Hist., 301.
P. veris odorata flore luteo simplici, J. Baun., Hist.,
ILE, p. 495.
Pn°2, VAILL.. Br, par., p. 164.
P. veris officinalis, Livn., Spec., 204.
P. officinalis, Jaco., Mise., I, P+ 199.
P. officinalis, Buz., {/erb., tab. VD
P. veris, Wii. , Spec. 1, p. 800.
( 252 )
P. veris, Surru., FL br., 1, p. 295.
P. oflicinalis, var. 4, Lamx., Z{lust., 1928,t. XCVIIL,
fig. 2.
P. oflicinalis, ne Canp., FI. fr., 2563.
P. veris, LEHmANx, Mon. primul., p. 27.
Primevère, Flore médicale, LXXIV®: livraison.
Vulg. cocou, braies de cocou, herbe de Saint-Pierre,
herbe à la paralysie.
Var. B, sylvatica, floribus majoribus. In sylvis circà
Cœnomanum.
Var. CG, calycanthema, calice corollæformi. Primula
veris gemino flore ( Hort. Eyst. plant. vern. ord., T,
fol. 5, f. 4. Hab. circà Cœnomanum.
Var. D, multiplex, sexibus in corollis mutatis. Gircà
Cœnomanum.
Var. E, biumbellata, umbellula è centro generali
crescente. Gircà Parisios.
Var.F, uniflora, scapo unifloro,aborta pedicellorum,
præter unum. Circà Parisios, Gæœnomanum.
Foliis ad medium abruptè contractis, ovatis, sub-
cordatis, rugosis, sublus incano-hirsutis, petiolo alato,
sublævi; scapo multifloro; pedicellis pubescentibus,
inæqualibus; floribus nutantibus, secundis; calice in-
flato, dentibus obtusiusculis; corollis luteis, fragran-
tibus, fauce plicato, limbo concavo, segmentis corda-
is, basi maculis aurantiacis notatis. Z FI. martio,
aprili; hab, ubique in pratis, sepibus, sylvis.
AA AVAL AAA VV TRE 0/V LVU/AUA/VLO/ SL 0/00 0 LVL V0 00/0 AA VD
PHÉNOMÈNE
Observé sur une espece de Bauhinia, par
M. PerrorTeT, membre résidant.
Depuis le mois de janvier 1822 que je suis attaché
à la culture des serres chaudes du Jardin des plantes
de Paris, j'ai été en état de suivre, dans leur végéta-
tion, les nombreuses plantes que j’ai rapportées de
mes voyages aux îles de la mer d’Asie et sur une partie
du continent de l'Amérique méridionale; je me suis
également trouvé en mesure de recueillir une longue
série de faits curieux sur les habitudes d’un très-grand
nombre de végétaux. Je me propose de les faire con-
naître successivement. Aujourd'hui je viens, Mes-
sieurs, vous entretenir d’un phénomène que m’a offert
le Bauhinia.
Chacun de vous connaît ce beau genre que Pru-
uiEr a dédié aux deux frères BauniN, dont les travaux
ont été si utiles à la botanique. Je ne vous parlerai
point de la jolie espèce que Linxé nomme Bijuga,
pour rapprocher la gloire inséparable de ces deux il-
lustres Francais, qu’une persécution religieuse fit
naître à Bâle en Suisse; mais je vous citerai le Bau-
hinia divaricata qui m'a présenté le sujet d’une ob-
servation nouvelle.
Le 5 juin 1822, à trois heures de l'après-midi, visi-
( 254)
tant la grande serre que l’on désigne sous le nom de
Serre Riédlé, et fixant particulièrement mes regards
sur les plantes que leur constitution délicate condamne
à vivre enfermées toute l’année, je remarquai un Bau-
hinia dont les feuilles étaient légèrement fanées. Je
lui donnai de l’eau, et je m'’arrêtai près de lui. Les
êtres faibles et souffrans appellent la compassion. Je
prenais plaisir à le voir reprendre un peu de force à
mesure que l’eau pénétrait dans tous ses pores. Ce fut
alors qu'à mon grand étonnement je vis les aiguil-
lons, dont la tige et les rameaux sont armés, m'offrir
à leur extrémité une gouttelette d’une liqueur trans-
parente, de la grosseur d’un grain ordinaire de plomb
à lièvre; j'y portai les doigts, comptant bien la trouver
liquide, mais elle était dure et presque de la consis-
tance du sucre-candi. Je la goûtai et la trouvai très-
sucrée, d’une saveur agréable, amie de lestomac, et
me parut ne se rapporter à aucune saveur connue. Je
ramassai avec soin toutes les boules cristallines que
la plante put m'offrir, et j'en fis goûter à plusieurs
personnes qui partagèrent toutes la même impression
que moi. Le lendemain, à huit heures du matin, je re-
vins à mon Bauhinia; ses aiguillons étaient de nou-
veau couronnés par de brillantes gouttelettes, moins
grosses que celles recueillies la veille, et surtout non
cristallisées; ce n’était plus qu’une eau sirupeuse, très-
sucrée, et que je compare au miélat qui enduit la su-
perficie des feuilles des érables, des tilleuls et de plu-
sieurs autres végétaux dans les temps très-secs.
Pendant cinq à six jours, je trouvai exactement des
globules liquides, mais elles diminuaient sensiblement
( 255 )
de volume chaque jour. La nuit je n’en trouvai jamais.
Enfin elles disparurent tout-à-fait, et je n’en revis plus
de tout l'été.
Comment se rendre compte de ce phénomène ? Est-
il dû à une surabondance de sève ou bien à une ma-
ladie de la plante ? Est-il particulier au genre Bau-
hinia, où seulement à l'espèce divaricata ? je l'ignore
encore, el pour mener à la solution de ce fait singu-
lier, que je serai peut-être en état d'expliquer plus
tard, il est bon de noter ici l’état de la plante et celui
de l’atmosphère au moment de mon observation.
Le Bauhinia divaricata était alors tenu dans un
gros pot de terre légère ; sa tige avait de 12 à 20 déci-
mètres (4 à 6 pieds) d’élévation et végétait avec vi-
gueur. L’atmosphère extérieure était très-chaude et
surtout très-sèche; le thermomètre de R£aumur,
placé sur l’arrière de la serre, marquait 26° et demi.
Cette température était sans contredit plus élevée que
celle qui règne habituellement dans les climats où le
Bauhinia croît spontanément, c’est-à-dire par les 6 et
7° de latitude, puisque le thermomètre s’y élève rare-
ment au 26° degré qu’il ne dépasse point.
D’après l’état de la température, on pourrait recon-
naître ici la présence du miélat, l’exudation d’une
sève trop abondante; mais ce phénomène, qui cesse
d'ordinaire sur toutes les plantes qui y sont sujettes
du moment que l'atmosphère est chargée d'humidité,
s’est manifesté sur le Bauhinia, quand le ciel était
couvert de nuages, que la rosée était très-forte et même
froide, et que le thermomètre atteignait à peine les 18
et 20° de l’échelle de Réauuur.
( 296 )
Les végétaux qui présentent sur leurs feuilles le suc
que l’on nomme miélat sont toujours languissans, et
après cette grande transparition leurs jeunes pousses
ne réussissent pas. Îl en a été de même chez le Bau-
hinia divaricata. L’arbrisseau a continué de végéter
avec force jusqu’à l’automne, il poussa même de longs
rameaux, mais grêles, d’une consistance peu ligneuse :
ces produits faibles purent résister à la rigueur de
l'hiver. Les rameaux se détruisirent jusque sur le
vieux bois, ce qui m'obligea de les rapprocher de la
tige principale le printemps de 1825; j'espérais faire
de nouvelles observations pendant l’été, mais la plante
continua de demeurer dans un état de dépérissement
jusqu’à ce moment (avril 1824), qu'elle commence à
donner les signes d’une végétation peu vigoureuse,
En doit-on conclure que les gouttelettes sucrées et
cristallines du Bauhinia divaricata n’étaient rien
autre chose qu’une sorte de miélat, un état morbide ?
Je ne le pense pas encore. Les végétaux tenus dans
les serres chaudes sont placés sous l'influence de cir-
constances si différentes de celles sous lesquelles ils
vivent dans l’état de liberté, qu'il ne faut point pro-
noncer de suite sur les phénomènes qu'ils présentent.
On doit, je pense, en tenir note, les faire connaître
dans leurs détails, et attendre que des botanistes in-
struits répètent les mêmes observations dans la patrie
même des plantes nommées. C’est d’après celle per-
suasion que je vous soumets, Messieurs, ce que j'ai vu;
heureux si, durant le voyage que vais entreprendre
incessamment dans l'Amérique du sud et sur les côtes
occidentales de l'Afrique, je puis découvrir la raison
(257)
du fait que j’expose à vos yeux. Je vous en instruirai,
comme je me promets bien de vous communiquer les
autres remarques que je serai dans le cas de faire.
Jaurai toujours du plaisir à vous payer ainsi le tri-
but de ma reconnaissance et de mon parfait dévoue-
ment.
18
LAN LVL UV UV ARE LULU UE VAR UV LUE LULU LA 114144123131
POLYPORI PISACHAPANI 4)
Ilustratio, auctoribus Curisriano Goporreno
NEEs AB ÉsENBECrk, et Tu. Frinerico Lupo-
vico NEEs A8 EsENRECK, fratribus, Societ. Lin.
Parisiensis soctis.
Polyporus pisachapani.
P. (Pleuropus) suberosus, niger, pileo horizontali
margine radiato, radiis prælongis arcuatis apice pallidis.
Habitat ad truncos putridos Javæ insulæ. Brume.
DESCRIPTIO.
Inter multa atque pulcherrima Floræ dona, quæ
Bzuuius noster in Java insula, plantarum fertilissima,
collegit et humanissime nobiscum nuper communica-
vit, nulla res magis hominum oculos in se convertit,
quan fungus iste, qui ex humilioribus quidem et e ser-
vorum tribu ortus, tamen allioribus cunctis ipsisque
principibus plantarum aliena sua et sane miranda specie
antecellit.
Est ingens quidam Boletus, manus, prælongis digitis
instruciæ, forma, coloris aterrimi, soli illius vi et uber
late e Polypororum familia enatus. Slipes erectus, non-
nibilincurvus et subrugosus, sex pollices longus, vix pol-
licem dimidium crassus, durus et lignosus, apice expan-
———_—_—_.—
(1) Pisdcha (Pisaischa pronuntiandum) démon malignus, et pdnr,
manus, à SCHLEGEL.
( 259 )
ditur in pileum horizontalem semicircularem quinque
polliceslatum, duos pollices cum dimidio longum et tres
ad quatuor lineas crassum, qui latere superiori ater et
nitidus, more generis striis concentricis elevatis dis-
tinguitur. In latere inferiori hymenium videbis, linea
marginali prominente cinctum, cujus pori, per se
quidem minutissimi, materie etiam vernicosa obliti nu-
dosque oculos, veluti punctula superficilia, facile effu-
gientes, cultri et lentis vitreæ ope quærendi sunt. Et
ad hos usque terminos fungus quidem noster formæ
tritissimæ esse videtur nec quidquam insoliti refert.
Sed nova statim orta evolutione, pileus iste parvus in
appendicem, mole sua et forma perinsignem, incres-
cit. Apex etenim pilei abit in processum latum, carpo
manus similem, ex quo radii septem longissimi, leni-
ter incurvi, ad basin compressi, reliqua autem parte
teretes, nonnihil rugosi et subnodosi, in apicem acu-
tiusculum desinentes, ascendunt, qui in longitudine
pollicum viginti et duorum sunt, lineas autem quatuor
vel quinque crassi coloris in sicco atri, nitentis, ver-
sus extremum apicem in ferrugineum vergentis. Adest
præterea octavi radii pars imperfecta, exigua et quasi
trunca. In fungo recenti cl. Biumius radios istos spis-
siori quadam collinitos observavit mucilagine, quæ ex-
siccando denique in crustam rigidam resinosam et
quasi vernicosam induruit.
Structura interna stipitis strata quatuor diversa os-
tendit, quorum exterius durissimun est et contextus
floccosi densioris; secundum, molle, spongiosum et
castanei coloris, e contextu floccoso laxiori constat:
stratum tertium idemque majorem tolius stipitis par-
18,
( 260 })
tem implens, sublignosum, e meris vesiculis subglobo-
siscompositum, ad super accedit et cavitatem veluti me=
dullarem, substantia floccoso-stupposa, stralo secundo
simili, repletam, cingit. Apices radiorum, cortice du
riori orbati, toti floccis quam in secundo tenerioribus,
sed magis compactlis, continentur. Qua ratione fungi
hujus structura interna, quamvis e simplicissimis ele-
mentis composita, diversa arborum strata, corticem,
librum, lignum et medullam, imitatur.
Pori hymenii, sub microscopio composito exami-
nali, thecas tenuissimas filiformes pellucidas produnt ;
spor& desiderantur,
Locuminsystemate mycologico singulari huic speciei
quærendo non incommode inter Polyporos pleuropo-
des post Polyporum amboinensem F. collocabis, etiamsi
ab omnibus congeneribus appendice ïlla maxima et
monsirosa summopere aberret et simile quiddam cuin
Clavariis et cum Cordyliarum stromate habeat.
ADNOTATIO. — Fungi illi digitati, a Rumpwio in
Herbario amboinense obiter commemorati, accedere
videntur nostiro.
EXPLICATIO TABULÆ XI.
1. Fungus, a frente visus, semi-magnitudine naturali,
2. Idem, a latere delineatus, ut radiorun incurvatio
appareat. ue
3. Pileus sine s.ipite et radiis, a Lilere super ori v sus.
4
ee
Idem, a latere infériori.
Lanvin. 7071/
ees von Len beck., del. 4
Mem.. de Ur Joe: Linne 1824) PLAI
Tree mon Esenbeck, del Zaroin, seul
(.2641:)
5. Segmentum transversale stipitis magnitudine na-
turali,
6. Pars hymenii, lente aucta.
7. Pori hymenii cum ascis, maxime aucti.
8. Segmentum transversale stipitis, maxime auctum,
quo structura strati primi, seu exterioris, et secundi il-
lustretur.
9. Segmentum longitudinale strati corticalis, maxime
auctum.
10. Segmentum transversale strati tertii, eadem ra-
tione auctum, ut structura vesiculosa in conspectum ve-
nat,
VRAI VAS VV V VAMVUVUSAVVUE LR VO/0/V 0/0 LUS VAL VAR VILA VU TS
EXTRAIT D'UN MÉMOIRE
INTITULÉ :
Recherches sur la lumiere dans la théorie des
vibrations, suivies de quelques idées de son
action sur les étres organisés, et particulière-
ment dans la végétation G); par M. CG. BaizLy,
membre auditeur.
Arnès avoir jeté un coup d’œil rapide sur la direc-
tion des études scientifiques chez les anciens et à la
renaissance des lettres ; après avoir démontré que la
marche de lesprit humain était alors systématique el
non théorique, parce qu'il s’abandonnait aux capri-
ces de l'imagination, au lieu de s’appuyer sur l’obser-
vation et l'expérience, l’auteur établit que si nous ne
sommes point encore en état de soulever tous les voiles
dont la nature s’enveloppe, du moins de nombreux ja-
lons sont-ils placés dans ce champ diflicile à parcou-
rir, en sorte que, malgré que des obstacles nous em-
pêchent encore de suivre tous leurs rapports, et par
conséquent ne nous permettent pas de mesurer l’é-
RC EX COST EME EN ET <<
(1) Il est à regretter que ce mémoire, lu à la séance du 6 mai 1824,
n'ait pu, à cause de son étendue, être inséré en entier dans les
Annales, mais nous tâcherons, dans cet extrait, d’en offrir la sub-
stance, et de ne point nous écarter des idées de Pauteur : pour cela
nous ne ferons pour ainsi dire que transcrire les principaux passages
de son mémoire.
( 265 )
tendue que nous avons explorée, il devient cependant
nécessaire de lier les faits par une théorie. Les systèmes
donnent pour vrai, pour certain, ce qui ne repose que
sur le terrain mobile des hypothèses; tandis que les théo-
ries, s'appuyant de toutes les observations, basées sur
l’explication qu’elles donnent de tous les faits connus,
sont des guides qui soulagent la mémoire, facilitent
l'étude, préparent les découvertes, vont au-devant des
expériences. Jamais elles ne donnent pour certain ce
qui ne l’est pas, elles deviendraient alors des systèmes,
mais elles embrassent tous les phénomènes, toutes les
observations, elles en forment un corps de doctrine.
Dans l’étude de la nature, les savans ont reconnu
de nombreux agens à l'influence desquels tous les
corps sont soumis plus ou moins directement ; il en
résulte que le naturaliste, qui ne se borne pas à l’aride
nomenclature des êtres, mais qui s'élève à la philoso-
phie de la science, ne peut négliger l’étude de ces
agens physiques. Parmi ces forces qui semblent influer
si puissamment sur les êtres organisés, au premier
rang viennent se placer les fluides impondérables.
L'action de la chaleur, de la lumière, de l'électricité,
a de tout temps été considérée comme pouvant jeter
un grand jour sur l’explication des nombreux phéno-
mènes naturels ; aussi les naturalistes et les physiciens
altribuèrent-ils à ces principes tels ou tels faits, tels
ou tels phénomènes; aussi voyons-nous ceux qui cher-
chent les lois inconnues de l’organisation et de la
vie dans la physique et la mécanique, aussi bien que
ceux qui l’expliquent d’une manière physiologique, et
en supposant l'existence d’un principe vital quelcon-
( 264 )
que, appeler souvent à leur secours les agens dont nous
venons de parler. En effet, quelle que soit la nature,
quel que soit le mode d’action de ces agens, leur in-
fluence se manifeste si ouvertement, si puissamment,
dans tant de circonstances, qu’on ne peut nier qu'ils
jouent un rôle de première importance dans l’or-
ganisation et la vie des végétaux aussi bien que des
animaux. Ne voyons-nous pas les uns et les autres lan-
guir, s’élioler, périr bientôt lorsque l’influence bien-
faisante de ces agens leur est refusée? ne les voyons-
nous point présenter un tissu lâche, incomplet, qui
annonce une prompte dissolution, lorsque leur exis-
tence se prolonge dans l’obscurité? Ne savons-nous
point au contraire que la chaleur et la lumière sont
des conditions impérieusement nécessaires au dévelop-
pement des êtres vivans ? ne savons-nous pas que la
végétation et l’animalisation sont constamment en pro-
portion avec la puissance de ces forces? Si nous voyons
que sans chaleur, sans lumière, il ne naît point de corps
organisé, ne sommes-nous point conduits à en conclure
que ces fluides excitent, irritent, mettent en jeu les
organes des végétaux et des animaux, et y développent
les facultés nécessaires à l’entretien et à la conserva-
tion de la vie, peut-être même en sont-ils la cause pri-
mitive (1)?
Mais deux systèmes partagent les savans sur la na-
ture, et par suite sur le mode d’action de la chaleur
(1) L'auteur a déjà émis cette opinion dans ses Elémens d'horti-
culture, intitulés : A/anuel théorique et pratique du Jardinage, 2 vol.
in-18, dans le chapitre où il donne une idée de l’organisation des
végétaux.
( 265 )
et de la lumière; celui que l’auteur de ce mémoire
regarde comme le plus probable, celui qu'il dit avec
raison être étayé de plus fortes preuves, être appuyé
du suffrage du plus grand nombre de physiciens de
nos jours, est entièrement inconnu des naturalistes,
parce que ce n’est que récemment qu’il a été rappelé à
l'attention des savans, et ils l’avaient, pour ainsi dire,
condamné sans le connaître. Le but de ce mémoire
est de donner une idée de la manière d’envisager tous
les phénomènes de la lumière dans ce nouveau sys-
ième; travail neuf, puisque ces notions ne se trouvent
encore qu'éparses dans divers mémoires, et y sont in-
complètes, sans liaison. M. Barzzy, ainsi qu'il le dit, a
voulu chercher à démontrer que cette nouvelle théorie
de la lumière et de la chaleur, contre laquelle il n’a
élé présenté aucune objection sans réponse, qui réunit
en sa faveur les plus fortes probabilités, loin de ren-
verser ou contredire les idées des naturalistes et des
physiologistes, loin d’être rejetée par eux, comme elle
s’en est vue menacée, sans examen, dès sa naissance,
doit au contraire être accueillie avec empressement,
puisqu'elle semble se prêter à l'explication des phé-
nomènes naturels d’une manière plus simple et plus
féconde.
Il nous est impossible de rien retrancher dans l’ex-
posé que fait l’auteur de sa théorie de la lumière, qu'il
annonce extraire lui-même d’un abrégé de physique
qu'il doit publier incessamment; ainsi nous transcri-
rons en entier cette seconde partie de son mémoire.
« Nous sommes averlis de la présence des objets qui
sont en contact avec nos organes var le sens du tou-
( 266 )
cher, et par ceux de l’odorat et du goût, qui ne sont
que des modifications du premier, appropriées à cer-
tains corps. L’ouie nous fait apprécier ces mouvemens
particuliers de l’air et des corps en vertu desquels ils
deviennent sonores; l’œil nous fait connaître des ob-
jets séparés de nous par de grandes distances, nous fait
embrasser en un instant leurs formes et leurs con-
tours, nous avertit de propriétés particulières, telles
que les couleurs, qui nous seraient demeurées éternel-
lement inconnues, nous permet souvent d’avoir la per-
ception d'objets séparés de nous par d’autres corps,
nous fait enfin pénétrer dans l’immensité de l’espace
pour nous en révéler l’ordre. L’œil est un scrutateur
exact qui franchit pour nous les espaces et va au loin
s'informer des propriétés et de l’état des corps pour
nous en rapporter l'avertissement avec une prompti-
tude infinie. Que serions-nous sans cet admirable or-
gane ? à quelles idées serions-nous limités si la per-
ceplion de notre esprit à tous ne pouvait s'étendre
plus loin que la distance où notre main palpe les corps?
sans doute nous serions réduits à une vie à peu près
végétative, Mais quelle idée doit-on prendre du génie
de l’homme, en le voyant accroître encore les facultés
dont la nature l’a doué, trouver les moyens de recti-
fier les défauts de ses organes, et enfin de leur faire
franchir des espaces dont l’entrée semblait leur être
à jamais interdite ?
» Quelle est donc la matière qui forme ainsi l’inter-
médiaire entre les objets et notre organe, qui nous fait
percevoir la sensation des objets éloignés? quelle est
la cause de la visibilité ? Est-ce en recevant de la part
(267)
des corps lumineux ou éclairés une émanation de par-
ticules lancées avec une force et une vitesse extrêmes,
ainsi que le pensait Newrow, ainsi que l’enseignent
tous les traités élémentaires de physique ; en un mot
les phénomènes lumineux et calorifiques sont-ils dus
à une émission? ou bien est-ce au moyen du choc
répété des vibrations d’un fluide éminemment élasti-
que, universellement répandu, ainsi que l’ont imaginé
Descarres et Huyenens, ainsi qu'ont cherché à le
prouver MM. Tu. Youxe, Araco et Fresner? enfin les
mêmes phénomènes sont-ils produits par des ondula-
tions propagées de proche en proche? Tels sont les
deux systèmes qui partagent les physiciens sur la cause
productrice de la lumière et de la chaleur, des cou-
leurs et de la vision. Nous ne nous arrêterons point
au développement du premier, suffisamment connu et
d’ailleurs expliqué dans tous les traités de physique,
et nous exposerons sur-le-champ, en peu de mots, de
quelle manière il nous semble qu’on peut envisager
toute la théorie de la lumière, et concevoir les phéno-
mènes qu’elle présente dans le second. Nous allons
voir que dans ce système il suffit d’admettre l'existence;
d’un éther auquel les corps lumineux communiquent
un mouvement vibratoire, pour en voir jaillir, comme
d’une source féconde, toutes les lois de la marche de
la lumière, soit dans l’espace, soit à la rencontre des
corps, soit en pénétrant dans leur intérieur.
» S'il nous était permis d'exposer les expériences sur
l'inflexion que la lumière éprouve en passant près des
extrémités des corps, expériences qui ont servi de
bases à M. Youxc pour l'établissement de sa théorie
( 268 )
des interférences ; s’il nous était permis de dévelop-
per comment deux rayons qui se rencontrent dans un
même lieu produisent souvent une obscurité complète
au point de leur rencontre, peut-être serait-on frappé
du haut degré de probabilité que ces phénomènes,
inexplicables dans le système des émanations, donnent
à celui des ondes; s’il nous était permis de présenter
un aperçu des phénomènes de distraction de lumière
et des anneaux colorés, où l’on voit se produire, en
raison de la différence des chemins parcourus, en rai-
son de la longueur des ondulations qu’on est parvenu
à mesurer approximativement, des bandes alternati-
vement obscures et lumineuses, ou colorées dans un
certain ordre, peut-être trouverait-on d’une grande
force le faisceau de preuves qui indique que la lumière
est le résultat des vibrations d’un éther; mais nous ne
pouvons point développer ici un traité complet de la
lumière, nous sommes contraints de nous borner à de
simples aperçus, ce qui fera excuser, nous l’espérons,
l'obscurité qui pourrait se rencontrer dans quelques
portions de ce travail. Qu'il nous soit permis du moins
de montrer la grande analogie qui existe entre la pro-
duction du son dans l’air et celle de la lumière dans
l’éther : cet exposé est nécessaire pour l'intelligence
des phénomènes.
» On sait que dans les milieux de densité semblable,
tous lessons, quelles que soient leur nature et leur éner-
gie,se propagent avec la même vitesse, qu'ainsi leur in
Lensité dépend de l’amplitude des oscillations du corps
sonore, mais non de la vitesse de transmission du son.
On sait également que la nature des sons, c’est-à-
( 269 )
dire le ton, dépend de la succession plus ou moins
rapide des vibrations, succession qui dépend de la lon-
gueur des ondes, mais ne change rien à la vitesse de
propagation du son à travers les différens milieux. On
sait encore, et c’est une conséquence rigoureuse de la
nature dés mouvemens vibraloires qui sont produits
par des condensations et des raréfactions alternatives,
que toutes les fois que deux ou plusieurs ondes sonores
parviennent en un même point, elles s'ajoutent ou se
combinent lorsque dans cet instant leur mouvement
se fait dans le même sens, et qu’elles se détruisent,
se neutralisent, lorsque ce mouvément est contraire.
On a pu remarquer les mêmes effets lorsque l’on jette
une pierre dans l’eau : aux endroits où des groupes
d'ondes à peu près égaux se croisent , l’eau demeure
immobile, tandis qu'aux endroits où ils coïncident, les
ondes sont renforcées. Ces principes démontrés par
lexpérience, que le calcul prouve être inhérens à la
nature des milieux homogènes auxquels on commu-
nique un mouvement d’oscillation, s’appliquent en-
tièremént aux phénoinènes de la lumière, et vont
servir à les expliquer d’une manière aussi simple que
féconde. Mais faisons déjà remarquer que l’obscurité,
c’est-à-dire la cessation du mouvement vibratoire,
produite par la coïncidence de deux ondes dans le
même lieu, ne doit plus étonner : il suffit en effet pour
cela qu’elles y arrivent avec des mouvemens d’ordre
contraire, c’est-à-dire l’une avec un mouvement en
avant, que j'appelle de condensation, l'autre avec un
mouvement en arrière, que j'appelle de raréfaction,
ce que nous verrons dépendre nécessairement des dil-
( 270 )
férens chemins parcourus ou des différentes vitesses
de propagation du mouvement, selon la densité des
milieux. C’est ainsi qu’on est parvenu à déterminer la
loi des influences semblables ou contraires, à recon-
naître que la longueur moyenne des ondulations lumi-
neuses est d'environ un demi-millième de millimètre,
et à calculer que la millionième partie d’une seconde
suflit à la production de cinq cent soixante-quatre
mille ondulations. Nous disons la longueur moyenne,
car de même que les divers sons appréciables sont
produits par des ondulations de longueur différente, de
même les rayons des diverses couleurs ne sont point
produits par des ondes égales; celles qui donnent
la sensation du rouge sont presque doubles en lon-
gueur, mais trois fois moindres en vitesse d’oscillation
que celles qui produisent la sensation du violet. On
doit donc penser, et cette supposition semble bien na-
turelle, que les corps qui sont lumineux, soit par in-
candescence, soit par toute autre modification, ont
des molécules dans tout état de vibration possible,
vibrations qui se communiquent à l’éther environnant.
Nous ne saurions irop insister sur ce point: ces vitesses
d’oscillation si différentes, si inégales, ne changent rien
à la vitesse de transmission de la lumière, de même que
l’air transmet également les sons les plus graves et les
plus aigus, par la raison que si la succession des con-
densations et des raréfactions est plus rapide, le rayon
qu’elles embrassent est moins grand précisément dans
le même rapport. Mais cette inégalité de vitesse dans
le mouvement primitif a pour résultat immédiat la
formation d’ondes de longueur différente : car dans
(271)
un milieu homogène et élastique comme l’éther, la
répétition plus rapide des vibrations ne saurait avoir
lieu si la longueur des ondes ne variait pas. On doit
donc concevoir que le corps lumineux imprime à l’é-
ther des oscillations de toute vitesse, y produit par
conséquent des ondes de longueur très-inégale. Toutes
celles dont l’étendue varie entre 4 et 6 dix millièmes
de millimètre environ sont perceptibles pour nos or-
ganes : par l'impression de leurs vibrations, qui, en
raison de la longueur des ondes, sont plus ou moins
rapides, elles produisent en nous, lorsqu’elles ont une
certaine durée et une certaine intensité, la sensation
de toutes les couleurs, de même que les vibrations
plus ou moins vives des corps sonores, transmises à
notre oreille, nous donnent la sensation des différens
tons. Toutes les ondes dont la longueur excède celle
que nous venons de mentionner, sont invisibles pour
nous, mais manifestent leur présence par des actions
calorifiques ; celles dont la longueur est moindre, dont
nous ignorons pareillement la limite, sont également
insensibles à nos organes de vision, mais se mani-
festent par des actions chimiques. Il est inutile de
faire remarquer que d’autres êtres pourront avoir d’au-
tres limites de vision, et pour le dire en passant, rien
n’explique plus facilement la vision parfaite de certains
animaux dans ce qui est pour nous l’obscurité la plus
complète : il en résulte aussi que tous les êtres ne
doivent point avoir la sensation des mêmes couleurs,
et c’est ce que l’expérience semble confirmer : enfin,
on peut en conclure que ces animaux des dernières
classes, qui paraissent dépourvus des organes de la vi-
(272)
sion, mais agissent comme s'ils en étaient doués, sont
avertis de la présence des objets extérieurs par une
action purement calorifique ou chimique des rayons
sur leur corps.
» Ainsi un fluide éthéré, éminemment subtil et élas-
tique, remplit tout l’espace, et nous prions de remar-
quer ici que l'existence d’un tel fluide, admis par la
plupart des physiciens et des philosophes, et par New-
Ton lui-même, paraît maintenant. démontrée par tous
les phénomènes électriques; puisque, pour concevoir
la transmission instantanée des décharges, il est né-
cessaire d'admettre un milieu électrique aussi élastique
qu'il est nécessaire de le supposer pour la propagation
de la lumière. Les corps lumineux, par les mouvemens
oscillatoires de toutes sortes que prennent leurs molé-
cules, en vertu de causes qui nous sont inconnues,
mais qui sont peut-être analogues aux courans élec-
triques que nous voyons produire l’incandescence, im-
priment à cet éther des vibrations également de toute
nature, forment conséquemment des ondulations de
toute longueur; mais ces variations se succèdent si
rapidement que chacune d'elles ne peut produire une
impression : la sensation sera donc le résultat de leur
effet composé, et on n’appréciera ni leurs accords ou
discordances, ni leurs couleurs, c’est-à-dire leurs lon-
sueurs d’ondulations : la lumière paraîtra blanche,
accompagnée d'effets calorifiques et chimiques et sans
interférences. Mais, si, par un moyen quelconque, nous
séparons ces eflets partiels, et les forcons de se con-
tnuer pendant un temps appréciable, dès lors nous
pourrons juger la longueur des ondes et les points où
(27%)
le mouvement vibraloire a lieu en avant ou en arrière;
dans ce cas, les couleurs, c’est-à-dire les tons de la
lumière, nous seront appréciables; les effets calori-
fiques et chimiques pourront être produits sans lu-
mière; des interférences, c’est-à-dire des destructions
de lumière produites par la rencontre de plusieurs
rayons pourront se manifester. Il est inutile de faire
remarquer qu'aucune de ces circonstances, c’est-à-
dire la nature des vibrations, l’ordre des mouvemens,
la vitesse de propagation, ne seront modifiées par l’in-
tensité de la lumière; car alors, de même que pour le
son, l'amplitude seule des oscillations varie, mais du
reste tout demeure dans le même état.
» Tels sont les phénomènes que présente la marche
de la lumière ; tous, démontrés par l'expérience, sont
aussi des conséquences nécessaires de l’existence d’un
éther mis en mouvement vibratoire, et tel est l’avan-
tage de cette théorie : c’est, en embrassant tous les phé-
nomènes, de pouvoir d'avance les prédire; c’est, en se
soumettant à toutes les expériences, de pouvoir les
annoncer par le calcul; c’est enfin, en se prêtant faci-
lement à l’explication des phénomènes de la chaleur
et de l’électro-magnétisme, de rapprocher des effets
qui manifestent si souvent leur analogie, en permet-
tant de les considérer comme des modifications d’un
seul fluide. On conçoit que les phénomènes de la vi-
sion ne présentent aucune difficulté dans ce système,
puisqu'on peut considérer la sensation de la lumière
et des couleurs comme le résultat de l'impression des
vibrations plus ou moins rapides sur les houppes ner-
veuses de la rétine; c’est au contraire dans l’autre sys-
tème qu'il est bien diflicile d’expliquer comment les
UD
( 274 )
molécules lumineuses, telles ténues qu’on les suppose,
lancées d’une distance prodigieuse avec une vitesse de
67,000 lieues par seconde, n’anéantissent pas, ne cau-
sent aucun désordre dans un organe aussi délicat que
l'œil. Il ne nous reste donc plus qu’à donner une idée
de la cause de la réflexion de la lumière, de sa réfrac-
tion, et enfin de la coloration des eorps.
» Dans un milieu élastique et homogène, tout ébran-
lement se propage constamment dans le même sens,
en se communiquant de proche en proche; ainsi une
bille qui vient en frapper une autre de masse égale,
lui communique tout son mouvement et reste en re-
pos; mais il n’en est plus ainsi lorsque les masses sont
inégales : en effet, continuant le même exemple, si
celle qui vient frapper la bille en repos est plus consi-
dérable, elle partagera son mouvement avec elle, mais
ne le continuera pas moins dans le même sens; au
contraire, si elle est plus petite, tout en lui imprimant
un léger mouvement, elle sera repoussée en sens con-
traire de sa direction primitive. Ce n’est donc point
la réflexion en elle-même qu'il est diflicile de conce-
voir, car, d’après l'énorme différence qu’on doit sup-
poser exister entre les molécules de l’éther et celles
des corps, on voit que la réflexion doit être fort con-
sidérable; mais c’est comment il se fait que sur des
surfaces, qui pour la lumière doivent être si inégales,
la réflexion soit cependant si régulière, et fasse con-
stamment l’angle de réflexion égal à l’angle d’inci-
dence. Dans la théorie de Huycens celte singularité
s'explique sans avoir besoin d’une surface parfaitement
polie. En effet, dans ce système on conçoit que toutes
les fois qu'une onde est brisée, ou en partie inter-
(279 )
ceptée, il faut considérer chacun de ses points comme
devenant un centre d’ondulations particulier. Il arrive
alors la même chose qu'aux cordes vibrantes, qui d’a-
bord, tout en exécutant une vibration totale de toute
leur longueur, n’en exécutent pas moins un grand
nombre de vibrations partielles, et qui, en second lieu,
sous l’influence de la moindre cause déterminante,
changent leur ondulation primitive en plusieurs on-
dulations résultantes de la première. Il s’ensuit que
lorsqu'une onde lumineuse arrivera à la surface d’un
corps réflecteur, les particules de ce corps pourront
être considérées comme envoyant des rayons dans
tous les sens; inais ils seront invisibles à cause de leur
isolement, ou détruits par les interférences à cause de
l'inégalité des chemins parcourus, excepté ceux qui,
envoyés par la portion des molécules du corps réflec-
teur placées dans le même plan, auront également
dans le même plan le centre de leurs ondulations parti-
culières; car alors aucun effet opposé ne peut détruire
le mouvement comme il arrive pour les autres points,
et ces ondes particulières, réformant une onde réfléchie
semblable à l’onde incidente, auront acquis de nou-
veau les conditions nécessaires pour être visibles.
» Quant à la réfraction, c’est-à-dire à la déviation
que la lumière éprouve en passant d’un milieu dans
un autre, nous allons découvrir sa cause dans le ralen-
tissement que le mouvement des ondulations éprouve
en traversant les diverses substances transparentes. En
effet, dès que le mouvement est ralenti par le milieu
réfringent et en raison de sa densité et de sa nature,
il arrive nécessairement que l'onde totale, composée
en route par Ja réunion des mouvemens élémentaires,
( 276 )
se décompose, et que chaque point de la surface ré-
fringente devient le centre d’une ondulation particu-
lière. Mais, ainsi que nous venons de le voir pour les
ondes réfléchies, chacune de ces ondes particulières
ne produira pas une impression de lumière, par la
raison qu’un seul rayon n’est pas appréciable; il n’y
aura que ceux qui pourront se recomposer en suivant
une même ligne et parcourant un égal chemin avant
d'arriver à la surface réfringente, qui seront visibles;
toutes les ondes particulières qui ne suivront pas cette
route ne pourront donc se réunir pour rétablir une
onde totale sensible, elles seront perdues ou détruites
par les interférences. Nous savons que les rayons de
diverses couleurs n’ont pas la même vitesse d’oscil-
lation, ni par conséquent la même longueur d’ondu-
lation. Nous avons dit que cette longueur variait,
pour les couleurs appréciables, entre 4 et 6 dix-mil-
lièmes de millimètre; il en résulte donc qu'ils ne se-
ront pas modifiés de la même manière en pénétrant
dans les corps réfringens, et par conséquent qu’à leur
sortie on les verra séparés dans l’ordre des couleurs
du spectre, c’est-à-dire dans l’ordre de leur réfrangi-
bilité. La réfraction des milieux de densité variable,
comme l’air, en vertu de laquelle les objets paraissent
plus élevés qu’ils ne le sont réellement, s’explique
très-simp'ement de la même manière, Le pouvoir ré-
fringent d’un corps dépend de sa nature chimique et
de sa densité, c’est-à-dire que ces élémens influent sur
la vitesse du mouvement des ondes : on peut concevoir
que le mouvement est d'autant plusralenti que le corps
renferme moins d’éther entre ses molécules, ce qui
. ‘accorde avec ce qu’on observe dans la vitesse de pro-
(277 )
pagation du son à travers les différens corps : cette
supposition, qui ne présente rien que de probable, qui
semble appuyée par le pouvoir réfringent des corps
augmentant en raison de leur densité, pourrait aussi
nous conduire à de curieux rapprochemens avec les
propriétés de combustion et de caloricité des corps;
mais cela nous entraînerait trop loin, venons-en à la
coloration des corps.
» Nous avons dit que dans un milieu homogène et
élastique les ondes de toute longueur se propagent
avec une vitesse égale, et le calcul prouve qu’il doit en
être ainsi dans un fluide parfaitement élastique; mais
dans les milieux imparfaitement élastiques comme les
corps, on conçoit qu'il ne peut plus en être de même,
et c’est ce que démontre l'expérience des ondes qui
se forment à la surface de certains liquides et cellé
de plusieurs échos. L’éther étant un fluide parfai-
tement élastique, toutes les ondulations s'y propa-
gent avec la même vitesse, et la lumière directe paraît
blanche; au contraire, toutes Îles substances trans:
parentes ou demi-transparentes, comme sont les Corps
colorés, devant être considérées comme imparfaite-
ment élastiques, les ondes pourront s’y propager in-
également. D’après cela on comprendra comment se
forment les couleurs propres des corps : car s’ils ont
des degrés d’élasticité très-divers, ils pourront ren-
voyer très-diversement les ondulations de longueur
différente qui viendront les frapper, et pénétreront en
partie dans leur substance : on conçoit aussi que de
cette diversité dans la dispersion des ondes de lon-
gueur inégale, il devra résulter une multitude d’inter-
férences constantes qui concourront à la formation
x
19
( 278 )
de la couleur des corps en neutralisant les autres cou-
leurs. Ainsi les uns renverront également les ondes de
toute longueur et ils paraîtront blancs; les autres, en
les laissant pénétrer dans leur intérieur, les étendront,
ou bien les renverront de facon qu’il y aura toujours
discordance complète entre les ondes qui se rencon-
treront,et par conséquent destruction du mouvement :
ces corps paraîtront noirs; enfin les autres, ayant des
propriétés intermédiaires entre ces deux extrêmes ,
produiront aussi des effets intermédiaires, anéantironi
certaines ondes, renverront les autres : ces corps pré-
senteront des couleurs, des nuances aussi infinies que
peuvent l’être les longueurs des ondes. Au reste, que
des propriétés si compliquées dans leurs eflets ne sur-
prennent point, car elles dépendent uniquement de la
position des molécules des corps et de la manière dont
elles renvoient les ondulations, et on concoit que celle
position des particules élémentaires doit être aussi va-
riée que la nature même des corps, en sorte que puis-
qu'ils présentent tant de différences de composition et
d’arrangement, ils doivent présenter également des va-
riélés infinies de couleurs. D'ailleurs ne pourrait-on
point supposer aussi que l’élasticité imparfaite des
corps est cause que le mouvement vibratoire est dé-
truit en tout ou en partie, ou bien, ce qui paraît plus
probable, qu’il soit modifié, ralenti par exemple, et
par conséquent changé plus ou moins en vibralions
invisibles, mais qui pourront encore produire des ellets
calorifiques ? La manière dont se comportent les difté-
rens Corps, dans le rayonnement de la chaleur, semble
appuyer celle opinion; mais nous ne pouvons aborder
ici Ce sujet. »
(279)
Telle est l’esquisse que donne l’auteur de la théorie
physique de la lumière dans le système des vibrations :
il la termine en manifestant le regret d’avoir été dans
l'obligation de lui donner si peu d’étendue ; et comme
il craint que ceite ébauche soit encore bien incom-
plète, que sa pensée ne soil pas toujours bien saisie, il
réclame l’indulgence, en priant de considérer combien
il était dificile d'exposer en si peu de mots une branche
aussi vaste de la physique. Il est bon d’observer
aussi que c’est dans une région hérissée de ronces et
d’aspérités, parsemée de précipices profonds et nom-
breux, qu'il tente de se frayer une route nouvelle.
Il nous reste à donner une idée de l'application que
M. Barrzy fait de ce système de la lumière à l’histoire
naturelle et aux lois de l’organisation et de la vie.
Nous ne ferons que l'indiquer, parce que lui-même
ne l'offre que comme un exemple, que comme un
aperçu, que comme les premiers linéamens d’un plus
grand travail sur l’action des fluides impondérables
dans la végétation, travail qu’il annonce chercher à
compléter, à démontrer par des expériences, et que
par conséquent nous devons attendre. Nous nous bor-
nerons donc à transcrire les passages suivans où l’au-
teur, après démontré l’action de la chaleur et de la
lumière sur les êtres organisés, l’incertitude des expli-
cations données jusqu'à ce jour par les physiologistes,
indique de quelle manière il concoit que l’éther, mis
en vibration, produit l'irritabilité des organes des vé-
gélaux et par suile la marche de la sève.
» Que la lumière soit, dit-il, d’une indispensable néces-
sité pour le développement, la perfection des êtres orga-
En 2 Aer . J o
nisés, C'est une de ces vérités qui n'ont pas besoin de
( 280 )
démonstrations, parce qu’elles frappent tous les yeux.
L'absence de la vie est un des caractères de labsence
de la lumière, et dans ces grottes ténébreuses, dans
ces mines profondes, où l'influence vivifiante du soleil
ne peut se faire sentir, à peine voyons-nous quelques
champignons informes, composés d’un tissu cellulaire
distendu, première ébauche de la matière organique,
attester que la chaleur, modification d’un fluide Iumi-
neux, peut en remplir quelques-unes des fonctions les
plus simples. Mais l'absence de la vie caractérise aussi
l'absence de la chaleur : ainsi dans ces climats glacés
qui accompagnent les deux extrémités de laxe de
notre globe, c’est en vain que la lumière répète long-
temps son action sur les corps. Nous verrons donc
toujours la liaison la plus étroite, les rapports les plus
constans, indiquer que la chaleur et la lumière ne sont
que des modifications d’un même principe! Lorsque
nous voyons une promple décomposition des êtres or-
ganisés, accompagner la cessation de l'influence de
ces agens ; lorsque nôus sommes témoins des eflorts
de ces êtres pour chercher cette influence; lorsque
tant de changemens, et dans la forme et l’organisa-
tion des tissus, et dans les couleurs, s’opèrent à chaque
instant sous nos yeux, Comment pourrions-nous mé-
connaître une action qu’attestent tant de phénomènes?
Ne pouvons-nous même point en conclure avec rai-
son que ces agens sont les causes principales de l’or-
anisation et de la vie?
» Dans la théorie newtonienne de la lumière, adoptte
implicitement ou explicitement par tous les savans qui
se sont occupés de la physiologie des plantes et de la
chimie végétale, on est loin de donner une idée exacte,
( 281 )
une explication satisfaisante de son action et de son
influence dans la végétation. Tantôt on suppose une
action chimique, tantôt c’est une action mécanique
ou physique ; d’autres expliquent les phénomènes de
la végétation par une action organique ou vitale, mise
en jeu par la lumière ou la chaleur; enfin, la plupart
des phytologistes ont cru résoudre la question en di-
sant que ces fluides agissent comme stimulans. Mais
n’était-ce pas simplement reculer la question, l’éluder,
au lieu de l’aborder franchement? faisait-on alors
autre chose qu’avouer l'influence de la lumière, de la
chaleur? car cette action chimique, mécanique, orga-
nique, de quelle manière est-elle mise en jeu? de
quelle manière la lumière et la chaleur deviennent-
elles stimulans de la végétation? ne peut-on com-
prendre ces actions si vaguement expliquées, qu’en
admettant une émanation et une absorption de parti-
cules lumineuses ou calorifiques? ne rencontre-t-on
pas même, dans cette supposition, plus de difficultés
que dans une autre hypothèse? S'il en est ainsi, com
ment se fait-il que les naturalistes, contre l’opinion la
plus générale des physiciens modernes, contre les pro
babilités les plus fortes, demeurent si attachés au sys-
tème de l’émission ? Nous voyons ici de nouveau de
quelle importance il est pour le savant qui veut abor-
der les hautes questions de l’organisation des êtres, d’a-
voir une Connaissance assez approfondie des sciences
physiques et chimiques, et quels résultats sont la con-
séquence de leur étude superficielle. Mais peut-être
les phénomènes plus sensibles, l’action plus directe,
plus immédiate de la lumière sur les végélaux, sont-
ils expliqués nettement dans cette hypothèse, et une
( 282 )
autre théorie n’offrirait point la même facilité ? peut-
être la coloration des plantes, la décomposition de l’a-
cide carbonique dans leurs organes, lorsqu'ils sont
frappés de l'influence bienfaisante de la lumière, et
par suite la nutrition, sont-ils des conséquences du
mode d’action de la lumière dans le système qu’on
adopte ? peut-être du moins la direction des végétaux
vers les ouvertures d’un lieu obscur, leur étiolement,
leur dépérissement, leur sommeil, lorsque l'influence
de l’astre solaire ne se fait point sentir, ne peuvent-
ils s’expliquer que par la privation des émanations lu-
mineuses ? Mais, loin de là, toutes ces questions demeu-
rent couvertes du voile le plus impénétrable; si nous ne
sommes point encore en état d’en présenter une solu-
tion satisfaisante, en envisagent la lumière comme le
résultat du mouvement vibratoire d’un éther, du moins
reconnaitra-t-on que ces phénomènes, peu ou point
expliqués dans l’ancienne théorie, ne peuvent appor-
ter aucun obstacle à l'établissement de ja nouvelle, et
que dans le choix de l’une des deux on doit chercher
d’autres élémens de détermination; or, cela nous suflit
pour le moment. »
Ici M. Barzy , après avoir fait remarquer la puissante
influence attribuée généralement par les physiologistes
à l'irritabilité et à la contractibilité des organes, con-
linue ainsi : « Au reste, qu’on adopte ou non l’influence
générale de ces propriétés, il est du moins hors de
doute qu’elles jouent un grand rôle dans l’organisa-
Lion. Dès lors il est facile de concevoir que l’action
de la lumière et de la chaleur soit nécessaire pour
disposer les organes à recevoir, à absorber les prin-
cipes nutritifs, soit nécessaire pour le développement,
( 285 )
la conservation, l’entretien, l’accroissement de l’être
organisé. C’est cette capacité de mettre en action la
puissance organique, capacité qui leur a été attribuée
par la plupart des savans, qui leur a fait donner le
nom de stimulans naturels. Si nous cherchons à déve-
lopper ces vues en les appliquant aux végétaux, il
semble qu’on peut expliquer de la manière suivante
l’action de la chaleur et de la lumière dans la mise
en aclivilé des pouvoirs végétatifs, en un mot de la fe-
culté de développer et d’entretenir l'existence de l’être
végétal.
» Les organes des plantes sont composés de solides et
de liquides : les uns servent de vases propres à limiter
les liqueurs dans certains espaces, à leur faire affecter
diverses formes, à leur faire suivre différens contours ;
les autres, les liquides, paraissent remplir toutes les fonc-
tions importantes. Dans l’absence de la chaleur et de
la lumière, ce mélange de solides et de liquides, dis-
posé d’une certaine manière, propre dans certaines
circonstances à devenir un être organisé, à manifester
les phénomènes de la vie, demeure dans le sommeil
et l’inertie, l'exercice de la puissance végétative ne
peut s’y développer ou s’y maintenir. Gomme l’em-
bryon dans son enveloppe, et hors des conditions fa-
vorables à son développement, cet assemblage conve-
nablement préparé, n’attend plus que l'impulsion d’un
agent extérieur : cet agent c’est la lumière. À peine le
fluide éthéré est-il mis en mouvement dans l’espace,
que l’ébranlement se propage de proche en proche
dans tous les sens : bientôt il arrive que les molécules
éthérées contenues dans le végétal sont frappées par
le mouvement vibratoire qui produit la lumière: elles
( 284)
entrent alors en vibrations, et aussitôt se met en jeu
la puissance végétative, c’est-à-dire l’'irritabilité et la
contractibilié des organes. Par ce jeu alternatif de
condensation et de raréfaction, les liquides sont mis
en mouvement, ils tendent à se répandre, à se dilater,
les deux sèves prennent dès lors leur direction et leur
marche, l’une ascendante dans un tissu d’une cer-
taine forme, l’autre descendante dans un tissu d’une
autre forme; car il paraît constant que la sève ascen-
dante se propage dans un tissu vasculaire, tandis que
la sève descendante parcourt un tissu cellulaire. Or
une fois la marche de la sève expliquée, il est facile
d’en voir sortir tous les phénomènes de la végétation,
ainsi que nous pourrons peut-être le faire voir plus
tard. »
L'auteur termine son mémoire en priant de con-
sidérer ces vues sur la végétation comme un simple
aperçu, nécessairement très-incomplet, et de ne point
les juger sur ce seul exposé. Son but était, après avoir
donné une idée de la nouvelle théorie de la lumière,
de montrer qu’elle se prête facilement à l’explication
des phénomènes naturels, et ce but il nous semble
l'avoir atteint convenablement.
VV VMUY UV VVOY VVL/V VV A 0VA/V VA/R/ LULU VAR VAVY VV VA AA AAA
DESCRIPTION
D'une nouvelle espèce de Dorthésia existante aux
environs de Paris; par M. ARSENNE THIÉBAUT
DE BEerNEAU»D, Secrétaire perpétuel.
Ex 1784, il a été créé en France un nouveau genre
dans la famille des gallinsectes, ordre des hyménop-
tères, servant de passage des pucerons et des aleyrodes
aux cochenilles. On en publia la figure dans le Journal
de physique (1),et on lui donna le nom de Dorthesia,
en l’honneur de Jacques-Ansezme Dortnes, de Nimes,
observateur exact, judicieux, plein de zèle et de con-
naissances, qui le premier en découvrit le type aux
environs de cette ville, sur les feuilles de l'Euphorbia
characias.
Cette sorte de gallinsecte qui a toutes les habitudes
des cochenilles, n’étant point très-commune, même
dans le Midi, je crois devoir en donner la description
d’après les notes fournies par Donrues lui-même (2).
Ainsi que l'adjectif qui suit son nom l'indique, le
Dorthesia characias vit sur la tithymale rougeâtre
(Euphorbia characias), et à son défaut, sur l’euphorbe
velue {Euphorbia pilosa), dont il pompe le suc lai-
teux. Quand ces deux plantes lui manquent, il s’attache
(1) Journal de physique, t. XXIV, p. 171 à 173.
(2) Journal de physique, t. XXNY, p. 207 à 211.
20
( 286 })
bien à toutes sortes d’autres végétaux, mais il y lan-
guit, il ne parvient point à sa grandeur naturelle, et la
ponte, si elle a lieu, n’est jamais aussi considérable.
Il est muni de six pattes d’un brun roussâtre, à
quatre articulations, dont les deux premières paires
sont attachées au corcelet et les deux postérieures à
l’abdomen. Sa tête est séparée du corcelet; les an-
tennes sont sélacées, d’un brun roussâtre, et aussi lon-
gues que le corps. Dans les individus mâles, observés
par Dorrues, la trompe manquait, c’est ce qui lui à
fait dire, ainsi qu’à ceux qui l’ont copié sans le nom-
mer, que dans l’état parfait il ne prend point de nour-
riture, ce qui est une erreur (1), et que, au lieu de
irompe, il avait une petite ouverture dans l’entre-deux
des pattes antérieures, ainsi qu’on la voit représentée
sur la planche publiée par le Journ al de physique. Le
mâle à environ 5 millimètres (une ligne et demie) de
long, sans y comprendre les ailes, qui sont grandes,
demi-transparentes, d’un gris de plomb, que l’insecte
tient couchées sur le corps dans le repos et qu’il a sou-
vent élevées dans le mouvement. L’abdomen est garni,
à son extrémité postérieure et supérieure, d’une houpe
de filets blancs, soyeux, qui dépassent les ailes. Le
corps est entièrement recouvert d’une matière blan-
châtre, farineuse, que l’on peut enlever sans déranger
aucunement les fonctions de l’animal. Cependant, cette
(1) I arrive parfois que l’insecte parfait n’a que l'indication de
la bouche, surtout quand il est destiné à terminer sa courte carrière
aussitôt après l’acte de la copulation. Cette circonstance est trés-
sensible chez le bombyce à soie (Bombyx mori).
( 287 )
matière est assez consistante pour former de petits cy-
lindres disposés deux par deux, et pour offrir un en-
semble très-régulier. Dépouillé de cette substance, le
corps paraît rougeâtre; il est réduit d’un tiers, et laisse
aisément distinguer les neuf stries transversales dont
il est orné.
Chez la femelle, qui est aptère, qui a de 5 à 7 mil-
limètres de la tête à l’anus, et dont les antennes sont
très-courtes et filiformes, la matière blanche forme des
appendices sur les côtés et quelques lames sur le dos.
On ne lui distingue ni tête, ni corcelet. Son abdomen a
parfois l'extrémité postérieure terminée par une masse
solide et friable de longs filets. Sa trompe est très-courte
et inflexible. Elle n’est point privée d’yeux, comme on
l’a gratuitement avancé.
Le mâle est très-ardent, il court, vole, ne demeure
jamais en place. Dans l’accouplement, il se porte sur le
dos de la femelle, et recourbe un petit aiguillon placé
à l’extrémité de son corps, sous la houpe soyeuse, qu’il
introduit dans la partie postérieure de la femelle.
Dès que la fécondation est consommée, il se retire
au pied de la plante, sous des pierres; Rà, il s’enveloppe
d’une matière cotonneuse, passe immobile quelques
journées languissantes et meurt.
Il n’en est pas de même pour la femelle. Après la
ponte, elle subit encore quelques mues, mais moins
fréquemment qu'auparavant. À l'approche de l'hiver,
elle va se blottir sous de la mousse, ou bien dans la
terre près des racines de l’euphorbe; mais aux pre-
mières chaleurs de la belle saison elle reparaît, prend
20.
( 288 )
vigueur, donne naissance à une nouvelle postérité, et
un mois après cette seconde ponte, elle termine son
existence.
Au moment de la ponte, qui a lieu vers les premiers
jours du printemps, il se forme à la partie postérieure
du corps une sorte de poche, dont l’intérieur, rempli
d’un duvet cotonneux qui suinte de l'individu lui-
même, contient les œufs. C’est aussi là qu’ils éclosent.
Donrues en a compté jusqu’à cent. Comme ce sac pa-
raît être une continuité du corps de la mère, on croi-
rait, à voir sortir les petits vivans par le trou posté-
rieur, qu'elle est vivipare; mais en ouvrant le sac, on
trouve des petits nouvellement éclos et des œufs qui
ne le sont pas encore.
Quand la larve a acquis assez d’accroissement, elle
sort, ainsi que je viens de le dire, de son berceau por-
tatif, qu’on pourrait comparer à celui du didelphe, et
se répand sur la plante qui doit la nourrir. Un mois
après, elle subit sa première mue : dans cette crise,
les lamelles farineuses se détachent de son corps et
laissent l’insecte tout nu. Il est alors couleur de chair
et a la forme qu’il doit garder; mais bientôt, et c’est
toujours dans la même journée, de nouvelles lames
paraissent, grandissent et le recouvrent soixante-douze
à quatre-vingt-seize heures après. Les pattes brunis-
sent vers la fin de cette seconde mue. La troisième a
lieu en septembre; c’est alors que les ailes viennent
aux mâles : mais un très-petit nombre d’entre eux ar-
rivent à cet état de perfection. DonTnes en a compté
seulement quatre et très-rarement cinq sur deux ou
treis cents femelles.
( 289 )
Divers entomologistes ont fait remarquer que la ma-
nière dont le Dorthesia characias mâle termine sa vie
éphémère, demandait de nouvelles observations, et
qu'il convenait aussi d’examiner plus attentivement la
femelle, son existence après la ponte étant un fait ex-
traordinaire dans l’histoire des gallinsectes. Mais aucun
d’eux, que je sache, ne s’est encore livré à ces recher-
ches difficiles.
La découverte d’une nouvelle espèce de dorthésia
dans les bois situés près de Paris jettera nécessairement
un grand jour sur ces points encore en litige, et com-
plètera l’histoire de ce genre jusqu'ici peu nombreux,
puisqu'on en cite à peine trois espèces.
Déjà Ozivier (1) avait annoncé avoir trouvé le dor-
thésia sur la ronce, aux environs de Paris, sans dési-
gner, il est vrai, la localité, mais cette assertion n’a
point été confirmée depuis. Il n’en est pas de même de
la découverte faite par notre savant confrère M. DerA-
vaux, le 24 mai 1824, dans les bois de Ville-d’Avray;
elle a été constatée sur le lieu même par tous les mem-
bres de la Société Linnéenne de Paris qui assistaient
à la fête champêtre célébrée ce jour-là en commé:-
moration de la naissance du législateur moderne des
sciences naturelles.
Vous avez, Messieurs, imposé à cet insecte le nom
de Dorthesia Delavauxii, en l'honneur de celui d’entre
vous à qui la science doit sa découverte, et vous m’avez
chargé de le décrire.
Lex
(Gi) Encycl. method. t. VI, p. 99, de l'Histoire naturelle des in-
secles, au mot Cochenille du characias.
( 290 )
Il vit sur la face inférieure des feuilles de la ger-
mandrée sauvage { T'eucrium scorodonia). Ses mœurs,
ses habitudes et ses mues sont les mêmes que dans
l'espèce dite characias. La tête, dans l’un et l’autre
sexe, est visible, et armée d’une trompe d’un brun
roussâtre, à la naissance de laquelle on apercoit, à la
loupe, des yeux bien distincts. Les antennes du mâle,
plus longues que le corps, sont composées de neuf ar-
ticles; celles de la femelle, qui sont très-courtes, n’en
présentent que cinq. L’abdomen n’est point strié, mais
découpé et comme frangé. Le mâle a en tout 7 mil-
limètres (3 lignes) de long; ses ailes se relèvent à leur
extrémité et dépassent d’un tiers la longueur du corps.
La femelle est ovoïde et n’a que 5 millimètres (2 lignes);
elle est aptère et ne prend point, comme la cochenille,
la forme d’une galle après la ponte.
Sur les feuilles du T'eucrium scorodonia, j'ai vu en
même temps la femelle du Dorthesia Délavauxii, les
premières enveloppes de la larve et l’insecte nu qui
est d’une couleur carmin. d’ai cru y voir aussi la dé-
pouille de la larve d’une coccinelle hexapode, couverte
d’une poussière blanchâtre, qui s’insinue dans le sac
ovifère de la femelle, sans lui occasioner de mal, pour
y dévorer sa progéniture. En deux ou trois jours cette
larve a terminé sa curée, elle sort du sac et va chercher
ailleurs d’autres victimes.
On a dit que la substance blanche dont est enve-
loppé le dorthésia était due, pour l'espèce dite chara-
etas, à la partie résineuse du suc des euphorbes; mais
peut-on avancer la même chose à l'égard des feuilles
de la germandrée qui sont très-amères, répandent, en
ve. Linn: (1824.) LAN.
DORTHESIA Delavauxii.
Lanvin, seulp .
{ PONT LETTRE:
4 a à 14?
(291)
les froissant, une odeur fort peu agréable, et qui n’ont
jusqu'ici fourni un seul atome de résine ? d'estime que
cette substance est propre aux dorthésia, qu’elle est
pour eux une sorte de défense contre d’autres insectes,
ou bien un préservatif contre l'humidité, comme 1'é-
cume que transsude la cigale bédaude (Cicada spu-
maria) la met à l'abri des ardeurs du soleil. En effet,
quand on le débarrasse de sa poussière blanche par
un frottement assez léger, le dorthésia ne tarde point
à s’en couvrir de nouveau.
Pour compléter l’histoire du Dorthesia Delavauxü,
j'en donne ici la figure dessinée par notre habile con-
frère M. Tnéopons Descourruz. Nous y sommes en-
trés dans des détails que ne présentent nullement ni
les deux figures qui accompagnent les articles consa-
crés au Dorthesia characias dans le journal du célèbre
abbé Rozrer, ni celle publiée par Deceer (1), et re-
présentant le Coccus farinosus, espèce de dorthésia
que Moprer a recueillie sur les feuilles sèches du sapin,
et qui, r. 1x observée, fera la troisième espèce du
genre dont je viens de vous entretenir.
ARR R RES
EXPLICATION DE LA PLANCHE XII.
Fig. 1. Ligne indiquant la grandeur naturelle du Dorthesia Dela-
vauxii.
2. Le mâle vu en dessus.
3. Le même vu en dessous.
7]
(1) Mémoire pour servir à l'histoire des insectes, t. VIT, pl. XLIV .
fig 126.
(292)
4. Le méme représenté latéralement.
5. Tête grossie au microscope pour faire voir les yeux, les houpes
soyeuses et la trompe.
6. Feuille du T'eucrium scorodonia; elle est couverte de dorthésia
femelles a; d’enveloppes de la larve b, et de l’insecte nu c.
7. La femelle de grandeur naturelle.
8. La même grossie vue en dessus.
9. La même, également grossie, vue en dessous.
AAA VV VV 0/0 0/0 VV 0/0 0/07 V0 0/0 0 AV V8 AV V0 /0/Q/V V/A/Q/D
MÉMOIRE
Sur un nouveau genre d'insectes de l’ordre des
Hémiptères; par M. Tuéonore Descourrizz,
C. membre auditeur.
Les hémiptères en général, et surtout ceux du groupe
qui porte le nom de Cicadaires, sont presque tous re-
marquables, soit par leurs couleurs brillantes , leur
propriété phosphorique, ou par la singularité de leurs
formes. Leurs habitudes et la diversité de leurs méta-
morphoses offrent un nouvel aliment à la curiosité du
naturaliste, depuis la cigale, dont la voix percçante
égaie les bosquets brûlés par le soleil d'été, jusqu’aux
nombreuses tettigones qui, sur les branches de saule
chargées d’écume, offrent une larve ensevelie sous une
masse transparente.
Tous les insectes de ce groupe qui existent en
France diffèrent par les formes et les couleurs, mais ils
se rapprochent par leurs antennes courtes, aiguës, bi
ou triarculées, semblables en quelque sorte à une soie
délicate et qui échappe souvent à l’œil nu. Le nouvel
insecte dont j'ai l'honneur de présenter un dessin très-
exact à la Société, offre cette soie fixée et mobile à l’ex-
trémité d’un long support. Ge seul caractère m’a en-
gagé à en former, sous le nom de Agénie,un genre qui
peut être convenablement placé entre les tettigones et
les fulgores. Il se rapproche, en effet, des premières par
( 294)
la tête triangulaire, obtuse, par deux petits yeux lisses
placés au bord du chaperon, par le corcelet, et même
par les ailes qui sont cependant plutôt horizontales
qu’en toit. Il a des fulgores le bec et les pattes, dont
les postérieures, nullement saltatoires, n’ont que la
longueur des quatre autres,
Malgré les recherches que j'ai faites pendant plu-
sieurs années, il m'a été impossible d’en rencontrer
plus de deux individus, à des époques éloignées’ et
dans des lieux différens. J’ai trouvé, pour la seconde
fois, l’agénie cette année, le jour où nos confrères,
réunis ensemble dans les bois de Ville-d’Avray, célé-
braient, le 24 mai, une journée consacrée à Lixwé.
Je n’ai pas été assez heureux pour en observer les
métamorphoses, qui doivent cependant se rapprocher
de celles des tettigones, puisque l’insecte parfait en a
presque tous les caractères,
Je suis également incertain sur le sexe de l’agénie,
et je ne saurais prononcer, car il existe une telle dis-
parité entre plusieurs insectes, quoique de la même
espèce, qu'on serait souvent tenté de les décrire comme
appartenans à des genres différens. En effet, le lam-
pyre mâle pourvu d’ailes, le panorpe mâle offrant une
pince à l’extrémité de son abdomen, ne ressemblent
nullement à leurs femelles, et les antennes pectinées
ou irrégulièrement contournées de certains coléoptères
ont très-souvent fait donner comme espèce des insectes
qui ne différaient que par le sexe, Je hasarde donc de
présenter ici comme genre l’Agénie; peut-être un
jour, sera-t-il réduit à en augmenter un autre comme
simple espèce.
( 295 )
Je vais décrire, d’après un individu parfaitement
conservé, et étudié avec un microscope, les caractères
que j'ai observés.
25,553
INSECTES HÉMIPTÈRES.
Ile secrion. Bec mentonal. — Il naît de la parte
inférieure de la tête.
Famille des CIGADAIRES (pe Lauarck).
Trois articles aux tarses; ailes membraneuses, les
supérieures souvent colorées.
AGÉNIE. AGENIA.
Antennes courtes, subulées , de trois articles, portées
etmobiles à extrémité d’un corps allongé, prismatique
quadrangulaire, denté à l’angle externe, terminé par
une lame ovale, déprimée, placée obliquement. Ce
corps, beaucoup plus long que les antennes, prend
naissance à la partie inférieure de la tête, sous son re-
bord, et s’élève d’un tubercule mobile et cylindrique.
Tête triangulaire, avancée en pointe mousse, mar-
ginée. Yeux latéraux gros, insérés dans le bord. Deux
petits yeux lisses, corcelet large; écusson triangulaire
très-pelit.
Le bec naît de la partie inférieure de la tête, et offre
trois articles, dont le second est le plus long et renilé
en fuseau.
Ailes supérieures nervées, colorées, disposées sur
(296 )
deux plans; celui qui est plus rapproché du corps,
oblique; l’autre horizontal; placées presque horizonta-
lement; les inférieures diaphanes, de la longueur &es
supérieures, nou plissées ni pliées sur elles-mêmes.
Six pattes d’égale longueur; les postérieures non
propres à sauter; trois articles aux tarses.
ESPÉCE.
AGÉNIE DE L'ORTIE BLANCHE. AGENIA LA.
Longueur de 9 millimètres (4 lignes). Tête et cor-
celet d’un fauve foncé, finement pointillé, à reflets d’un
bleu pâle. Corps noir foncé. Ailes supérieures jaune-
citron, à bandes transversales très-rapprochées, d’un
noir-verdâtre foncé. Ailes inférieures transparentes,
d’un blanc nébuleux.’Les antennes et leur support
d’un violet très-brillant; les pattes fauves.
Les couleurs sombres de l’agénie (puisque à l'œil
nu les bandes de ses ailes se confondent) lui donnent
au premier aspect l’apparence d’un coléoptère. Sa dé-
marche est lente, mais ses ailes sont continuellement
agitées de bas en haut, à l’instar de quelques diptères.
Sa nourriture consiste sans doute en sucs végétaux, et
particulièrement ceux des plantes labiées, car je n'ai
jamais trouvé cet insecte que sur le lamier blanc,
plus connu sous le nom de Ortie blanche.
J’ai rencontré l’agénie au bois de Boulogne, à l’en-
droit nommé la Sablonnière d'Auteuil, et à Ville-
d’Avray, toujours aux endroits les plus chauds, et où
croissait en abondance le Lamium album pendant les
mois de mai, juin, juillet et août.
PL. AW].
Mem. de 4 Joe. Zinn. (1824.)
AGENIA Lam.
Th. Pesco urtile, del. Lanvin, weulp.
( 297 )
Je pense donc, d’après ce court exposé, que l’agénie
diffère de tous les insectes décrits jusqu'ici; je ne crois
pas qu’elle ait encore été trouvée par d’autres natu-
ralistes : ce qui me l’assure, c’est leur silence sur un
être qui offre des formes si bizarres, et, pour ainsi dire,
sans exemple dans l’histoire des insectes.
LAS LAS SAR RSS
EXPLICATION DE LA PLANCHE XIII.
1. Agénie grossie au microscope. On y remarque les supports des
antennes qui sont toujours placés en T.
2. Longueur de l’insecte.
3. Tête grossie, vue en dessous, pour faire observer le bec, et l’in-
sertion du support sur un tubercule.
4. Antenne, son support, et le tubercule qui lui donne naissance,
également grossis.
LR VV VV UV LAVAL UV AAA US AV VV VV AA AA AAA AA
REMARQUE
Sur une erreur de synonymie relativement aux
Lycopodes; par M. abbé Pacës, correspon-
dant à Lyon.
Dsvuis plusieurs années l’étude des plantes æthéo-
games fait la principale occupation d’un grand nombre
de botanistes. Leurs travaux et leurs recherches sont
consignés dans de savantes monographies qui, par leur
nature, sont destinées à être le flambeau de tous ceux
qui s’adonnent à l’étude de l’æthéogamie. Un savant
distingué, dont le nom sera toujours cher à la France,
Pazisor ne Brauvois avait formé le projet, aussi vaste
par son étendue que difficile dans son exécution, de
réformer la vingt-quatrième classe du système sexuel
de l’immortel Linxé. Il l'avait divisée en sept familles,
savoir : 1°les algues; 2° les champignons; 5° les lichens;
4° les hépatiques; 5° les mousses; 6° les Iycopodes ;
7° les fougères. Il se proposait de publier successive-
ment chacune de ces familles. Mais lorsque la mort
l’enleva aux sciences, le 21 janvier 1820, il n'avait pu-
blié que le prodrome des cinquième et sixième familles,
les mousses et les Iycopodes. L'une et l’autre sont ac-
compagnées d’une table synonymique, dans laquelle
il décrit les espèces nouvelles, et indique le nom que
chaque auteur a donné à tel ou tel genre, à telle ou
telle espèce. On nous présente cette table ( Wémoires
de la Société Linnéenne, vol. I, p. 472) comme la sy-
( 299 )
nonymie la plus exacte et la plus étendue qui ait été
publiée jusqu'ici : n’avait-on pas lieu en eflet d’espé-
rer que Pazisor pe BgAuvois ferait disparaître la con-
fusion qui règne dans la synonymie des lycopodes,
donnée par plusieurs botanistes postérieurs à Linné ?
Cette juste attente est bien loin d’être remplie : je me
crois obligé de vous signaler des erreurs d'autant plus
dangereuses qu’elles sont appuyées sur des noms res-
pectables. Mais avant de vous les signaler, il me paraît
utile de vous en indiquer la source.
Le célèbre ouvrage de Jean-Jacques Diiren, inti-
tulé : Historia muscorum, fut imprimé à Oxford en
1741, et ne fut tiré qu’à deux cent cinquante exem-
plaires. Etant bientôt devenu aussi rare que recherché,
pour satisfaire à l’empressement des botanistes, on en
donna une nouvelle édition, à Londres, en 1765, mais
bien différente de celle d'Oxford. Dans l'édition origi-
nale, chaque plante est indiquée par une phrase bota-
nique, précédée-d’ur numéro qui est le même que celui
de la figure qui représente l'individu. Après la phrase
botanique vient une description très-détaillée de toutes
les parties de la plante, avec une synonymie complète
et très-bien discutée. Dans l'édition de Londres, qui a
été reproduite en 1768 et1779,0on a malheureusement
supprimé tout le texte, et l’on s’est contenté de mettre
au commencement du volume une table synoptique
contenant toutes les phrases botaniques par lesquelles
Dixex avait distingué les espèces. Ges phrases botani-
ques sont dans le même ordre, et chacune est précédée
du même numéro que dans l'édition originale, ce qu'il
est essentiel de bien re marquer.
C4
( 300 )
Parmi les corrections que Dizsen indique à la p.554,
il ÿ en a une qui mérite d’autant plus notre attention
que c’est en voulant l’effectuer qu'on a causé une
grande confusion dans la famille des lycopodes. Voici
ce que dit Dirzex dans l’Emendanda qui est à la p. 554:
«P. 474, n° 12. Pro Lycopodioides, lege Lycopodium
» radiatum dichotomum; licet enim ex facie lycopo-
dioidis species videretur, tamen visis plantæ spicis,
Ÿ$
comperi ab eo differre et lycopodii veram esse spe-
ciem. Spicæ vero similes sunt lycopodii elatioris ju-
>
niperini, clavis singularibus, sine pediculis Ras, et
ÿ
simili more absque pediculis nascuntur, è ramis ra-
>
dialis enatæ, foliis, quam cæteri rami, brevioribus
C2
cinctis. Inventori plantæ negotium dedi ut spicas
>
quæreret, quas hoc 1741 anno invenit et ad me mi-
=
sit, sed postquam omnes tabulæ expressæ essent, ad
me octobri mense pervenerunt, quam ob causam
iconi eas addere nequivi. » Dizzex dit donc qu'ayant
vu, après l’impression des planches, la fructification du
Lycopodioides 12, représenté à la planc. LXVIL, il a re-
connu qu’il appartenait au genre des Lycopodium. Les
éditeurs de l’édition de Londres, voulant effectuer la
correction indiquée, ajoutèrent à la figure les épis dont
parle Disxen, mirent au haut de la planche Lycopo-
dium 12 à la place de Lycopodioides 12, et placèrent
la planche LXVII à la suite de celles qui représen-
taient les autres Lycopodium, qui étaient fort à propos
au nombre de onze. Par ce déplacement la plane. LXVII
devint la LXIV, et par conséquent les planches LXIV,
LXV et LX VI de l'édition d'Oxford devinrentles LXV,
LXVIet LXVII de l’édition de Londres. Ces change-
( 501 )
mens, ayant une cause plausible, n’ont rien en eux-
mêmes qui étonne; mais vainement cherche-t-on à
découvrir pourquoi les mêmes éditeurs mirent la plan-
che LXII à la place de la planche LXL, et vice vers,
et changèrent les n°* des figures qu’elles contiennent,
faisant du Lycopodium 5 le Lycopodium 8, du Lycopo-
dium 6 le Lycopodium 5, et du Lycopodium 8 le Lyco-
podium 6. En faisant ces changemens dans l’ordre et
les numéros des planches et des figures, ils n’en firent
aucun ni dans l’ordre ni dans les numéros correspon-
dans des phrases botaniques de la table synoptique, où
elles offrent le même ordre et les mêmes numéros que
dans l'édition d'Oxford : d’où il est résulté que la figure
de ces plantes ne porte pas le même numéro, ne se
trouve pas sur la même planche dans les deux éditions,
et ne correspond pas à la même phrase botanique. Ge
qui a induit en erreur un grand nombre d’auteurs qui,
se servant des éditions donnéés à Londres en 1763, en
1768 et 1779, et croyant que les numéros de la table
synoptique correspondaient aux numéros et des plan-
ches et des figures qui y sont indiquées, ont cité in-
exactement les lycopodes qui sont figurés dans les
planches LXI, LXIT, LXIV, LXV, LXVI et LXVII.
C’est par cette erreur que le Lycopodium inundatum
est rapporté à la planche LXI, fig. 7, de Dicen par
Visrans (1), Lareyrousse (2), Wiczpenow (3), Ds-
(1) Histoire des plantes du Dauphiné, 1. NE, p. 857.
(2) Histoire abrégée des plantes des Pyrenees, p.628.
(3) Species plantarum, 1. V; p. 25.
( 502 )
Gaxpoe (1), Le Turquier et Levieux (2), et par Gt-
serE (3).
Que le Lycopodium apodum est rapporté à la plan-
che LXV, fig. 5, de Dizzen par Giseke.
Que le Lycopodium nudum est rapporté à la plan-
che LXV, fig. 4, de Diczex par Gisere.
Que le Lycopodium dendroideum est rapporté à la
planche LXIV, fig. 12, de Disrex par Wiripexow,
pag. 21.
Que le Lycopodium flabellatum est rapporté à la
planche LXVI, fig. 5, de Dixzen par GIsEKE.
Que le Lycopodium canaliculatum est rapporté à
la planche LXVI, fig. 6, de Dizen par GiseKe.
Que le Lycopodium helveticum est rapporté à la
planche LXV, fig. , de Diccex par Vrrzars et Wiri-
DENOW, p. 99.
Que le Lycopodium plumosum est rapporté à la
planche LXVIL, fig. 8, 9 et10, de Dixsex par GisekE.
Que le Zycopodium stoloniferum (Lycopodium plu-
mosum L.) est rapporté à la planche LXVI, fig. 10,
de Diccen par WiLLDENOW, p. 40.
Que le Lycopodium cireinale ( Lycopodium bryop-
teris L.) est rapporté à la planche LXVIL, fig. 11, de
Dizen par Lanxé fils, Supplementum, p. 448.
Pazisor pe Beauvors, loin de rectifier les méprises
(1) Flore francaise, t. W, p. 571.
(2) Concordance des figures des plantes cryptogames, p. 8 et 55
(3) Zndex LinnϾanus in Joannis Jacobi Dillenit histortam mus
corum, P. 38.
( 505 )
partielles de ses devanciers, les a réunies toutes dans
son prodrome. Qui ne serait surpris qu’un observateur
si judicieux ait fait la monographie des lycopodes sans
consulter le texte de l’ouvrage fondamental de Dixrew,
et que la différence qui se trouve entre sa synonymie
et celle de Linxé, ne lui ait pas fait naître quelque
crainte de se méprendre? Ce qui m'étonne davantage,
c’est qu'aucun botaniste n’ait encore signalé ni les al-
térations faites à l’Æistoria muscorum de Dizzex dans
les éditions de Londres, ni les méprises qui en ont été
la suite.
Ces altérations n'ayant pas été remarquées par au-
cun auteur, on a lieu de présumer qu’elles se retrou-
vent dans la nouvelle édition imprimée à Edimbourg
en 1811,et que les éditeurs n’ont pas pensé à rétablir
les planches dans leur état primitif. Pendant mon sé-
jour à Paris, j'ai fait d’inutiles recherches dans les bi-
bliothèques publiques et particulières pour en trouver
un exemplaire, afin de vérifier le fait. Je n’ai pas même
trouvé personne, ni parmi les savans, ni parmi les li-
braires, qui connût cette édition, quoique annoncée
dans le London catalogue (1).
Le tableau suivant représente fidèlement tous ces
changemens , indique à quelle planche se trouve la
même figure dans les deux éditions, et fournit un
moyen de rectilier toutes les erreurs.
ns
(1) I résulte de toutes ces observations que l'édition d'Oxford 1541
est la seule exacte et non altérée, ce qui la rend infiniment précieuse
en elle-même, indépendamment de son extrême rareté, qui en a
quelquefois fait monter le prix au-dessus de 500 fr., comme dans la
vente de Bonnet.
21.
PHRASIS BOTANICA DILLENII
IN HISTORIA MUSCORUM; OXONII 1741.
5 Lycopodium erectum dichotomum, foliis cruciatis, spicis gracilibus.
6 pinuatum repens, spicis et pediculis singularibus longis.
7 palustre jrepens, clava singulari. . . . . . . .
5 alopecuroides, flagellorum extremitatibus radicosi. .
12 radiatum dichotomum. . . . . . . . . .
| JA Lycopodioides imbricatum repens. . . . . + . . .
IB repens pinnulis ornithopodii. . . . . . . . . .
2 denticulatum pulchrum repens spicis pediculis insidentibus.
3 denticulatum pulchrum repens spicis apodibus.
4 frutescens, spicislaxis nudis. 2%. : eu .
5 dentatum erectum filiemum, eaule Lereti ramosissimo.
6 crectum filicinum, pinnulis acaciæ, caule sulcato.
7 denticulatum erectum fiticmum, minus et argutius.
8 lonchitidis folüs auriculatis, ._. . . . . … |
9 ichotomumtarionmest. 4 010... 7
10 dentatum dichotomum, rigidum minus. . . . .
11 squamosum hispidum, extremu tattibus convolutis.
.
SYNONYMIA.
Lycopodium phlegmaria L., 8p. 1564.
carolinianum L., $p. 1567.
inundatum L., 5p. 1565.
alopecuroides L., 5p. 1!
dendroideum Wizzp., V, p. 21.
obcurum L., 8p. 1566.
denticulatum L , 6p. 1569.
ornithopodioides L., 5p. 1569.
helveticum L., $p. 1568.
apodum L., $p. 1568.
nudum L., $p. 1564.
flabellatum L., Sp. 1568.
canaliculatum L., $p. 1568.
radiatum Aus., Guian. 967.
plumosum Wirep., V, p. 45.
pectinatum 8., Enc.met.,noor.
stoloniferum Wizro., V, p. 40.
plumosum L., $p. 1568.
cireinale Wizzo., V, p. 32.
bryopteris L., 5p. 1567.
URAE |
7
Oxoniensi.
PLANTA
JUSDEM FIC
locus
in editioue Londiuensi.
in editione
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RÉCIT
D'une excursion horuculturale faite a Londres,
dans le mois d'avril 1824, par M. Souraner-
Boni, membre correspondant, propriétaire du
jardin de Fromont.
LE voyage que je viens de faire à Londres a été en
quelque facon exécuté sous les auspices de la Société
Linnéenne de Paris, dont le digne Président, linfati-
gable Secrétaire perpétuel et plusieurs membres dis-
lingués m’avaient muni de lettres de recommandation
auprès des savans qui travaillent aux progrès de la bo-
tanique et de l’horticulture en Angleterre. L’hommage
que je fais aujourd’hui à cette Société du récit de mon
voyage, est pour moi le seul, quoique bien humble
moyen de lui témoigner ma reconnaissance. de serai
trop heureux si mes savans confrères lisent avec quel-
que intérêt des notes que j'ai recueillies en courant,
ct que mes actives occupations ne me permettent de
rédiger que fort à la hâte; et surtout s'ils y trouvent
quelque chose d’utile.
Mon excursion avait un double objet. Le premier,
comme le plus intéressant, était d'observer l’état ac-
tuel des cultures anglaises, que je savais se perfection-
ner chaque jour; le second, de prendre connaissance
des plus belles collections, et de faire en même temps
quelques acquisitions pour augmenter la mienne.
( 3506 )
Les établissemens que j'ai visités et examinés avec
plus de détail sont principalement :
Le jardin de la Société horticulturale de Londres,
à Chiswick; — ceux de MM. Lopniers, à Hackney;
— Jaunes Lez, à Hammersmith; — Sauvez Brookes, à
Lewington-Green;—Suiru, sur la route de Lewington-
Green à Hackney ; —Gozwiz, à Chelsea; — Wnirney,
Brawes et Mie, à Fulham; —J. Knicur, à Chelsea,
Kings road; — Tnowas Jenkins, New road, à Sainte-
Marylebone; — J. V. Marco, à Kensington;
Cnanpzer et BuckixenAu, au Vauxhall ; — du comte
DE Vanpes, à Bayswater ; — le Jardin des apothicaires,
dirigé par M. Axpensox ;
et Le Jardin royal de Kew.
Partout j'ai été accueilli avec une bienveillance cor-
diale, dont je me plais à remercier ici les habiles cul-
tivateurs que je viens de nommer, et qui était à la fois
provoquée par les recommandations de M. Sage,
secrétaire de la Société horticulturale, et par la pré-
sence de l’excellent comte pe VAnDEs, propriétaire de
la belle collection de Bayswater, si souvent citée par
les auteurs anglais, lequel a bien voulu m’accompa-
gner dans toutes mes courses, el m'a fait pénétrer dans
des lieux où je n’aurais peut-être pas été introduit,
privé de son aimable compagnie.
La première chose qui m’ait frappé dans toutes les
cultures que j'ai vues, sans exception, ce sont les soins
extrêmes donnés aux plantes, et la propreté recher-
chée qui règne dans les serres. Il ÿ a toujours quelque
ouvrier occupé de remuer la terre des pots, de débar-
rasser les plantes de toutes les parties mortes ou ma-
( 507 )
lades, d’essuyer les verres et les cloches, de laver et
brosser les tablettes, d’expulser des tannées, des plates-
bandes et des sentiers tout ce qui pourrait, je ne dirai
pas contribuer à vicier l'air, mais seulement offusquer
la vue. Il est certain que les plantes veulent sentir la
main de l’homme : ce sont de belles captives dont une
caresse, un seul regard du maître ranime la beauté.
Remuer seulement leurs vases leur fait du bien. À Pair
de santé, de fraîcheur et de force que présentent géné-
ralement les plantes des collections anglaises, on re-
connaît l'influence des mains exercées et protectrices
qui les environnent. Nulle part on n’apercçoit les traces
du rabougrissement, ou de l’étiolement, plus fâcheux
encore. On dirait que ces tribus verdoyantes et fleu-
ries, arrachées par l’industrie sociale aux grandes so-
litudes de la nature, sont reconnaissantes de tout ce
que l’homme fait pour elles, et que, se dépouillant de
la physionomie un peu sauvage du désert, elles pren-
nent auprès de lui comme une teinte de sa propre ci-
vilisation.
Quoique je sache bien d’ailleurs tout ce que peut
produire la différence des climats, et combien celui
de l'Angleterre est favorable à la végétation, je déclare
que nulle part l'effet que je cherche à peindre ne m'a
paru plus marqué que dans les jardins de Londres, et
qu'il m’a semblé produit bien plus encore par lin-
dustrie humaine que par une bienfaisanie nature.
Indépendamment de ce maniement presque conti-
nuel des pots, qui serait avantageux aux plantes, seu-
lement en ce qu'il doit nécessairement varier la face
sur laquelle tombent plus directement les rayons du
( 508 )
soleil et les flots d’une lumière plus vive, deux choses
m'ont paru devoir contribuer encore à la santé des
végétaux élevés dans les serres. La première, c’est,
pour les plantes dont on peut laisser les pots à see,
l’usage de tablettes faites à claire-voie, comme certains
bancs de jardin ; la seconde , c’est la suppression gra-
duellement opérée du tan pour les plantes qui ont
besoin de demeurer plus ou moins plongées dans un
milieu plus humide et plus chaud que l’atmosphère où
leurs tiges se déploient. Celte substance (le tan ) est
plus redoutable pour les végétaux qu’on ne le pense
ordinairement, par l'humidité surabondente qu’elle
conserve et répand autour d'eux; par les milliers d’in-
sectes dont elle favorise la génération; par les coups de
feu souterrains que produit, souvent à l'insu du jar-
dinier Je plus attentif, sa fermentation imprévue, et
par l’irrégularité de tous les effets pour lesquels on
l’emploie. C’est d’ailleurs un assez singulier contre-
sens que de respirer dans nos serres, au lieu des par-
fums excitans ou voluptueux de l'Arabie et des Indes,
que rappelle l’aspect des plantes qu’elles renferment,
l’odeur repoussante qui sort des fosses d’une tannerie.
Frappés par ces exhalaisons imprévues, quels organes
assez robustes, quelle imagination assez vive pourraient
un seul instant élever ou soutenir nos esprits dans la
région subtile et pure des illusions charmantes que ces
décorations végétales devraient pourtant être destinées
à nous procurer ? Les jardiniers anglais ont déjà fait
plusieurs essais pour parvenir à la suppression totale
des tannées, MM. Loppricrs croient, avec raison,
que l’usage du tan est inutile, qu'il serait même nui-
( 509 )
sible dans une atmosphère échauffée par un appareil à
vapeur; el ils agissent en conséquence.
Dans une des serres de la Société horticulturale, on
a fait passer le tuyau conducteur de la fumée dans
l’intérieur de la bâche destinée à contenir le tan. La
partie supérieure de cette bâche a été hermétiquement
fermée par un plafond solide, quoique léger, de larges
tuiles posées à plat sur des barres de fer et bien cimen-
iées entre elles. Ge plafond a été établi assez en contre-
bas du sommet des murs perpendiculaires qui con-
situent la bâche, pour former une espèce de caisse
d’une profondeur déterminée, dont le fond a été re-
chargé de quelques centimètres de sable pur. Sur ce
plancher, les plantes reposent dans leurs pots enfouis
à moitié dans le sable et dans le même ordre que
s'ils étaient dans une tannée. La chaleur qui s'échappe
du tuyau se trouve ainsi concentrée dans l’intérieur
d’un grand coffre vide, et porte principalement son
action ascensionnelle vers les parois inférieures du
plancher qui supporte les végétaux, et qui communi-
que au sable une douce chaleur. Quelques ouvertures
pratiquées dans l’épaisseur du mur de devant, et qui
se tiennent à volonté ouvertes ou fermées au moyen de
plaques de tôle, permettent de soutirer de l’intérieur
du coffre l’excédant du calorique, et de le répandre
dans la serre même. Toutefois on a cru s’apercevoir
que ce procédé pouvait avoir l'inconvénient de des-
sécher trop promptement la terre des pots, et de fati-
guer les racines. Un cultivateur industrieux, M. J£x-
kiNs, a déjà cherché à remédier à cet inconvénient, en
substituant à [a chaleur fournie par un combustible,
( 510 )
celle plus homogène, plus égale du fumier, qu’il in-
troduit à cet effet dans la capacité du coffre par une
espèce de trape ou porte basse pratiquée dans le mur
du fond de la serre, et qu'il manipule ensuite, comme
le fumier d’une couche, pour en dégager le plus de
chaleur possible.
Les tablettes à claire-vcie dont j'ai parlé plus haut
ont le double avantage de ne retenir ni humidité ni
malpropreté, et de favoriser l’accès de l'air autour des
pots, dans tous les sens.
Presque toutes les remarques intéressantes que j'ai
recueillies, je les ai d’abord faites dans le jardin de la
Société horticulturale, et je les ai renouvelées ensuite
dans la plupart des autres jardins. Ce jardin est établi
à Chiswick, à cinq milles anglais de Londres, sur le
chemin de Kew. Quoiqu'il n'existe que depuis 1822,
le nombre, la fortune, le zèle et le patriotisme des
souscripteurs l'ont si richement doté, qu’on y a fait
déjà des travaux considérables, Le terrain est partagé
en grandes divisions systématiques, consacrées aux di-
verses branches de l’horticulture. Un puits artésien ,
creusé à environ 98 mètres (500 pieds) de profondeur,
a produit une source abondante qui alimente une jolie
rivière et favorise la culture des plantes de marais. Les
murs de clôture et les murs de refend, élevés en bri-
que, offrent à l’intérieur, par l’artifice de la construc-
tion, un système de parties creuses qu’on peut évaluer
presque au tiers de leur cube. Il en résulte d’abord
une économie proportionnelle dans les matériaux em-
ployés ; ensuite, l’air que renferme cette multitude de
cellules doit tenir les murs plus secs, plus chauds, et
(5n)
par conséquent les rendre plus favorables aux espa-
liers. Les serres sont déjà considérables. On en pro-
jette de nouvelles, qui seront chauffées par la vapeur.
Il y en a pour forcer les fruits d'Europe; d’autres pour
réunir et observer les arbres fruitiers des climats les
plus chauds. Dans ces dernières on prépare une suite
d'expériences dont le but est d'enrichir un jour nos
tables de ces productions exotiques, amenées artifi-
ciellement à maturité dans nos propres climats. Deux
autres sont construites tout en fer, et affectent la forme
d’une moitié de berceau. Elles renferment des végétaux
précieux envoyés vivans de diverses contrées par les
botanistes collecteurs qu’entretient la Société. J’y ai
remarqué un pied superbe d’Astrapæa W allichi; le
Theophrasta Lambothia, dont les feuilles profondé-
ment dentées donnent à cette plante l'aspect le plus
pittoresque : la Société lui a imposé le nom spécifique
de Jussiwa, en l'honneur de notre célèbre Jussieu:
un Magnolia nouveau, venant de la Chine, dont le
feuillage est magnifique, mais dont le caractère n’a
point encore été déterminé; une grande quantité
de Wepenthes distillatoria en fleurs; la Primula si-
nensis, primevère gigantesque, qui va devenir la plus
riche acquisition pour les jardiniers fleuristes ; un
nouveau Cratægus, sous le nom spécifique de mexi-
cana ; et surtout une très-riche collection d’orchi-
dées, récemment parvenues à la Société, et cultivées,
sous la direction de l’habile et aimable botaniste ,
M. Jon Linpzey , avec des soins et des procédés par-
uiculiers. Le terreau dans lequel il entretient ces fa-
milles si curieuses est uniquement formé par cetle sub-
( 312 )
stance pourrie et décomposée que l’on trouve dans le
tronc des vieux arbres et surtout des saules.
Les serres en fer n’ont point de petites croisées sur
le devant, ni de châssis mobiles à leur partie supé-
rieure, Ge sont comme des berceaux qui semblent
faits d’une seule pièce; les tringles de fer qui soutien-
nent le vitrage descendent, par une seule courbe, du
sommet du mur du fond, sur le petit mur d'appui en
avant. L'air n’y pénètre donc habituellement que par
les portes des extrémités et par les petites croisées
qui accompagnent ces portes. Mais on a très - ingé-
nieusement pourvu au renouvellement de l’air par des
pelites trappes en bois, pratiquées dans l’épaisseur
du mur de devant, et qui correspondent avec d’autres
trappes établies dans le haut du mur de fond. L’air
qui arrive du dehors par les petites trappes d’en bas
s’échaufle d’abord en passant tout près du tuyau de
. Chaleur, il circule ensuite de bas en haut, et se répand
dans toute la capacité de la serre, sans produire au-
cun courant capable d’inquiéter même la plante la
plus délicate; et en même temps, l’air qui a séjourné
dans la serre s’en échappe en flots abondans et tran-
quilles par les trappes supérieures. Les trappes d’en
bas ressemblent aux sabords d’un vaisseau, et se tien-
nent plus ou moins ouvertes à l’aide de crémaillères de
fer. Les trappes d’en haut jouent dans une coulisse
noyée dans l’épaisseur du mur ; et au moyen d’un long
manche de bois armé d’un croc de fer, qui sert à les
élever ou à les abaisser, elles s'ouvrent avec autant de
facilité qu’elles se referment avec précision.
La Société horticulturale n’emploie aujourd’hui pour
(13191)
ses serres et pour ses bâches que des carreaux de verre
extrêmement petits. Il en résulte une économie consi-
dérable, tant dans le premier établissement que dans
l'entretien. J’ai mesuré des châssis portant huit pieds
anglais de long sur quatre de large. La largeur de
chaque châssis est divisée par cinq petites traverses, ce
qui donne six rangs de vitraux. Chaque carreau a
donc moins de seize centimètres, ou six pouces, de
large, sur, à peine, treize centimètres, ou cinq pouces,
de long. De nouvelles constructions commencées chez
MM. Lopnices présentent des compartimens encore
plus petits. Il peut se faire que cette nouvelle dis-
position soit poussée à l'extrême; mais ces habiles cul-
tivateurs ne doutent point qu’il n’entre toujours dans
leurs serres assez de lumière et de chaleur.
Je ne puis m'empêcher de revenir encore sur cette
propreté exquise qui brille dans les serres de Chiswick;
combien elle doit contribuer à la pureté de l'air et à
la santé des plantes ! L'emploi de la chaleur et de
l'humidité y est combiné avec une précision qui sou-
tient l’activité de la végétation sans produire laffai-
blissement du végétal. Les planchers sont fréquem-
ment lavés à grande eau. Les plantes placées sur les
tablettes sont assez écartées entre elles pour que l’air
circule et joue autour de chacune. Quand c’est sur le
sol que Les pots sont placés, ce sol est un sable blanc
et pur qui ne contient ou n’engendre aucun principe
de corruption.
On ne croirait pas que des collections aussi vastes
que celles de MM. Lonnices à Hackney et James Lee à
Hammersmith pussent encore recevoir de nouveaux
( 514 )
accroissemens; cependant on y entreprenait encore
des serres nouvelles. J’ai remarqué chez M. Lee le
Banksia grandis, dont la feuille présente des décou-
pures ondulées et profondes; de beaux pieds d’'En-
kianthus quinqueflorus, le Theophrasta jussiæa, et
plusieurs palmiers nouveaux; mais il n’y a rien de si
beau que sa collection d’Erica. Cette famille si nom-
breuse, si brillante et si délicate, se présente chez lui
avec une fraîcheur et un éclat qu’on chercherait vai-
nement ailleurs. On prétend que cela vient principale-
ment de ce que M. Le arrose ses bruyères avec une
eau dans laquelle il tient constamment en macération
une grande quantité des branches de la bruyère
commune. Si le fait était vrai, et que l'observation fût
répétée et appliquée à d’autres familles, elle pourrait
conduire à une nouvelle théorie d’arrosemens qui ne
seraient pas moins utiles qu’ingénieux. Je me propose
de commencer à ce sujet des expériences compara-
tives, et quel qu’en soit le résultat, je ne regarderai
point comme tout-à-fait perdu le temps que j'y aurai
employé.
M. Lg fait toutes ses boutures de bruyères dans un
sable blanc extrêmement pur. C’est dans ce milieu
qu’elles forment leurs branches, et qu’elles projettent
avec facilité leurs tendres radicules. Quoique ce sable
soit devenu en Angleterre d’un usage à peu près géné-
ral, lopinion des jardiniers sur son emploi et son
action n’est pas encore raisonnée et uniforme. Le plus
grand avantage du sable est sans doute d’être plus
perméable à l’eau, de nourrir moins d'insectes, et
d’éloigner ainsi d’un faible et souvent précieux rameau
( 319 )
deux puissans agens de destruction, les vers et la moi-
sissure.
Les cultures de M. Sauvez Brookes attestent à la
fois son activité et son intelligence. J’observai chez
lui une très-grande quantité de boutures de toute es-
pèce, toutes faites dans le sable, et principalement des
houx panachés, sous cloches, en pleine terre sablon-
neuse, le long d’une charmille à l’exposition du nord;
des Rhododendrum arboreum dans le sable, sous clo-
ches carrées, en serre froide; et une incroyable quan-
lité de petites boutures qui avaient été faites en plein
sable, dans la serre tempérée, au mois de juin 1825,
avec des petites branches latérales, ayant à peine 27 mil-
limètres (1 pouce), et la plupart seulement 18 milli-
mètres (8 lignes) de hauteur, coupées sur des £rica,
Eparis, Diosma, Elichrysum, Lambertia, et autres
plantes à petit feuillage. Ces boutures, qui avaient
passé l’hiver, étaient dans un parfait état de santé, et
commençaient d'entrer en végétation. Rien n’annon-
çait qu’il dût en périr la moindre quantité. Elles avaient
été plantées aussi près les unes des autres que le com-
portait leur extrême petitesse. Elles étaient groupées
par espèces, et recouvertes par des cloches basses et
aplaties. M. Brookes avait en outre établi le long des
murs de ses serres, et suspendu tout près des vitrages
des petites caisses longues et étroites, n’ayant en lon-
gueur qu'à peu près le diamètre de ses grandes clo-
ches aplaties, et dans lesquelles ils venait encore de
faire une énorme quanlité de petites boutures, tou-
jours dans le sable. Il m'a assuré qu’il ne laissait ainsi
ses boutures dans le sable que jusqu’après la forma-
( 316)
tion des racines, et qu’il les séperait et repiquait tou-
jours dans l’espèce de terre qui leur était propre, avant
que les jeunes racines ne fussent sorties du sable pour
aller puiser au sein de la couche de terre inférieure
une première nourriture.
M. Samuec Brookes possède de fort belles plantes.
J'ai remarqué entre autres les pieds, mâle et femelle,
du Cuninghamia lanceolata : ce sont deux assez forts
individus; le Roronia serrulata, espèce nouvelle; le
Limonia scandens, ete. Mais les plus intéressantes de
toutes m'ont paru, sans contredit, deux espèces d’4-
zalea indica, nouvellement arrivées de la Chine, et qui
ne se trouvaient encore que chez lui; l’une à fleurs
blanches, l’autre à fleurs doubles pourpres. Je les vis
en fleurs, et le lendemain j’eus la satisfaction de re-
trouver et de reconnaître ces arbustes charmans dans
la belle et rare collection de dessins coloriés originaux
de plantes de la Chine, qui enrichit la bibliothèque
de la Société horticulturale, et qu’elle a reçue de la
Chine même.
Les jardins de MM. Cozwir, Jenkins, MazcoLw, Sir,
Knicur, MackAy, Gnanpzer et BuckinénAam, WniTLey
Brawes et Mine, n’ont pas moins excité ma curiosité
et mon intérêt. Dans tous ces établissemens, sont sui-
vis avec la même activité les mêmes principes de cul-
ture et de multiplication. Celui de M. Cozwir s’est
placé, dans ces dernières années, sur la première ligne.
La partie botanique y est dirigée par M. R. SwEEzr,
auteur de plusieurs ouvrages, et entre autres d’une
publication périodique des Geranium, dont M. CocwiL
s'occupe avec autant de profit que de succès. C'est
( 517 )
chez M. Cozwis seul que se trouve, quant à présent, en
multiplication, l’Astrapæa wallichii. H possède aussi
plusieurs beaux pieds du Zamia horrida, dont les
jeunes pousses, munies de forts aiguillons, affectent la
forme hérissée et la couleur glauque d’une espèce de
chardon, ainsi qu’une grande quantité d’oignons. J'y
ai va un superbe pied du Crinum amabile en fleurs.
+ M. Mazcou s'occupe plus particulièrement des plantes
des Alpes et de l'Amérique septentrionale, J’ai va chez
M. Jenkins un pied très-fort de l’Andromeda flori-
bunda. Je ne lai trouvé que chez lui et chez le duc
de Devonshire : il y attache un prix extraordinaire.
Il avait aussi un beau pied du Pinus dammara..
MM. Wurrzey, Braues et Miixe possédaient le pied-
mère du vrai Camellia axillaris, si différent de la
plante que d’autres jardiniers livrent sous ce nom. Il
décore actuellement les serres de Fromont, où l’on
peut voir, l’une à côté de l’autre, ces deux plantes ri-
vales, qui se disputent l'honneur d’être inscrites dans
la nomenclature déjà si nombreuse du plus beau genre
qui ait jamais embelli nos serres.
M. Mackay dirige deux établissemens, dont l’un est
chauffé par la vapeur. Il à dirigé anciennement les
magnifiques serres de M. le comte pe Vanpes.
MM. Cnanocer et BucriNcuam font un prodigieux
débit de camellia et de pivoines.
J’ai admiré chez M. Kxicur deux énormes camel-
lia, en caisses, portant, avec un parfait équilibre de
sève et de végétation, les fleurs de cinq à six espèces.
M. Kwicur s'occupe beaucoup de semis de camellia.
Il possède déjà une très-grande quantité de jeunes
22
( 518 )
plants qui, par quelques dispositions particulières dans
le feuillage ou dans les rameaux, semblent lui pro-
mettre des variétés non moins lucratives pour lui qu’in-
téressantes pour les cultivateurs; afin d’avancer l’épo-
que de la floraison de ces jeunes sujets, il les assujétit
à un mode de courbure dont l'effet est extrêmement
original. Il abaisse graduellement la tige verticale vers
un des côtés de l’arbrisseau, de manière à ce que cette
tige se trouve en contact immédiat par son sommet
avec la partie inférieure du tronc, et présente une
figure qui se rapproche du cercle. 11 greffe alors l’ex-
trémité de la tige, ainsi recourbée, sur le tronc, à quel-
ques centimètres au-dessus du bouton terminal, qui se
trouve avoir repris alors sa direction verticale. La sou-
dure se forme, la tige continue de monter, la partie
arquée est soigneusement privée de tous ses yeux, et
la sève, dans son cours, est désormais obligée de suivre
le long détour que l’industrie du cultivateur lui a im-
posé. M. Knicur suppose qu’étant ainsi ralentie et
élaborée, la sève acquerra plus tôt la qualité propre à
la production de la fleur. Ainsi disposés, ses jeunes
camellia sont pourvus de véritables anses, par les-
quelles on peut les prendre et les soulever comme si
ces anses étaient attachées à leurs propres vases.
Le jardin royal de Kew, dirigé par le célèbre M. Ar-
TON, est au-dessus de tout ce que j'en pourrais dire;
il échappe à une simple notice qui n’a pour but que
d’esquisser les efforts, les progrès et les succès de l’in-
dustrie. Les collections de plantes et les procédés de
culture ont également épuisé mon admiration. Une
bâche renfermait trente espèces nouvelles de scitami-
( 519)
nées venues du Népaul, et non encore observées. J’y
ai remarqué des serres où l’amphithéâtre des plantes
établies dans la tannée était disposé en sens inverse de
la pente du verre, en sorte que les plantes faisaient face
au mur du fond.
Dans la grande serre aux palmiers, deux rangs de
tablettes sont suspendues le long des petites croisées
de devant. Celle d’en haut soutient une couche de
sable placé lui-même sur un lit de fougère : on plonge
à moitié les pots qui renferment les plantules dans ce
sable constamment tenu frais.
Je redescends aux établissemens particuliers, et en
terminant par celui que MM. Loppices ont formé à
Hackney, je puis dire que je reste encore à la plus
grande hauteur. Leurs serres ont une étendue d’en-
viron 594 mètres (1200 pieds). Elles sont toutes chauf-
fées par un seul appareil à vapeur, de la force de
sept chevaux, et muni de deux grandes chaudières de
4 mètres de long, sur 2 de profondeur et 16 déci-
mètres de large : l’une de ces chaudières n’est que de
précaulion, en cas d'accident qui suspendrait l'usage
de l’autre. La vapeur passe dans des tuyaux de fer
fonda de 10 centimètres (4 pouces) de diamètre;
il yen a ainsi une longueur d'environ 1500 mètres
(4000 pieds). ls passent par toutes les serres, et cha-
que serre en a un nombre proportionné à sa capacité
et au degré de chaleur qu’on y désire. Aïnsi, un seul
tuyau suffit pour une serre tempérée d’une étendue
moyenne, tandis qu'il en passe douze dans toute la
longueur de leur grande serre chaude. À la vérité cette
serre présente des proportions extraordinaires, puis-
29%
( 320 )
qu’elle à 15 mètres (40 pieds) de haut, sur 19 mètres
et demi (6o pieds) de large. Les plus grandes plantes
y végèlent dans des cuves immenses; et sous la voûte
de verre qui les abrite, et que d’en bas on distingue à
peine de la voûte des cieux, à travers les branches et
les feuillages entremêélés, elles développent et conser-
vent leurs formes et leurs beautés naturelles, portent
des fleurs et des fruits, et jouissent, en un mot, d’au-
tant de liberté et de plus de bien-être que dans leurs
propres forêts. MM. Lonni&es ont construit eux-mêmes
tout leur appareil, dont ils sont très-salisfaits, et qui
doit faire époque dans les fastes de l’horticulture.
Laserre qu’ils ont consacrée à la culture des camellia
n’est pas moins remarquable. C’est un grand berceau
de forme ovoïde, de 39 mètres (120 pieds) de long,
sur 6 mètres et demi (20 pieds) de haut et 15 mètres
(46 pieds) de large. Un mur de refend partage et sou-
tient ce léger et brillant édifice de verre, dont la char-
perte est tout en cuivre du côté du midi, et en fer du
côté du nord. J’ai vu cetie immense corbeille remplie
de fleurs.
J’allais passer sous silence l’ingénieux procédé em-
ployé par MM. Lopnicss pour l’arrosage des banquettes
de plantes établies dans leurs serres chaudes ; au-dessus
du vitrage, et sur une ligne perpendiculaire au milieu
de ces banquettes, règnent de petits tuyaux de plomb
très-minces, percés dans leur diamètre inférieur de
plusieurs séries de trous capillaires, ouverts sur l'angle
d’une pomme d’arrosoir. Ces légers syphons, à peine
remarqués dans les airs, correspondent à un grand ré-
servoir d’eau, duquel ils sont isolés à volonté par des
( 521 )
robinets. Quand on ouvre ces robinets, l’eau se préci-
pite dans les tuyaux, s'échappe avec force par les trous
capillaires, se divise en poussière humide, et répand
une rosée bienfaisante sur toutes les plantes de la ban-
quette à la fois. L’effet dure aussi long-temps que le
robinet reste ouvert, et cet effet est si bien calculé et
si précis, que le-promeneur qui parcourt les sentiers
voit cette pluie fine se former au-dessus de sa tête,
tomber à quelques centimètres de lui, et ne court point
le risque d’en être incommodé.
MM. Lopnicrs ont encore établi dans leur jardin
une culture de plantes de terre de bruyère fort ingé-
nieuse. Elle consiste dans une série de plates-bandes
circulaires qui s’enchässent les unes dans les autres
comme autant d’anneaux, et qui sont séparées entre
elles par des plates-bandes de gazon. Ces sentiers de
gazon ont l’avantage de ne point réfléchir, comme les
prismes multipliés d’une allée de sable, les rayons du
soleil sur ces familles délicates. Les plantes sont grou-
pées par espèces, suivant l’ordre alphabétique : ainsi
le cercle des azalées enveloppe le cercle des rhododen-
drons. Le gazon des sentiers est presque incessamment
fauché, et l’herbe fine qui en provient est fanée en
couche égale et mince sur la superficie des plates-
bandes de terre de bruyère, pour empêcher le hâle de
les pénétrer. On laisse cette herbe se dessécher sur le
terrain, et à mesure qu’elle se flétrit, on ajoute de
l’herbe nouvelle.
Il me reste à dire un mot des terres employées en
général par les jardiniers anglais, et qui, au premier
coup d'œil, paraissent différer si fort des nôtres; c’est
( 522 )
à Hackney, après Chiswick, que j'ai eu occasion
d'examiner de plus près ces substances.
Elles consistent dans le loam, ou terre franche: la
terre de bruyère, et le sable, Ces trois substances s’em-
ploient pures ou mélangées dans des proportions va-
riables.
Le loam est une espèce de terre franche, légère,
douce, dépourvue d’argile, que l’on se procure en
coupant, dans les sols dont elle fait la base, des ga-
zons de 8 à 10 centimètres (3 ou 4 pouces) d'épaisseur
au plus, semblables à ceux que l’on emploie dans les
jardins pour plaquer des bordures. On met ces gazons
en tas, on les laisse mûrir et se décomposer, on les bat
ensuite avec leur terre, et on en sépare avec la claie
ou le crible les parties les plus grossières que la dé-
composition n’a pas suflisamment atteintes. Quand ce
loam est fortement surchargé de débris de gazons, il
prend l’épithète de turfy (gazonné), il est plus gras,
plus nourricier, et convient davantage aux plantes suc-
culentes et voraces. Dans l’autre cas, il est plus léger,
moins substantiel, et on le rend quelquefois plus léger
encore, en y mêlant une dose de sable.
La terre de bruyère est plus ou moins grasse et
tourbeuse, ou sablonneuse et légère; son emploi est
déterminé par sa qualité; on la mêle avec la terre
franche, le sable, le terreau de feuilles bien consommées
et criblé, ensemble ou séparément, et dans des pro-
portions qui varient suivant l’effet qu’on veut obtenir.
La terre de bruyère qu’on apporte dans les jardins ne
consiste absolument qu’en gazons enlevés à la surface
de Ja terre, et qu’on laisse mûrir en Las comme le
( 523)
loam. Je n'ai point vu qu'on se servit du sable plus ou
moins noirâtre qui se trouve immédiatement sur les
8 ou 10 centimètres que présentent en épaisseur les
gazons de bruyères. Quand on fait des encaissemens
de terre de bruyère, on jette ces gazons pêle -mêle
au fond de la fosse, où l’on se contente de les divi-
ser grossièrement avec le tranchant de la bêche. On
ne met par-dessus que quelques centimètres de terre
de bruyère battue et plus divisée, pour recevoir les
plantes.
On trouve que, par ce procédé, la décomposition de
la masse de terre de bruyère rapportée dans l’encais-
sement, est plus lente et plus graduée, et que par
conséquent cette espèce de icrreau conserve plus long-
temps ses qualités.
Les jardiniers anglais restreignent d’ailleurs beau-
coup plus que nous l'emploi qu'ils font de la terre de
bruyère pure; on peut s’en convaincre, en examinant
la motte des plantes qu'ils nous envoient, et dont le
loam fait presque toujours la base principale, excepté
pour les bruyères et autres plantes à raçines extrême-
ment menues. Ils regrettent de ne pas pouvoir se pro-
curer une assez grande quantité de terreau de feuilles
pour le faire dominer dans la plupart de leurs mé-
langes.
Le sable que les Anglais emploient est blanc, fin et
pur. Tous les tas que j'ai vus chez différens jardiniers
m'ont rappelé le sable d’'Étampes et de Fontainebleau :
il m'a seulement paru avoir et conserver peut-être un
peu plus de fraîcheur naturelle. Quand on lemploie
seul, par exemple pour les boutures, il est d'autant
( 524 }
meilleur qu’il est plus blanc, plus pur et plus fin. On
tient encore à ces qualités, quand il doit être mêlé
avec d’autres substances, surtout quand on veut don-
ner à la composition plus de légèreté et de sécheresse.
J'ai remarqué chez MM. Lopnices un sable qui parti-
cipait beaucoup du sable de rivière, étant, comme ce
dernier, granuleux et chargé même de petits galets
arrondis. Des bruyères et d’autres plantes avaient dû
végéter sur sa maigre surface, ce que l’on reconnaissait
à sa couleur gris noirâtre produite depuis long-temps
par des décompositions végétales. Is lemploient pour
la culture des palmiers. Dans quelques circonstances,
les jardiniers ajoutent à leurs mélanges un terreau très-
substantiel formé de fiente de vache bien consommée,
seule ou mêlée avec le terreau de feuilles. Il m’a paru
qu'en général les meilleurs cultivateurs ne faisaient
leurs mélanges qu’au moment de les employer; en
cfiet, l’entassement et le mélange trop prématurés des
substances peuvent produire une sorte de fermenta-
tion intestine, laquelle, dégageant et volatilisant trop
tôt les gaz qui s’y trouvaient dans l’état fixe, doit dé-
truire ou du moins affaiblir l'énergie de leur action
sur les phénomènes de la végétation, au moment où le
cultivateur aura le plus besoin de son influence. C'est
ce qu’on peut remarquer, par exemple, dans les cou-
ches de fumier faites trop long-temps avant le moment
de leur emploi.
J'ai eu l'honneur d’assister, pendant mon séjour à
Londres, à l’une des séances de la Sociéié horticultu-
rale, et d’être admis, sur la présentation de MM. Sa-
mixe et Linoixy, membre correspondant de cette So-
( 325 })
ciélé, Un beau pied de Calceolaria corymbosa et une
branche fleurie de Glycine sinensis, décoraient le bu-
reau, chargé d'échantillons de fruits, de liliacées en
fleurs, et de charmantes variétés d'oreilles d'ours, ap-
portés à la séance par différens jardiniers. Combien il
est à regretter qu'il n'existe point encore dans notre
chère patrie de société semblable à celle de Londres,
dont tous lestravaux, toutes les recherches, sont exclu-
sivement et constamment dirigés vers les progrès du
jardinage-pratique ! de ne vis pas sans émotion, je dirai
même sans une patriotique jalousie, cette nombreuse
réunion de citoyens de toutes les classes, distingués
les uns par leur fortune, et les autres par leur expé-
rience et leurs lumières, s’occupant à l’envi de l’un des
arts les plus modestes et les plus utiles, concourant au
même but par leurs facultés diverses, et travaillant à
la fois à leurs intérêts particuliers, à la prospérité de
leur pays et à l'amélioration de la condition humaine;
car on ne peut s'occuper du bien de son propre pays sans
travailler à celui du monde entier; et telle est la puis-
sance de ce lien invisible et sacré par lequel l’auteur
de toutes choses a voulu que ses enfans, répandus en
peuplades sur le globe, demeurassent éternellement
réunis, malgré les distances, les mœurs et quelquefois
les antipathies religieuses ou politiques, que le bien
qu’un seul homme a fait, en passant rapidement sur
la terre, se propage et profite à tout le genre humain.
J'ai rapporté de mes voyages des plantes nom-
breuses, intéressantes ét nouvelles, qui végètent ac-
tuellement dans le jardin de Fromont, Ceux de mes
chers et savans confrères qui m’honorent aujourd’hui
( 526 )
de leur visite, ne remarqueront sûrement pas sans in-
térêt celles qui suivent :
1° Un très-fort pied d’'£ ugenia malaccensis, d’envi-
ron 16 décimètres (5 pieds) de haut, très-branchu, et
de la plus belle végétation. C’est Le pied-mère qui exis-
tait chez MM. Lopniess, lesquels ont bien voulu me le
céder.
2° Un très-fort pied du véritable Camellia axilluris,
d'environ un mètre (5 pieds), chargé de branches, et
si différent de la plante jetée dans le commerce sous le
même nom; c'était aussi le pied-mère de MM. Wnirery,
Braues et Miixe, par lesquels il a été multiplié et ré-
pandu. Ils ont eu beaucoup de peine à s’en défaire en
ma faveur. — Ces deux individus ont déjà fleuri.
5° Une nouvelle espèce de primevère, tout récem-
ment apportée de la Chine, la Primula sinensis. Elle
n’est pas encore bien connue ; quelques-uns la croient
seulement bisannuelle; on pourra la multiplier par ses
graines. C’est une plante fort intéressante par ses
fleurs, son feuillage et les dimensions qu’elle acquiert.
4° Deux charmantes variétés de l’Azalea indica,
l’une à fleurs blanches très-belles, l’autre à fleurs dou-
bles pourpres, dont j'ai parlé plus haut.
5° Un fort oignon du Crinum amabile, qui ne doit
pas tarder à fleurir.
6° Un nouvel Hedychium (gardinerium ), qui parait
être le plus beau de tous.
7° La Canna iridiflora, plante toute nouvelle, et
d'autant plus précieuse à mes yeux, qu'elle a fait partie,
avec un très beau pied du Combretum comosum, d’un
( 327 ) Ÿ
cadeau que la Société horticulturale a bien voulu me
décerner à titre d'encouragement.
8° Un nouveau Combretum (nova species), dont le
dessous de la feuille est glauque, et qui n’a pas encore
été décrit,
9° Un nouveau chêne, à grandes feuilles persis-
tantes du plus beau vert, blanchâtres en dessous, pro-
venant des hauteurs du Népaul, et qui passera très-
probablement en pleine terre, sous le climat de Paris.
10° L’Enkianthus quinqueflorus, V'Artocarpus in-
cisa, le Persoonia latifolia, V'Ardisia paniculata,
l'Eugenia macrocarpa, le Dychorisandra thyrsiflora,
le Spiræa bella, V Azalea procumbens, cette miniature
des azalées, le Cocos nucifera, le Thrinax parviflora
et d’autres palmiers, de charmans hybrides de passi-
flores, etc., etc.
11° Enfin, un beau pied de lAstrapæa Wallichii,
cette nouvelle et superbe malvacée, décrite et figurée
dans le Botanical Register, n° XCVIT, Tab. Gg1.
C’est une des plus magnifiques fleurs qui existent. Elle
a été envoyée de Calcutta au jardin de Kew, par le
docteur Wazricn, correspondant de la Société Lin-
néenne de Paris; on la suppose originaire de Mada-
gascar.
Tous ces beaux végétaux ont quitté Londres en
même temps que moi, dans le courant d’avril; six
jours après ils étaient dans le jardin de Fromont; et
je crois être le premier qui aurai introduit en France,
entre autres plantes, l’Astrapæa IF allichii, la Primula
sinensis, le Quercus nepaulensis, ainsi que l’Azaleu
indica flore albo, et l'Azalea indica flore purpureo
( 528 })
pleno. Ces belles plantes n’y resteront point oisives
comme un simple et vain ornement; déjà elles sont
soumises aux procédés de la multiplication , et les élè-
ves qui en proviendront enrichiront bientôt la liste,
déjà nombreuse, des jeunes sujets que le travail le plus
actif me met dès à présent à portée de fournir à toutes
les classes de consommateurs.
AAA 000 VU VUE UV VAN UV VU VA VV UV VA A VAAU
INFLUENCE DU CALCAIRE
SUR LES GRAMINÉES,
Et de l'application de la chaux comme engrais
des sols qui en sont dépourvus, mémoire par
M. Le BouLrenGEr, correspondant, ingénieur
en chef des ponts et chaussées du département
de Seine-et-Marne.
Cousrex la nature est simple dans ses moyens et
grande dans ses applications ! quel charme indicible
est répandu sur son étude! que de jouissances sont
attachées au bonheur de découvrir quelques-uns de
ses secrets ! car si elle a mis tant de soin à cacher son
âge, elle n’en met pas moins à cacher les moyens par
lesquels elle nous prodigue ses trésors, et ce mystère
dont elle les enveloppe est un attrait de plus ajouté
au plaisir de leur découverte.
Mais pourquoi exalter tant ces découvertes? Com-
bien sommes-nous loin de les approfondir! Faibles
créalures que nous sommes,un brin d'herbe arrête
nos plus savantes recherches, pouvons-nous jamais
arriver jusqu'à la vie qui le soutient? Là est l’émana-
tion immédiate du Créateur, là est aussi la limite posée
à l'esprit humain.
Cependant il reste encore un vaste champ à par
courir, Ainsi avec la seule matière calcaire, que d’ob-
( 350 )
jets merveilleux la nature n’a-t-elle pas produits! tout
est mystère dans sa formation primitive, dans sa dis-
position, dans ses agrégats. L'homme a déjà soulevé
quelques coins de l'immense voile qui couvre tous ces
miracles; mais plus il a été savant, plus il a été ébloui,
étonné, effrayé, j'ose le dire, de ce que son esprit lui
laissait entrevoir, et plus a été sincère son admiration
et sa piété pour l’auteur de ces merveilles. Il faut un
génie supérieur pour voler un rayon de la divinité,
laissons ce soin aux AnsroTEe, aux Linxé, aux Hauy,
aux Cuvier, et bornons-nous à essayer de décrire lin-
fluence du calcaire sur les végétaux, soit cultivés, soit
dans l’état de nature.
PREMIER PHÉNOMÈNE.
Pourquoi le blé froment semé dans les montagnes
ne vient-il jamais sur les sols granitiques, tandis qu'à
Le
{a méme hauteur, et méme dans des régions ou plus
froides ou plus élevées, il croit abondamment ?
SECOND PHÉNOMÈNE.
4
Pourquoi les gramens des prés, tels que le Lolium
perenne, le dactyle, les houlques, les alopécurus, ete,
ne viennent-ils jamais dans arrosement ct défriche-
ment sur les montagnes granitiques, tandis que sur
les montagnes calcaires ou volcaniques ils poussent
abondamment et sans culture, et constituent les mon-
tagnes à engrais ou à herbages?
ë 8 5
De ces observations résulte l'examen de l’applica-
tion que l’on peut faire du calcaire comme engrais des
( 531 )
sols qui en sont dépourvus, et de celui-ci les consé-
quences qu’il serait naturel d’en déduire.
Telle est, Messieurs, la division des sujets que je me
propose de traiter dans ce mémoire.
SA
Ceux qui ont parcouru les montagnes basses de la
France, se rappelleront que le froment n’est jamais
cultivé sur les détritus du granit, tandis que s’il existe
dans les mêmes hauteurs des portions calcaires, tout
de suite la culture du froment s’y est transportée, y a
réussi, el de génération en génération ce blé s’est établi
ou colonisé dans cette espèce de sol favorisé. Vous re-
marquerez que celte aversion du froment pour les sols
granitiques n’est pas due à la rigueur de la tempéra-
ture sur ces sortes de montagnes, Car la température
des montagnes basses qui séparent le bassin de l’Au-
vergne de celui de la Loire, et qui constitue les mon-
tagnes du Forez, cette température, dis-je, est moins
froide que celle des causses de la Lozère, telle que la
camp de lHospitalet, le causse de Sauveterre, les
causses ou fromentals de l’Aveyron, plaines élevées
de plus de 800 mètres au-dessus des montagnes du
Forez, et qui cependant sont riches en blé, tandis
que les premières ne produisent que du seigle. Et sans
aller chercher des exemples éloignés, la plaine de Caux
gèle quelquefois de’ plusieurs décimètres de profon-
deur, et cependant le froment y réussit à merveille.
J'avais durant un certain temps attribué ce phéno-
mène au peu de fécondité du sol granitique, j’essa yai de
semer du froment dans le jardin d’une habitation des
( 532 )
montagnes; il leva parfaitement, était très-vigoureux,
mais il périt pendant l'hiver. J’ai donc dû renoncer à
celte idée, et ceux qui connaissent ces montagnes sa-
vent qu'il est tel champ de granit qui renferme près de
4o centimètres d’un humus très-fertile, qui ne le cède
en rien pour la fécondité au meilleur sol argilo-calcaire.
J'ai eu lieu d'observer, et à plusieurs reprises, que
lors des premières gelées dans les sols granitiques, la
surface de la terre se soulève de 2, 3 et même 5 cen-
timètres de hauteur, tellement qu’en marchant dessus
l'empreinte des pieds s’y dessine en creux, et une trace
blanchâtre indique la rupture des petits cristaux de
glace qui la soulevaient.
L'examen de ce phénomène m'a fait remarquer que
le sable formé du détritus de granits est composé de
cristaux de quartz et de feldspath, la plupart très-
gros, et laissant entre eux beaucoup de vide, tellement
que leurs molécules ont peu d’adhérence, et que l’hu-
midité n’existant jamais dans les couches supérieu-
res, elle se réunit dans celles inférieures, et augmente
en intensité à mesure que l’on descend plus bas :
d’où il suit que la première couche de terre, renfer-
mant peu ou point d'humidité, ne gèle pas, mais bien
la couche inférieure : celle-ci, en se congelant, se dilate
et soulève légèrement la première couche de terre;
la gelée continue son action, et atteint l'humidité in-
férieure, qui se consolide avec la première glace et y
ajoute une nouvelle hauteur. Cette action se prolonge
et finit par former à la surface de la terre une es-
pèce d’étoffe couverte d’un poil dû à une multitude
de colonnes de glace isolées ou groupées, la plupart
(335)
égèrement courbes, et ayant pour couronnement une
petite surface de terrain : ainsi au premier coup d’œil.
l’aspect du sol a peu changé, il faut marcher dessus
pour s’en apercevoir.
-Il paraît que ce soulèvement des terres par l’action
des gelées déchire les petites racines du blé, et lui
forme des plaies incurables à cette époque : ce qui me
porterait à croire cette hypothèse, c’est que dans les
pays argilo-calcaires, la terre adhérente dans toutes
ses molécules retient l’eau dans toutes ses parties; lors-
qu’elle gèle, tout gèle en masse, et dégèle de même,
sans dérangement ni transposition. Le froment n’é-
prouve donc pas dans ces terrains l’altération à la-
quelle il est sujet dans les sols granitiques.
Il paraît que le seigle est plus robuste, et qu'il se
rétablit des plaies qu'il a éprouvées par la dilatation
du terrain. J’aurais désiré pouvoir suivre ces expé-
riences et acquérir des données plus positives : vous
verrez cependant que l’examen du second phénomène,
qui va nous occuper, viendra à l’appui des observations
précédentes.
S IL
Je vous prie, Messieurs, de me pardonner l’excursion
géologique que je vais faire ; elle se lie intimement à
mon sujet. D'ailleurs parcourir les montagnes est un
plaisir des naturalistes, et je rentre dans le domaine de
vos affections.
Une grande partie des montagnes basses de la France
fut jadis couverte de bois; l’incurie, suite du désordre
29
(554)
de la civilisation, et le parcours des bestiaux, ont dé-
truit ces forêts, et elles sont pour la plupart rases.
Telles sont les montagnes qui séparent le cours de
la Loire de celui de PAllier, qui naissent vers Saint-
Pierre-le-Moutier, longent Vichy, Saint-Etienne, le Puy
et une partie de l’Ardèche. Telles sont celles qui sépa-
rent l’Allier du Cher, sous le nom de montagnes du
Bourbonnais, et qui s'étendent depuis Sancerre jus-
qu’au Mont-d’Or.
Telle est encore l'immense chaîne de la Margeride
qui, partant depuis les hauteurs au-dessus de Lempde,
domine Saint-Flour, et vient se terminer contre le
piton de la Lozère, sur lequel sont appuyés les schistes
des Cévennes.
Ces montagnes se partagent, selon les expressions
du pays, en herbages et en pâturages de moutons.
Les montagnes à parcours des moutons sont en gé-
néral couvertes de bruyères, plus ou moins denses,
plus ou moins élevées; ce végétal y domine. Dans cer-
taines montagnes élevées le Vaccinium myrtillus, le
Vaccinium vitis idæa, disputent le sol à la bruyère.
Le pied des uns et des autres est parsemé par taches
rondes isolées, et rarement sous forme de gazon, des
graminées suivantes : le Festuea ovina, le Festuca
glauea, diverses Poa, et surtout le rebutant Poa ri-
gida. Les brebis paissent ces plantes, et y trouvent un
excellent aliment qui les fait engraisser avec rapidité
et donne à leur chair une saveur exquise.
Si certains cantons de ces montagnes sont calcaires,
ils sont cultivés; s’ils sont trop élevés, ils forment des
( 535 )
herbages. Enfin les pitons très-élevés et volcaniques
sont exclusivement consacrés aux herbages.
Dans les montagnes à herbages, on élève et engraisse
des bœufs, des vaches, et l’on élève des chevaux; les
moutons en sont bannis.
Tels sont les herbages de la chaîne de l’Auvergne,
depuis le Puy-de-Dôme jusqu’au Mont-d’Or;
Tels sont aussi ceux d’Aubrac, de l’Ayole et ceux des
pitons volcaniques de l’Ardèche.
Il est important ici de ne pas confondre les monta-
gnes secondaires, dont nous entendons parler, avec
les hautes chaînes des Alpes et des Pyrénées; tout le
monde sait que dans ces dernières, au-dessus de la ré-
gion des bois, il ne reste plus sur la terre que des her-
bes, dont le tapis se prolonge sous les neiges éternelles;
et ce sont toujours des herbes, que la montagne soit
calcaire ou qu’elle soit granitique : mais ce fait, bien
loin de nuire aux observations que je me propose d’a-
voir l'honneur de vous soumettre, vient même à leur
appui.
D'abord l’arbuste de la bruyère ne végète pas aux
lieux où le bois cesse de croître; 2° dans ces régions
élevées, les plantes qui appartiennent au sol granitique
sont, en gramens, le Poa rigida, différens Careæ; après
ce sont des plantes à racines pivotantes, telles que le
Trifolium alpinum, les Hieracium, les Drias, etc.
Ces plantes appartiennent à tous les terrains graniti-
ques ou calcaires.
Enfin on trouve dans certaines parties de ces hautes
régions des pâturages excellens pour les vaches, les
23,
( 356 )
chevaux et les bœufs; cela doit être, parce que la ma-
jeure partie des sommités des Pyrénées sont des bancs
calcaires, comme les falaises du Calvados.
J'ai trouvé et j'ai rapporté de la Brèche-Rolland,
au-dessus de Gavarnie, une abondante moisson de co-
quilles, et il est dans ces hautes régions tel banc cal-
caire qui n'est formé que de myriades de fragmens
de coquilles réunies par un ciment de même nature.
Toute la différence qui existe entre le calcaire de la
Brèche-Rolland et celui des falaises du Hâvre et de
Dieppe, repose sur la durée du temps écoulé depuis
leur sortie des eaux. Celles de la Brèche-Rolland sont
sorties des premières du sein de l’onde; celles du Cal-
vados sont sorties naguère. Les premières sont des
marbres d’une dureté extraordinaire, les falaises du
Calvados se coupent au couteau; mais d’ailleurs,
même horizontalité dans les bases quand elles n’ont
pas été dérangées, même parallélisme conservé dans
les Pyrénées, malgré les culbutes épouvantables que
la retraite des eaux, les tremblemens de terre et les
cataclismes du globe leur ont fait éprouver.
Ainsi, il n’y a point encore d’anomalie, même dans
ces hautes régions; les détritus du granit sont recou-
verts des graminées les plus robustes et de plantes pi-
votantes; les seuls terrains calcaires produisent des
herbes tendres, savoureuses, et par conséquent capa-
bles de nourrir les grands animaux.
Une autre contradiction semble être échappée à ma
plume, lorsque j’ai avancé que les sols calcaires étaient
les seuls qui pussent fournir des herbages, c’est-à-dire
557)
des pâturages à grands animaux, et quand j'ai cité par-
mi ces sols ceux des montagnes volcaniques; mais cette
contradiction n’est qu’apparente. En effet, les mon-
tagnes ou les terrains volcaniques, soit que l’éruption
ait eu lieu dans le granit ou dans le calcaire, sont com-
posés d’une grande quantité de matières calcaires; et
sans employer ici le secours de la chimie, qui, dans
son analyse, ne peut agir que sur de petites masses, je
prendrai mon laboratoire dans celui de la nature, j'in-
terrogerai les grottes de ces pays et les eaux qui en
découlent.
Toutes ou presque toutes les grottes volcaniques.
sont pénétrées d’infiltrations blanches, qui la plupart
sont des infiltrations calcaires; les grottes de l’Ardèche,
les baulmes du Languedoc et du Gévaudan, les grottes
de l’Auvergne, en font foi. Beaucoup de fontaines, jail-
lissant du dessous des masses volcaniques, sont char-
gées d’une énorme quantité de carbonate de. chaux,
et je citerai pour exemple la fontaine incrustante de
Sainte-Alyre, près Clermont-Ferrand; je la cite parce
qu’elle est connue de tout le monde.
Enfin, il n’est pas un géologue qui ne sache parfai-
tement qu’il y a fort peu de laves qui ne contiennent
une portion plus ou moins notable de chaux.
Je suis donc fondé à considérer les terrains volca-
niques comme terrains calcaires, et avec cet avantage
immense, que la matière dégagée par l’incandescence
de la majeure partie de l'acide carbonique, est dans
la situation la plus favorable pour s’allier à la végé-
tation.
( 558 )
Tel est le motif qui donne à ces terrains une fécon-
dité si prodigieuse.
Les graminées délicates, dont la nature s'approche
de celle du triticum ou froment, n’éprouvent pas sur
ce sol les plaies que le gonflement de la glace occa-
sione dans le terrain granitique; ils poussent avec
luxe et vigueur; leurs racines détruisent toutes les au-
tres plantes, et la bruyère est reléguée par elles dans
les sols où elle peut lutter avec avantage. Je me suis
souvent amusé à examiner le passage du sol volcanique
au soi granitique, et les combats qui se livrent entre
les racines des gramens et celles de la bruyère; auel-
ques toufles de cette dernière s'élèvent comme de
petits îlots de bois dans les herbäges : bientôt ces
flots deviennent plus nombreux; les bruyères se tou-
chent, et l’on n’apercoit plus que de loin en loin des
taches encore verdoyantes du riche tapis des prairies;
enfin elles disparaissent, le sol ne peut plus les nour-
rir, et la bruyère pivote à son aise sur un sol sans ver-
dure et sur lequel on remarque de distance en distance
les toufles arrondies et glauques des graminées qui lui
conviennent.
Ainsi les végétaux les plus propres à la nourriture
des animaux ne croissent naturellement, et ne se pro-
pagent que sur le sol calcaire; c’est lui qui est émi-
nemment productif, et sa puissance végétative est tel-
lement active, que partout où il se montre parmi les
autres élémens du globe, il y est accompagné de vé-
gétaux propres, que la nature y sème ou que l’homme
y a colonisés.
( 559 )
J'ai souvent regretté que nos voyageurs ne nous aient
pas rendu compte de la nature du sol des défrichemens
faits dans les États-Unis, à Cayenne, et sur les côtes
la Nouvelle-Hollande. Je ne doute pas que l’on ne dé-
couvre que partout où ces défrichemens ont eu lieu
sur le calcaire argileux, ils ont été très-productifs, et
que partout où ils ont eu lieu sur le granit, dès que la
première couche d’humus aura été épuisée, l’établisse-
ment aura langui.
S FIL.
Il semblerait naturel de conclure de ce qui a été
dit ci-dessus, que l’application des matières calcaires
sur les sols granitiques tendrait beaucoup à les fertili-
ser, et en effet c’est ce que l’expérience a appris; ainsi
lorsque l’on peut marner ces sortes de terres, elles par-
ticipent aux propriétés des calcaires ; mais la marne
est trop lourde pour être transportée au loin, elle
renferme de l’argile qui n’est pas très-nécessaire dans
les granits; les détritus du feldspath en fournissent
assez.
Ce serait de Ja chaux, et de la chaux cuite, qu’il
faudrait y transporter; elle est légère et occupe un
grand volume, susceptible d'augmenter encore beau-
coup.
En indiquant la chaux comme engrais des granits,
ne croyez pas, Messieurs, que j'aie la prétention de
vous présenter une découverte; les Anglais emploient
depuis long-temps; déjà cet engrais contribue à chan-
ser l'aspect d’un des départemens de la France le plus
( 340 )
disgracié sous le rapport de la fécondité, le départe-
ment des Landes.
L'emploi de la chaux comme engrais a commencé
dans ce département par la commune de Benquet;
on lui doit la richesse actuelle de cette commune, et
la famille Parix, qui a fourni un sénateur, n’a pas peu
contribué à son succès. Vous remarquerez que le sol
de cette commune est un terrain argilo-sablonneux,
froid, pénétré de sources qui y percent de toutes
parts.
On peut alors concevoir quelle action la chaux en
poudre a dû produire comme échauflant et comme
absorbant l’excès d'humidité; mais ce serait une er-
reur que de s’abandonner à cette pensée sans réserve;
l'exemple suivant prouvera avec quelle circonspection
il faut juger en agriculture :
Les environs de Mont-de-Marsan, du côté de la
srande lande, sont formés d’un sable quartzeux blanc,
sali par quelques débris d’humus; ces terrains sont
secs et arides; lorsqu'ils ne sont pas cultivés, ils sont
envahis par différentes espèces de bruyères, parmi les-
quelles la bruyère à balai se distingue par sa végéta-
tion colossale. Dans l’un des villages de cette immense
plaine de sable, à Campet, j'ai vu employer la chaux
vive comme engrais sur ces terrains, et j'ai vu obtenir
des récoltes en froment sur £es terres jusqu'alors cul-
tivées en seigle. J’y ai vu récolter aussi du maïs.
Ces fromens pouvaient le disputer à ceux de la Brie,
et le maïs était superbe.
Je dois ajouter que le cultivateur hardi qui avait fait
( 541)
cet essai, et dont j'ai vu la récolte sur pied, consistant
en un sol d’environ 20 hectares, m’a dit yavoir dépensé
près de 400 fr. pour le chauler. Il espérait en tirer des
produits avantageux pendant quatre ans, et dès la pre-
mière année la valeur assez élevée du froment couvrait
sa mise dehors.
Cette somme était considérable pour le propriétaire,
qui était un artisan de Mont-de-Marsan.
On voit donc par ces dernières citations que ce n’est
pas comme échauffant et comme absorbant que la
chaux a agi sur ces derniers terrains, c’est comme en-
grais portant en lui-même de puissans principes de
fécondation.
Ainsi, Messieurs, la matière calcaire dont l’origine
est encore un point de controverse, la matière calcaire,
par sa calcination, a produit une substance très-avan-
tageuse dans la société; une substance susceptible de
s’agréger, et de former des rocs solides et indestruc-
übles aux élémens mêmes; une agrégation dont le mys-
ière n’est encore qu’entrevu par mon collègue M. Vi-
cAT; une agrégation qui nous a procuré les logemens
les plus commodes, les palais les plus somptueux, les
défenses les plus assurées; une agrégation si puissante,
que l’on a pu jeter d’une rive à l’autre d’un fleuve des
rochers artificiels, rochers immenses dans leur déve-
loppement, énormes dans leur poids, et qui le dispu-
tent avec avantage pour la grâce et la légèreté avec les
rochers naturels.
Cette même substance, la matière calcaire, se re-
trouve ici répandant la vie et l'abondance dans tous
( 342 )
les sols qu’elle recouvre. C’est à elle que nous devons
nos blés savoureux, nos vins délicats et toutes les dou-
ceurs de la vie.
Je laisse à vos savantes méditations le soin d’exa-
miner avec fruit les observations qui ont servi de base
à cette note; mes nombreuses occupations ne m'ont
permis d’y donner qu’une attention trop légère, il me
manquait d’ailleurs les lumières et les connaissances
que vous possédez en agriculture pour en tirer parti,
et je ne doute pas que si elles vous paraissent dignes
d’être examinées, vous n’en fassiez d’heureuses appli-
cations à l’agriculture de notre chère patrie.
VV VUV LVL VV VV LEV VUV LVL VUUUY LA LVULUVY AR UV UUVULE/U VER
RAPPORT
SUR LE FOSSILE TROUVÉ AU LONG-ROCHER, DANS LA FORÊT
DE FONTAINEBLEAU (1).
Messreurs, au mois de septembre 1823, le colonel
Juncker et le docteur Ganor, médecin à Moret, dé-
partement de Seine-et-Marne, annoncèrent qu'ils ve-
naient de découvrir dans la forêt de Fontainebleau
un homme pétrifié, renversé en partie sur un cheval
également pétrifié, gisant l’un et l’autre dans un vide
naturel formé sous une masse de grès, faisant partie
de cette grande chaîne qu’on nomme le Long-Rocher,
et qui est située entre le hameau de Sorques et la
portion de bois dite du Rozoir, dépendant de la com-
mune de Montigny.
Ceux qui revendiquent l’existence de véritables
anthropolithes ont taxé de prime abord cette décou-
verte d'erreur populaire, et l’ont placée d'autorité
dans la même catégorie que la fameuse pétrifica-
tion des schistes calcaires d'OEhningen, l’homme té-
moin du déluge de Scaeucuzer, et les ossemens
fossiles humains extraits d’un rocher auprès d'Aix,
dont parlent Har»ezctus et Henckez dans la Flora sa-
lurnisans.
(1) Lu et approuvé en séance le 19 août 182/
( 544)
D'autres, se rappelant les squelettes réellement
humains que l’on trouve à la Grande-Terre (île de
la Guadeloupe), englobés dans une pierre solide à
grain serré et agrégé de la même manière que le
grès de Fontainebleau, ont cru de bonne foi à la
découverte de l’homme fossile du Long-Rocher, et
en ont déterminé l'extraction. Elle fut faite peu de
temps après par des carriers tout-à-fait inhabiles,
avec l'autorisation des autorités compétentes, le fos-
sile se trouvant dans une propriété de l'Etat.
De ce moment les feuilles périodiques parlèrent
de cette curiosité en des termes plus ou moins pom-
peux ; elles annoncèrent même que le corps humain
arraché aux flancs du Long-Rocher avait en partie
conservé ses formes et des proportions parfaitement
belles; que le cheval, de son côté, présentait une téte
admirable.
Une semblable annonce excita l'attention de plu-
sieurs de vos correspondans ; quelques-uns accom-
pagnèrent ce qu'ils vous écrivirent à ce sujet, de
critiques judicieuses, de doutes philosophiques, et
même de négatives absolues ; tous vous demandèrent
des renseignemens, tous vous invitèrent « à faire l’exa-
» men de la pétrification du Long-Rocher et à pu-
» blier sur l’état naturel ou artificiel de cette pierre
» un rapport détaillé pour être consigné dans vos
» Annales. »
Cependant, depuis près de sept mois on ne par-
lait plus ni de l’homme ni du cheval du Long-Ro-
cher, quand tout-à-coup, vers la fin d'avril 1524, cette
( 545 )
double curiosité, devenue propriété de MM. le ca-
pitaine Sanr-CLair et G. D'Hermirzy, fut soumise
par M. Barruez à un examen chimique.
Voici l'analyse du travail publié, sous la date du
17 mai dernier, par cet habile préparateur de chimie
à la Faculté de médecine de Paris :
« Les fragmens d'ossemens examinés paraissent
entièrement formés de grès, mais leur nature et leur
couleur sont très-diflérentes de celles du rocher au-
quel ils adhèrent. Chauflés dans un tube de verre,
ils noircissent et dégagent une odeur empyreuma-
tique et ammoniacale parfaitement analogue à celle
des os que l’on soumet à la même opération. Traités
par l'acide hydrochlorique, la plus grande masse,
formée de grès à petits grains, ne s’y dissout pas. La
dissolution, colorée en jaune-brunâtre, traitée par
un excès d’'ammoniaque, donne un précipité semi-
gélatineux, coloré par l’hydrate de peroxide de fer,
et la liqueur reste colorée én jaune-brun. Cette
liqueur, évaporée jusqu’à siccité et le résidu calciné
dans un tube de verre, laisse un charbon tuméfié
et donne de l'huile empyreumatique qui jaunit le sel
ammoniac, qui s’est sublimé après avoir été formé
dans les opérations.
» Reprenant alors le précipité gélatineux obtenu
en versant un excès d’ammoniaque dans la solution
des os, il a été traité par le minimum possible d’a-
cide hydrochlorique et d'alcool absolu , dans le but
d’en séparer le fer, et il a été dissous dans l'acide
hydrocblorique. La dissolution, traitée par l'oxalate
( 346 )
d'ammoniaque, a fourni un précipité blanc d'oxalaté
de chaux, qui, calciné, a laissé de la chaux causti-
que. La liqueur, de laquelle on avait séparé l’oxa-
late de chaux, ayant été évaporée jusqu’à siccité,
et le résidu calciné jusqu’au rouge, il est resté dans
la capsule une couche mince, transparente comme
un vernis , attirant l'humidité de l’air, rougissant le
papier de tournesol, et précipitant l’eau de chaux;
qui, à son tour, saturée par l’ammoniaque, précipita
le nitrate d’argent en jaune. »
Ces diverses expériences prouvèrent au chimiste
que les parties étudiées contenaient une matière or-
ganique animale, qu'elles renfermaient en outre
une des bases de tous Les os, le phosphate de chaux,
et le décidèrent à déclarer publiquement (1) que La
pétrification trouvée est réellement un fossile hu-
main, et conséquemment une pétrification des plus
rares et des plus étonnantes.
Pour rendre cette conséquence plus rigoureuse,
M. Barruez voulut encore voir, analyser et com-
parer le rocher auquel tenait le fossile, et ce fut
après cette nouvelle expérience qu’il attesta positi-
vement que ce rocher, entièrement formé de grès,
ne contient ni matière organique animale, ni phos-
phate de chaux.
La présence du phosphate de chaux a donc décidé
(1) Notice sur le fossile humain trouvé près Moret, etc. Paris, 1824;
in-8° de huit pages.
(547)
à cette assertion si pressante. Cependant M. Barrurr
ne dit point sa quantité relative comparativement à
la quantité totale de la matière analysée. Quoi qu'il
en soit, vous savez tous, Messieurs, comme nous,
que le phosphore n’appartient pas exclusivement au
règne animal; il se trouve aussi, combiné avec di-
verses bases, dans les végétaux, dans les métaux,
et même dans les roches entières, telles que celles
qui constituent Îles collines de Logrosan dans l’Es-
tramadure en Espagne, de Schlakenwald en Bo-
hème, etc.
Quant à la matière organique, elle sera pour
nous dans un moment l’objet d'un examen plus par-
ticulier.
Messieurs, en 1821 la Société Linnéenne de Paris
a fait justice des prétendus ossemens humains de la
butte dite des Æccoules à Marseille ; en 1822, elle a
montré dans les hommes pétrifiés des carrières de
Brugelettes, dans le Hainaut belge, les débris fos-
siles de plusieurs sauriens; en mai 1823, elle a
prouvé que les restes véritablement humains enlevés
aux crevasses des terrains secondaires, et particu-
lièrement à la caverne de Durfort, département du
Gard, étaient recouverts d’une incrustation calcaire
d'une époque très-peu reculée, et qu'ils avaient été
déposés dans ces lieux comme dans un ossuaire (1).
(1) Ces sortes d’incrustations sont dues à des infiltrations analo-
gues à celles qui produisent les stalactites. La plus intéressante est
celle d’une tête humaine recouverte d’une couche d’albâtre qui est
(348 )
En 1824, la Société Linnéenne devait de même ré-
pondre aux nombreuses questions de ses correspon-
dans, puisqu'ils vous appellent, Messieurs, à pro-
noncer sur le fossile du Long-Rocher, aujourd'hui
transporté à Paris.
Vous avez en conséquence nommé une commis-
sion spéciale pour faire cet examen. Les proprié-
taires actuels ont été prévenus de cette décision, et
le 20 juillet, deux jours avant l'exposition publique,
ils nous ont, avec une obligeance toute particulière,
donné les facilités nécessaires pour remplir conve-
nablement notre mission.
L'homme du Long-Rocher, nous déclarèrent-ils,
était fixé à une masse de grès au-dessus d’un vide
formé par l’éboulement de la terre noire et du sable
blanc sur lesquels repose encore partie de cette
masse. Dans le salon d'exposition où on le montre,
le fossile est étendu tout de son long, couché sur le
côté droit, ayant moitié de la face et du corps ca-
chée sous le bloc pierreux. Les formes de la tête,
du bras gauche, de la colonne vertébrale, du sternum
et des cuisses, sont plus ou moins apparentes; les jam-
bes, perdues en grande partie sous la masse, parais-
sent appuyées sur un cheval , dont on ne voit que
la tête et une portion du col. Rien n’annonce que
le ciseau ait aidé à l'illusion, mais nous sommes lom
d'avoir vu des os, des formes et des proportions
sous vos yeux. Elle provient de la collection de Rom pe Lisce, et
fait aujourd’hui partie de celle de M. Gizrer-nEe-LAumonr.
(549)
parfaitement belles; le bras seul ressemble assez à
un bras humain; le coude est bien formé, l’avant-
bras est arqué comme dans la nature. En frappant
sur ces différentes parties, nous avons reçu un son
sourd , tandis qu'il est sonore dans-les roches voi-
sines.
Sur notre demande, les propriétaires nous ont
donné des fragmens de leur fossile, pris en divers
endroits, tous enlevés à la surface et voisins de ceux
remis à M. Barnuez; votre Commission désirait ré-
péter son analyse chimique.
Les fragmens obtenus présentaient une surface
raboteuse, très-dure, rayant le verre, et d’un brun
très-foncé. Leur cassure étail luisante, principale -
ment dans la partie supérieure, colorée en brun.
Cette couleur diminuait d'intensité à mesure qu’elle
pénétrait dans l’intérieur. La masse était toute for-
mée de grains de grès pulvérulens, qui n’avaient
entre eux d'adhérence que par la silice qui les péné-
trait dans la partie extérieure seulement.
Avant de procéder à l'analyse, nous avons chauflé
dans un tube de verre une partie de ce grès, qui a
noirci, et qui a donné un peu d’eau roussâtre, mais
nous n'y avons point reconnu une odeur empyreu-
matique et ammoniacale aussi prononcée que celle
qu’exhalent les os soumis à la même opération.
Nous avons voulu savoir si la matière colorante du
grès était soluble dans les alcalis, et nous en avons
acquis la certitude.
Dix grammes de la portion du fossile, analysés
2}
( 550 )
par les mêmes procédés que ceux employés par
M. Barruez, nous ont donné pour cent parties :
Sable insoluble dans l'acide hydrochlorique. 97
Matière soluble dans le même acide (par
différence} 16.017002 18e 0. .-03
Les trois parties de substance soluble ont donné
un vingt-cinq pour cent de charbon. Dans cette ex-
périence, le sel ammoniac obtenu était un peu co-
loré en jaune. Le surplus n’a présenté que du fer et
une très-légère trace de chaux. Nous y avons vaine-
ment cherché l'acide phosphorique.
Cependant, pour nous assurer plus directement
de la présence du phosphate de chaux trouvé par
M. Barruzz, (qui n’en indique point la quantité,)
une partie de la croûte obtenue du fossile a été trai-
tée avec du carbonate de soude pur, dissoute dans
l'eau, filtrée afin de séparer la silice, évaporée à sic-
cité, puis décomposée par l'acide acétique, évaporée
de nouveau à siccité, et reprise par l'alcool concen-
tré, afin de dissoudre l’acétate de soude. Le résidu,
à peine sensible, insoluble dans l'alcool absolu, dis-
sous dans l’eau , n’a donné qu'un très-léger précipité
par un sel de chaux : par le nitrate d'argent, nous
n'avons de même obtenu que des traces d’un préci-
pité jaunâtre.
Il nous restait à savoir si le fossile pouvait donner
de l’'ammoniaque. Pour arriver à ce but, nous en
avons calciné une certaine quantité dans une petite
cornue, et nous avons fait passer les gaz dans l'eau
distillée. Cette eau, qui nous a paru n'avoir des ca-
( 991 )
ractères alcalins que très-faibles, a pris une lésère
nuance gris-brun , et a dégagé une odeur empyreu-
matique et ammoniacale fortement caractérisée. Sur-
saturée par l'acide hydrochlorique pur, cette même
eau a été évaporée à siccité, et après y avoir ajouté
de la chaux caustique et quelques gouttes d'eau, il
s'est dégagé une odeur ammoniacale très-prononcée,
et nous avons reconnu la présence réelle du gaz am-
moniac par les vapeurs blanches qui se sont formées
du moment même où nous en approchâmes un tube
de verre trempé dans l'acide hydrochlorique.
Dans le col de la cornue il s'est déposé quelques
gouttelettes d’une eau roussâtre qui avait des ca-
ractères alcalins.
Comme vous le voyez, Messieurs, nos expériences
nous donnaient à peu près les mêmes élémens obte-
nus par M. BarrueL, à l'exception du phosphate de
chaux, qui, s’il existait dans les morceaux que nous
avons analysés, ne s’y trouvait que dans des propor-
tions trop minimes pour être pris en considération,
Le problème n'était donc point résolu, la difficulté
demeurait donc la même. C’est là cependant que s’ar-
rétèrent tous ceux qui se sont, dans le même temps
que nous, occupés du fossile du Long-Rocher. Aussi,
loin d’être satisfaits, nous avons pensé qu’il nous fal-
lait aller puiser de nouvelles lumières aux lieux mé-
mes de la découverte. Dans les investigations scien-
tifiques, il faut , toujours escorté par le doute, creuser
devant soi, chercher à s’entourer du plus de faits
possible, et ne rien négliger pour arriver à la vérité :
( 552 })
ce n'est que par ce moyen que l’on peut être vérita-
blement utile. Déposer le sceptre de la science devant
un seul fait, c’est préparer le triomphe de l'erreur.
D'ailleurs, Messieurs, en nous honorant de votre
confiance, il était de notre devoir, pour y répondre
de notre mieux, de vous montrer que nous n'avons
point agi légèrement, encore moins cédé à une pré-
venlion toujours fâcheuse, ou bien aux lois plus ou
moins arbitraires de systèmes que le temps, notre mai-
tre à tous, et les progrès futurs des sciences renver-
seront tôt ou tard. Nous partimes en conséquence,
le 3 août, pour Fontainebleau, et le lendemain, dès
le matin, nous étions au Long-Rocher.
Avant de parler de nos recherches sur ce lieu, il
n'est pas inulile de jeter un coup d'œil sur l’ensemble
de la forêt de Fontainebleau : ces considérations,
comme vous le verrez, Messieurs, se lient essentiel-
lement à notre travail.
Le sol de la forêt de Fontainebleau est d’une nature
sablonneuse, légèrement calcaire; il est sillonné par
des espèces de vallées assez profondes, plus ou moins
larges, ouvertes aux deux extrémités et courant dans
la direction du sud-est au nord-ouest. Les collines
qui en résultent sont parallèles entre elles, et pour la
majeure partie composées de couches alternatives de
sable blanc et de grès dur, très-homogène, qui repo-
sent sur le calcaire siliceux. En plusieurs points cette
formation marine est recouverte par le calcaire d'eau
douce. Les pentes plus ou moins rapides de ces col-
lines présentent des blocs de grès quelquefois très-
( 355 )
volumineux et fort élevés, tantôt implantés à une
profondeur considérable dans le sable ou dans une
terre noire, le plus souvent cachée sous une couche
de sable mouvant; tantôt isolés, détachés du plateau
supérieur et comme roulés; tantôt enfin confusément
entassés les uns sur les autres, brisés en gros frag-
mens ou bouleversés de mille manières ; formant des
vides, des antres et même des espèces de grottes de
hauteur et de profondeur diverses. Dans leurs irré-
gularités, ces masses présentent des figures plus ou
moins bizarres. La plupart de leurs angles et de
leurs arêtes sont arrondis et contournés comme s'ils
avaient été corrodés par les eaux. Ce phénomène est
surtout très-sensible sur la ligne dite le Long-Ro-
cher, particulièrement dans sa partie la plus voisine
de Montigny.
Les grès de Fontainebleau sont composés de grains
arénacés, rapprochés et réunis en masse compacte
par un ciment très-tenu, que certains auteurs ont
nommé suc lapidifique. Ts ne sont calcaires que dans
quelques localités. Dans d’autres, ils contiennent des
vestiges de corps marins, quoique Lassonr nie posi-
tivement ce fait (1). L'un de nous, M. Gicer DE Lau-
monr fils, a trouvé, en 1819, des moules intérieurs
de coquilles bivalves, des cythérées entr’autres, qu'il
a ramassées sur la la pente du Mont-Souris, colline
située près de Milly, à l’ouest de Fontainebleau (2);
(1) Mémoires de | Académie des sciences de Paris, année 1774,
pag. 212.
(2) A cette même époque, M. Gizxet DE LAUMONT en a remis à
24 *
(354)
mais sans pouvoir s'assurer qu’elles fussent là parfai-
tement à leur place primitive.
En étudiant ces masses nous avons remarqué ,
10 qu'elles offrent, pour la plupart, comme le fos-
sile du Long-Rocher, des trous de quelques millimè-
tres de diamètre, dont la profondeur varie et dépasse
le plus souvent 1 mètre; 20 qu’elles sont, comme lui,
recouvertes d'une espèce de croûte siliceuse, d'un
à 7 millimètres d'épaisseur, ayant l'apparence d'un
vernis plus ou moins brillant et dont la surface pré-
sente quelquefois beaucoup d’aspérités ; 30 et qu’elles
rendent des sons plus ou moins sonores, sous la per-
cussion du marteau. Les trous dont nous venons de
parler ne sont point, comme on l'a dit, le travail
d’abeilles souterraines; ils sont plutôt dus à l’action
des eaux qui séjournèrent sur ces blocs quand ils
étaient dans une tout autre position que celle où
nous les voyons aujourd’hui. Quant à la croûte sili-
ceuse, elle avait déjà frappé Lassone, mais seule-
ment pour les carrières en exploitation et sur la sur-
face des rochers d’où l’on a détaché des blocs. Cette
croûte, selon lui, se forme au bout de quelque temps,
et Burron en attribua la cause à un fluide qui trans-
sude de l’intérieur à l'extérieur de la pierre, ce qui
ne nous paraît pas très-probable.
Ce premier examen nous détermina à déchirer,
tant supérieurement qu'inférieurement, les flancs du
00 oo
MM. Beunanr et BronenrarT. Il vous en a depuis donné pour vos
collections.
( 355 )
bloc du Long-Rocher, d’où l’on avait pour ainsi dire
exhumé le fossile. Sur la portion enlevée à la partie
même contre laquelle il était fixé, nous avons re-
marqué des empreintes qui variaient de formes et
de figures, à mesure que notre, ciseau enlevait de
nouveaux éclats, de nouvelles couches.
Les croûtes que nous avons eues de la partie su-
périeure du fossile nous ont offert à la surface des
teintes plus ou moins profondes, plus ou moins in-
tenses, variant depuis le noir-brun jusques au rouge
d’ocre, et constamment recouvertes de la matière
siliceuse. Nous les avons retrouvées ces teintes, sui-
vant toujours les contours des rochers, non-seule-
ment au Long-Rocher, mais encore sur des grès par
nous cassés à des distances très-éloignées les unes des
autres, tels que sur les hauteurs de Za Solle, au ro-
cher Saint-Germain, à celui de Bellecroix, à celui
de Bonsecours , etc. Nous en avons eu même qui ont
été enlevés aux blocs destinés à la construction du
pont de Valvins, qui présentent les mêmes phéno-:
mènes.
Ces grès colorés, réduits en poudre et traités par
lammoniaque liquide, lui abandonnent de suite et
complétement leur couleur : le grès redevient sem-
blable à la couche non imprégnée de la matière or-
ganique colorante. La liqueur obtenue, saturée par
l'acide hydrochlorique, évaporée à siccité et dis-
tillée en vase clos, donne pour résultat du charbon
qui fuse avec le salpêtre.
Les alcalis et les carbonates alcalins décolorent
( 396 )
également le grès brun, ainsi que la terre noire des
collines. Cette matière colorante est en partie préei-
pitée des dissolutions alcalines par l'acide hydro-
chlorique.
Le gaz dégagé, par la calcination en vase clos,
d'un morceau de grès coloré en brun foncé, prove-
nant des carrières de la Solle (1), n’a point fait varier
dans sa couleur l'eau distillée, comme dans l’expé-
rience semblable sur un fragment du fossile. Elle avait
bien une odeur empyreumatique et ammoniacale
analogue, mais beaucoup moins forte. Cette même
eau, soumise aux pareils essais que ceux faits sur les
fragmens du fossile, nous a donné, par la chaux
caustique, une odeur ammoniacale très-prononcée,
et il s’est formé de même des vapeurs blanches à
l'approche d’un corps trempé dans l'acide hydro-
chlorique.
Ces résultats constamment les mêmes , quand ce
n'est point le fer seul qui colore la masse, ont dé-
terminé l’un de nous, M. Gare pe Laumonr fils,
à donner suite et même étendre les recherches qu'il
fait sur la partie colorante des diverses sortes de
grès, et pour lesquelles il a déjà réuni des matériaux
nombreux, pris dans des localités diflérentes.
Maintenant, Messieurs, vous nous demanderez
notre opinion sur le fossile du Long-Rocher : nous
allons vous la dire sans détour. La vérité fut tou-
(1) Elles sont à quatorze kilomètres (trois lieues un quart) du Long-
Rocher.
(557 )
jours notre: loi suprême ; le bien de la science sera
toujours le terme de nos opérations.
Cette espèce d'Anthropomorphose est pour nous
une simple curiosité, ou, si vous aimez mieux, un
monument singulier, et elle sera toujours telle à nos
yeux tant que la scie ne nous aura point révélé ce
que renferme son intérieur. Elle peut recéler Îles
restes d'un homme : ce ne serait point la première
fois que l’on trouverait des corps humains conservés
dans le sable. Vous avez sous les yeux en ce moment
le bras d’une femme, où l’on retrouve toutes les
parties internes et externes, qui a été enlevé, avec
beaucoup de corps humains, il y a une quarantaine
d'années, à une couche de sable sous la nef d’une
grande église encore existante à Toulouse (1). L’un
de nous a vu, dans Paris, le corps entier d’un homme
ramassé, en 1797, sous une masse de sable déposée
par le Rhin, près de Coblentz. Et non loin de la forêt
même de Fontainebleau, au pied d’une roche située
dans une plaine entre Noisy et le Vaudoué, n’a-t-on
pas, vers l’an 1794, arraché aux sables le corps d’une
jeune fille du village de Noisy-sur-Ecole, qui avait
disparu de sa famille depuis quelques années ? Ce
corps, réduit à l'état de momie naturelle, encore
revêtu de ses habillemens, de ses souliers, fut aisé-
ment reconnu, et l’on s'aperçut qu'il avait péri sous
le fer d'un vil assassin.
(1) Parmi ces corps, il y en avait quelques-uns d’habillés; ils ont
clé vus par M. Gizzer ve Laumonr pêre, et depuis transportés dans
un caveau,
(358)
La croûte siliceuse qui recouvre le fossile du
Long-Rocher a pu porter le sable pulvérulent, que
l'on trouve immédiatement sous elle, à se mouler
avec une sorte de précision sur les formes du ca-
davre qu’il cache : mais ceci n’est qu’une conjecture,
que la section seule du bloc peut détruire ou con-
firmer.
Ce qu'il y a de très-évident pour nous, ce sont les
faits suivans : 1° La portion du rocher à laquelle
l'anthropomorphose était fixée n’a pas toujours été
dans sa position actuelle, et ce qui nous le prouve
c’est l'existence des cavités que l’on voit à l’avant-
bras du fossile, et dans lesquelles on introduit un cha-
lumeau de dix-huit à vingt centimètres. Ce premier
fait nous est confirmé partout où les roches sont en-
core en place. Les trous qu’on y rencontre, en plus
ou moins grand nombre, sont tous verticaux : on
peut s’en assurer en visitant attentivement le plateau
de la butte du Haut-Mont, où les grès n'ont point
été bouleversés.
20 La partie colorée du fossile, ainsi que de pres-
que tous les grès de la forêt de Fontainebleau, est
due à une substance qui a pénétré la croûte supé-
rieure ; elle ne vient point de l'intérieur. Dans ce
dernier cas, elle devrait se montrer d'autant plus in-
tense, qu’on approcherait davantage du centre, ce
qui n’est point, partout où nous avons pu tailler et
sonder librement.
30 Cette partie colorée est presque partout mise à
l'abri du contact de l'air et de l'influence des intem-
( 359 )
péries des saisons par une couche siliceuse, plus ou
moins épaisse.
4° Cette partie colorée nous paraît être une dé-
composition de corps organiques, en d’autres ter-
mes’, un mélange de détritus d'insectes et surtout de
mousses, de lichens membraneux, de champignons,
de petites bruyères et de gramens, dont on trouve
des débris et même des empreintes plus ou moins
distinctes sur les masses des grès que nous avons
étudiées.
L’antique origine que l'on attribue à l’anthropo-
morphose du Long-Rocher, et que l’on dit Bien an-
térieure à la dernière catastrophe qui a bouleversé
la surface de nos contrées, est une véritable exagé-
ration. D'abord, aucun fossile humain ne s’est encore
rencontré parmi les innombrables débris de l’ancien
état de notre planète. En second lieu, ainsi que
ScaLortTariM et M. Cuvier l'ont fort bien remar-
qué, les pétrifications sont infiniment rares dans les
grès, surtout dans ceux de dernière formation ma-
rine du genre de ceux qui constituent le sol très-
tourmenté de la forêt de Fontainebleau. Enfin, la
substance organique qui se voit sur le fossile du
Long-Rocher et sur presque tous les grès de Fontai-
nebleau , en admettant qu'elle est ancienne, ne re-
monte pas à l'époque plus antique où les roches ont
été arrondies; elle serait même très-postérieure à
cette époque si, comme l’a fait observer Lassowr, la
croûte siliceuse qui les recouvre se forme assez vite
sur les grès mis à découvert.
( 360 )
Un dernier point nous reste à expliquer, c'est ce-
lui de la différence du son que l’on obtient quand
on interroge le fossile du Long-Rocher et les blocs
de grès qui avoisinent le lieu d’où on l’a arraché. Le
son, ainsi que nous l’avonsdit, est sonore sur les ro-
ches, et sourd sur l’anthropomorphose. Nous pen-
sons que cette différence provient de ce que l'inté-
rieur de cette dernière est à l’état pulvérulent, et
que la croûte siliceuse, plus dense, qui lui sert d’en-
veloppe , ne fait pas complétement corps avec le
grès.
Tels sont, Messieurs, les résultats de nos recher-
ches ; puissent-ils satisfaire à vos vues, répondre aux
questions de vos correspondans, et vous être un nou-
veau gage de notre bonne foi dans les investigations
auxquelles nous nous livrons!
Paris, ce 14 août 1824.
DESCOURTILZ, d. m. p.
GILLET DE LAUMONT fils.
THIÉBAUT DE BERNEAUD, rapporteur
AA VA VU DU UE UV LEUR AVAL LU AB LULU VE LUE LU UV
OBSERVATIONS
Sur les ossemens humains découverts dans les
crevasses des terrains secondaires, et en parti-
culier sur ceux que l’on observe dans la ca-
verne de Durfort, département du Gard; par
M. Marcez DE SERRES, correspondant à Mont-
pellier.
Ad hoc usque tempus, anthropolithi veri non-
dum inventi sunt. (Sormmerine, De corports
human: fabrica, tom. T, pag. 90.)
LA question de savoir s’il existe ou non des traces
de l’espèce humaine à l’état fossile a occupé de tout
temps les naturalistes. Les anciens observateurs ont
cru pouvoir la résoudre d’une manière aflirmative, en
prenant pour des ossemens humains différens débris
d’animaux étrangers à notre espèce, et parmi les mo-
dernes, ceux qui ont admis l'existence de l’homme
fossile, semblent s'être mépris sur ce que l’on doit en-
tendre par le mot fossile. C’est donc pour ramener
cette question à son véritable point de vue, que nous
avons cru utile de soumettre les réflexions suivantes
au jugement des géologues.
M. Cuvier a démontré depuis long- temps que les
groupes d'ossemens rapportés par SPALLANZANE, de l’île
de Gerigo, appartenaient à des baleines, et que l’homo
29
(abs y.
diluviitestis de Scnevenzer n’était qu’un protée de taille
gigantesque et d'espèce inconnue. Il a également fait voir
que les os et ouvrages humains découverts à Canstadt
y avaient été recueillis sans que l’on tint compte des
ES
circonstances géologiques de leurs dépôts, et que dès
lors on ne pouvait rien en induire. D’après ces faits,
cet habile et profond observateur en a conclu que les
véritables os d'hommes découverts dans différens points
du globe étaient des restes de cadavres tombés dans
des fentes, ou enterrés dans des anciennes galeries et
recouverts d’incrustations, et qu’il en était de même
des objets de fabrication humaine. Ainsi, d’après lui,
les restes de notre espèce n’existeraient point dans
les pays où se découvrent les os fossiles; point de fait
auquel on aurait pu également arriver, en observant
que la vie avait marché sur cette terre du simple au
composé, et que les fossiles s’arrêtant aux quadru-
manes, il était à présumer que l’espèce humaine n’a-
vait point péri avec les animaux que nous découvrons
à l’état fossile dans les continens qui sont hors du sein
des eaux.
Tel était à peu près l’état de la question , lorsqu'on
découvrit à la Guadeloupe des squelettes humains qui
ne pouvaient laisser le moindre doute sur l’espèce à
laquelle ils avaient appartenu. Les seules circonstances
géologiques pouvaient donc permettre de décider si
ces squelettes, découverts au milieu d’une masse fort
dure et assez compacte, étaient fossiles ou non ?
Ces os humains, enveloppés par un calcaire très-
hétérogène, conservent leur célatine et leur phosphate
de chaux. La pierre, à la surface de laquelle ils sont
( 565 )
incrustés, est composée de petits grains calcaires blancs
et rouges, unis par un ciment calcaire très-dur. On a
cru reconnaître dans les grains rouges des fragmens
de Millepora miniacea de Paris. On voit aussi dans
cette roche quelques fragmens de coquilles et de ma-
drépores. D’après ces faits, ces ossemens ne seraient
point enveloppés par une couche ancienne et régu-
lière, mais bien par une incrustation locale et mo-
derne. Ge qu’on sait de leur position achève de donner
à cette opinion une entière vraisemblance ; car, quoique
ces squelettes soient en assez grand nombre, ils ne sont
qu'à demi enclavés dans la substance calcaire madré-
porique qui les enveloppe, et à une hauteur si peu
considérable au-dessus du rivage, que les grandes ma-
rées les recouvrent d’une manière régulière. D'ailleurs
la présence des nombreux volcans que l’on voit à la
Guadeloupe, et l'influence qu'ils exercent sur la na-
ture des terrains qui les environnent, pourrait bien
avoir été la cause de la roche calcaire très-hétérogène
qui enveloppe ces squelettes, dont certains paraissent
avoir été altérés par la même cause.
Cette découverte ne prouve donc pas qu’il existe
des ossemens humains dans des couches régulières
d’ancienne formation, qui n’ont pas été remuées par
les mains de l’homme; bien entendu que nous ne re-
gardons pas comme couches régulières les stalactites
ou les tufs qui se forment journellement par les dépôts
de certaines eaux, el qui enveloppent quelquefois des
os humains, comme cela est arrivé à ceux de la grotte
de Durfort, dont nous parlerons plus tard.
Depuis la découverte des squelettes humains de la
29,
( 564 )
Guadeloupe, M. Scazorrn£in a annoncé que dans les
formations du gypse secondaire ancien, subordonné
au calcaire secondaire ancien de Koestriz en Saxe, soit
dans les crevasses et les cavités qui s'étendent en tout
sens dans la masse du gypse, soit dans les terres glaises
qui remplissent ces crevasses, l’on trouvait par nids,
et dans des circonstances parfaitement semblables,
une multitude d’ossemens d'animaux terrestres, parmi
lesquels il a reconnu des ossemens humains.
Ces derniers ne se rencontrent guère, d’après ce que
lui ont rapporté les ouvriers, au-dessus d’une profon-
deur de 3 mètres et demi à 10 m. On lui a encore assuré
que ces ossemens humains avaient été trouvés jusqu’à
présent de la même manière que les ossemens des au-
tres animaux, c’est-à-dire, qu’on rencontre des os dif-
férens en petits amas, sans qu’ils forment un squelette
au milieu de la terre glaise qui remplit les crevasses
et les autres cavités. d
Les autres animaux terrestres que l’on découvre
dans ces crevasses sont, d’après le même observateur :
1° Des os de ruminans, parmi lesquels on découvre
principalement des bois de cerf incrustés de parties
calcaires ;
2° Des ossemens appartenant à des animaux voisins
du mouton et du chevreuil, quoique non identiques
aux espèces vivantes;
5° Des ossemens d’un animal très-voisin de l’écu-
reuil, mais paraissant différer de l’espèce actuellement
existante ;
4° Des ossemens d’une espèce de souris qui pa-
raît appartenir au Aus terrestis, très-semblable à celle
( 565 )
décrite par M. Guvier, comme se trouvant dans les
brèches osseuses de la Corse:
5° Une quantité d’os de petits quadrupèdes très-
ressemblans aux genres des Sorex, Vespertilio et
Talpa, mais qui en diffèrent essentiellement ; quelques
os semblables aux os des couches de tuf de Meissen,
où l’on rencontre, comme à Koestriz, des ossemens
d'espèces de grenouilles fort grandes ;
6° Des ossemens d’oiseaux appartenant à des gallina-
cées et à des palmipèdes, qui paraissent différer un
peu des espèces vivantes. Ces os sont très-peu altérés
et paraissent fort anciens, quoique moins incrustés de
parties calcaires que les bois de cerf,
M. Scazorrueim a conclu de ces faits que les osse-
mens humains découverts dans les fentes des gypses
étaient réellement fossiles, et contemporains des au-
tres os avec lesquels ils se trouvent, et qu'ils ont été
amenés et déposés par les eaux qui ont formé les atté-
rissemens ou les alluvions qui recouvrent les roches
secondaires de cette contrée. Il convient cependant
qu’il est encore nécessaire d'examiner de plus près si
celte opinion est la plus vraisemblable, ou s’il faut ad-
mettre que diverses causes aient produit un mélange
d’ossemens provenant de diverses époques (1).
Le même doute n’a point été partagé par M. »'How-
gres-Finmas au sujet des ossemens humains que l’on
découvre dans une petite caverne des environs de
(1) Nous croyons inutile de parler ici du prétendu fossile humain
découvert dans les grès de Fontainebleau, puisque la Société en a
£ait le sujet d’un rapport spécial inséré plus haut, page 333.
( 366 )
Durfort, dans le département du Gard, puisque l’on a
intitulé les observations où ces ossemens ont été décrits :
Notice sur des ossemens humains fossiles (1). Ayant
visité cette grotte en 1818, et y ayant recueilli un assez
grand nombre d’ossemens humains, j’étais loin d’ima-
giner que, d’après les circonstances de leur gisement,
on püût les considérer comme fossiles. Des géologues,
tels que MM. Gazzora, Licnrensrein, Brocuanr et le
professeur JAN DE Pare, avaient eu la même pensée,
en voyant dans mes collections les nombreux ossemens
humains que nous avions recueillis, M. le docteur Sa-
LeNDRe, de Saint-Hipolyte, et moi, dans les grottes de
Durfort. Cependant comme on a paru considérer ces
débris comme fossiles, débris qui, sans aucun doute,
ont appartenu à des hommes de la race blanche ou
caucasique, nous avons cru utile, dans l’intérêt de la
science, de relever une opinion qui pourrait induire
les géologues en erreur, et ne pas devoir attendre l’é-
poque où nous pourrons publier nos voyages géolo-
giques dans les Cévennes.
Pour mieux nous faire saisir, nous ferons quelques
observations sur les débris des corps organisés que l’on
peut considérer comme fossiles.
On a assez généralement donné le nom de fossiles
aux dépouilles des corps vivans altérés par un long sé-
jour dans la terre ou sous les eaux, mais dont la forme
et l’organisation étaient encore reconnaissables.
Cette définition du mot fossile ainsi concu ne pa-
rait pas tout-à-fait exacte, puisqu'elle suppose une
(1) Bibliothèque universelle, cahier de mai 1827, pag. 35
( 507 )
altération qui peut ne pas avoir eu lieu et les corps n’en
être pas moins d’une date antérieure à l’existence des
causes actuelles, et devant par cela même être com-
pris avec les débris des corps vivans les plus décidé-
ment fossiles. Seulement l’altération plus ou moins
grande de la substance animale, et surtout sa dispari-
tion totale, sert d'indice à l’âge relatif des divers osse-
mens enfouis dans la terre; et même lorsque cette
matière animale manque totalement, il paraît que les
os où elle ne se trouve plus ont été déposés avant l’exis-
tence des causes actuelles. Mais lorsque les corps or-
ganisés conservent leurs principaux tissus organiques,
ou que leurs os n’ont point perdu leur matière ani-
male , les circonstances de leur gisement sont essen-
tielles à connaître, pour décider avec certitude si ces
corps organisés sont fossiles où non, ou, en d’autres
termes, s’ils appartiennent ou non aux temps actuels,
la conservation ou la non altération du tissu organique
ne nous apprenant rien dans certaines circonstances
sur la date à laquelle ces corps organisés non altérés
ont pu être détruits; et cependant la date est ici ab-
solument nécessaire pour décider s'ils sont fossiles
ou non.
Pour rendre ceci plus clair, citons quelques exem
ples. Les observateurs qui ont défini le mot fossile,
dans le sens que nous venons de rapporter, ont pour-
tant rangé parmi eux le mammouth et le rhinocéros
trouvés presque entiers dans Îles régions polaires, et
si peu altérés, que leurs chairs, leurs poils étaient
parfaitement conservés. D’un autre côté, ces mêmes
physiciens n’ont point considéré comme fossiles les
( 368 )
squelettes humains découverts sur les côtes de la Gua-
deloupe, au milieu des masses calcaires qui renferment
des madrépores et des coquilles marines.
Cependant, d’après la définition adoptée, les der-
niers de ces débris devraient plutôt être considérés
comme fossiles que les premiers, puisqu'ils sont telle-
ment altérés qu'ils ne conservent plus que leurs par-
ties solides, et qu'ils sont enveloppés par une matière
calcaire assez compacte qui ne peut s'être formée que
successivement et après leur dépôt (1). De même, les
insectes contenus dans le succin, et qui sont des dépôts
antérieurs à l’ordre des choses actuelles (car le succin
est aux insectes qu'il renferme, ce que les glaces sont
aux animaux qu’elles ont conservés), ne pourraient
pas non plus être considérés comme des fossiles, tandis
qu’on l’admettrait pour certains débris de corps orga-
niques qui, à moitié détruits et altérés, sont recouverts
par des dépôts calcaires ou autres, et composent des
tufs plus ou moins abondans.
D’après ces faits, il faudrait restreindre la définition
du mot fossile dans un sens et l’étendre dans un autre.
Aussi cette dénomination devrait être bornée aux corps
organisés, ou à leurs dépouilles, ou à leurs débris en-
fouis, soit dans les couches vieilles et solides de la terre,
soit dans l’intérieur des eaux, soit enfin répandus sur
la surface des continens, par des alluvions ou par toutes
a ———_—_——_—_———
(1) Si nous avions pu nous procurer quelques débris de ces osse-
mens humains de la Guadeloupe, nous aurions répété l'analyse qui
en a été faite, afin de nous convaincre par nous-mêmes s'ils ren-
ferment de la gélatine ou toute autre matière animale. Nous n'avons
pourtant aucun doute qu'il en soit ainsi.
( 569 )
autres causes, pourvu toutefois que celles qui les ont
ensevelis, ou transportés, soient antérieures à l’exis-
tence des causes actuelles.
La dénomination de fossile ne doit donc pas être
considérée comme synonyme de pétrification; car tous
les corps qui ont existé et qui ont subi l’effet des
grandes causes qui ont bouleversé l’écorce de notre
planète, ont pu, lorsque leurs débris se sont conservés
de quelque manière que ce soit, passer à l’état fossile
dans le sens où nous l’entendons, mais tous n’ont pas
pu devenir de véritables pétrifications. En effet, l’on
ne doit, avec DAuBENToN, considérer comme suscep-
tibles de se pétrifier, que les corps qui, étant en partie
solides et en partie cartilagineux, sont devenus tout-
à-fait solides par la perte de leur substance animale,
et se sont empierrés, si l’on peut s'exprimer ainsi. Les
squelettes des animaux vertébrés, et le têt solide de
certains mollusques, crustacés, radiaires et zoophytes,
sont aussi les seules parties des animaux qui peuvent
se pétrifier, ou permettre cette substitution d’une mo-
lécule inorganique à une molécule organique. Les au-
tres parties des animaux n’en sont pas plus suscepti-
bles que les tissus organiques des végétaux, puisque
les uns et les autres n’ayant rien de solide dans leur
charpente, peuvent bien servir de linéament à la sub-
sitance solide qui tend à leur succéder, mais ne peu-
vent se pétrifier eux-mêmes, ou passer, en conservant
une partie de leur tissu, à un état plus solide.
L’aliération ne décide donc pas toujours si un corps
est ou non à l’état fossile: elle nous apprend seulement
quel était Pétat ou le tissu de ce corps, et lorsqu'il
( 570 )
n'en reste plus que la forme, on peut présumer, sans
rien généraliser cependant, que le corps organisé ne
renfermait point de matière solide. Il n’en est pas
de même des pseudo-morphes, ou des substitutions
d’une matière organique en une matière inorganique,
substitutions qui se sont opérées dans un tel ordre,
qu’elles représentent aussi fidèlement que possible le
corps primitif dont elles retracent la forme. Ainsi les
végétaux qui ne peuvent point se pétrilier, parce qu'ils
n'ont aucune de leurs parties qui soit solide, nous of-
frent ou leur propre tissu, ou des pseudo-morphoses
plus ou moins complètes. Ce que l’on nomme vulgai-
rement bois pétrifié n’est qu’une pseudo-morphose ou
une imitation fidèle du bois, puisqu'à mesure que le
tissu ligneux se décomposait les molécules solides ve-
paient le remplacer. Comme cette substitution s’est le
plus souvent opérée avec la plus grande régularité,
l’on peut supposer qu’elle s’est faite de molécule à mo-
lécule; mais c’est un point de fait étranger à la ques-
tion qui nous occupe. D’autres débris de corps orga-
nisés nous présentent de pareilles pseudo-morphoses
qui paraissent toules avoir été produites par les mêmes
causes, et tenir à une régularité d’action qui, quoique
difficile à concevoir, n’en paraîl pas moins évidente.
Si l’altération d’un corps organisé ne peul toujours
servir d'indice à son degré d’ancienneté, il paraît qu’il
n’en est pas de même de sa pétrification ou de sa
pseudo-morphose. En eflet, il semble que dans les
temps actuels les corps organisés abandonnés dans
des circonstances propres à opérer la substitution de
leurs principes constituans à celle des matières qui les
(371)
incrustent, cette substitution n’a pas lieu, quoique
leur substance cellulaire se décompose et qu’il y ait par
suite un vide dans le corps organisé. Gomment se fait-
il que des ossemens ensevelis depuis des siècles, im-
prégnés de toutes parts de sucs lapidifiques, n’aient
point recu cette matière inorganique entre leurs va-
cuoles, et ne se soient pas pétrifiés à la manière des
anciens fossiles ? Comment se fait-il encore que les
végétaux, que la terre recouvre depuis les causes ac-
tuellement agissantes, se pourrissent ou se conservent
à l’aide des épaisses incrustations qui viennent à les
envelopper, mais ne forment plus de véritables pseudo-
morphoses, comme celles que l’on voit si fréquemment
dans ce que l’on appelle vulgairement bots fossiles? Le
temps leur a-t-il manqué? car l’on ne peut pas dire
que ce soit la matière inorganique nécessaire pour une
pareille substitution; c’est ce qui reste à décider.
Il en serait donc des pétrifications, ou des pseudo-
morphoses, comme de tant d’autres phénomènes de
la nature, c’est-à-dire qu’elles ne se produiraient plus
dans l’ordre des choses actuelles. Les débris des ani-
maux ou des végétaux qui meurent maintenant, peu-
vent être plus ou moins incrustés, par telle ou telle
substance, mais on ne les voit jamais passer à l’état
de véritables pétrifications ou de pseudo-morphoses
plus ou moins complètes. Ces divers modes de sub-
stitutions ne semblent donc plus se produire aujour-
d’'hui.
Les véritables fossiles, ou ceux qui ont été ensevelis
avec les couches vieilles, solides ou meubles de la
terre, el qui ont été solidifiés avec leurs masses ou
(572 )
enterrés avec leurs débris, se sont conservés, parce qu’ils
ont été mis à l’abri des agens extérieurs. Sans cela, il
en aurait été d’eux comme des débris des animaux el
des végétaux qui périssent sur ce globe, et qui se dé-
composent promptement, sans laisser pour les siècles
à venir aucun vestige de leur existence.
Ces principes posés, voyons si l’on peut considérer
les débris organisés qui se trouvent dans la grotte de
Durfort comme étant des ossemens fossiles, et enfin
si ces ossemens ont réellement appartenu à des indi-
vidus de notre espèce. |
Nous examinerons d’abord cette dernière question;
sa solution devant nous faciliter les moyens de ré-
soudre la première. Tous les débris des corps organisés
que nous avons pu reconnaître dans la grotte de Dur-
fort nous ont paru être des ossemens humains qui
avaient appartenus à des individus d’àâges et peut-être
de sexes différens. Malgré l’examen le plus scrupuleux
nous n'avons pu reconnaître, avec ces ossemens, aucun
autre débris de corps organisé, si ce n’est un seul in-
dividu de l’helix striata qui avait été saisi par les in-
crustations calcaires qui enveloppent la plupart de ces
os. Cette circonstance, jointe à celle de lidentité de
tous les ossemens que l’on doit rapporter à notre es-
pèce, est loin d’être indiflérente, ainsi que nous le fe-
rons observer,
Les principaux de ces ossemens sont : 1° un grand
nombre de crânes, plus ou moins entiers et plus ou
moins incrustés de tuf calcaire;
2° Un os maxillaire supérieur, avec los de la pom-
(575 )
mette droite, ayant une partie des arcades orbitaires,
et un assez grand nombre de dents, soit incisives, soit
canines, soit molaires, de la plus parfaite conservation.
Ces dents ont leur émail aussi brillant et'aussi net que
si elles avaient été enterrées d'hier. Seulement les ra-
cines qui se sont trouvées à l'extérieur (les portions
osseuses qui les recouvrent ayant tout-à-fait été dé-
composées) sont recouvertes par une poussière jau-
nâtre très-fine qui fait fortement eflervescence avec
les acides minéraux et qui n’est que du carbonate de
chaux. Lorsque les dents manquent tout-à-fait, la
place qu’elles occupaient a été remplacée par une
chaux carbonatée terreuse et ferrugineuse. Ces dents
étant généralement très peu usées, on doit en con-
clure que l'individu auquel appartenait cette mâ-
choire supérieure avait au plus trente ans, et quoiqu’on
ne puisse pas mesurer avec précision son angle facial,
on reconnaît cependant qu'il s’éloignait peu de 80°.
Ce premier fragment aurait donc appartenu à un jeune
homme de la race blanche ou caucasique.
Quant aux os eux-mêmes, ils sont spécifiquement
plus légers que les os frais : ils ont perdu une partie
de leur substance animale, ce que l’on pourrait pres-
que deviner par l’étendue des cavités qui existent dans
leur substance celluleuse. Nous verrons plus tard que
la matière animale y est encore fort abondante, sur-
tout dans les os longs qui paraissent en renfermer une
plus grande quantité que les os plats.
Quant à la substance calcaire qui enveloppe ces
ossemens humains, on en reconnaît facilement deux
( 374 )
variétés principales. Toutes deux appartiennent au
calcaire concrétionné, calcaire qui s’y est déposé à la
manière des-stalactites.
La variété-la plus compacte a formé des masses assez
considérables autour de ces ossemens. Quoique sou-
vent composée par des couches successives qui ont dû
se déposer avec plus ou moins de lenteur sur les os,
on ne voit jamais que les sucs lapidifiques soient venus
remplacer la substance osseuse solide de manière à la
pétrifier et à se mouler dans son intérieur. Nous avons
entre autres recueilli un pariétal envelcppé de toutes
‘parts par des couches de calcaire sédimentaire dur,
où l’analyse ne démontre pas le moindre excès de car-
bonate de chaux, à l’exception du carbonate qui, après
avoir traversé la substance compacte, est venu se dé-
poser dans les vides de la matière cellulaire, ou entre
les interstices du diploë. Geci est d’autant plus re-
marquable, que le dépôt de la matière calcaire s’y est
opéré avec une telle régularité, qu’il retrace toutes les
inégalités de los, et que, par exemple, l'artère mé-
ningée y est dessinée en relief, comme cela arrive
lorsqu'un corps solide se moule dans un corps creux.
Ce calcaire fait fortement effervescence avec les
acides minéraux; il s’y dissout en entier, caractère que
l’on n'observe pas dans le calcaire terreux tendre qui
incrusie aussi bien l’intérieur que l'extérieur des os.
Ce dernier n’est point du carbonate de chaux pur. En
examinant le résidu qu’il laisse dans les acides, on re-
connaît que ce calcaire tendre est un mélange de sous-
carbonate de chaux et d'argile, auquel mélange s’a-
joute un peu de silice et du protoxide de fer qui le
(57)
colore en brun roussâtre. Ge calcaire est si tendre que
l’ongle le raie avec facilité, tandis que le calcaire dur
est à peine rayé par le cuivre. Du reste, les plus épaisses
des incrustations calcaires qui revêtent la surface exté-
rieure des os ne dépassent guère 50 à 4o millimètres.
5° Des os frontaux avec les arcades orbitaires, et
une partie des os propres du nez, ayant appartenu à
des sujets d’âges très-différens. Dans quelques-uns les
sinus frontaux ne sont point développés, et le diamètre
pris au-dessus de l’arcade orbitaire, n’est guère que
de go millimètres, tandis que chez d’autres, ce même
diamètre est de 110 à 140 millimètres, ei les sinus fron-
taux ont alors un tout autre développement. Parmi la
grande quantité d’os frontaux que nous avons observés
dans la grotte de Durfort, nous avons cru en recon-
naître un qui avait appartenu à une femme; il était
sensiblement plus petit dans toutes ses proportions,
quoique d’un sujet adulte ; de même il était plus grêle
et moins dense que les autres frontaux. Les sinuosités,
comme les diverses élévations ou éminences de sa face
externe, ÿ étaient également moins sensibles, en sorte
que cet os était beaucoup plus lisse. Ces caractères,
joints à ceux qui ont été indiqués par CHESELDEN,
Azginus, TarIN et SOEMMERING; nous portent à penser
que cet os frontal pourrait bien avoir appartenu à une
femme.
4° Des os pariétaux, plus ou moins recouverts d’in-
crustations, et ayant appartenu, comme les frontaux
et les occipitaux, à des individus d’âges très-différens.
Seulement les os qui proviennent de jeunes indivi-
dus ou de vieillards y paraissent Îles plus rares. Nous
( 576 )
n'avons pas pu en déméêler de ces derniers : en faisant
cette recherche, nous avons rencontré un pariétal où
la partie spongieuse, c’est-à-dire le diploë compris
entre les deux substances compactes de l'os, était ex-
trêmement apparente par une suite de l’écartement
des lames osseuses.
Tels sont les principaux os plats que nous avons
observés dans la grotte des morts de Durfort; je dis les
principaux, Car nous n'avons pas été assez heureux
d’y découvrir une tête entière, comme des médecins
du pays qui se sont occupés de cette recherche. Nous
avons recueilli beaucoup d’autres fragmens d’os plats
des diverses parties du corps, tels que des débris d’o-
moplate, d’os du bassin, mais ils ne sont point assez
importans pour mériter d’être décrits.
Parmi les os longs, nous citerons des portions de
clavicule, de calcanéum, de phalange, de radius, de
tibia et de fémur. Nous y avons aussi recueilli une por-
tion inférieure d’humérus qui n’a que 14 millimètres
de largeur au-dessus des cavités qui se trouvent à sa
partie inférieure et antérieure. Comme cet os quitte
peu à peu sa forme cylindrique, et s’élargit beaucoup
vers son extrémité, on juge aisément qu'il a appartenu
à un très-jeune sujet. Il n’en est pas de même des ti-
bias et des fémurs ; tous ceux que nous y avons observés
provenaient d'individus adultes. Souvent la même in-
crustation réunit les os les plus différens, par rapport à
leur disposition dans le squelette, tandis que d’un autre
côté on en voit qui ont enveloppé et des tibias et des
fémurs, les uns de sujets très-diflérens, les autres pou-
vant bien être du même individu.
( 577)
Les os longs, comme les os plats, ont été incrustés
par le même calcaire sédimentaire ou tuf, soit à l’ex-
térieur, soit à l’intérieur. Ainsi, tantôt leur canal cen-
tral a été rempli de sucs lapidifiques, tantôt il est resté
vide; jamais ces sucs calcaires ne se sont substitués à
la matière organique, ou à la substance animale, qui
est le lien commun qui unit la partie solide des os,
quelle qu’ait été l’abondance des dépôts calcaires. Tout
s’est borné à des incrustations, ou à des infiltrations,
qui ont tapissé de leurs dépôts le vide qui avait pu
s’opérer entre les lames osseuses, sans que la matière
infiltrée se soit combinée avec la partie animale ou
terreuse des os, comme cela est arrivé dans les vrais
fossiles.
C’est ce que prouvent et les analyses de ces osse-
mens, et les caractères que l’on y reconnaît, en Îles
examinant avec soin. Il est facile de s’assurer que le
léger excès de carbonate de chaux que les os humains
de Durfort renferment n’est point dû à une véritable
combinaison chimique; cet excès tient seulement à ce
que des molécules calcaires plus ou moins nombreuses
ont rempli les vides de la substance cellulaire des os
plats ou réticulaire des os longs, molécules que l’ana-
lyse y démontre, en sorte que si l’on ne s'était point
assuré que ces molécules y étaient simplement inter-
posées, on pourräit les considérer comme s’y trouvant
par suite d’une combinaison ou d’une véritable substi-
tntion.
On ne peut avoir aucun doute au sujet des os hu-
mains de Durfort, en raison de la diversité de leur
20
( 578 )
couleur avec celle du carbonate de chaux qui les en-
veloppe et les pénètre. Ainsi la couleur des os est d’un
blanc assez prononcé dans toute leur substance com-
pacte, tandis que le carbonate de chaux qui a pénétré
le diploë des os plats, ou la substance réticulaire des
os longs, a la même teinte roussâtre du sédiment ex-
térieur. Vues à une forte loupe, ces molécules cal.
caires, ainsi interposées, présentent et la cassure et le
clivage de la chaux carbonatée, en sorte que l’on ne
peut les confondre avec les os qu’elles ont imprégnés.
Cette observation est essentielle à faire pour s'assurer
si le carbonate de chaux que l’on découvre dans l'in-
térieur des os y est combiné chimiquement avec le
carbonate et le ‘phosphate de la même base propre à
la composition de ces os, ou s’il n’y est au contraire
qu'interposé mécaniquement entre les vides des lames
osseuses.
L'on se demandera peut-être comment des eaux
chargées de carbonate calcaire peuvent traverser toute
la substance compacte des os, soit longs, soit plats,
de manière à remplir les vides que les deux lames de
cette substance laissent entre elles. Pour concevoir
celte pénétration, il suffit de se rappeler que généra-
lement les os sont poreux, et qu’en outre ils sont cri-
blés d’une infinité de petits trous et de petites ouver-
tures dans lesquelles circulent les divers vaisseaux
nécessaires à y entretenir la souplesse et la vie. D'a-
près cette organisation, on juge aisément comment des
eaux chargées de molécules calcaires peuvent péné-
trer par tous ces vides, et y déposer successivement
les mêmes molécules, lorsqu’ayant perdu leur excès
( 379 )
d’acide carbonique, elles n’ont plus la même force
dissolvante.
Ce qui arrive aux os enfouis dans la terre, ou placés
dans des eaux qui tiennent en dissolution des matières
terreuses quelconques, est arrivé également aux os du
plus grand nombre des momies conservées à l’aide du
bitume. En brisant les os de ces momies on observe
que le bitume qui recouvre leur surface extérieure,
après avoir pénétré à travers leur substance com-
pacte, est venu se loger dans leurs cavités médullaires
où il a conservé tous ses caractères, puisqu'il s’y
trouve sans aucun mélange avec les parties osseuses
au milieu desquelles il est logé. Dans les momies des
Guanches on n’observe rien de semblable, parce que
ces momies n’ont point été préparées avec du bitume
comme celles des Egyptiens, et que lon s’est borné
à les dessécher, en sorte que souvent les os conser-
vent encore leur périoste et les cartilages qui les
unissent entre eux. Cette remarque n’est pas du reste
nouvelle, le célèbre Socmmenine l’avait faite 1l y a
long-temps dans son important ouvrage : De corporis
humani fabrica, en observant que les cavités médul-
laires des os des momies étaient ordinairement rem-
plies de bitume ou de la résine du cèdre (1).
Mais pour établir que dans les temps actuels les
parties solides des corps organisés des animaux ne
passent pas à l’état de véritables pétrifications, nous
(1) Osstum mumiarum casa medullaria asphaltum vel resinan
cedri continent, t. 1, P: 90.
26.
( 3580 )
devons faire quelques remarques sur la composition
des os et des diverses parties solides des animaux.
On sait que généralement les principales parties so-
lides des animaux, comme les os, les dents et les co-
quilles, sont composées de sels terreux, de graisse, de
gélatine, de cartilage, ou de matières animales molles,
et que si dans les os et les dents la chaux est princi-
palement unie à l’acide phosphorique, c’est avec l’a-
cide carbonique qu’elle est unie dans les coquilles.
Mais dans toutes si une partie de la substance ani-
male dont elles sont formées y semble étrangère, n’é-
tant nullement combinée avec les sels terreux qui les
constituent, il en est une grande partie qui paraît au
contraire être le lien commun qui retient unis les sels
terreux et les empêche pour ainsi dire de se séparer,
en même temps qu'elle leur donne la souplesse et la
solidité convenables. D’après cette manière de voir, il
existerait donc dans les parties solides des corps or-
ganisés deux espèces de substances animales : l’une,
qui en remplirait les cavités et les interstices, sans ja-
mais entrer en véritable combinaison chimique avec
les sels terreux, et se détruisant aussi avec facilité ;
l’autre au contraire qui, combinée chimiquement avec
les sels terreux, y tiendrait tellement qu’elle ne serait
jamais entièrement détruite dans les os dont les dé-
pôts ne seraient point antérieurs aux causes actuelles.
Nous sommes loin d’avancer qu'il en soit de toutes
les dépouilles solides des corps organisés comme nous
croyons l’avoir observé à l'égard des os; on peut
tout au plus le présumer. Aussi attendrons-nous que
les recherches que nous avons entreprises sur cet objet
( 38k )
soient terminées pour émettre une opinion à cet égard.
Il nous parait seulement que par rapport aux os il n’y
a que ceux dont les dépôts sont antérieurs à l’exis-
tence des causes actuelles qui soient entièrement pri-
vés de toute leur substance animale, soit de celle qui
y est chimiquement combinée, soit de celle qui s’y
trouve simplement interposée entre leurs lames.
On conçoit que si l’on démontre que les seuls os-
semens fossiles sont privés de toute leur substance
animale, cette absence, si facile à constater, deviendra
un caractère excellent pour les faire distinguer des os
non fossiles, lorsqu'on ne pourra se procurer des ren-
seignemens exacts sur le gisement des uns et des au-
tres. Il faut cependant faire cette observation, que s’il
paraît exact de dire qu'il n’y a que les os fossiles qui
ont entièrement perdu leur substance animale, il ne le
serait pas également de prétendre que tous les osse-
mens fossiles l’ont perdu. En effet, les mammouths et
les rhinocéros découverts près du pôle y ont certai-
nement élé portés par des causes autres que celles
que nous voyons agir sur nos conlinens, el par consé-
quent ils sont bien fossiles dans le sens que nous
altachons à ce mot. Cependant leurs os avaient con-
servé leurs parties animales, parce que la gelée qui.
les saisit au moment où ils étaient transportés vers
le pôle avait préservé de la putréfaction jusqu'aux
parties les plus délicates de leurs corps. Ainsi les
corps organisés, de quelque nature qu'ils soient, en-
sevelis avec des circonstances semblables, peuvent
fort bien avoir conservé leurs parties animales sans
cesser pour cela d’être fossiles, et sans pouvoir être
( 382 )
distingués par le caractère que nous venons de si-
gnaler.
Il n’en est probablement pas des débris des végé-
taux comme il en est des animaux; en effet, les pre-
miers ne peuvent se pétrifier puisqu'ils ne renferment
aucune partie solide, en sorte que dans les fossiles vé-
gétaux pierreux il n’y a plus rien de végétal, ce sont
des molécules inorganiques qui ont remplacé les mo-
lécules organiques. Quant aux fossiles végétaux non
pierreux, ou ceux dans lesquels il existe encore quel-
ques traces du tissu organique, ils présentent des mo-
difications extrêmement nombreuses et différens genres
d’altérations; mais quelque diversité qu’offrent ces al-
térations, il paraît qu’on peut les ramener à un assez
petit nombre de types principaux; comme cet objet
est d’un grand intérêt pour la géologie, nous y revien-
drons dans un mémoire subséquent.
Voyons maintenant les résultats auxquels nous ont
conduits les analyses des os humains de Durfort, ana-
lyses que nous avons faites avec M. Baran», prépara-
teur de la Faculté des sciences de Montpellier, dont
l'exactitude nous est aussi connue que la sagacité.
Nous nous sommes d’abord occupés de l'analyse
des os plats de Durfort. Nos premières expériences
ont porté sur un fragment de pariétal humain, dans
l’intérieur duquel on distinguait, même à l'œil nu,
de petites molécules d’un jaune roussätre, occupant
les vides qui se trouvaient entre les deux lames com-
pactes. Ce pariétal fut dépouillé avec soin de tout
( 385 )
le carbonate de chaux qui encroutait ses deux sur-
faces externes, mais il fut impossible d’enlever celui
qui était logé dans les vides du diploë.
Cent parties de cet os furent exposées à l’action
d’une température suffisante pour en chasser l’eau et
décomposer la matière animale, mais pas assez élevée
cependant pour décomposer le carbonate de chaux.
L’os prit une teinte noire foncée qui disparut bientôt
par l’action continuée du calorique. Il avait perdu
sur les 100 parties 11 parties, et d’après cette perte, le
pariétal humain de la grotte de Durfort contiendrait
encore 11 pour 100 d’eau et de matière animale : fait
qui, avec les circonstances de son gisement, est déjà
un indice pour douter que cet os soit réellement fossile.
Ce pariétal, ainsi calciné, s’est dissous entièrement
dans l’acide hydrochlorique faible; une effervescence
accompagnait cette dissolution. L'ammoniaque versée
dans la dissolution, en a précipité du phosphate de
chaux mêlé d’un peu d’oxide de fer. Le précipité lavé
avec soin dans de l’eau distillée, y a été traité par le
sous-carbonate de soude qui a occasioné un dépôt de
carbonate de chaux. On y a ensuite versé de l’hydro-
chlorate de barite, en sorte qu’il s’est formé une cer-
taine quantité de sulfate de barite lequel représentait
5 grains de sulfate de chaux.
Ainsi, d’après cet excès, les os plats de Durfort qui
ont appartenu à notre espèce, seraient composés après
leur calcination, c’est-à-dire après avoir été débar-
rassés de toutes les parties animales qu’ils pouvaient
contenir,
(584)
Sur 100 parties :
1° phosphate de chaux, 79
2° carbonate de chaux, 17
3° sulfate de chaux, "AE
4o perte, 1
Total 100
Ou sur 100 parties non séparées de leur matière
animale :
1° eau et matière animale, TT
2° phosphate de chaux mêlé de traces d’oxide
de fer, 70 31
3° carbonate de chaux, 16 02
4° sulfate de chaux, > 67
Total 100 00
Nous avons ensuite analysé, par le même procédé,
la substance compacte la plus externe d’un tibia bu-
main de la même grotte de Durfort, après en avoir
enlevé la substance compacte. Get os ne présentait
pas dans sa cassure le même aspect que le pariétal de
l'analyse précédente; on y voyait beaucoup moins de
vacuoles, mais celles qui existaient étaient remplies
du même carbonate calcaire ferrugineux qui recou-
vrait la surface extérieure de tous ces os. Ces molé-
cules calcaires, quoique sensiblement moins abon-
dantes que dans los plat de la première analyse, y
étaient toujours visiblement interposées dans les vides
de l’os et non ailleurs. Ge tibia était moins facile à
pulvériser que le pariétal, enraison de ce qu'il conte-
nait une plus grande quantité de matière animale, et
( 385 )
de ce qu’il était également moins altéré : aussi s’a-
platissait-il un peu sous le pilon avant de se réduire
en poudre.
Cent parties de cet os calciné ont perdu jusqu’à
26 parties, par le dégagement de l’eau qu’il contenait
et la décomposition de la matière animale, perte qui
est plus du double que celle éprouvée par le pariétal
soumis à l’action du feu.
Gent parties de cet os calciné ont présenté par l’a-
nalyse :
1° phosphate de chaux mêlé de traces d’oxide de fer, 85
0 carbonate de chaux, 11
30 sulfate de chaux,
[#2
4° perte, 1
Total 100
Ou sur 100 parties non calcinées, et non privées de
leur eau et de leur matière animale :
19 eau et matière animale, 26 »
29 phosphate de chaux mélé d’oxide de fer, 62 oo
3° carbonate de chaux, 8 11
4° sulfate de chaux, 2 22
99 20
Lerte-0NlOt
Total 100 00
Pour nous assurer si les ossemens humains enfouis
dans la terre n'avaient pas perdu une partie de leur
substance animale par leur séjour trop prolongé dans
son intérieur, nous nous sommes procurés des osse-
mens de notre espèce enterrés depuis diverses épo-
ques. Ainsi nous avons pu comparer des ossemens
( 386 )
ensevelis depuis environ trente ans, et d’autrès depuis
le siége de Montpellier, qui eut lieu en 1621, c’est-à-
dire il y a déjà plus de deux siècles.
Les os enterrés depuis trente ans, traités toujours
par les mêmes procédés, ont paru contenir jusqu’à
59 pour 100 d’eau et de matière animale, tandis que
sur 100 parties de ces os ainsi calcinés et dégagés du
l’eau et de la matière animale, nous n’avons pu y re-
connaître que 6,5 de carbonate de chaux.
Les ossemens humains qui datent du siége de Mont-
pellier ne renfermaient plus que 28 pour 100 d’eau et
de matière animale; mais la quantité de carbonate de
chaux y était plus considérable, puisque nous y avons
observé de 9 parties sur 100.
Nous avons enfin analysé des os trouvés dans des
tombeaux romains qui dataient d’environ dix-huit
siècles; mais ces os ayant été calcinés avant d’être
mis dans ces tombeaux, ne nous ont pas présenté la
moindre trace de substance animale, en sorte que nous
n'avons pas pu nous en servir comme terme de com-
paraison.
Ces analyses terminées, nous avons soumis aux
mêmes épreuves des ossemens des environs de Mont-
pellier, que, d’après les circonstances de leur gisement,
nous ne pouvions nous empêcher de regarder comme
fossiles.
Nous avons examiné ces os, non pour en reconnaître
tous les principes qui les composaient, mais seulement
pour nous assurer s'ils contenaient encore quelques
portions de matière animale, et dans quels rapports le
carbonate de chaux s’y trouvait.
( 587 )
Le premier ossement que nous avons examiné a été
un fragment de côte de cétacé découvert entre les
assises du calcaire grossier des carrières de Boutonnet,
près Montpellier. Ce fragment ne contenait plus de
trace de matière animale; aussi ne changea-t-il pas de
couleur par la calcination. Il était d’ailleurs composé
de phosphate et de carbonate de chaux comme les
autres os.
En effet, les os des cétacés de nos calcaires grossiers
ne montrent par l'analyse, sur 100 de leurs parties,
que
1° eau, OAI
2° phosphate de chaux, 78 33
3° carbonate de chaux, 9 44
Total 96 88
La perte indiquée par cette analyse provient de ce
que le phosphate de chaux, précipité par l’ammonia-
que de sa dissolution muriatique, a été imparfaitement
lavé, et de ce que l’hydrochlorate d’ammoniaque qu’il
retenait a emporté, sous la forme d’hydrochlorate d’am-
moniaque ferrugineux, l’oxide de fer également par
l’ammoniaque de la dissolution hydrochlorique, la-
quelle se trouvait par conséquent mélée avec le sous-
phosphate de chaux.
Le second ossement fossile que nous avons analysé
était un os long d’un herbivore, découvert à environ
12 mètres (6 toises) au-dessous du sol, dans un terrain
d’alluvion marin ancien, des environs de Lunel. Get
os ne nous à présenté aucune trace de matière ani-
male, et quoique chauffé fortement, il n’a point pris
( 388 )
celte teinte noire qui se manifeste dans les os qui con-
liennent encore quelques portions de substance ani-
male. Seulement il perdit, par la calcination, 9 parties
sur 100, perte due à la grande quantité d’eau qu'il
renfermait : sa légèreté pouvait déjà y faire supposer
la présence de ce liquide. Gent parties de l’os des-
séché ont paru contenir 7 parties de carbonate de
chaux.
Comme l’un de nous (M. px Serres) avait démontré
la présence du fluate de chaux dans des ossemens fos-
siles (1) qui avaient appartenus à une espèce particu-
lière de rhinocéros qu’il a reconnue dans les environs
de Montpellier, nous avons cherché à nous assurer s’il
en existerait dans les ossemens fossiles. Mais ces der-
niers ossemens chauflés en un vase d’argent, dans
lequel on avait mis de l’acide sulfurique, et que l’on
avait eu Île soin de recouvrir d’une lame de verre,
n'ont pas paru en renfermer en quantité appréciable,
puisque le verre n’a point été altéré ni dépoli par une
action assez prolongée.
Enfin, voulant nous assurer si d’autres os fossiles ne
contiendraient pas encore quelques portions de ma-
lière animale, nous avons soumis à l’action d’une vive
chaleur, dans un creuset d’argent, une portion de la
mâchoire inférieure du Palæotherium magnum des
formations gypseuses de Montmartre, près de Paris.
Ge fragment de mâchoire n’a point noirei par l'effet
de la chaleur, en sorte qu’il semble ne plus offrir d’in-
dices de substance animale. Seulement il avait perdu
rt) Journul de physique e Bibliothèque universelle.
( 589 )
par cette calcination 7,5 sur 100, perte due à l’eau que
ces os fossiles contiennent encore.
Gent parties de l’os ainsi calciné ont offert par l’a-
nalyse :
1° phosphate de chaux, 86 » parties;
2° carbonate de chaux, 9 10
3° sulfate de chaux , 4 7o
99 80
Perte, 6 20
100 00
Le petit excès de sulfate de chaux que cet os de pa-
lœotheriam a donné par l’analyse, paraît dépendre du
gypse qui lui servait de gangue, et de quelques molé-
cules gypseuses interposées entre les vides de la sub-
stance réticulaire, molécules que l’on distingue facile-
ment à l’aide d’une forte loupe. Du reste, l’on sait
que Harcuerr a également observé que le sulfate de
chaux entrait dans la composition des os, et que Ber-
ZELIUS, tout en contestant la présence de ce sel terreux,
a cru que celui que l'analyse y démontrait se format,
pendant la calcination, aux dépens de l’acide sulfuri-
que, ou du soufre à l’état de liberté qui s’y trouve.
Il semble que l’on peut déduire des faits que nous
venons de rapporter quelques conséquences générales.
La première, et la plus importante, serait que les os,
que par leur gisement on doit considérer comme fos-
siles, sont aussi les seuls qui puissent être assimilés
aux os brûlés, c’est-à-dire à des ossemens qui, ne con-
tenant plus de substance animale, sont uniquement
composés de sels terreux, principalement des sels à
( 390 )
base de chaux combinés soit avec l’acide phospho-
rique, soit avec l’acide carbonique, soit avec l’acide
sulfurique, soit enfin avec l’acide fluorique.
Si tous les os fossiles avaient entièrement perdu la
matière animale qui entre dans leur composition, rien
ne serait plus simple que de les différencier, à l’aide de
ce caractère, des os ensevelis depuis la dernière inon-
dation générale et passagère qui a laissé tant de traces
sur la surface actuelle du globe, et qui ne peuvent par
cela même être considérés comme fossiles Mais ce ca-
ractère, tout certain qu'il paraît être pour différencier
les os fossiles de ceux qui ne le sont pas, n’a point la
même importance lorsqu'on veut l'appliquer à l’uni-
versalité des os fossiles que l’on trouve dans les di-
verses parties de nos continens, puisque certains
d’entre eux conservent encore de la gélatine. Cepen-
dant si la putréfaction ou le séjour très-prolongé dans
l’intérieur de la terre ne peut détruire la partie car-
tilagineuse ou animale des os, ainsi que l’a fait re-
marquer Harcuerr, et que, d’un autre côté, certains
os fossiles l’aient entièrement perdue, il faut que ces
derniers aient subi l’action de quelque agent étranger
et inconnu, dont les effets ne se manifestent plus sur
les os ensevelis, même depuis des siècles (1). Aussi le
chimiste que nous venons de citer a-t-il été conduit à
cette conséquence en observant le résidu cartilagi-
neux, presque aussi abondant dans des os enlevés
à un tombeau saxon que l’on avait découvert près de
(1) Philosoph. transact., 18ov.
(591)
Hythe, dans le comté de Kent, que dans des os d’hom-
mes morts il y avait peu de temps.
Donc, s’il est certain qu’il n’y ait que les os fossiles
qui soient entièrement privés de leur matière animale,
il ne l’est pas moins, que certains ossemens déposés
sur nos continens par le dernier cataclysme général,
conservent encore non-seulement la gélatine qui entre
dans leur composition, mais encore leur graisse et leur
substance cartilagineuse. Aussi ces ossemens sont-
ils recouverts par leurs muscles et ceux-ci par les té-
gumens, en sorte que les animaux auxquels ils avaient
appartenus se trouventcomme s'ils avaient été enterrés
de la veille, parce qu’à l'abri absolu du contact de l’air,
ils ont été constamment sous l'influence d’une tempé-
rature trop peu élevée pour que la fermentation pu-
tride pût se développer. Telles sont les dépouilles des
animaux qui ont été ensevelis au pôle sous des masses
de glace; l’on peut aussi ranger dans la même cathé-
gorie les corps organisés qui ont été saisis par le suc-
cin, et qui ayant conservé toutes leurs parties n’ont
point perdu leurs principes constituans, c’est-à-dire les
principes qui caractérisent la nature organique.
Quant aux dépouilles des animaux que l’on ne peut
s'empêcher de considérer comme fossiles d’après les
circonstances de leur gisement, et qui sont réduites
à des os conservant encore leur gélatine presque en
totalité, cette conservation paraît toujours due à la
nature des terrains qui les ont enveloppés, ou aux
circonstances de leur gisement, et surtout à la tem-
pérature peu élevée des lieux où ils sont ensevelis.
( 392 )
C’est ce que M. Buckzan» (1) a fait récemment remar-
quer au sujet d’un assemblage de dents et d’os fossiles
appartenant à des espèces détruites d’éléphans, de
rhinocéros, d’hippopotames et de hiènes découvertes
dans une caverne du comté d’Yorck en Angleterre.
Ces os, observe ce physicien, ne sont point minéra-
lisés; ils ont encore leur gélatine presque en totalité,
gélatine qu'ils doivent, selon lui, à la nature de la boue
dans laquelle ils ont été ensevelis, et qui a conservé
celte matière animale par une :uite des causes que
nous avons déjà signalées.
Ainsi de cela seul, que des ossemens ne conservent
plus leur gélatine, ou, pour s'exprimer plus exactement,
leur substance animale, on peut être certain que ces
os sont fossiles dans l’acceptation véritable de ce mot.
Mais l’on ne peut l’être également, lorsqu'ils en ren-
ferment des quantités plus ou moins considérables,
puisque des os peuvent avoir été ensevelis depuis des
siècles, comme être antérieurs à l’existence des causes
actuelles, sans avoir perdu pour cela leur substance
animale. Si la disparition totale de cette substance est
un caractère certain que les ossemens ont été déposés
par des causes qui ont cessé d'agir, sa présence n’'in-
dique pas toujours la date de leurs dépôts, puisque la
conservation de la matière animale a quelquefois dé-
pendu des circonstances particulières du gisement des
os fossiles.
On pourrait peut-être inférer des faits ci-dessus
rapportés que les os seraient composés de deux sortes
—
(1) Annals of philos. march., 1822.
( 595 )
de matière animale; l’une mécaniquement engagée
entre les molécules osseuses qui se détruirait promp-
tement par la putréfaction; l’autre, le lien commun
des divers sels terreux, ne se détruirait jamais entière-
ment, ni par la putréfaction, ni par un long séjour dans
la terre, mais seulement par l'effet d’une cause in-
connue qui, comme tant d’autres, semble avoir cessé
d’agir pour toujours.
Il reste encore à savoir si, lorsqu'une partie de la
substance animale qui entre. dans la composition des
os vient à se décomposer, la graisse disparaît la pre-
mière, par l'effet du séjour des os dans la terre, ou si
c’est la gélatine, ou la substance cartilagineuse. Comme
nous n'avons pas terminé nos recherches sur cet objet
important, nous n’osons pas émettre d'opinion à cet
égard. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que la ma-
tière animale interposée mécaniquement entre les vi-
des, les cellules et les cavités des os, est la première à
se détruire; en sorte qu’ils en contiennent d’autant
moins que les circonstances ont favorisé la putréfac-
tion, et non pas en raison du séjour plus ou moins
prolongé des os dans la terre.
Il est une autre conséquence qui découle des pré-
cédentes ; c’est que, puisque la cause qui a fait dispa-
raître dans certains os fossiles leur substance animale
a totalement cessé d’agir, il ne se forme plus dans les
temps actuels de véritables pseudo-morphoses orga-
niques, ou des substitutions de molécule à molécule,
entre la matière animée et la matière inorganique.
Nous voyons bien dans les temps présens des sucs la-
pidifiques pénétrer les tissus organiques, les recouvrir
27
( 594)
même de manière à en prendre la forme; mais ces in-
cruslations, ces pénélrations n'ont rien de semblable
aux véritables pétrifications qui s’opéraient dans les
temps d’autrefois, et qui représentent parfaitement le
tissu organique dont elles ont pris la place, et auquel
elles se sont complètement substituées; car, dans ce
que l’on appelle vulgairement bots pétrifié, il ne reste
plus aucune trace du tissu organique végétal; il en
est quelquefois de même des ossemens et des coquilles
fossiles, quoique ces corps, en partie pierreux, puissent
s’être et se soient souvent conservés en partie.
Les ossemens humains qui font l’objet de cette no-
tice se trouvent dans une pelite caverne ou grolle si-
tuée à 2 kilomètres (une petite demi-lieue) au nord-
ouest de Durfort, près de Saint-Hippolyte, dans le
département du Gard. Gelte caverne est aux deux tiers
supérieurs de la pente occidentale de la montagne de
la Coste, dont l'élévation au-dessus de la Méditer-
ranée est d'environ 550 mètres. Placée au nord-
ouest des mines exploitées de plomb sulfuré de Dur-
fort, la caverne à ossemens, connue dans le pays sous le
nom de la Grotte des morts, n’est qu’à 5 ou Goo mètres
de ces mines, dont l'entrée est beaucoup plus basse
que l’intérieur de la caverne. La montagne de la Coste
présente deux formations calcaires aussi distinctes par
leur position, que par leur nature minéralogique. La
plus inférieure de ces formations, celle où se trouvent
les mines de plomb, se compose d’un calcaire de tran-
sition d’un gris noirâtre, à grains irréguliers et à cas-
sure granulaire. Cependant ce calcaire présente un
grand nombre de lames rhomboïdales distinctes, indices
( 595 )
d’une cristallisation ébauchée. Cette roche fait lente-
ment effervescence avec les acides. Elle est souvent
assez dure pour scintiller sous le briquet, à raison de
la silice qu’elle contient. Quelquefois traversée par de
petites veines de chaux carbonatée spathique, elle sert
de gangue aux métaux que l’on rencontre dans les
mines de Durfort, métaux qui y sont en assez grand
nombre. En effet, outre le plomb et le zinc sulfuré
qui y sont les plus abondans, on y voit encore le man-
ganèse oxidé et le fer oxidé ochreux, soit ayant pour
gangue le calcaire de transition, soit le spath calcaire,
soit enfin la chaux fluatée. On ne voit jamais aucune
trace de corps organisés dans la masse de ce calcaire,
et si, à raison de cetie absence de tout fossile, de sa
position, et de sa texture, nous croyons devoir le rap-
porter aux calcaires de transition, nous ferons remar-
quer qu’il semble appartenir aux plus récens de cette
époque de formation.
Le calcaire supérieur, ou celui que l’on voit super-
posé au premier, paraît appartenir à la formation du
calcaire jurassique ou caverneux (le Rauck-wacke des
Allemands), calcaire qui compose la plus grande partie
des montagnes des basses Cévennes. Ce calcaire offre
dans celle chaîne un grand nombre de cavités sou-
terraines de la plus vaste étendue (1). Il est compacte,
à grain fin, à cassure unie, légèrement conchoïde. Sa
—————_——
(1) Parmi les plus grandes de ces cavités on peut citer celle dite
des Demoiselles, entre Saint-Bauzille-le-Putois et Ganges, et celle
de Mialet, près Saint-Fean-du-Gard. f serait facile d’en citer daus
Ja même chaîne plus de trente autres, mais moins considérables.
27°
( 596 )
couleur est le gris bleuâtre, ou le gris brun tirant sur
le noir. Quoique très-effervescent, il ne se dissout pas
en entier dans les acides minéraux. Le peu de fossiles
qu'il contient se borne uniquement à des ammonites,
des bélennites, ou des pectinites, ou des gryphites d’es-
pèces perdues; sans doute celte petile quantité de dé-
bris de corps organisés tient à l’ancienneté de ce cal-
caire, mais elle peut également dépendre de sa grande
compacité. Il est cependant quelquefois traversé par de
petites veines de spath calcaire, rarement elles y sont
abondantes; on ne les observe même que là où ce
calcaire devient moins compacte : ses couches suivent
en général l’inclinaison de la montagne où elles se
trouvent, et coïncident assez avec cette inclinaison.
L'ouverture de la Grotte des morts est de niveau
avec le sol : elle offre la forme d’un carré long, dont
l’un des côtés a environ 2 mètres, et le plus petit 48 cen:
timètres. Cette ouverture descend perpendiculairement
environ 6 mètres et demi. C’est au fond de cette espèce
de tuyau, ou de fente verticale, que se trouve l’entrée
de la grotte, qui est si étroite, qu’elle n’a guère plus
de 32 centimètres carrés. On entre de là dans une es-
pèce de galerie, qu’à cause de sa petitesse l’on pour-
rait nommer caveau, et qui se divise en se prolongeant,
soit à droite, soit à gauche. L’entrée de droite conduit
par une pente douce dans la salle principale, dont les
dimensions se réduisent à 2 mètres et demi et 3 mètres
un quart dans le sens de la longueur, sur une largeur
de 1 mètre. La plus grande élévation se trouve vers
l'entrée, et ne dépasse pas 18 décimètres : aussi, comme
le reste de la grotte est plus bas, un homme de moyenne
( 597 )
taille ne peut guère s’y tenir debout. Le couloir qui
mène à la salle principale est remarquable en ce que
ses côlés et son toit paraissent d’une seule masse cal-
caire, dont la surface est presque aussi unie que celle
des schistes argileux qui accompagnent les houilles.
La galerie de gauche se prolonge à une distance
égale à celle de droite; on y pénètre plus difficilement,
étant beaucoup plus basse. Cette galerie se termine
par une espèce de trou d’environ 6 décimètres en
carré d'ouverture, sur 4 mètres de profondeur, et d’une
inclinaison d’environ 60°. On n’y observe aucun osse-
ment; il en est de même dans le couloir ou galerie de
droite. Le calcaire de cette partie paraît d’un bleu
moins foncé que celui qui forme la salle principale;
sa surface extérieure est recouverte d’une couche
assez épaisse de stalactites et de stalagmites calcaires
d’un brun jaunâtre sale. Sa masse est également tra-
versée par de nombreux filets spathiques.
La Grotte des Morts se termine par une petite
salle de 1 mètre carré, dans laquelle se trouvent tous
les ossemens humains. Au fond de cette salle s’élève
un trou incliné d’environ 45° au-dessus du pavé ou
du sol de la grotte qui est horizontal. Ce trou peut
avoir 2 mètres d’élévation; on le voit communiquer par
un autre trou supérieur à une seconde excavation pa-
rallèle à la salle principale, dans laquelle on rencontre
quelques ossemens humains, mais qui, quoique adhé-
rens au rocher, ont sans doute été posés dans cet en-
droit par quelques curieux. Cette excavation, d’une élé-
vation d'environ 16 décimètres, est légèrement inclinée
en arrière, en se terminant par une arête de 1 mètre.
( 398 )
Sa base, presque elliptique, a 2 mètres de long sur 1 de
large. Ce trou n’a aucune issue. Quant au toit ou plan-
cher de la salle principale, il se trouve élevé de 16 centi-
mètres au-dessus du vrai sol qui est couvert d’ossemens
humains, dont quelques-uns sont isolés. On ne peut
pas irop reconnaitre l'épaisseur de celte couche d'os-
semens, de même que la profondeur d’un trou que
l’on voit sur la gauche; il est de la largeur du bras,
et descend perpendiculairement. On s'aperçoit qu'une
assez grande quantité de ces ossemens sont unis au
rocher même, et qu'ils y ont élé fixés par des incrusta-
tions calcaires qui les enveloppent et qui les recou-
vrent encore. En général, ils n’y sont fixés qu’à une
très-petite hauteur, et cela dans un lieu qui est lui-
même très-peu élevé. Vers le {ond, et sur la droite de
l’excavation ou salle principale, on remarque la cavité
d’une tête dont la face était tournée vers le ciel, et
dont il ne reste plus aujourd’hui que le crâne.
Les parois de cette salle sont formées par un cal-
caire compacte bleu foncé, sans aucun filon de chaux
çarbonatée spathique ; une couche Lrès-épaisse de sta-
lactites également calcaires a presque entièrement re-
couvert ce calcaire compacte, en sorte que les parties
extérieures de la grotte en sont presque entièrement
composées.
A peu près partout, dans la salle principale, l’on
découvre des ossemens humains, principalement des
os de la tête, et des os longs. Ges os s’y trouvent sans
rapport avec le squelette; il serait impossible d’en re-
trouver assez pour reconstruire un squelette entier.
Aussi; zand on considère la manière dont ces os y
( 599 )
sont réunis pêle-mêle, n'ayant aucun rapport ayec
leur position naturelle, et leur rapprochement ou leur
éloignement ne coïncidant pas avec l’âge des indivi-
dus auxquels ils ont appartenu, on ne peut s'empêcher
de supposer que ces os ont été transportés dans les
lieux où on les découvre aujourd’hui, non avec les ca-
davres dont ils avaient fait partie, mais déjà séparés
des parties molles qui les entouraient. Pour en revenir
à l’abondance des ossemens humains, lorsque nous vi-
sitâmes celle petite caverne, nous en détachämes un
assez grand nombre, soit des parois mêmes, soit du
sol; comme le sol nous parut très-sonore, nous sup-
posâmes qu'il pouvait être creux. Nous fimes donc
sonder le point le plus retentissant, mais nous recon-
nûmes bientôt que ces parties sonores n’élaient que
des portions plus épaisses de tuf calcaire qui avaient
enveloppé les ossemens, lesquels étaient remplis en
partie par une terre calcaire d’une grande finesse, co-
lorée par des oxides de fer.
Telles sont les principales particularités de la ca-
verne à ossemens de Duarfort où existent disséminés
de nombreux ossemens humains, soit de jeunes sujets,
soit d'hommes adultes (et sans contredit ce sont les
plus abondans), soit enfin de quelques-uns qui pour-
raient bien avoir appartenu à des femmes, ainsi que
nous l’avons déjà fait remarquer. Avec ces ossemens
humains, l’on ne découvre aucun débris qui ait appar-
tenu à des animaux quelconques, à l’exception de la
coquille que nous avons déjà signalée; ce qui prouve
la nouveauté du calcaire sédimentaire ou tuf qui en-
veloppe Les os. Quant à la grotte en elle-même, elle
( 400 )
n’a rien de remarquable, et mériterait peu d’être vi-
sitée, si elle n’offrait pas cette multitude d’ossemens
humains faits pour surprendre par une suite des dif-
ficultés que l’on éprouve à la visiter. Elle ne pré-
sente point, comme presque toutes les cavernes si nom-
breuses dans le calcaire jurassique des Gévennes, ces
sillons si profonds, à rebords arrondis, et à peu près
parallèles, qui signalent le travail des eaux souter-
raines. Ces eaux se sont bornées ici à incruster d’une
couche plus ou moins épaisse de stalactites les parois
ou le sol des galeries, et à revétir de leurs dépôts les
ossemens qu’elles y ont rencontrés. Aussi est-il pro-
bable qu’il n’y entre d’autre eau que celle qui filtre
en tout temps au travers de la montagne, eau dont il
est facile de reconnaître la distillation, en observant
les gouttes qui tombent de la voûte dans la salle prin-
cipale comme dans les autres cavités.
Ces faits établis, on peut se demander certainement
à quelle cause probable peut être attribuée la présence
d’une si grande quantité d’ossemens humains dans une
pareille caverne.
Plusieurs hypothèses se présentent comme d’elles-
mêmes; on pourrait d’abord supposer que ces osse-
mens sont les restes des individus qui y ont péri, soil
parce qu’ils yavaient été enfermés, soit par la chute des
rochers qui forment la voûte de cette grotte. La pre-
mière idée se réfute d’elle-même; car si des hommes
de sexes et d’âges différens y avaient été renfermés vi-
vans, quelques-uns d’entre eux auraient été périr ail-
leurs que dans la salle principale, et leurs os conserve-
raient quelque rapport avec l’ordre qu'ils avaient dans
(dot )
le squelette. La même observation s’applique à l’idée
de les concevoir comme les restes d’infortunés victimes
d’un éboulement fortuit; d’ailleurs les rochers qui com-
posent la Grotte des Morts, formant une voûte encore
assez élevée, n'auraient pu les écraser. On ne peut pas
non plus les considérer comme les restes des cadavres
que l’on y aurait ensevelis, même quand la difficulté de
l'entrée n’y mettrait pas un obstacle invincible, parce
que leur arrangement s'oppose à l’idée de cadavres
entiers ainsi volontairement abandonnés ou déposés.
Il ne reste donc plus qu’à les concevoir comme des
ossemens isolés qui y ont été transportés par une çause
quelconque; mais il reste à savoir si ce sont les eaux
qui les ont réunis ; l’on ne peut le supposer, en consi-
dérant que si les eaux les avaient charriés, elles les au-
raient plutôt disséminés de la manière la plus irrégu-
lière, que rassemblés dans une seule de ces cavités
souterraines. Dès lors ces os semblent y avoir été trans-
portés déjà dépouillés des parties molles qui les re-
couvraient, et cela par les habitans du pays et non per
des causes naturelles. Ils les auront uniquement placés
dans la salle principale, afin de ne point obstruer les
passages déjà bien resserrés qui y conduisent, espérant
peut-être remplir avec le temps cette salle des objets
de leur vénération; mais par la suite des choses hu-
maines, les peuples qui rendaient ce dernier hommage
à la mémoire de ceux qui leur étaient chers ont dis-
paru eux-mêmes, et ce pieux usage à fini par s’éteindre
tout-àh-fait.
Celie opinion est suggérte par l’aspect des lieux, la
manière dont cette grolle a été découverte de nouveau,
( 402 )
et surtout par les pierres plates posées l’une sur l’autre,
unies ensemble, et liées au rocher par un ciment so-
lide, sorte de colonnes à l’aide desquelles on a cherché
à soutenir le pilier gauche de la salle principale. Ge
pilier ayant été construit de main d'homme, il ne peut
avoir été bâti que dans le but de soutenir la voûte, et
d’assurer le pieux usage que l’on voulait donner à cet
édifice. Mais ce ne sont point les seules constructions
qui prouvent que les ossemens humains renfermés
dans la grotte de Durfort y ont été transportés. En
effet, lorsque le maître mineur Maruteu découvrit, il
y a une soixantaine d'années, celte grolte, il s’aperçut
qu’il existait dans la partie de la montagne de la Coste
qui se trouvait au-dessus des mines de plomb, une ou-
verture naturelle dans Le rocher, laquelle avait été
bâtie. Supposant que cette ouverture ou fente du ro-
cher devait conduire à quelque mine déjà ouverte, il
démolit les matériaux à laide desquels on l'avait fer-
mée. Il ne fut pas peu surpris, après avoir franchi cette
ouverture, de ne trouver dans les excavations aux-
quelles elle conduisait que des os humains, au lieu des
filons qu’il espérait y rencontrer. I conçut alors pour-
quoi la fente du rocher avait été fermée et murée avee
tant de précautions, et lui-même il y fit jeter une
grande quantité de pierres pour empêcher d'y péné-
ter. La curiosité l’a emporté sur ses pieuses inten-
tions; les voyageurs qui ont parcouru ces lieux ont
cherché à rendre moins pénible Paccès de ce souter-
rain, et peu à peu les pierres qui obstruaient le passage
ont été enlevées.
Après des faits aussi positifs, il serait presque inutile
( 405 )
de discuter la question de savoir si ces ossemens peu-
vent être considérés comme réellement fossiles. Ge-
pendant, comme ils ont été décrits comme tels, faut-il
bien faire quelques observations à cet égard.
En premier lieu, les couches évidemment modernes
qui enveloppent ces os ne peuvent être assimilées à ces
couches vieilles et solides de la terre qui ne se forment
plus de nos jours. En effet, les calcaires sédimentaires
et les tufs se précipitent et se forment encore dans les
temps actuels, et comme les os de Durfort ne sont en-
veloppés que par des tufs calcaires, ou par des terres
meubles, on ne peut, ce me semble, les considérer
comme fossiles, au moins dans la véritable signification
de ce mot. Dira-t-on que ces ossemens sont incrustés
d’une couche très-épaisse de tuf, et que cette couche
n'ayant pu se déposer que peu à peu, il a fallu un
temps considérable pour la former? mais par un temps
considérable faudrait-il admettre plusieurs centaines
de siècles, lorsqu'il est certain que ces eaux souter-
raines chargées de carbonate de chaux à raison de
l’excès de l’acide carbonique qu’elles contiennent par
une suite de la grande pression qu’elles supportent,
le laissent précipiter presque instantanément, dès
qu’elles ont le contact de l’air extérieur ? Aussi voit-
on les eaux incrustantes former dans peu de temps
des dépôts très-étendus, el à tel point que dans cer-
taines cavités, même souterraines, ces dépôts finissent
par les encombrer et les obstruer presque entièrement.
Dès lors il est aisé de juger qu'il ne faut pas un temps
bien long pour former des tuis de quelques millimètres
d'épaisseur.
( 404 )
À ces faits bien connus nous ajouterons un exemple
assez remarquable de la célérité avec laquelle les
eaux souterraines incrustent et enveloppent les objets
sur lesquels elles se précipitent. Nous prendrons cet
exemple dans la manière dont des ossemens ont été
incrustés dans des cavernes, et cela depuis des époques
peu éloignées.
M. pe MansoLier, que nous avons déjà cité, descen-
dit, le 15 juillet 1780, dans la Grotte des Demoiselles,
près de Saint-Bauzile, dans le département de l’'Hé-
rault. Il y laissa une bouteille bien scellée, avec le
procès-verbal de ce qu’il y avait observé; une plaque
de plomb sur laquelle on avait gravé les noms de ses
compagnons, et enfin une têle de veau et de cochon.
Les premiers de ces objets furent placés de manière
à éviter autant que possible toute incrustation. Le
27 février 1817, c’est-à-dire trente-six ans et huit mois
après leur dépôt, la bouteille fut retrouvée pleine
d’eau, sans trace du bouchon ni du procès-verbal; la
plaque de plomb, recouverte seulement de quelques
grains de chaux carbonatée concrétionnée, offrait en-
core les traces des noms qui y avaient été gravés; mais
il en était bien autrement des têtes de veau et de co-
chon. La première avait été décomposée en entier dans
de certaines parties, dont on ne pouvait supposer
l'existence que par la présence des dents qui signa-
laient la place où devaient exister les mâchoires. La
chaux carbonatée qui incrustait cette tête était d’une
duveté telle qu’il ne fut pas possible d'enlever cette
couche d’albâtre dont l’épaisseur était d’environ1 » cen-
timètres. Il en était à peu près de même de la tête de
( 405 )
cochon : mais ici les os existaient encore, n’ayant point
perdue leur substance animale, à l’exception de la por-
tion qui remplissait l’intérieur des cellules qu’ils of-
frent entre leurs lames compactes. Quant à la partie
animale qui semble réunir le phosphate et le carbonate
de chaux, celle-ci subsiste encore comme dans les os
non fossiles dont nous avons donné Fanalyse; à peine
quelques grains de chaux carbonatée ont-ils rempli les
vides laissés par la décomposition de la substance ani-
male interne ou médiane. Ces os, quoique incrustés
dans une couche d’albâtre de 8 à 10 centimètres d’é-
paisseur, n’offrent donc pas une plus grande proportion
de carbonate de chaux chimiquement combinée que
s’ils étaient frais. Les seules petites molécules calcaires
que l’on observe dans les vides de la substance cellu-
laire y sont si peu combinées qu’il est facile de les
enlever, puisqu'elles n’y adhèrent que mécaniquement,
comme dans tous les dépôts qui s’opèrent encore de
nos jours.
Le calcaire concrétionné qui enveloppe ces os de
cochon est aussi blanc que le plus bel albâtre ou le
plus pur des marbres statuaires. Quoique composé en
petit de lames rhomboïdales éelatantes, on reconnaît
sa structure concrétionnée et sa formation par cou-
ches successives, lorsqu'on fait une cassure perpendi-
culaire au sens des couches. Cet albâtre est remar-
quable par sa grande dureté, dureté telle que le cuivre
ne le raie qu'avec peine, et qu’il raie facilement les
marbres les plus compactes.
Il ne peut cependant entamer le verre blanc, tandis
qu'il l’est fortement par l’acier. Ce calcaire est à la
( 406 )
fois si dur et si tenace qu'il n’a pas été possible d’en
détacher en entier la tête de cochon qui s’y trouvait
incrustée : tout ce que l’on a pu faire a été d’en en-
lever une portion de l'os maxillaire inférieur, portion
que nous conservons dans nos collections. L’autre por-
tion, mise cependant à découvert, est restée dans la
grotte, et, pour la faire retrouver plus facilement, les
marteaux et les ciseaux qui s’étaient brisés par le choc
contre ces stalagmites si dures ont été laissés à côté
de la mâchoire même (1). Les stalactites, comme les
stalagmites de cette grotte, paraissent le plus générale-
ment composées de chaux carbonatée pure avec excès
d'acide; aussi se dissolvent-ils en entier dans les acides
minéraux avec une vive eflervescence et une grande
rapidité,
Les autres objets laissés par M. Mansozrer furent
trouvés plus ou moins altérés. Une poutre qui avait
servi à faciliter les passages les plus dangereux était
presque pourrie, recouverte d’une mousse épaisse et
d’une terre argilo-calcaire remarquable par sa finesse.
Les assiettes, au moins celles qui n'avaient pas été in-
crustées dans le rocher par les stalagmites, étaient
remplies d’eau et recouvertes d’une couche plus ou
moins épaisse de chaux carbonatée concrétionnée.
Mais les objets naturels que M. Mansorier avait dé-
crits avec détail dans sa relation imprimée en 1785,
parurent bien plus changés. L’on aurait pu se croire
(1) Lorsqu'on descendra de nouveau dans la grotte de Durfort, ox
€ É ve ; , .
pourra juger de la rapidité avec laquelle s’y opérent les incrusta-
5 J J
tions.
( 407 )
dans un lieu différent de celui qu'il avait décrit, si-
non en naturaliste, du moins en écrivain élégant et
fidèle, tant les changemens que les eaux occasionent
dans les cavités souterraines, surtout dans celles aussi
immenses que la Grotte des Demoiselles, sont prompts
et rapides (1).
Toutes les recherches furent vaines pour retrouver
la tête humaine qui surprit d'autant plus M. Manso-
LIER et ses compagnons, qu'ils la rencontrèrent dans
la dernière salle de la grotte, salle où ils n’avaient pu
pénétrer qu'après avoir fait jouer la mine. Aussi sup-
posa-t-il que cette tête y avait été entraînée par les
eaux qui, pendant l’hiver, inondent quelquefois cette
caverne. L’on peut aisément s’imaginer quelles mé-
prises cette têle aurait pu entraîner, si on l'avait dé-
tachée du même rocher où se trouvaient des ossemens
de veau et de cochon, et si, à cause de cette réunion,
on s'était persuadé que ces débris y avaient été ense-
velis par les anciennes catastrophes qu’a subies la terre,
et dont les vrais fossiles sont des témoins muets, mais
irrécusables.
Il en est à nos yeux des ossemens humains décou-
verts dans la grotte de Durfort, comme de la tête hu-
maine trouvée dans celle des Demoiselles. Les unset les
a ————_—_——————_————
(1) M. Manrsozrer estima que la grandeur de la dernière on de la
plus vaste salle de cette grotte était au moins égale à la moitié de
la ville de Ganges, ville d’une’ population de six à sept mile âmes.
Quant à son élévation, il présuma qu’elle dépassait 100 mêtres. Ces
dimensions, quelque étonnantes qu’elles puissent paraître, sont Join
d’être exagérées : c’est du moins l'opinion que nous a donnée la vue
de cette étonnante caverne.
( 408 j
autres y ont été transportés, et s’il peut être probable
que ce soit les eaux qui aient charrié la tête décrite
par M. Mansozrer, il ne l’est certainement pas relati-
vement aux os de Durfort. Nous dirons avec une sorte
d’orgueil que notre opinion à cet égard a été partagée
par MM. les docteurs Sazenpre et Trissies, eux qui
ont visité avec le plus grand détail la Grotte des Morts
et nous ont éclairé de leurs lumières. Selon ces natu-
ralistes, le peu d’altération des os de Durfort, la ma-
nière dont ils sont ensevelis, les terres qui les enve-
loppent, tout annonce qu’ils y ont été transportés par
les hommes, et non point par l’effet d’une inondation,
ou par toute autre cause, qui, loin de les réunir dans
un même lieu, les aurait disséminés çà et là sur un
espace plus ou moins étendu. Ges observateurs pensent
encore qu’il devait exister une ouverture plus considé-
rable pour pénétrer dans cette grotte, ouverture que
l’on n’a pas encore su découvrir.
RAA AT LE LU EL LEE BULLE AU LULU LAS a eut
OBSERVATIONS
Sur la culture et la multiplication du F'anillier,
et sur les moyens d'en conserver les boutures ;
par M. PerroTTET, membre résidant.
Le vanillier / Epidendrum vanilla) appartient à la
famille des orchidées, selon les observations du savant
Gzænrnen. Le législateur des botanistes l’avait compris
dans le genre des angrecs; mais c’est une erreur,
puisque le vanillier en diffère et par sa capsule bi-
valve et surtout par ses sémences non arillées. L'an.
grec et le vanillier sont l’un et l’autre plantes sarmen-
teuses; leurs racines longues et traçantes recherchent
le voisinage des arbres et s’attachent à leurs troncs.
Par sa nature semi-parasite, le vanillier est d’une con-
servation très-diflicile, quoi qu’en disent certains écri-
vains. Les moyens de le cultiver et de le multiplier
dans les endroits où il netcroît pas naturellement sont
plus difficiles encore. Ch dant voici un procédé que
je crois devoir indiquer comme élant un des plus
convenables et qui m'a paru réussir le plus ordinai-
rement.
Il faut d’abord choisir, autant que possible, des
bourgeons ni trop vieux, ni trop jeunes; la pousse
d’une année est à mon avis celle qu’on doit préférer
à celle de deux ou tro ans. L'on coupe ensuite ces
mêmes bourgeons par morceaux, de trois à quatre
25
(410)
nœuds de longueur, en conservant toutes les feuilles,
et l’on place chaque bouture, ainsi préparée, au pied
de tout arbre dont l’écorce est tendre, inégale, et par
conséquent propre à lui servir de tuteur. On évitera
surtout de suivre la pratique ordinaire, laquelle con-
siste à enfoncer les boutures de 8 à 10 centimètres
(3 à 4 pouces) et verticalement dans la terre; les bou-
tures ainsi traitées pourrissent presque généralement
avant d’avoir repris; mais on les couchera horizonta-
lement à la superficie d’un sol humide, au pied et
sous les arbres qu’on leur a choisis. On les enterrera
de façon à ce qu’elles se trouvent à fleur du sol. Avant
la plantation il sera bon de labourer et d’ameublir la
terre avec la houe à une certaine profondeur, afin
d’enlever toutes les mauvaises herbes qui nuisent aux
tiges du vanillier.
J'ai dit qu’on devait donner la préférence aux tiges
de l’année; il convient d’en faire sentir l'importance.
J'ai remarqué partout où la culture du vanillier est
faite avec soin, que les boutures de trois ans, et même
celles de deux années, demeuraient long-temps en
terre avant de donner le a léger signe de végéta-
tion, et que très-souvent elles pourrissaient. Cet in-
convénient est facile à concevoir : les yeux des vieux
rameaux s’éteignent au fur et à mesure que la hampe
se dépouille de ses feuilles et que le tissu cellulaire
prend de la consistance.
C’est sur le bord des criques, des ruisseaux et des
rivières que les plantations du vanillier doivent se
faire; partout, en un mot, où la terre conserve tou-
jours un peu d'humidité et une fraicheur permanente,
( 4ai
cette plante prospérera toujours, quand elle y sera
traitée convenablement. Il est essentiel qu’elle soit
abritée des rayons du soleil, dont l’action brûlante
tendrait à altérer rapidement le tissu organique de ses
tiges molles et spongieuses.
Les boutures pousseront d’abord de longs mamelons
radiculaires long-temps avant que la végétation exté-
rieure s’établisse ; ensuite les jeunes bourgeons com-
menceront à se développer, et s HIlongbront rapide-
ment en se dirigeant vers l'arbre placé pour leur offrir
un appui. À chaque nœud naîtra une feuille assez sem-
blable à celle du plantain / Alisma plantago), et de
son aisselle, ou un peu en dehors, sortiront des petites
vrilles ou griffes qui s’implanteront souvent dans l’é-
corce du tuteur, et quelquefois même sembleront faire
corps avec lui, surtout lorsque celte écorce sera de
nature à se prêter à leur introduction. Les bourgeons
bien développés continueront à végéter vigoureuse-
ment. La bouture qui a servi de mère-nourrice aux
bourgeons naissans se décompose bientôt après, et
finit par tomber en pourriture. La plante ne tient alors
plus à l'arbre que par lé moyen de ses vrilles, qui
s'étendent à la surface de la terre sans pénétrer plus
avant que de quelques millimètres.
Chaque vrille pousse à son extrémité une quantité de
mamelons courts, radiculaires et visqueux, destinés à
pomper l'humidité du sol et alimenter la plante tout
entière. J’ai vu dans les forêts de Manille et dans celles
de la Guyane des vanilliers dont les tiges étaient mortes
jusqu’à la hauteur de 3 à 4 mètres (10 à 12 pieds),
végéter vigoureusement, et continuer à monter le long
c&.
( 412 )
des grands arbres voisins. À mesure que leurs vrilles
se développaient, elles descendaient en spirale jusqu’à
terre, et là elles s’accrochaient au tronc, et étendaient
leurs longs doigts (qu’on me passe ce mot) sur le sol,
se cramponnaient à l’aide d’une foule de radicules
mamelonnées. La succion de ces radicules fournit une
grande abondance de sève à toutes les parties de la
plante, et lui donne la force nécessaire pour atteindre
aux plus hautes sommités et les couvrir de ces fruits
noirâtres qui servent à parfumer le chocolat et diverses
autres préparations économiques.
Il n’est pas moins vrai que le vanillier peut se con-
server vert fort long-temps, sans adhérer à la terre ;
mais alors la végétation est à peu près nulle; elle l’est
absolument, surtout lorsque les plantes sont expostes
aux rayons brûlans du soleil, et la mort ne tarde pas
à s'en emparer.
L'époque de l’année la plus propre à faire des bou-
tures de vanilliers, dans les pays chauds, ct particu-
lièrement à la Guyane, où j'en ai observé de superbes,
est la saison des pluies. Les boutures mises en terre
avant ce temps ne font aucun progrès, quels que soient
les arrosemens qu’on leur prodigue, et elles pourrissent
le plus souvent. J’en ai acquis la certitude à Cayenne :
des boutures plantées au mois d'août, arrosées régu-
Jièrement tous les jours, n’ont présenté aucun signe
de végélation avant le mois de novembre, où les pluies
sont venues aider à leur développement et produire
par leur influence seule ce que la main de l’industrie
n'avait pu obtenir,
A l'égerd de la reprise de cette plante, je dois ajouter
(415)
qu'elle ne se fera avec succès que dans les endroits où
les arbres seront tellement rapprochés les uns des au-
tres, que leurs cimes larges et toullues intercepteront
tout passage aux rayons solaires : cette privation, qui
nuirait À tous les autres végétaux, est indispensable
au vanillier; mais aux environs il ne veut souffrir au-
cun arbrisseau, aucun arbuste, pas même la plus petite
herbe; on doit tout arracher sans exception.
Il ne suflit pas de donner des règles pour la culture
du vanillier, il faut aussi s'occuper des moyens de
transporter les boutures au loin, d'assurer leur con-
servation pendant les longues traversées de mer, et
surtout leur reprise dans des climats nouveaux. Cette
partie de mon travail me paraît un complément néces-
saire à tout ce que je viens d’exposer,
Jde dirai ce que j'ai fait : c’est, je crois, le moyen
de convaincre.
En février 1819, nous primes, en passant à Cayenne,
pour porter à l’ile de Mascareigne, plusieurs caisses
de boutures de vanilliers, qu'on nous envoya toutes
préparées de la Gabrielle, et qu'on nous recommanda
d’arroser souvent. Le capitaine Purriserr voulut ri-
goureusement exécuter cet ordre funeste, re pensant
pas que la personne qui nous l’inposait n'avait point
pour elle l’expérience, et ignorait également la nature
du vanillier et les soins qu'il exige pour sa conserva-
tion en mer. Le procédé indiqué fut suivi exactement:
il en résulta que chaque jour je vis tomber de nom-
breuses boutures, par la seule cause de la trop grande
quantité d’eau, que souvent on laissait stagnante dans
les caisses, Arrivés à l’ile de Masçcarcigne, il nous restait
OU;
(44)
à peine quelques boutures saines; toutes avaient péri
ou se trouvaient dans le plus triste état. Ge qui restait
a cependant sufli pour introduire cette plante pré-
cieuse dans la colonie. Nous apprimes avec plaisir, à
notre retour d’Asie, que nos plantations avaient par-
faitement réussi. J’ai depuis acquis la certitude qu’elles
continuent à prospérer.
Dans une relâche que nous fimes à Manille, je pro-
fitai de ce moment pour visiter les forêts voisines. Ma
course ne fut point inutile; outre un bon nombre de
végétaux remarquables que je recueillis, j’eus le bon-
heur de découvrir le vanillier dans les bois vierges
éloignés de la capitale de 4 myriamètres (8 lieues)
environ. Gette plante était entièrement ignorée des
habitans, je Jugeai à propos de la leur faire connaître,
et de leur indiquer le lieu où elle se trouvait. Ils furent
enchantés de ma découverte, mais je doute fort qu'ils
en profitent, et qu’ils s’adonnent à sa culture; la paresse
est un vice inhérent aux peuples de ces contrées éloi-
gnées, et là, comme chez nôus, la routine éteint
bientôt l’enthousiasme, accable la meilleure volonté,
et enchaîne tout sous son joug de fer.
Quant à moi, je ne me contentai pas de ma décou-
verte; je fis une ample récolte de boutures, je pris les
plus vigoureuses et les plus susceptibles de résister
aux essais auxquels je voulais les soumettre. Elles m’ap-
partenaient, et à ce titre J'étais le maître de les traiter
à ma manière. Mon but était de m'éclairer, de dissiper
les doutes que m'inspirait la méthode qu’on nous avait
dictée, et d’être le promoteur d’une culture importante
dans une colonie française.
(415)
Je préparai mes boutures de quatre manières dif-
iérentes :
1° J'en disposai un paquet coupées à la longueur
indiquée ; je l’enveloppai dans du papier et l’enfermai
dans une caisses
2° J’en plantai dans une seconde caisse qui conte-
nait de la terre assez humide.
3° J’en mis un certain nombre couchées horizon-
talement sur la terre des caisses, sans les y enfoncer
aucunement.
4 de pris plusieurs tiges que je conservai dans
toute leur longueur; quelques-unes avaient plus de
4 à à mètres (12 à 15 pieds), je les roulai sur elles-
mêmes en forme d’anneaux circulaires, et les plaçai
de la sorte sur la terre des caisses et sous les plantes.
J'ai conservé les premières intactes pendant près
de trois semaines; quelques petites vrilles parurent
alors se développer, mais elles ne tardèrent pas à dé-
périr sensiblement faute d'humidité. Il est vrai que la
caisse ne fermait pas hermétiquement, et que je l’ou-
vrais de temps à autre pour en visiter les boutures. Il
est possible que, si la caisse eût été mieux gouvernée
et que les boutures n’eussent pas ainsi été exposées
à l’air, elles se fussent mieux conservées.
Les boutures de la seconde expérience se sont
trouvées toutes pourries au moment du débarque-
ment,
Les troisièmes se seraient presque -toutes conser-
vées, si plusieurs d’entre elles n’eussent pas été trop
tôt exposées au soleil.
Les quatrièmes étaient toutes également saines ; au
(416)
cun des faisceaux circulaires n’avait souffert ; quelques
vrilles ou racines s'étaient développées en s’introdui-
sant légèrement dans la terre.
J'avancerai donc, d’après cela, que la meilleure
manière de conserver les boutures de vanillier, trans-
portées par mer, est la dernière méthode, puisqu’a-
près deux mois et demi qu’elles avaient été coupées,
séparées de la terre et de l'arbre sur lequel elles s’é-
tient établies, aucune n’avait éprouvé la plus légère
altération. Elles étaient toutes dans la plus belle dis-
position, et poussaient même déjà des vrilles et des
bourgeons ; sans aucun doute, elles auraient pu se con-
server plus long-temps, aussi n’ai-je pas le moindre
scrupule à proposer ma méthode comme la plus cer-
taine, je dirai plus, comme la seule convenable. Elle
devra donc être employée de préférence à toute autre,
lorsqu'on voudra faire des envois ou transports de
cette nature par mer.
Il est important d’ajouter ici que les faisceaux cir-
culaires demandent pour leur conservation d’être ar-
rosés de temps à autre, toujours avec modération, et
seulement pour empêcher le tissu organique de se des-
sécher.
On les préservera des rayons du soleil en se servant
d’une toile dont Ha caisse qui contiendra les boutures
devra être revêtue, ainsi que je l’ai indiqué dans mon
mémoire sur le gouvernement des plantes expédices
par voie de mer, inséré dans premier volume des Actes
de la Société.
BAY VA AAA AY VU VV VALUE VA VUS WA VU VAR LADY LUNA
.
MELONNIÈRES MOBILES
ET PARQUÉES
Adoptées dans le jardin de Fromont, par M. SouLaxce-
Bopin, correspondant.
IL n’est pas de potager passablement organisé qui
n’ait, sous une exposition méridienne, un coin réservé
pour l'établissement des couches, et principalement
pour la culture des melons, ce qui me fait donner à
cet endroit le nom particulier de melonnière.
La melonnière est, en général, abritée du nord par
un mur suffisamment élevé. Le mur qui la ferme du côté
du midi, n'étant là que pour la clôture, doit être aussi
bas que possible, et il est avantageusement remplacé
par une palissade assez serrée pour empêcher l'accès
des animaux. Les murs du levant et du couchant s’a-
baissent, en s’écartant de celui du nord, sur un angle
déterminé par la hauteur que l’on a donné au mur ou
à la palissade du midi. L’enceinte est d’une étendue
proportionnée aux besoins du propriétaire.
_ On introduit continuellement dans cette enceinte
des fumiers neufs. Ils s’y consomment en remplissant
leur destination. Ils en sortent sous la forme de paillis
ou de terreau propres à d’autres usages.
(418)
Mais les amas de fumiers, quelquefois considérable s
el toujours renouvelés , ne reliennent pas dans leur
propre masse toutes leurs vertus. Ge que le jardinier
leur demande surtout, c’est la chaleur que leur fer-
mentation produit. Les autres principes utiles qu’ils
contiennent, et qui constituent l’engrais proprement
dit, incessamment lavés et délayés par les eaux de
l’arrosoir ou du ciel, se répandent sur le sol et sont
dispersés par les météores, ou bien ils pénètrent ke sein
de la terre aussi profondément que le souffre la per-
méabilité du sol, ils s’y accumulent, et y restent pour
toujours déposés en pure perte. Gest véritablement
un trésor enfoui.
J’ai été dans le cas, pour l'établissement de mes
serres, de détruire une ancienne melonnière dont le
fond de terre se trouve fortement saturé par une sorte
de lessive stercorale à plusieurs décimètres de profon-
deur, et qui servait en outre de repaire à des myriades
de courtilières dont on ne pouvait pas se débarrasser.
Cette observation m’a donné l’idée de ne plus re-
placer les couches, suivant l’usage, dans un endroit
fixe et déterminé, mais de les porter successivement
dans tous les carrés du potager, avec la simple précau-
tion d’entourer ces carrés d’abris ou brise - vents, au
moins par les côtés exposés aux mauvaises influences.
J'ai recueilli de cet essai les avantages les plus mar-
qués et les plus prompts. Ils seront saisis par tout cul-
tivateur. J’ai parqué ma melonnière comme le berger
parque son troupeau, et mes couches, oserai-je achever
la comparaison? ont déposé leur fiente et leur urine
comme les brebis du laboureur.
(419)
Quand j'ai changé la melonnière de place, le carré
abandonné a recu un labour profond; il a donné sans
engrais des légumes superbes, et conservé, pour long-
temps, une fertilité que ne lui eussent point donnée
les procédés ordinaires
Mon système est susceptible encore d’être beaucoup
perfectionné. Je le livre aux propriétaires, aux jardi-
niers instruits, et j’apprendrai avec plaisir les amélio-
rations que la pratique leur fera découvrir.
J'ai laissé mes melonnières mobiles trois ans à la
même place. Si mes brise-vents avaient été plus soli-
dement faits, j'aurais essayé de les y laisser un peu plus
long-temps.
Ces abris peuvent se faire, suivant le pays où l’on se
trouve, avec la paille du seigle, du riz et du maïs, ou
bien avec le roseau commun, avec le belet utile Arundo
donax, les élagures de saule, d’osier, d’aune, et autres
bois un peu flexibles. Afin de pouvoir les transporter
où l’on veut, et les réparer facilement en cas de besoin,
il est bon de les établir par panneaux, que l’on fixe à
l’aide de pieux.
Ces clôtures bien faites n’ôtent rien à la propreté
qui doit régner dans un jardin. Leur simple aspect
procure ce sentiment de satisfaction qu’excitent tou-
jours les efforts et les utiles recherches de l’industrie;
on peut les orner avec un cordon de vignes, de chèvre-
feuilles, de ménispermes, de Bignonia capreolata, où
bien cultiver à leurs pieds des plantes potagères qui
ont besoin d'appui, comme les haricots, les capucines,
les pois, les dolics, etc.; on peut y palisser même des
( 420 )
pêchers tout formés pour en tirer immédiatement du
fruit, etc., etc.
L'établissement, l’entretien et le renouvellement de
ces brise-vents ne me paraissent pas devoir coûter
plus que la construction et l'entretien d’une melon-
nière ordinaire.
J'ai obtenu un autre avantage sur lequel je ne
comptais pas; les courtilières ont presque entière-
ment disparu.
VA LVAA VV VV VV VVAV VU VE VV 00 0/8 VARRLVVAAUVUV MVUY VU LAVAV VA VV
ADDITION
AU MÉMOIRE DE M. PERSOON
INTITULÉ :
Instruction sur la manière de recueillir et de préparer
les Champignons pour les Herbiers ().
Quann dans mon mémoire (pag. 8s et suiv.), j'ai
parlé du sublimé corrosif pour éloigner les vers et les
autres insectes des champignons destinés à être con-
servés dans les herbiers, mon intention n’a point été
d'indiquer cette substance comme le seul préservatif,
puisque j'ai fait mention de quelques autres moyens
pour mettre les collections botaniques à l’abri de ce
fléau.
Bien qu’on emploie avec succès cette substance pour
les plantes phanérogames et plusieurs cryptogames,
la solution du sublimé ne pénétrant pas assez dans
les champignons d’une certaine épaisseur, elle ne dé-
truit pas toujours les œufs que ces petits animaux
déposent en leur sein; elle empêche encore moins le
développement de leurs larves et leurs métamorphoses
en coléoptères parfaits.
De plus, l'emploi de ce remède exige beaucoup de
précautions, et il rebute le plus grand nombre des
—
(4) F'oyez plus haut, pag. 79 et suiv.
4
( 429)
botanistes. On pourrait donc lui substituer une dé-
coction de Quassia amara. (le simarouba) qui est
d’une grande amertume, et dont on trouve le bois et
l'écorce dans toutes les pharmacies. M. Magrkuin, na-
turaliste à Wisloch en Bohème, assure s’en être servi
avec grand avantage, et avoir, par ce moyen, préservé
de toute attaque ses lichens et ses champignons (1).
Cependant, ne pourrait-on pas craindre que le suc
brun-jaunâtre de ce végétal n’altérât les couleurs na-
turelles des champignons, qui, étant desséchés, se noir-
cissent déjà facilement, surtout quand on les humecte
après ? Toutefois il serait bon pour éviter cet incon-
vénient de filtrer la liqueur au travers de plusieurs pa-
piers gris.
M. Marrkuin emploie aussi l’infusion de Quassia
amara pour garantir les plantes phanérogames. Il
prend à cet effet 6o grammes (z onces) de l’écorce
qu'il râpe et qu’il mêle à 5 hectogrammes (16 onces)
d’eau. Il met le tout à bouillir jusqu’à réduction
de moitié, et il ajoute de 30 à Go grammes (1 à 2 on-
ces) d’alun quand la liqueur est clarifiée. Avec une
éponge imbibée de ce composé on mouille une feuille
de papier dit brouillard, et l’on place la plante que
l’on veut conserver, puis on la recouvre d’une autre
feuille pareillement humectée. On presse légèrement,
et on laisse dans cet état de quatre à six heures, jus-
qu'à ce que le végétal soit bien pénétré de la liqueur.
Après ce temps on le met dans d’autres feuilles de
(1) Voyez le journal de botanique allemand qui s’imprime à Ra-
üsbonne, sous le titre de Flora, année 1829, pag. 257.
(45)
papier sec, et on le traite comme une plante nouvel-
lement recueillie que l’on destine pour ses collec-
tions.
Il est inutile de dire que si l’on veut préparer à la
fois beaucoup de plantes, on doit se procurer, à pro-
portion, une plus grande quantité de la décoction que
l’on conservera dans des bouteilles ou dans des vases
de faïence bien bouchés.
Le préservatif le plus simple, et si souvent recom-
mandé aux amateurs,est de parcourir de temps en temps
ses herbiers, surtout les familles de plantes telles que
les Liliacées et Lridées, les Rosacées, les Umbelliferes
et les Composées, pour lesquelles les insectes paraissent
avoir plus de goût. Gette petite occupation procure en
outre l’avantage de se rappeler les noms des plantes et
de faire de nouvelles remarques.
Outre les insectes que j'ai cités (pag. 83), il en est
encore un qui, par sa petitesse, se soustrait à nos re-
gards; à la longue il fait beaucoup de tort aux plantes
cryptogames tenues dans des capsules de papier mal
closes ou tout autrement : il les réduit souvent, surtout
à la superficie, en une poussière fine. Je veux parler du
pou du bois et du papier { Hemerobius pulsatorius L.,
Termes FABr.). Pour le détruire, le moyen le plus sûr
est de tenir ses herbiers dans un lieu sec, bien aéré,
et d'ouvrir souvent les capsules dans lesquelles on tient
les cryptogames enfermées, et de les exposer à l'air et
au soleil.
Les Moisissures font souvent aussi des dégâts dans
les collections botaniques lorsqu'elles sont tenues dans
des appartemens plus ou moins humides. On peut
(424)
aisément s’en débarrasser en se servant d’un pinceau
ou d’une petite brosse dont les barbes sont longues
et fines, Mais il est à remarquer, et ce fait est assez
curieux, que les champignons, et généralement toutes
les plantes atlaquées par ces productions parasites, ne
le sont plus parles vers; il paraît que la mauvaise odeur
et la saveur nauséabonde des moisissures les éloignent.
Elles pourraient bien aussi être pour eux un véritable
poison, quoiqu’elles ne le soient point pour l’homme;
ainsi qu'on le croit vulgairement.
VV VAVY VV VU 10/00 LV 0 VV VV 1 0/00 00/70/0000 0/0 VU 1/00 VV
RÉSUMÉ
Des faits recueillis, tant en France, qu’en Italie
et en Allemagne, sur la propriété des Para-
gréles en paille.
Les orages purifient l'air, le rafraîchissent, et servent
à arroser la terre dans les temps où elle en a le plus
de besoin; mais Icrsqu’ils promènent la foudre et que
celle-ci frappe, dissout, décompose, brûle les corps
sur lesquels elle tombe, ils portent la terreur dans
toutes les âmes; les désastres qu'ils causent sont en-
core plus épouvantables, lorsque, descendus de l’atmo-:
sphère supérieure, ils vomissent sur les campagnes des
torrens de grêle et détruisent en un instant les espé-
rances du cultivateur.
Il est pénible de voir l'indifférence que l’on met à pré-
venir ces terribles météores ou à en atténuer les effets:
il semblerait que la découverte de Fnaxckzix fût en-
core à faire. Gependent l’expérience prouve que si
l’on multipliait partout les aiguilles métalliques qu’on
nomme Paratonnerres, on soutirerait sans cesse l’ex-
cédent du fluide électrique, l’on diminuerait considé-
rablement l'intensité des orages, et l’on conduirait la
foudre dans le sein de la terre sans explosion, comme
sans danger. Ce qu'il y a de plus fâcheux, c’est que
l'établissement des paratonnerres exige des sommes
très-considérables ; aussi n’en voit-on que sur les mo-
numens publics et sur la demeure du riche.
( 426 )
Pour remédier à cet inconvénient, on a d’abord pro-
posé de diminuer la hauteur des tiges et d'employer
un fer beaucoup plus petit; mais la nécessité de rap-
procher davantage les aiguilles a détruit l’économie que
l'on faisait espérer. Ensuite l’on a offert l’exemple des
paysans de Holo-Socken, dans la Sudermanie suédoise,
qui conjurent la grêle et la foudre en placant sur de
hautes perches, plantées auprès de leurs habitations,
des vases de cuisine en fer.
Le moyen le plus économique est celui qui a été
présenté en 1820 par M. LaposroiLe, professeur de
chimie et de physique à Amiens. Ge moyen consiste
dans la formation d’une tresse de paille que l’on sou-
tient à l’aide d’une perche de bois blanc et que l’on
arme dans son sommet d’une pointe aiguë en bois.
La paille ainsi disposée est, dit-on, susceplible de
produire les mêmes résultats que les longues verges
de fer.
Le doute est permis à l’annonce d’une nouvelle in-
vention quelconque; on ne peut pas être trop en garde
contre l'enthousiasme des auteurs, les applaudissemens
toujours suspects de leurs amis, et même contre les cri-
liques des envieux; mais il est un juge qu'on ne peut
récuser, c'est la voie des expériences. Là commence
le devoir des gouvernemens el celui des savans. Sen-
lineiles vigilantes, placées entre la crédulité qui se
laisse aisément fasciner et le préjugé qui repousse ne
pitoyablement toute innovation, par cela seul qu’elle
vient déranger sa marche incertaine ét routinière, les
savans sont obligés d'appeler l'attention des gouvet-
nemens sur les découvertes utiles.
(427)
Celle de M. Larosrozse, qu'on a tort d'attribuer à
un citoyen des Etats-Unis (1), quoique intéressant éga-
lement et le laboureur qui trace le pénible sillon et le
citadin qui puise dans les champs sa fortune et son
premier aliment, ne fut point jugée digne d’un sérieux
examen, parce que dans l’ouvrage qui en présentait la
théorie (2), il s’est glissé des erreurs graves, et que,
sous plusieurs points, l’auteur attaquait de front des
doctrines recues. Malheureusement, dans les sciences,
ilest une foule de principes qui n’ont encore pour bases
que des analogies et même que de simples hypothèses.
La paresse du plus grand nombre fait qu'on s’habitue
à les admettre comme des vérités incontestables, et
qu’on taxe de folie la main qui ose leur demander une
démonstration, ou qui, par des recherches nouvelles,
entreprend d'en étendre les applications : cette ma-
nière de voir, qui est presque partout celle d'enseigner,
constitue le despolisme des systèmes; elle retarde les
progrès des inventions réelles, et paraît contraire à la
philosophie, aux droits imprescriptibles de l'humanité.
Tandis que quelques savans repoussaient à Paris (3)
les paragrèles de M. Laposroize, d’autres, plus mo-
(1) Les paragréles proposés en Amérique, en 1819, consistaient en
des barres de bois de dix à douze mctres de haut, enduites de gou-
dron, et placées au sommet des montagnes ou sur la cime des co-
teaux arides. On en a beaucoup vanté les propriétés en assurant,
surtout, que le nuage chargé de grèle dlissait le long de ces barres et
se déchargeait sur des terres, qu'on nous pardonne l'expression , dé-
vouées pour le salut des autres.
(2) Traité des parafoudres et des paragréles en cordes de paille.
Amiens, 1820. In-8, de 328 pages et une planche lithographiée.
(3) Journal des savans, mai 1821, pas. 285-901.
( 428 )
destes et moins tranchans, voulant interroger l’expé-
rience avant de se prononcer, répétaient les essais que
ce physicien citait à l’appui de son assertion. En 1820,
l'Association de bienfaisance médicale d'Amiens obtint
des résultats favorables (1), et la Société des sciences,
agriculture et arts du département du Bas-Rhin, après
un grand nombre d'épreuves, avoua d’une manière
incontestable Ta propriété conductrice de la paille (2).
Encouragé par leur exemple, M. Tuorrar», profes-
seur à Tarbes et correspondant de la Société Lin-
néenne, tenta aussi quelques essais qui l’amenèrent à
faire à la découverte de M. Laprosrozie des change-
mens utiles, des améliorations remarquables. Son ap-
pareil perfectionné se prépare de la manière suivante :
On choisit une perche d’un bois quelconque, d’en-
viron sept mètres de long, d’une grosseur propre à la
rendre solide; on la dépouille exactement de son écorce
qui l’exposerait à pourrir, et on applique sur elle des
cordons de paille de froment ou de seigle coupée dans
une parfaite maturité. Pour faire ces cordes on hu-
mecte la paille d’eau de pluie, on la tresse ensuite au
moyen de quatre cordons, composés chacun de trois
petites nattes; on forme du tout une espèce de câble
de trente-quatre millimètres de diamètre, Plus la corde
est serrée, plus elle aura de durée. Gette corde s’at-
tache à la perche d’abord à ses deux extrémités, au
(1) Voyez le VII Bulletin qu’elle a publié à cette époque, et le
n° du 18 septembre 1819 du Journal d'agriculture et de commerce
du département de la Somme.
(2) Voyez le tome I de ses Mémoires, pag. Xv}, xvij et xviij d’un
rapport lu à la séance publique du 30 juillet 1897.
( 429 )
moyen d’un fil de laiton, ou mieux de cuivre rouge,
de manière à ce qu’elle soit parfaitement tendue; puis
de cinquante en cinquante centimètres, on place des
liens de même méial. On fixe verticalement dans le
centre de la corde de paille un petit cordon de lin
écru (1), composé de dix à douze fils, et à la partie su-
périeure, une verge métallique, en laiton, de cinq mil-
limètres de diamètre environ, terminée en pointe, et
longue au moins de vingt-sept centimètres, commu-
niquant directement au cordon de lin. L'appareil, ainsi
disposé, se fixe solidement au haut des habitations, sur
des arbres, ou sur des pieux en chêne d’une longueur
de deux mètres et enfoncés moitié en terre. On place
les paragrêles de vingt-six à trente-deux mètres de
distance les uns des autres. Par ce moyen, la foudre
est détournée de dessus les constructions rurales et
les champs sont préservés des désastres de la grêle.
Chaque appareil ne peut coûter au-delà d’un à
deux francs; sa durée est estimée devoir être de douze
à quinze ans, et ses ellets s'étendre sur un rayon de
de treize à seize mètres et demi. On enlève les para-
grêles après les moissons, pour les rétablir aux appro-
ches de l’équinoxe du printemps.
Les expériences auxquelles M. TrorLarp a soumis
ses paragrêles ont été publiques et faites en grand. I!
a été secondé par les autorités locales. En voici les ré-
sultats :
Vers la fin du mois de mars 1821, il plaça des pa-
F\ : .
(1) Le chanvre ne donne que des commotions; la paille unie au
lin conduit parfaitement l'électricité.
(430)
ragrèles en paille dans les communes de Aureilhan,
Boulin, Houre, Lizos, Oléac, Souyaux, Laslades, ete.,
toutes situées dans un canton au nord-est de Tarbes,
département des Hautes-Pyrénées. Les paragrèles oc-
cupaient une étendue de trois mille hectares environ.
Les villages nommés avaient été choisis de préférence
comme habituellement frappés par la grêle (1); ils fu-
rent préservés au mois de juin suivant, époque où la
commune d’'Ibos, située hors de la ligne paragrélée,
fut réduite aux dernières extrémités par un nuage ora-
seux, qui vomit sur elle des masses énormes de grélons,
et qui désola une très-grande partie du département
du Gers (2). -
En 182», le 25 avril, par un vent d’ouest, il se forma
vers les trois heures du soir, dans la partie occidentale
du département des Hautes - Pyrénées, un orage qui
demeura stationnaire quelques instans, et qui occupait
une grande étendue, À des éclairs multipliés succéda
un vent impétueux qui porta le nuage orageux de
l’ouest à l’est, parcourant le zénith des communes de
Boulères, Oursbelille, Bazet, Bours, Orleix, Oléac, Col-
longues, Pouyastruc, Gastelvieilh, etc.; il laissa tomber
abondamment de la grêle d’un petit diamètre sur les
communes d'Oléac, Pouyastruc, Castelvieilh, non pa-
ragrélées, tandis que Lizos n’en reçut que très-peu,
et d’un plus petit diamètre, dans la partie voisine d'O-
léac, et que Gollongues ne fut grélé qu’au sud-est, non
paragrélé.
(1) Sur dix ans ils avaient jusqu'alors été grêlés sept fois.
(2) Moyens préservatifs de la foudre et de la grêle; par M. Cu. E.
TuorrarD, ete. Tarbes, 1822, in-6°.
(451)
Le 8 mai, à trois heures du soir, un orage poussé
par un vent d’ouest très-fort, menaçait la commune
d’Ibos, paragrêlée, et celles environnantes; la grêle,
qui avait commencé à tomber dans la première ligne
des paragrêles, cessa immédiatement après. Le reste
de la commune eut beaucoup d’eau, ainsi que Bor-
dères, Tarbes, etc.
Le 3 juin, vers les trois heures du soir, par un vent
sud-est, un orage s’est formé dans les gorges des mon-
tagnes, près d’Argelés et de Bagnères, où il a demeuré
stationnaire jusque vers quatre heures; le vent devenu
ouest, après des éclairs et quelques coups de tonnerre,
l'orage s’est développé vers l’ouest, en s’appayant sur
les Pyrénées, et occupait alors plus de la moitié de
l’horizon. Les coups de tonnerre étaient cffrayans ; les
éclairs se succédaient avec une extrême rapidité, et
le ciel offrait l’aspect d’un volcan. Cet orage, qui cou-
vrit un grand nombre de communes, ne fut pas très-
destructeur ; quelques-unes reçurent de l’eau et de la
grêle. Tarbes, Soues, Salles, eurent, plus où moins,
de la grêle; Barbazan fut respecté; Ibos eut beaucoup
d’eau.
Plus tard, et à des jours diflérens, les communes de
Marseillan, Chelle, Mun, Pouey, Aubarède, Louit, etc.,
furent, plus ou moins, frappées de la grêle; Gabanac,
paragrélé, situé au milieu de ces communes, n’a pas
élé touché.
Le 15 juin, le vent était est-sud-est; vers les trois
heures, un orage s’est formé dans les gorges des Py-
rénées situées au midi de Tarbes, et un autre dans
la partie est-nord-est; à quatre heures et demie ils
(432 )
étaient réunis et couvraient presque tout l'horizon;
l’eau et la grêle du premier, après grand nombre d’é-
clairs et de coups de tonnerre, vinrent frapper les
communes de duillan, d'Odos et de Horgues. Gayan
fut plus maltraité par le second, qui, après être arrivé
au-dessus des communes d’Andrest, de Bazet et de
Bours, revint sur Oursbelille, Bordères et Ibos, par un
vent est- nord-est, endommagea un peu les limites
ouest-sud-ouest de Bordères, celles est-sud-est da
département des Basses-Pyrénées, et celles est-nord-
est d’Ibos, où le nuage pénétra en donnant abondam-
mant de l’eau dans la partie ouest-sud-ouest de cette
commune.
Les 16 et 17 du même mois, d’autres orages, en-
core formés sur les Pyrénées, mais occupant peu d’é-
tendue, précédés d’un ouragan, frappèrent plusieurs
communes de la grêle, particulièrement Séméac, non
paragrélé.
D’après ces observations, il y aurait eu dix-neuf à
vingt communes plus ou moins touchées par la grêle,
et des dix-huit paragrélées en tout ou en partie, Col-
longues aurait reçu de la grêle dans la partie non
paragrêlée, voisine de Castelvieilh, et Ibos en aurait
reçu un peu plus dans la partie voisine de Bordères
et du département des Basses-Pyrénées, encore par
un nuage allant de l’est-nord-est à l’ouest-sud-ouest,
ce qui porte naturellement à penser que les para-
grêles ont garanti celte grande et riche commune du
fléau dont elle était menacée, et qu'elle n’eut point
été touchée dans ses limites avec Bordères, si celle-ci
£ût été paragrêlée. Mais Cabanac, situé au milieu
(455)
des communes d’Aubarède, de Pouey, de Mun et de
Chelle, grêlées, a échappé, comme par enchantement,
au fléau destructeur, Barbazan, Aureilhan, Boulin et
Lizos ont été préservées d’une grêle qui a enlevé une
partie des récoltes des communes voisines, Gourdon
et Mouledous doivent vraisemblablement leur saiut
aux paragrêles des communes de Gonnés, Coussan,
Souyaux, Laslades et Lansac, qui ont été préservées,
tandis que leur voisine Sarrouilles a été frappée (1).
En 1825, le 15 mai, à sept heures et demie du soir,
le thermomètre de R£aumur marquait 18°, le baro-
mètre 0" 750, le vent était est-quart-nord-est, et les
nuages venaient de l’ouest-quart-nord-ouest. Un orae
s’est formé à l’ouest, occupant toute la partie de l’hor:-
zon comprise entre le nord-nord-ouest et le sud-quart-
sud-ouest, précédé par de gros lambeaux très-noirs
de nuages tombant vers la terre. L’aspect en était cf-
frayant, et l’eau, sous forme de nuage, semblait former
un torrent descendant d’une côte très-élevée (la côte
du Gers) et très-longue, située à plus de cinq kilomè-
tres ouest de Tarbes. Il était encore précédé d’un fort
ouragan produit par divers vents irréguliers, qui, ayant
diminué d'intensité, laissèrent apercevoir les vents ob-
servés. Le nuage avait une vitesse extraordinaire; en
moins de vingt minutes il parcourut une distance de
plus de cinq myriamètres. Les éclairs multipliés ajou-
taient à l'horreur du spectacle : le bruit du tonnerre
(1) Exirait d’un rapport fait en 1823 au préfet des Hautes-Pyrénées,
et inséré dans les actes de la préfecture sous la date du 30 mars 1823.
Voyez aussi la Bibliothèque physico-économique, de M. Tniésaur DE
BerxeauD, cahier de mars 1823, tom. XEIT, pag. 164 et suiv.
( 454)
n'élail pas considérable, ce qui peut bien être attribué
au peu d’élévation de l'orage et à la grande quantité
d’eau tombée. Quelques grains de grêle, mélés de
zouttes d’eau, poussés par le vent d'ouest, mais retenus
par celui est-quart-nord-est inférieur, commencèrent à
tomber; puis une grêle d’un diamètre assez gros, dans
certaines communes, tomba pendant deux minutes,
et ensuite une pluie extrêmement abondante pendant
vingt minutes environ. Get orage fut très-destructeur,
car il ravagea les vignobles et les seigles d’un assez
grand nombre de communes des départemens des
Hautes et Basses-Pyrénées, du Gers et de la Haute-
Garonne.
Le 18 mai, à sept heures du matin, le baromètre
était à 0" 756, le thermomètre marquait 14°, le vent
était ouest-quart-sud-ouest, et le ciel assez beau; vers
cinq heures du soir, un orage s’est formé encore à
l’ouest de l’horizon de Tarbes, prenant naissance dans
les Pyrénées sud-ouest de Pau; il était poussé par un
vent très-fort; quelques gouttes d’eau d’abord, puis
une grêle d’un diamètre varié et d’une courte durée,
suivie d’une pluie abondante, furent les produits de ce
second orage, qui ravagea, à quelques différences près,
les mêmes communes que le précédent. Enfin, il se di-
rigea sur Toulouse pour se fondre dans les montagnes
de Saint-Giron. Pau n’eut que beaucoup d’eau.
Le 1° juin, à sept heures du matin, le baromètre
était à 0" 7325, le thermomètre à 5° 174, l’hygromètre
à 66°,et le vent d’abord nord-ouest, devint ouest; à
midi 19° de chaleur, le ciel très-beau. Un orage s’est
formé, vers quatre heures du soir, dans les Pyrénées
(455)
au sud-ouest. Cet orage, poussé par un gros vent, accom-
p2gné de grands coups de tonnerre, a longé les Pyré-
nées jusqu’au sud-ouest de Tarbes, puis, revenant vers
l’ouest par l’est, en décrivant une espèce de courbe
concentrique à l’horizon, il a donné abondamment de
l’eau dans un grand nombre de communes, et un peu
de grêle du côté de Rabastens. Le département du
Gers a eu de l’eau et de la grêle.
Le 530 juin, le vent étant nord-est, le baromètre in-
diquait 0" 752, l’hygromètre 90°, et le thermomètre
marquait le matin 14° 194, à midi 22°, à trois heures
24°, le ciel serein. À cinq heures du soir, un orage
s’est formé à l’ouest de Tarbes, occupant une granile
partie de l’horizon : il était précédé d’un vent extré -
mement fort; à six heures, le vent, devenu ouest, a
porté lorage vers l’est. Peu de tonnerre, mais beau-
coup d’eau sur une grande surface. Tels furent dans
le département des Hautes-Pyrénées les orages pei-
dant l’année 1823.
Toutes les communes paragrélées ne souffrirent nul-
lement ; celles qui ne l’étaient qu’en partie eurent à
gémir de leur négligence. Les effets des orages ont
présenté dans ces dernières des résultats de dévasta-
tion fort singuliers (1).
La température le plus habituellement humide de
l’année 1824 n’a point permis aux orages de se former,
et a rendu les paragrèles inutiles dans le département
des Hautes-Pyrénées, qui le premier a la gloire d’avoir
RQ del 17, 0e es gré etetneb dote ant ent ee pie ane 2
(1) Précis des effets produits par les paragréles, pendant l'annce
1823; par M. Tuozran», etc. Tarbes, 1824; in-12.
( 456 )
donné l’exemple de détourner, à très-peu de frais, un
des fléaux les plus funestes aux cultivateurs.
Une fois l'impulsion donnée, elle s’est étendue au
loin, et l’on a vu, malgré la résistance de quelques sa-
vans, les paragrêles en paille de M. Tnozrar» plantés
aux environs de Munich et de Trieste, propagés par
M. Bezrraui, de Milan, dans la Lombardie, le Frioul,
s’Istrie, la Carniole et la Dalmatie; adoptés sur les bords
du Pô, à Massalombarda et dans quatorze communes
du Bas-Bolonais, d’après l'exemple donné par MM. As-
rozr1, ingénieur de Bologne, et Grup, de Genève, connu
par la traduction des OEuvres agronomiques de Tuer,
et par son important ouvrage sur l’économie de l’agri-
culture.
En juin 1895, une forte grêle a singulièrement en-
dommagé plusieurs cantons de la Bavière, et plus par-
ticulièrement les environs de Mark-Tristern. Un seul
propriétaire, M. Lucincer, a été préservé de ses ra-
vages par les paragréles placés dans ses champs.
Deux orages des plus violens éclatèrent sur le Mi-
lanais les 22 et 24 juin de la même année, vers les
quatre heures de l’après-midi; plusieurs propriétés
furent abimées, et surtout le district de Triviglio. Les
terres de M. Gio. Mazazzant, situées près de cette
bourgade, et celles de M. Giuzio Orrorni,à Cerusco,
furent seules respectées, parce qu’elles étaient armées
de paragréles en paille. On aperçut très-distinctement,
durant ces deux orages, des flammes au sommet ces
flèches métalliques des paragrèles.
Les orages ont été nombreux en 1824 au pied des
Alpes lombardes ; ils se succédèrent avec une extrême
(457)
rapidité, sans doute à cause de la grande quantité de
neige tombée sur cette chaîne de hautes montagnes.
La maison Prraco de Milan ayant armé de paragréles
en paille les deux petites communes de Cremago et
de Brenna en Brienza, sujettes, depuis 1819, à des ou-
ragans souvent répétés, furent préservées dans les jour-
nées des 18 et 22 mai, tandis que les villages limitro-
phes furent dévastés. Les terres paragrêlées de Pessano
furent également à l’abri le 24 du même mois. Le
2 juin, un orage furieux ravagea vingt cinq communes
du Milanais; celles qui étaient paragrèlées n’eurent que
de la pluie, Le 13, même résultat aux environs de Tri-
viglio (1).
M. Cru», qui a paragrêélé l'exploitation considérable
qu’il dirige à Massalombarda, parle des avantages réels
qu'il a obtenus des paragrêèles en paille (2), tandis que
M. l'ingénieur Asrozrr rend compte des résultats of-
ferts dans les campagnes aux environs de Bologne de
la manière suivante (3) :
« Le 19 de juin, environ deux licures après midi,
un orage accompagné d’éclairs et de tonnerre s’éleva
de la partie sud de Bentivoglio, vis-à-vis d’Altedo;
une portion, qui se dirigea sur ce dernier endroit,
laissa tomber des grélons qui n'étaient pas petits, et
en plus ou moins grande quantité, dans les campagnes
situées entre la Savane abandonnée et le canal, jusques
(1) Ces faits nous sont fournis par M. le prévôt Bezrramr, sous la
date de Rivalta, le 5 juillet 1824.
(2) Feuille du canton de Vaud, septembre 1824, tome XI, pages
277 et sui.
{5} Gazette de Bologne da 15 juillet 1824. Supplément au n° LV
( 458 )
au casino Guastavillani, se dirigeant ensuite vers l’é-
glise des Boschi. Dans ce territoire se trouvait juste-
ment l'enceinte que j'ai armée d’environ cinquante
paragréles, et il est arrivé dans cette périphérie,
gu’entre la première ligne où étaient placées les per-
ches et la seconde, il tomba quelque peu de grêle, mais
avec si peu de, force que le dommage fut très-minime
en comparaison de celui qu'éprouvèrent les terres li-
mitrophes. Dans l’espace compris entre la seconde
ligne des paragrêles, et surtout la troisième, on ne vit
tomber, au grand étonnement des spectateurs, au lieu
de grêle, que des grains de la consistance de la neige.
Ce fait me fut confirmé, avec une entière conformité
de circonstances, par tous les cultivateurs de la con-
trée, et je pus le vérifier par mes propres yeux.
» Un nuage non moins effrayant se réproduisit le 24,
environ les dix heures du matin, du côté de San-
Pietro in Casale, et se dirigea entre le sud et l’ouest
de la commune déjà citée d’Altedo. À peine avait-il
commencé à se former qu'il prit sa route du côté
de la commune de Macaterole, couvrant de grêle les
terres au-dessus desquelles il passait; mais lorsqu'il
arriva sur le domaine de Galière, d'environ 10,000 ar-
pens /tornatures), armés de paragrêles par les soins
de l’ingénieur-inspecteur Paxcazni, on ne vit plus
tomber là de grélons, mais seulement de l’eau gelée
en consistance de sel, L’orage continuant à passer ou-
tre, et à s’avancer vers la commune d’Altedo, se trouva
entièrement pris dans l’armature établie par moi, et
chacun put voir les nuées, à mesure qu’elles passaient
sur le terrain armé, se meltre dans un mouvement
(459)
assez violent, s’abaisser considérablement, ensuite se
diviser, et s’évanouir à une petite distance, après avoir
répandu une grande quantité de pluie.
» J’ai omis une circonstance qu’il ne sera pas in-
utile de rapporter ici. — Le nuage orageux du 19 juin,
qui avait commencé dans le voisinage de Bentivoglio,
prit encore la direction de Minerbio, et en cheminant
contre San - Giovanni in Triario, 1l tomba dans un
autre arrondissement d'environ 300 {ornatures, appar-
tenant à M. Derssrre, de Ghenef, et armé par les soins
de M. Joseru Monani, de Minerbio. Dans tout le che-
min parcouru, il avait, plus ou moins, battu de grêle les
campagaes sur lesquelles’il passait; mais à peine arrivé
sur celle que nous venons de citer, il se dissipa subite-
ment sans causer le moindre dommage, ni au terrain
armé, ni aux contrées situées au-delà. »
On fait en ce moment des dispositions pour, en 1825,
armer de paragrêles le canton de Vaud et celui de
Zurich en Suisse; un grand nombre de propriétés si-
tuées au pied des Apennins et dans les localités les
plus exposées aux ravages de la grêle (1}; les environs
de Gratz, de Goritz, de Gradisca et tout le golfe de
Trieste; trente-six communes de l’arrondissement de
Porentrui; plusieurs autres du département du Haut-
Rhin, etc. etc.
Une dernière observation que l’on se propose.de ré-
(1) Cette tendance tient à la disposition du pays, à la présence
d’une montagne ou d’une chaine de montagnes, à la direction des
vallées, etc. Il gréle plus au pied des Alpes et des Pyrénées ue dans
les vastes plaines.
( 440 \
péter, c’est que les paragrêles ont préservé des brouil-
lards qui les infectent ordinairement plusieurs contrées
de la Haute-ftalie.
Tous les faits exposés ci-dessus sont revêlus du ca-
chet de l’exactitude, et le témoignage de ceux qui nous
les transmettent est assez imposant pour qu’on puisse,
sans crainte, les regarder comme suflisamment prou-
vés. Cependant, comme ils démentent certaines théo-
ries, el qu'ils sont en opposition directe avec les doc-
trines professées par des hommes illustres, la Société
Linnéenne de Paris a cru devoir les mettre sous les
yeux des véritables philanthropes et d’appeler sur eux
toute l'attention des propriélaires ruraux. Elle désire
voir se multiplier les paragrêles en paille partout où
la situation topographique expose aux désastres de la
grêle la demeure de l’homme et les terres que ses
mains Jlaborieuses fertilisent. Le succès dépendra du
cencours d’un grand nombre de propriétaires.
La Société Linnéenne demande à ceux qui, d’après
son conseil, armeront leurs champs de paragrèles en
paille, de tenir une note exacte des phénomènes qu’ils
seront dans le cas d’observer, et delui en faire con-
naîlre toutes les circonstances ainsi que leurs résul-
tats. Des encouragemens seront à cet ellet, à partir
de 1825, décernés chaque année dans sa séance pu-
blique du 28 décembre.
DU EEE LEE LEU VELVEU LULU VEUVE LE LULU EU UVEL US
ÉLOGE HISTORIQUE
De Anpré TouIn, Président de la Societé
Linnéenne de Paris, Membre de l’Academie
des Sciences (Institut de France), Professeur-
Administrateur du Museum d'histoire natu-
relle de Paris, etc.; par M. ARsENNE T'HIÉBAUT
pe BERNEAUD, Secrétaire perpétuel.
« À une vertu si eslevée que la sienne, je ne puis riem
» mettre en teste. Je l'ai vue marcher d’un victorieux
» pas et triomphant,en pompe et à son aise, sans em-
» peschement ne destourbier. »
(MonraitGxz, Essais, liv.'Îl, chap. 11.)
Penpanr qu'il était au milieu de vous, Messieurs,
vous avez honoré les vertus vraiment antiques de Axpr£
Tuouin; vous avez, avec une sorte d’orgueil, profité
des larges rayons lumineux qu’il a, sans ostentation,
et comme par plaisir, portés sur les diverses branches
de l’industrie agricole. Le jour où il cessa de vivre,
vous avez, en signe de deuil, suspendu vos travaux;
vous avez versé sur sa tombe les pleurs sincères d’une
reconnaissance profondément sentie; vous avez de
plus chargé celui d’entre vous qui eut le bonheur de
recevoir pendant un quart de siècle ses conseils et le
titre d'ami, de remettre sous vos yeux le tableau fidèle
d’une vie consacrée tout entière à l'utilité de la patrie,
au bien-être des hommes, à la prospérité des sciences.
50
(442)
Puissiez-vous, à mes confrères, puissent l’honorable
assemblée qui m’écoute, la famille, les disciples, les
admirateurs de cet excellent citoyen que je vois réunis
autour de moi, applaudir au devoir pieux que mon
cœur va lui rendre! Jeunesse studieuse, je vous de-
mande un peu d’altention, venez apprendre de l’homme
sage dont j'écris l’éloge, que vous pouvez, comme lui,
conquérir l'estime de votre siècle, marcher à la véri-
table illustration, quel que soit le genre de vos recher-
ches, quel que soit le poste où la fortune vous a placé;
mais apprenez aussi, par son exemple, qu'il vous faut
utilement employer le temps qui fuit; qu'il vous faut
amasser de solides connaissances pour l’âge mür, con-
server des mœurs austères, el n'avoir d'autre ambition
que celle de intérêt publie, que celle qui fait du bien
à vos semblables.
Anpré Tuouix naquit à Paris le 10 février 1747, dans
le lieu même où il devait un jour cueillir les palmes
de la gloire, au sein de ce Jardin des plantes qu'il était
appelé à soigner, à porter à la haute réputation dont
il jouit également partout, et à doter des plus belles
productions de lun et l’autre hémisphères. Fils d’un
simple jardinier, et jardinier lui-même, il sentit de
bonne heure le besoin de profiter de la situation favo-
rable où le sort l'avait placé pour s’élever au-dessus
de cette profession, que si peu d'hommes honorent,
parce que ceux qui l’exercent semblent se complaire
dans les langes de la routine, et qu'ils osent à peine
porter leurs regards au-dessus des étroits sentiers
frayés par Fhabitude, Il se familiarisa d’abord avec les
( 445 )
plantes que ses jeunes mains cultivaient pour aider à
son père et pour augmenter les ressources toujours
fort exiguës d’une nombreuse famille ; il les interrogea
ensuite pour en connaître la structure, les fonctions
vitales et les propriétés particulières, afin de découvrir
par quels moyens et dans quelles circonstances le végé-
tal se multiplie le plus sûrement, l'application la plus
avantageuse que l’on peut lui faire, selon les localités,
des agens propres à développer les forces mécaniques,
physiques et chimiques de la nature; en un mot, pour
généraliser, fixer, rectifier les idées reçues par la pra-
tique sur celles que donne une théorie solide. Ce pre-
mier pas vers la science amena le jeune Tuouix à lire
les ouvrages agronomiques de Tu£opnrasre, de Var-
RON, de Cozumezce, de Orivier DE SERRES, de DunaMEL
pu Monceau, etc.; après avoir joui solitairement des
merveilles de la nature, il voulut apprendre de ces
grands maîtres le secret d'en propager la connais-
sance, d’en étendre le goût; il voulut savoir l’art de
communiquer aux autres les découvertes que l’on est
dans le cas de faire en se livrant tout entier aux études
utiles.
Un plan de conduite aussi bien concu, aussi fidèle-
ment suivi, ne pouvait échapper à l’œil observateur de
Burron; il a deviné lavenir de ANbRÉ Tnouiw: il se
garde bien de le lui révéler de crainte que la vanité
ne le fasse changer, mais le jeune jardinier n’est plus
perdu dans la foule des humbles ouvriers de l’établis-
sement ; l'historien de la nature l’encourage, non par
des éloges outrés, comme on le fait de nos jours, mais
en veillant sur lui, en présidant à-ses études, en lui
30.
© (444)
ouvrant sa maison et sa bibliothèque, en lui donnant
son estime, en lui promettant son amitié.
Ces faveurs du génie honoraient le jeune Trouix.
Au nombre et à l'énergie des émotions qu’elles por-
tèrent dans son cœur, il éprouva le besoin de grandir
avec elles. Il mit toutes ses jouissances à en mériter
la continuation, et pour justifier du profit qu'il savait
en tirer, il redoubla de zèle et d'aptitude au travail.
«Rien ne me coûta, me disait-il; il fallait payer les
» bienfaits de Burron; le langage de la gratitude me
» paraissant trop faible, trop ordinaire, pour exprimer
» tout ce que je sentais, je m'imposai la tâche des
» succès : ce fut le devoir de ma vie. » L’appui du
grand homme fit pour lui jaillir les sources du bon-
heur; il en fut profondément ému, et son plaisir était de
lui en rendre grâces chaque jour; il en parlait comme
un amant parle de sa maîtresse, comme un bon fils
parle de sa mère, il en parlait toujours avec l’accent
d’une âme pénétrée, et la noble réputation qu'il s’est
acquise prouve que ses goûts étaient d'accord avec
son cœur, que l'étude avait pris chez lui le caractère
d’une passion ardente, aussi vive sous les glaces de
l'âge, qu’elle fut fortement soutenue durant les belles
années de son printemps.
Sans cesse stimulé par le besoin d’alléger les fati-
gues de son père, et par le doux espoir d’être utile à
sa famille, on le vit, dans la même journée, du labo-
ratoire où la main patiente de l’homme force la terre
à porter des fleurs et des fruits que la rigueur du cli-
mat lui refusait, passer, avec une application toujours
égale, sur les bancs du chimiste qui analyse tout pour
( 449 )
tout mieux apprécier, et suivre les cours de physique,
de botanique et de minéralogie. Avide de connais-
sances positives, on le voyait, tantôt dans les champs,
au milieu des grandes fermes, cherchant des détaiis
étendus sur l’économie rurale; tantôt apprenant, à
l’aide des mathématiques et des sciences qui traitent
de l’économie politique, l’art d’apporter dans ses ex-
périences horticulturales l’exactitude qu’elles exigent.
C'était le véritable moyen de tirer de leurs résultats
la plus grande somme de profit possible, il le devina et
s’en servit pour donner une impulsion nouvelle à l’a-
griculture et au commerce, que Suzy appelait les deux
mameles de la patrie.
Dans une âme ordinaire cette ardeur immodérée,
le nombre et la diversité de ces occupations pouvaient
dompter les efforts et rendre impuissante la volonté
la plus robuste; chez Axpr£ Tuouin elles semblaient
nécessaires à sa propre existence; elles entretenaient
sans relâche son noble élan; elles lui semblaient moins
lourdes, parce qu’elles s’appliquaient toutes à un but
unique, au besoin de perfectionner l’art que l’habileté
de son père, que le tendre amour qu’il portait à ce
père si respectable lui faisaient chérir de prédilection.
C’est ainsi, Messieurs, que l’on parvient à surmonter
les grands obstacles; c’est ainsi que le désir de satis-
faire une raison qui nous demande compte de tout,
qui veut tout approfondir et tout lier par des faits bien
constatés, oblige la nature à nous dévoiler ses secrets,
et à la gloire d'inscrire notre nom sur les tables de
Pimmortalité.
À dix-sept ans, Anpn£ Tuouix pouvait déjà marcher
( 446 )
à l’égal de ses maitres; son savoir immense contraslait
avec la fougue de sa jeunesse; il sentit sa force, mais
elle ne put rien lui faire perdre de ses goûts simples,
de la rare modestie qu’il conserva toute sa vie. À cette
époque brillante le malheur vint l’atteindre : il vit in-
opinément mourir son père. Brisé par la douleur, il
paie par des larmes le tribut de sa grande sensibilité ;
puis il se relève courageux, se consacre tout entier à
l'éducation, à la félicité de ses frères et sœurs encore
en bas âge, et pour être désormais leur second père,
il voue sa vie au célibat, et refuse constamment les
partis plus ou moins avantageux qui lui sont offerts à
diverses époques. Un acte de piété filiale aussi tou-
chant, un acte de charité fraternelle aussi héroïque
ne pouvait que lui concilier tous les cœurs. Burron et
BernarDp pe Jussieu l’en récompensèrent, le premier
en lui donnant aussitôt (1) la place de jardinier en
chef, que son père occupa très-honorablement depuis
le 18 juin 1745 jusqu’au 26 janvier 1764 ; le second
en lui servant de mentor. Tous les gens de bien applau-
dirent au choix de Burrow, à la générosité de Jussreu;
tous les hommes instruits en concurent les plus hautes
espérances : ils ne se trompèrent point.
De ce moment le jeune Tnouix dut regarder le Jar-
din des plantes comme un domaine qui lui était, en
quelque sorte, échu par héritage, qu’il devait exploiter
autant par devoir que par reconnaissance; il en fit
donc sa patrie, le centre de ses plus chères affections,
l’élément essentiel de son existence.
{1) Son brevet est daté du 28 janvier 1764.
(‘447 )
Plus ses devoirs étaient grands, plus ils lui furent
sacrés; plus ils exigeaient de lui de temps et d’atten-
tion, plus ils multiplièrent ses forces, el donnèrent
une énergie nouvelle à son infatigable activité. Satis-
fait de l’accroissement que recevait chaque jour le Ga-
binet d’histoire naturelle, il osàa cependant se plaindre
de ce qu’il faisait trop négliger les besoins des cultures,
et de ce qu’il détournait trop la pensée de Burron des
richesses végétales que la fondation de létablissement
et l'intérêt de l’agriculture nationale réclamaient de
lui. Il crut pouvoir proposer un plan d'amélioration à
ce sujet. Burron le goûta, mais craignant d’abuser
du zèle de Pimpatient jardinier, il voulut Pajourner.
Tnouix devint si pressant qu'il fut impossible de lui
rien refuser. Cette faveur, il la regarda comme per-
sonnelle ; ïl en conserva le tendre souvenir : elle fut
l'affaire de toute sa vie.
Tout-à-coup le jardin changea de face. En 1770,
l'Ecole de botanique plantée par Tourneronr fut dou-
blée, triplée d’étendue ; les arbres du nouveau conti-
nent, qui pouvaient convenir aux arts économiques,
vinrent, à sa voix, marier leurs ombres amies au feuil-
lage hospitalier de nos arbres indigènes: les régions
les plus reculées du Gange et de l’Indus apportèrent
leurs tributs balsamiques; une correspondance active,
une correspondance amicale, lia tous les peuples au
plan le plus vaste et le mieux conçu, et provoqua des
échanges de toutes les sortes sur les divers points du
globe. Dix ans après, le jardin prit un aspect encore
plus imposant; les serres offrirent une riche collection
de végétaux de toutes les latitudes, et sous les autres
( 448 )
rapports il effaçait déjà ce que l’Europe vantait en ce
genre de grand et de mieux fourni : ce n’était cepen-
dant que le prélude d’un avenir plus brillant encore.
Le jeune auteur de ces changemens remarquables
les rapportait à ses bienfaiteurs. « Ge sont eux qui me
» les ont inspirés, disait-il avec candeur, à eux seuls
» en appartient tout le mérite. » Mais essentiellement
généreux, trop justes l’un et l’autre pour s’attribuer
la gloire de leur élève, de leur ami, ils saisirent cette
occasion pour publier ses succès, pour leur faire fran-
chir les limites de l’établissement et les rendre profi-
tables à tous. Ils le proclamèrent le restaurateur du
jardin, ils le montrèrent aux horticulteurs comme un
modèle à suivre, et prirent plaisir à l’associer à leurs
nobles desseins, à leur propre gloire. Le nom de Axvré
Taouix se plaça de la sorte auprès de ceux de Burron
et de BERNARD DE JussIEU; son nom devint aussitôt
pour la France, pour l’Europe entière, comme l'appel
à un gouvernement mieux entendu des végétaux; il
fut surtout le signal d’une nouvelle direction dans les
études et les entreprises agricoles, du moment qu’on
le vit lié d’une intimité presque fraternelle avec Ma-
LESHERBES, recherché par Jean-Jacques Rousseau pour
herboriser ensemble, distingué par Linx£, digne appré-
ciateur des hommes et des choses, élu par la Société
d'agriculture de Paris, et prendre place à l’Académie
des sciences (1).
(1) Ce fut le rer mars 1784 et le 10 mars 1785. L'Académie des
sciences d'Utrecht (11 avril 1785), celle des Scrutateurs de la na-
ture de Berlin et des Georgofili de Florence (le 10 octobre et le
18 décembre 1786) s’empressérent de l’associer à leur gloire.
( 449 )
L’humble carrière du modeste jardinier s’élargit par
ce triomphe vraiment inoui, par ce triomphe juste ré-
compense de travaux commencés et terminés dans la
vue du bien public, juste récompense de toutes les
vertus du citoyen et de l’homme privé. La carrière de
savant, que Anpr£ Tuouix allait désormais remplir, le
mit bientôt à la tête des plus habiles expérimentateurs
français, à la tête des écrivains géoponiques du siècle.
Son premier mémoire eut pour but la nécessité des
plantations, afin de réparer le plus promptement pos-
sible les grandes fautes du passé, de couronner d’ar-
bres les collines et les montagnes dont nos vastes bas-
sins sont environnés, d'employer convenablement les
terrains abandonnés comme stériles. Il fit voir com-
ment on pouvait, presque sans frais, augmenter notre
population végétale, et la porter de soixante-dix-neuf
espèces différentes à deux cents, toutes en état de
croître et de fructifier en pleine terre sur le sol na-
tional. Ce projet éminemment utile fut applaudi, et
chaque propriétaire voulut s’y associer en adoptant à
l’envi les sages conseils qu’il contenait. Un mouvement
aussi spontané dut plaire à celui qui avait su le donner,
et pour soutenir l'élan imprimé aux esprits, Anpr£
Taouix décida l'Administration du Jardin des plantes
à verser gratis dans les mains des cultivateurs l’excé-
dant de ses multiplications en tout genre. Non content
d'agrandir la sphère de l’agriculture, et de donner un
nouvel aliment à l’étude de la botanique, il pénétra de
la sorte dans toutes les propriétés urbaines et rurales
pour y créer des bosquets enchantés, pour y semer de
rians lapis, pour y placer des végétaux utiles jusqu'alors
#
(400 )
inconnus, ou seulement cultivés chez un très-petit
nombre de riches amateurs.
Ami de Auausre Broussonxer, qu'il aida, en 1788, à
édifier le temple linnéen que vous soutenez, Messieurs,
par de nobles travaux, par vos veilles savantes, Anpr£
Tnouix fut chargé de recueillir et de publier, de con-
cert avec lui, et chaque trois mois, des observations
géorgico-météorologiques. Malheureusement ce résu-
mé, plus important qu’on ne le pense d’ordinaire, et
qui pouvait offrir des données très-utiles à l’agricul-
ture, n’embrassa que les deux années 1785 et 1786 (1).
Détourné de cette entreprise par la pensée du grand
mouvement qui agitait les esprits dans la vue d’amé-
liorer les diverses branches de l’administration publi-
que, de régulariser limpôt, de rendre la patrie forte,
indépendante de toute influence étrangère, et de placer
son gouvernement au sommet de la politique euro-
péenne, votre illustre confrère, Messieurs, se vit appelé
au Conseil du département de Paris. Elu par le peuple,
qui le payait ainsi des services qu’il avait rendus, il
dut accepter cette charge honorable; elle lui permet-
tait d’ailleurs de faire pour l’agriculture nationale tout
le bien que sa grande âme méditail sans cesse. Il con-
sentit à prendre part aux délibérations pendant les an-
nées 1791 et1792, alors que les lumières, les intentions
pures, les vues d'intérêt public élargissaient les voies
de la civilisation, détruisaient les abus, délivraient nos
be à fetes Homer ul sh) pp Sainte ur sie:
(1) C’est sur son invitation que je me suis imposé un pareil de-
voir; depuis 1817, je publie exactement tous les six mois, dans ma
Bibliothèque physico-économique, un tableau raisonné des événemens
météorologiques.
(491)
campagnes des sujétions féodales, de l'oppression de la
dime, de la servitude des personnes. Mais, dès qu'il
eut entrevu la fausse direction que de grands crimi-
nels, que l’or de l'étranger, imprimaient au noble en-
thousiasme des esprits; dès qu’il eut reconnu le piége
tendu à la bonne-foi pour exciter l’exaspération des
passions et en profiter pour monter impunément à la
fortune, il bläma les excès, non pour les dangers qu’il
courut, mais dans l'intérêt de la patrie. Excellent ci-
toyen, il sut, dans toutes les circonstances de sa vie,
faire abnégation de lui-même, et s’il quitta le poste où
l'avait placé la confiance de ses concitoyens, c'était
pour leur enseigner l’art de cultiver la terre du haut
de la chaire de cette Ecole normale qui développa de
si grands talens : c’était dans l’intention de leur être
plus utile encore, en les ramenant aux douces occu-
pations des jardins, aux charmes de la vie rurale (1).
Peu de mois après (2), il partit pour la Hollande,
où, à la tête d’une commission spéciale, il alla con-
quérir, à l’ombre des lauriers des deux armées du
Nord et de Sambre-et-Meuse, ce que la Belgique et
l’ancienne Batavie offraient de précieux sous le rapport
des sciences et des arts. Il vit tout pour découvrir ce
qui pouvait lui donner de nouvelles connaissances; il
étudia les pratiques de l’horticulture portées si loin
dans ces pays industrieux, et rassembla les outils qui
(1) ! fut nommé professeur-administrateur du Jardin des plantes,
par décret de la Convention nationale, du 10 juin 1793.
(2) Le 12 novembre 1794. Les autres membres de la commission
étaient le géologue Fauyas DE Sainr-Foxps, le bibliothécaire Lr-
8Lonp et le dessinateur Dewaizry. ‘
(452 )
y sont en usage, quand ils présentaient quelque perfec-
tion sur les nôtres. Il descendit dans la mine de terre
d’ombre des environs de Cologne, où les arbres au-
jourd’hui vivans sous la zone torride sont entassés les
uns sur les autres dans une épouvantable confusion;
il parcourut les cavernes ouvertes dans les flancs de
la montagne de Maëstricht, qui renferme les ossemens
des plus grands animaux de la terre, cachés sous les
débris d’un monde très-ancien ; il foula les landes de
la Campine que la plus généreuse institution a su der-
nièrement convertir en domaines fertiles avec les élé-
mens les plus dangereux de la société (1); il visita les
établissemens de botanique, où vécurent et où s’im-
mortalisèrent les premiers maîtres de l’aimable science,
et il se sentit comme enveloppé par les grandes pen-
sées qui les animaient,
De retour de cette belle expédition, une autre plus
belle encore devait l’arracher de nouveau à ses études
sédentaires. Il est envoyé dans l'Italie (2) pour solli-
citer de cette terre, deux fois illustre, l’indemnité de
la victoire. Loin de s’occuper, comme tant d’autres, à
profiter personnellement des horreurs de la guerre,
des droits affreux de la conquête, il fait respecter les
propriétés particulières : c’est aux établissemens pu-
blics, c’est aux maisons religieuses, où ils forment un
singulier contraste avec l'humilité, avec les principes
austères de l'institution, qu’il demande les monumens
autrefois enlevés au sol classique de la Grèce, aux
(1) Je veux parler des mendians et des vagabonds.
(2) En 1796 et 1997; il était accompagné de Mozrre, sculpteur ;
BarraeLemy, peintre, et Tinxr.
€ 455 )
vieilles cités bâties sur les bords du Nil, et ceux créés
dans les XV et XVI: siècles au sein de l'Italie mo-
derne.
Fier de la possession de ces titres augustes de la
grandeur du génie, Anpré Taouin les accompagna fidè-
lement à travers les âpres sommets de l’Apennin, sur
les flots de la Méditerranée, dans leur marche triom-
phale vers la capitale de la France victorieuse. Ils en-
trent à Paris, ils décorent les salles du Louvre; pen-
dant dix-huit ans ils y nourrissent nos artistes, pendant
dix-huit ans ils y jouissent de la plénitude de la gloire,
mais après dix-huit ans ils furent contraints, lorsque
des hordes barbares souillèrent le sol de la patrie, à re-
descendre sur une terre que le fer étranger rend esclave,
sur une terre où tout pourrait encore redevenir grand
si la liberté renaissait de ses cendres.
Aux cinquante chars qui, sous les auspices de An-
DRÉ Tuouin, promenaient de Rome à Paris les chefs-
d’œuvre de la sculpture et de la peinture; aux caisses
nombreuses qui renfermaient les manuscrits les plus
précieux, les premiers livres enfantés par l'imprimerie
naissante, votre illustre confrère, Messieurs, n’oublia
pas de joindre ce qui pouvait le plus intéresser l’étude
de l’histoire naturelle et surtout notre agriculture. Il
rapporta des végétaux peu ou point connus en France,
et ceux des instrumens aratoires ou des outils de jar-
dinage qu’il savait pouvoir être utiles. Il ramena du
pays florentin six étalons de la superbe race d’ânes
que l’on cite pour sa taille, sa forme très-agréable et
sa vitesse à la course; de la Campagne de Rome, douze
taureaux et vingt-quatre vaches remarquables par
( 454 )
leurs grandes cornes et la longueur de leurs jambes;
plusieurs paires de buflles que les Napolitains et les
Romains ont depuis long-temps introduits dans leur
économie rurale; quelques individus du chameau à
une bosse ou dromadaire qu’on élève par troupeaux
dans des parcs auprès de Pise (1).
Axvré Tuouix revint pur comme il était parti. Son
séjour en Hollande et en Italie lui fit priser et chérir
davantage sa patrie, ses parens, ses amis; c’est ce qu'il
me répétait alors que moi-même j’entrepris un grand
voyage dans cette dernière contrée, que j'ai étudiée en
détail avec une avidité, avec une joie toujours crois-
santes.
Une couronne de chêne fut la récompense de ces
deux honorables missions; elle lui fut donnée au
Champ-de-Mars le 27 juillet 1798, en présence d’une
population immense, et une médaille d’or, portant
ces mots : Les sciences et les arts reconnaissans, at-
testa les nouveaux services qu’il venait de rendre à la
patrie.
Plus tard il se vit décoré de l’étoile de la Légion-
d'Honneur. En la recevant, il dit au chef de empire :
« J'accepte avec reconnaissance cet emblême des ver-
» tus civiques, parce que je le tiens des mains de l’hé-
» roisme; mais je dois déclarer que je ne le portera
» point, il serait sans objet sur mon habit de jardinier,
» et puis l’orgueil, inséparable de toute distinction,
(x) Les manuscrits de ces voyages existent, ils contiennent des
observations curieuses sur l'agriculture, les mœurs et les usages des
Hollandais et des Htaliens.
(455)
» pourrait peut-être me faire oublier la bêche et la
» serpette. Gomme elles ont fait ma consolation et ma
» fortune, en elles je dois borner mon ambition, d’elles
» seules j'attends le bonheur et la gloire. » Langage
sublime, tu peins bien l’âme tout entière de l’homme
vertueux que nous pleurons, du savant qu’on ne rem-
placera jamais! Ainsi, quand l’ambition débordait de
toutes parts, et que le despotisme caressait tous les
genres de faiblesses pour tout démoraliser; quand tout
s’humiliait pour flatter, pour solliciter des Litres et des
cordons, pour vendre sa plume et soumeitre sa pensée,
Anpré Tuouix demeurait simple et paisible au milieu
de ses cultures, au milieu de ses livres. Toujours à
ses devoirs, uniquement occupé du dépôt confié à ses
mains habiles, et de l’existence des hommes placés sous
ses ordres, il voulut être utile sans grever l'Etat; ilne°
quitta point la voie du juste ouverte devant lui pour
courir la carrière avilissante de ceux qui ent pris l’ha-
bitude de transiger avec leur conscience; il montra
toujours la même franchise, la même fermeté dans ses
pensées et dans ses actions. Seul, quand la corruption
était presque générale, il conserva les qualités de l’hon-
nête homme, l’austérité du citoyen, le zèle du profes-
seur dévoué ; seul, il servit la patrie pour la patrie elle-
même : c’est ainsi que les arbres conservent leur frai-
cheur durant les chaleurs excessives de l'été, et qu'ils
présentent un aspect d'autant plus riant, un abri d’au-
tant plus précieux que, à cette époque, les campagnes
environnantes paraissent entièrement brûlées.
Devenu plus que jamais le centre d’une correspon -
dance très-étendue, devenu l'arbitre des travaux de
(456 )
tous les propriétaires instruits, et le propagateur des
meilleures méthodes que lui révélaient, que lui con-
firmaient sa pratique habituelle et la pratique des
étrangers, toutes les Sociétés savantes se firent un de-
voir de lui présenter leur diplôme (1); l’Angleterre,
la Suède, la Russie, les deux Amériques, les pays que
baignent les vagues orageuses de la mer du Sud, vou-
lurent inscrire son nom parmi ceux de leurs bienfai-
teurs, et les hommes illustres du siècle sollicitèrent
son amitié, lui donnèrent des preuves non équivoques
de leur haute vénération (2).
Membre de l’Institut de France à sa création, l’an
des fondateurs et dignitaires de la Société Linnéenne
en 1788, et l’une de ses colonnes les plus solides de-
puis son rétablissement en 1820, il a pu recueillir,
dans les yeux, dans le cœur de tous ceux qui l’appro-
(1) Les Sociétés Linnéennes de Londres et de Philadelphie; des
naturalistes de Hanau, New-Yorck, Marbourg; des sciences de Na-
ples, Madére, de l'Ile-de-France, de Harlem, de Mayence, Dijon,
Nancy, Lille, Rouen, Soissons, Strasbourg, Valenciennes, Orléans ;
d'agriculture de Corfou, de Rome, Potenza, Vérone, Philadelphie,
Besançon, Boulogne-sur-Mer, Bordeaux, Bourg, Cambrai, Caën, Chà-
lons-sur-Marne, Chaumont, Dijon, Douai, Dunkerque, Grenoble,
Jemmapes, Lyon, Méziéres, Montpellier, Mont-de-Marsan, Moulins,
Nancy, Niort, Rouen, Strasbourg, Vannes, Versailles, Vesoul; d’é-
conomie rurale de Postdam et de Gratz; d’horticulture d'Edimbourg,
Berlin, Londres; de botanique de Gand, etc.
(2) Linné fils et Dowsex se disputèrent l'honneur de lui dédier
un genre de plantes; Le premier avait oublié que son Thouinia était
le chionanthe du Ceylan nommé par son père; le second a dû voir
le sien rentrer dans le genre lardizabale. Le Thouinia d'aujourd hui
est de l’octandrie monogynie et de la famille des sayonniers. Toutes
Les espèces connues appartiennent aux Antilles.
( 457)
chaient, l’expression des sentimens du monde entier
à son égard, et jouir de l’approbation des gens de bien
qui, selon le mot de Jean-Jacques Rousseau, est la se-
conde récompense de la vertu sur la terre.
Cependant, jaloux de donner de plus en plus de l’ex-
tension aux saines doctrines qu’il enseignait, et de
porter à une amélioration continue la plus noble et la
plus profitable des industries, il sollicita et obtint, en
1806, la création au Jardin des plantes d’une école
d'agriculture pratique. Son but était encore, en dotant
la France d’habiles cultivateurs, de rendre l’étude des
végétaux plus facile et plus sûre en l’éclairant du flam-
beau de l’expérience.
Dès que son cours fut ouvert, on vit aussitôt arriver
des environs de Paris, des départemens, et même de
l'étranger, propriétaires; riches amateurs, simples jar-
diniers, jeunes gens et vieillards, pour entendre lil-
lustre professeur. Tous éprouvent le besoin de profi-
ter des lumières qui jaillissent de sa tête éminemment
observatrice ; tous l’écoutent avec recueillement, tous
méditent, à son exemple, des applications utiles, et
chacun, en le quittant, se sent meilleur.
Axpné Tnouix possédait au plus haut degré l’art de
persuader et d’entrainer. Son éloquence était dans sa
bonhomie, dans sa complaisance que rien ne pouvait
lasser, dans un style simple, méthodique et clair, dans
le choix des faits et dans l’exposition des résultats,
dont la voix parle plus haut à l'intérêt que les sys-
tèmes les mieux conçus, que les livres les mieux écrits.
Il a publié les élémens de son cours dans des tableaux
synopliques, où loutes les parties qui constituent le
=
ol
( 458 )
vaste domaine de l’économie rurale sont parfaitement
analysées, où toutes les connaissances utiles à ses pro-
grès sont classées avec exactitude et une précision
très-remarquable. Chacune des leçons du cours était
le développement de ces ingénieux tableaux; l'examen
du jardin et des serres en fournissait le complément.
C'était ainsi que le maître justifiait aux yeux de l’élève
les lois de la théorie par le travail de la pratique; c’é-
tait ainsi qu'il appuyait sans cesse la pratique sur la
savante théorie; enfin, c’est ainsi qu’il est parvenu à
reculer les bornes de l’une et de l’autre en les forçant
à se prêter un mutuel secours, et à assurer les amé-
liorations en tout genre que l'avenir promet à l’éco-
nomie rurale en France.
Axpr£ Tnouix recommandait surtout les semis comme
la base fondamentale de toute bonne et grande culture;
c’est, disait-il, l’unique moyen de raviver les races des
végétaux, de les perfectionner pour notre usage, de les
acclimater plus promptement, et de donner naissance
à de nouvelles variétés, qui ont quelquefois des pro-
priétés plus éminentes que celles de leurs espèces an-
ciennes. Il prêchait les plantations comme un acte de
vertu, et la naturalisation des végétaux utiles comme
un devoir envers la patrie.
Son âme, selon l’expression de MonraïGne, avait
trop de gaillardise et de verdeur pour s'arrêter là ;
aussi allât-elle plus loin. Jusqu'à lui les savans avaient
dédaigné l’agriculture, et, malgré les travaux de Ro-
ZIER, comme aux temps des Romains, elle était à leurs
yeux l'occupation des mercenaires. AnDné Town a
triomphé de l'antique préjugé; il a placé le premier
( 459 )
des arts sur la même ligne que les sciences; il a montré
ce que celles-ci ont déjà reçu de lui, et ce qu’elles
doivent en attendre pour leur perfectionnement. En
effet, lorsqu’elle s’empare des découvertes des sciences,
l’agriculture en étend les limites. Il a fait voir l'influence
qu’elle a de tout temps exercé sur la civilisation, sur la
destinée des Etats, sur l’excellence des lois, et que d’elle
seule, comme chez les anciens, le philosophe peut ap-
prendre à donner une existence réelle à ses nobles
spéculations.
Les leçons d’agriculture pratique ne sont encore
dans nos mains que par fragmens, que par copies sténo-
graphiées plus ou moins complètes, mais elles ne sont
point perdues, le manuscrit est prêt, il sera bientôt
publié. Quant à ses autres ouvrages, ils sont épars dans
divers recueils (1); tous forment un ensemble et de-
mandent à être réunis : c’est la tâche honorable que
la reconnaissance, disons mieux que la piété filiale
impose à sa famille éplorée, et surtout à M. Oscar Le-
GLERC son neveu, qu'il a formé, qui a toujours tra-
vaillé avec lui, qui a mis, sous ses yeux, et dans l’ordre
qu'il le voulait, les fruits de tant d’années d’observa-
tions, de recherches et de méditations assidues (2).
L'éclatante célébrité de Anpré Tuou:x, loin de l’é-
. norgueillir, sembla lui faire un devoir de renfermer sa
vie dans les affections domestiques, dans une retraite
(1) On en trouvera la liste exacte à la suite de cet éloge.
(2) M. Oscar LEGLERG a pris auprés de la Société Linnéenne et
auprès du public l'engagement de remplir bientôt ce devoir pieux
et doublement honorable pour lui.
LA
91-
( 460 )
studieuse, Cette existence tout intérieure conserva la
robusticité, la noble ingénuité des sentimens de son
cœur. Elle parut une singularité aux yeux de certains
hommes pour qui les agrémens, les riens pompeux de
la société sont comme une sorte de besoin, un passe-
temps d'habitude. On alla même jusqu'à dire que ce
stoïcisme n'était qu'apparent, qu'il cachait en secret
une autre combinaison de vanité : tel est donc le destin
des grands caractères, si rares aujourd’hui, que la pe-
titesse du plus grand nombre ne peut les comprendre,
et qu’elle préfère à l’honneur de les imiter la lâcheté
de les calomnier. Personne ne fut plus obligeant, plus
intimement modeste, plus dépourvu d’ambition que
votre illustre président, Messieurs ; il ne parlait jamais
de lui, jamais il ne citait ses écrits ni ses propres ex-
périences; et ses propres découvertes, il les exposait
comme des choses à peu près connues ou comme
pouvant être faites par tout autre. Ami de l’indépen-
dance, il ne s’assujétit point à des besoins factices,
aux ennuis de l'étiquette, à la gêne du cérémonial; les
honneurs l’effarouchaient, et s’il consentait parfois à
en porter le fardeau, c’est qu'il s'agissait du bien pu-
blic, c’est qu'il y voyait le motif d’obliger ses amis.
La gaîté franche était la base essentielle de son carac-
ière ; elle n’était jamais si vive, si aimable, que lors-
qu’on lui découvrait une vérité nouvelle, que quand
on lui fournissait l’occasion d’une conquête utile à Ja
patrie. Il accueillait tous ceux qui le visitaient, riches
ou pauvres, avec une bonté si grande, avec un em-
pressement tel qu'on pouvait à peine distinguer celui
des deux qui était le plus obligé. Un instant d’entre-
(61
tien suffisait pour vous pénétrer d’admiralion pour ses
connaissances, de respect pour ses vertus, d’altache-
ment pour sa personne, Chacun voulait le consulter,
chacun aimait à recevoir ses avis; tous les voyageurs
venaient lui présenter leurs hommages, et nulle grande
entreprise pour la science ne fut commencée sans
qu'on eût pris ses instructions, sans qu’il en dirigeât
les résultats.
Il aimait à s’entretenir avec les jeunes gens qui
montraient de l’aptitude aux travaux scientifiques; il les
aidait de ses vues, il les animait par ses éloges, et soute-
nait leurs pas de tous ses moyens : en un mot, il se plai-
sait au mérite d'autrui. Pour l’infortune, ilétait un ami
secourable, jamais sa bienfaisance n’a été sollicitée
en vain. Son amilié ne se bornait pas, comme de nos
jours, à de chaudes démonstrations apparentes; elle
était véritable, elle était énergique, elle était coura-
geuse dans les circonstances dificiles. Il conserva les
habitudes simples de l’état qu’il illustra de tant de ma-
nières. L’emploi de son temps fut si bien calculé, que
rien ne pouvait suspendre l’accomplissement ni l’ordre
des devoirs qu’il s'était prescrits.
Une âme de cette trempe ne devait rencontrer que
des amis, que des hommes dévoués : aussi fut-jl généra-
lement vénéré. Ses aides l’aimaient par sentiment; ils
lui obéissaient par plaisir; nulle fatigue ne leur coûtait
pour satisfaire à ses vues, pour mériler son appro-
bation.
L'âge et les infirmités qui en sont inséparables ne
purent imposer un terme à l’activité la plus ardente :
;
chaque jour il visitait les végétaux qu'il avait plan-
O
( 462 )
tés; il se plaisait à les interroger, à présider à la crois-
sance de ceux dont la culture, jusqu’à lui imparfaite,
peu connue, ou point encore tentée en France, était
son ouvrage. Cependant, quelqu’importante qu’elle soit
chez certains hommes, la vie a son heure fatale, Le
premier signal de celle de notre illustre ami, Mes-
sieurs, date du mois de janvier 1823. Je suis averti,
je me prépare, me disait-il alors que je l’engageais
à prendre du repos, sans cependant que ma pensée
osât pousser plus loin. Lui seul a vu sa position, il ne
s’en émeut point, et s’occupe sans relâche à revoir ses
manuscrits, à donner un dernier coup d’œil à ses tra-
vaux. Une si douce consolation lui fut ravie quand le
prurigo senilis, cette affreuse maladie de l’appareil té-
gumentaire, qui attend l’homme studieux aux extré-
mités de la vie, vint empoisonner ses derniers jours
et l’envelopper d’un feu dévorateur. Le 1° octobre
dernier, elle l’obligea à se mettre au lit et, comme
TuéorurasTe, à se plaindre du peu de temps laissé à
l’homme alors qu’il est riche d’une expérience chère-
ment acquise. Le regret de perdre inutilement ses jour-
nées fut pour lui plus amer que ses cruelles souffrances
n'étaient poignantes. Le 19, sa figure, encore animée,
annonçait que son espritet son cœur, toujours d'accord,
créaient de nouveaux plans d'améliorations pour l’éta-
blissement. Mais bientôt de sinistres pensées, avant-
coureurs d’une séparation éternelle, donnèrent à la
fièvre une âpreté dévorante; le délire succéda et dé-
truisit tout espoir dans l’âme déchirée de ses parens,
de ses amis en larmes. Le 26, la journée fut calme; il
avait encore toutes ses facultés intellectuelles, sans en
( 465 )
excepter la mémoire qui nous quitte la première ; le
lendemain 27, il parut jouir de se voir entouré de tous
les siens; ses yeux s’arrétaient sur chacun d’eux ; son
âme les plaignait, elle les consolait en leur disant en-
core combien il les aimait ; il les priait de pardonner
le chagrin qu'il leur causait : c'était le premier, c'était
aussi le dernier... Hélas! c’est en cet instant si pé-
nible à décrire, c’est en leur pressant les mains, c’est
en faisant des vœux pour leur bonheur qu’il s’endormit
pour toujours du sommeil des justes.
Ainsi cessa de vivre, à l’âge de soixante-dix-sept ans,
le régénérateur de l’agriculture française, notre maître
à tous, et mon plus cher ami. Nos cœurs l’appelleront
en vain, en vain nos larmes et les sanglots de sa famille
le redemanderont à la terre qui le cache à nos yeux :
il n’est plus, mais il laisse à ses parens l'héritage d’une
vie sans tache, d’une conduite sans reproche et la cer
titude de la réputation la mieux acquise ; à nous, Mes-
sieurs, il laisse le souvenir de ses nobles travaux, le
besoin de penser et d’agir comme lui. Son nom est à
jamais inscrit sur les tables de l'honneur; il est insé-
parable de la gloire agricole de notre patrie, il sera
cher aux âges futurs, il le sera partout où il y aura des
âmes reconnaissantes.
AV AA AAA AAA RAS 70/1 AO LA OU DAY 2 0/0/V0/0/A0/ 40/8/0100 LRU
LISTE
Des ouvrages publies par À. Tuourx.
1785. — Nores sur la rhubarbe et le lin vivace de Si-
bérie. (Mémoires de la Société d’agricul-
ture de Paris, trimestre d’été, pag. xxx à
XXXi). )
Observations sur le chanvre de la Chine.
(Idem, trimestre d’automne, pag. xxv] à
XXViij.)
Extrait des observations faites dans les diffé-
rens cantons de la généralité de Paris sur
les diverses branches de l’économie rurale.
(Idem, années 1785 et 1786.)
Ces observations ont été rédigées de concert avec
AUGUSTE BROUSSONKNET.
1786. — Mémoire sur les avantages de la culture des
arbres étrangers pour l’emploi de plu-
sieurs terrains de différente nature, aban-
donnés comme stériles. (dem, trimestre
d'hiver, pag. 45 et suiv.)
1787. — Mémoire sur l’usage du terreau de bruyère
dans la culture des arbrisseaux et arbustes
étrangers, regardés jusqu’à présent comme
délicats dans nos jardins. (Mémoires de
( 465 )
l’Académie des sciences, vol. de 1787,
pag. 481 à 499.)
Axoré THouix avait lu plusieurs autres mémoires
à cette Société savante; plusieurs devaient être im-
primés dans le recueil de ses actes, entre autres un
cité dans le vol. de 1786, p. 45, et ayant pour titre :
Sur un nouveau genre de plantes (je nai pu dé-
découvrir quel il était); mais à la suppression de
l'Académie, le 8 août 1793, les pièces mises à part
depuis 1787, pour composer Les volumes des années
1788 et suivantes, furent dispersées dans divers dé-
pôts littéraires; elles n’ont point été publiées; et
ce qu'il y a de pire, elles sont même perdues.
Dictionnaire de l’Encyclopédie méthodique,
10 vol. in-4°, de 1787 à 1822.
Toute la partie du jardinage est de Annré THovix,
1788. — Observations sur les moyens de tirer un parti
avantageux des végétaux grimpans dans
la confection des prairies artificielles. (So-
ciêté d'agriculture de Paris, trimestre
d'été, 1788, pag. 1.)
Il y propose de donner à ces plantes des tuteurs
choisis parmi d’autres fourrages à tige droite et de
même durée.
1791.— Sur le mélilot de Sibérie. (Feuille du culti-
vateur, tom, [, p. 179.)
Procédés pour détruire les laiches, achées
ou vers de terre. (Zdem, pag. 551.)
1792. — Histoire de la culture de l’ananas. (Zdem,
tom. [[, pag. 149.)
1799. — Annuaire du cultivateur, ou Répertoire uni-
( 466 )
versel d’agriculture; Paris, 1 vol. in-8.
Cet ouvrage a été rédigé avec RommE, DAUBENTON,
PARMENTIER, CELS et autres.
1798. — Du choix des arbres à consacrer aux sciences
et aux beaux-arts. (Décade philosophique,
5° trimestre de l’an VII, pag. 138 et suiv.)
Ce mémoire a été rédigé de concert avec M. le pro-
fesseur DEsronrAINEs. L'arbre demandé par Axbré
Taouix pour servir de symbole aux sciences était le
, cèdre du Liban; le platane oriental, chanté par les
poètes de l'antiquité, était indiqué par son collègue
pour emblème des arts d'imagination et de goût. Au
sujet de ce dernier emblème, il y eut une réclamation
faite par M. AxpriEux. « Le nom seul de platane,
» disait-il, doit décider de son exclusion dans le choix
» qu'on se »ropose de faire. Donnez aux poètes, aux
» artistes, l’acacia, le cytise, le lilas, ou même le
» tilleul, qui est aimable, d’un verd doux, et dont la
» fleur répand un parfum agréable, Mais pour Dieu,
» pointde platane!.. » M. François DE NEUFCHATEAU,
alors ministre de l’intérieur, qui avait sollicité ce
petit travail, ne donna point de suite à l'intention
manifestée.
1801. — Leçons d’agriculture. (Insérées tom. VII et
IX du Recueil des séances de l’École nor-
male, in-8°.)
La premiére partie traite de l’histoire de l’agricul-
ture à partir de la réorganisation des peuples qui
suivit la dernière révolution physique du globe, jus-
ques et compris le XVIITe siècle de Père vulgaire , qui
fut si grand et que l’on prend tant de soin de ca-
lomnier chaque jour. Dans la seconde, l'auteur déerit
les instrumens et les diverses opérations de culture.
La troisième devait rouler sur les récoltes, qui sont
( 467)
la juste récompense des travaux, des soins et de l’in-
telligence du cultivateur, mais elle n’a point été pu-
bliée, l'Ecole normale, noble et généreuse fondation,
ayant, avec la classe des sciences morales et politi-
ques de l’Institut de France, été frappée de mort par
le despotisme impérial.
Axpré Taouin n’avouait point cet ouvrage. « Copié
» à mon insu, dit-il dans une note écrite de sa main,
» sur des feuillets informes, et dont je n’ai pas vu
» Les épreuves, ce travail est rempli de contre-sens et
» fourmille de fautes typographiques qui le rendent
» presque inintelligible. »
1802. — Nouveau dictionnaire d’histoire naturelle,
appliquée aux arts, à l’agriculture, à l’é-
conomie rurale et domestique, etc., pre-
mière édition, 24 vol. in-8°, Paris, 1802
à 1804; seconde édition, 1816 à 1819,
36 vol. in-8°.
Anpré Taouix a traité de l'application de la bo-
tanique à la culture, au jardinage et à l’économie
rurale, ainsi que l’histoire des différentes espèces de
greffes ; mais il n’approuva jamais la fastidieuse éten-
due que des plumes vénales ont donnée à cet ouvrage.
Mémoire sur une école d’arbres fruitiers,
établie au Jardin national des plantes de
Paris. (Annales du Muséum d'histoire
naturelle, tom. I, pag. 135.)
Notes sur la fructification d’un jamrosade
dans les serres du Jardin national des
plantes. (Zdem, pag. 357.)
1803. — Notes sur la culture de l'arbre teck. (Zdem,
tom. IE, p. 75.)
$
( 468 )
Description de l’école des plantes d'usage
dans l’économie ruralé et domestique, éta-
blie au Jardin national des plantes de Paris.
(Annales du Muséum d'histoire natu-
relle, tom. IE, pag. 142.)
Observations sur un envoi de plantes vi-
vantes, et sur la naturalisation et la cul-
ture du lin de la Nouvelle-Zélande (le
Phormium tenaxæ) qui en faisait partie.
(Idem, tom. IE, pag. 228.)
Mémoire sur la culture du genre nembreux
des bruyères. (Zdem, pag. 444,ettom. II,
pag. 326.)
1804. — Note sur la culture des patates et des pommes-
de-terre. (Zdem, tom. ILE, pag. 183.)
Mémoire sur la culture des dahlia, et sur
leur usage dans l’ornement des jardins._
(Idem, pag. 420.)
Notice sur les dégâts occasionés dans le jar-
din du Muséum national d’histoire natu-
relle par l'ouragan du 6 nivôse an XI, le
17 janvier 1804. ({dem, tom. IV, p, 3.)
Description du jardin des semis du Muséum
d'histoire naturelle, de sa culture et de
ses usages. (/dem, pag. 265, et tom. VE,
pag. 172.)
( 469 )
1809. — Description et usage de plusieurs ustensiles
de moderne invention, propres à la cul-
ture d’un grand nombre de plantes dans
les écoles de botanique. (Annales du
Muséum d'histoire naturelle, tom. VI,
pag. 266.)
À la suite de ce mémoire on trouve la figure d’un
parapluie, d’un contre-sol d’osier et un autrétde terre,
d'un chàssis portatif, de deux grillages et d’une clo-
che à facettes.
Note sur les effets qu’a produits l’opération
de la plaie annulaire sur un pavia à fleurs
jaunes. (/dem, tom. VI,pag. 437.)
Essai sur l’exposition et la division métho-
dique de l’économie rurale, sur la manière
d'étudier cettescience par principes, et sur
les moyens de l’étendre et de la perfec-
tionner. (En tête du tome XI du Cours
complet d'agriculture de l’abbé Rozrer;
in-4°, )
Ce volume et le suivant, publiés pour compléter le
grand ouvrage de‘cet illustre agronome, contiennent
divers articles de jardinage par Axpré THowin.
1600. — Description d’une nouvelle espèce d’arbre à
fruit du genre pêcher, nommé pêcher
d'Ispahan (Amygdalus persica Ispaha-
mensis), insérée dans le tome VIIT des
Annales du Muséum, pag. 425.
807. — Description de l’école d'agriculture du Mu-
séum d'histoire naturelle. (Zdem, tom. X,
(470)
pag. 130, 182 et 265; XI, pag. 94: et
XII, pag. 205.)
Les différentes parties de ce travail vont jusqu'à
l’année 1812.
e
1809. — Nouveau cours complet d’agriculture théo-
rique et pratique. — Première édition,
, Paris, 1809, 13 vol. in-8°. — Seconde édi-
tion, 1823, 16 vol.in-8°.
Quelques articles de culture.
1815. — Discours prononcé le 29 décembre sur la
tombe de A.-A. Parmenrier. (Imprimé
in-4° par ordre de l’Institut et inséré au
Moniteur du 30 du même mois.)
1815. — Histoire et description d’une nouvelle espèce
de poirier envoyée du mont Sinaï. (Mé-
moires du Muséum d'histoire naturelle,
tom. [, p. 160.)
1817. — Moyen simple et avantageux de former et de
conduire les tas de fumier. ( Bibliothèque
physico-économique, tom. I, pag. 169, de
ma rédaction.)
Note sur la culture et les usages du pin de
Riga; in-8°.
1818. — Instruction sur les recherches qui pourraient
être faites dans les colonies sur les objets
qu’il serait possible d’y recueillir, et sur la
manière de les conserver et de les trans-
(471)
4 4 14
porter. (Mémoires du Muséum, tom. IV,
pag: 195 et suiv.)
Toute la partie relative au règne végétal, pag 218
à 231, appartient à Anpré Touin.
Note sur la culture et les usages du pin la-
ricio de Corse; in-8°.
Publiée d'abord dans le tom. IV, pag. 75 et suiv.,
de ma Bibliothèque physico-économique, puis im-
primée à part, et insérée @ns les Annales de l’a-
griculture française, tom. IT, de la 2° série, p. 97.
Cette note a eu une seconde édition en 1821.
1819. — Note sur la culture et les usages du chênie à
glands doux (Quercus Ballotta), in-8°.
Note sur la soude d’Alicante ou Barille (Sal-
sola sativa) ; in-8°.
1821. — Monographie des greffes, ou Description
technique des diverses sortes de greffes
employées pour la multiplication des vé-
gétaux. Paris, in-4°, avec treize planches
lithographiées.
Cet ouvrage est le résumé des différens mémoires
sur les greffes que Anpré THouin avait insérés
tant dans les Ænnales du Muséum (1. XIT, p. 410;
XI, pag. 123 et 138;et XIV, pag. 85), que dans
les Mémoires de cet établissement (tom. 1, p. 257 et
417: LE, pag. 165, 253 et 421; I, p.68; IX, p. 464;
et X, pag. 405).
Description sommaire du blé de Tangarock,
sur la mer Noire, en Crimée. (Annales de
l'agriculture française, tom. XIV, de la
2° série, pag. 251.)
(472)
1829. — Instruction sur l’établissement des pépi-
nières, leur distribution, leur culture et
leur usage. (Bibliothèque physico-écono-
mique, tom. XI, pag. 289 et suiv.)
Ce mémoire a été imprimé séparément, in-6°, et
inséré dans tous les recueils consacrés à l'agriculture,
tant nationaux qu’étrangers-
Rapport sur la folle-avoine du Canada, le
Zizania clavellata des botanistes. (Annal.
de l'agriculture française, tom. XVII de
la 2° série, pag. 99.)
1823. — Circulaire relative à des graines de six es-
pèces de rutabaga, ou chou de Suède, ve-
nues de l’Ecosse. (Zdem, tom. XIX de la
2° série, pag: 2 19.)
VV AV UV UV AV VU R L URL UV LULU LEUR UV AURA UV UT LU VAL LUE
NOTICES
Sur les Membres et Correspondans de la Société
Linnéenne morts pendant le cours des années
1823 et1824; par M. Turésaur pe BErRNEAUD»,
Secrétaire perpétuel.
Le 26 janvier 1823 mourut à Berkeley, dans le
Gloucestershire, en Angleterre, au lieu même où il re-
cut le jour, le 17 mai 1749, Erouan» Jenner, docteur
en médecine et en chirurgie, membre honoraire de la
Société Linnéenne, et des plus illustres corps savans
de l’un et l’autre hémisphères.
Cet homme modeste, essentiellement charitable,
qui fut toujours sobre, loyal et bon ami, fit ses pre-
mières études à CGirencester, et en 1770, Hunter, le
plus grand anatomiste de l’Angleterre, le reçut au
nombre de ses élèves, et se fit un honneur de le re-
garder par la suite comme l’un de'ses amis les plus
. intimes. Le brillant succès qu’il obtint, la carrière plus
brillante encore qui s’ouvrait devant lui, ne purentlui
faire oublier les charmes de la vie champêtre, ni les
tendres affections de famille, Il résista à toutes les of-
fres avantageuses qu’on lui fit, pour demeurer dans
ses pénates, auprès d’un frère qui lui avait prodigué
les soins d’un père, dès les premières années de sa
vie; pour vivre dans la simplicité et l’étude.
En 1788, il se maria et cessa d'exercer la chirurgie,
2
( 474)
afin de se livrer à la médecine et à la culture des
sciences naturelles. Ce fut alors qu’il éclaircit un point
d’ornithologie jusque là très-douteux, relativement au
coucou / Cuculus). Il s’est assuré, comme ArisTorTe
la dit positivement (1), que cet oiseau ne prépare
point de nid, que la femelle confie ses œufs aux soins
des bruans, des linottes, des traquets, des fauvettes,
des lavandières et des farlouses, et que le jeune cou-
cou, peu d’heures après sa naissance, jette hors du
nid les petits des propriétaires légitimes (2).
Une autre observation, mais que je ne regarde pas
comme aussi heureuse, est celle sur la migration des
oiseaux. Ce phénomène, qui est lié aux autres lois de
la nature, est attribué par Jenxer à un changement
d'organisation intérieure de l'oiseau, qui le pousserait,
avec une force irrésistible et indépendante de toute
circonstance extérieure, à chercher un lieu plus pro-
pice pour produire et élever une nouvelle famille. Je
ne conçois pas un changement aussi singulier, aussi
contraire à la vie organique; et malgré la forme ai-
mable employée pour en rendre compte, je préfère
encore, en attendant mieux, à cette explication, la
vieille opinion qui attribue la migration à la puis-
sance du froid et à l’absence de toute végétation, à
l'approche de hiver, dans les contrées hyperbo-
réennes. Je reviendrai sous peu sur cet objet.
(x) ist. des anim., VX, 5.
(2) The natural history of the Cuckoo, dans les Transaction phi-
losophical, de Londres, année 1788; et dans le Journal de physique
de Rozier, année 1591, premier semestre, pag. 151 à 177.
=
( 479 )
JENNER a publié plusieurs mémoires importans sur
l'art de guérir; les plus remarquables ont rapport à
l’angine pectorale, dont il fit le premier connaître Ja
cause la plus ordinaire, et à une maladie qui, dans les
chiens, simule la rage et qui ne se communique point
à l’homme. Mais la découverte de la vaccine qu’il fit
en 1776, et qu’il annonça seulement au mois de juin
1798 (1), est son véritable titre à la gloire et à la re-
connaissance de tous les hommes. On a voulu lui ravir
cette espèce d'invention, ou du moins en atténuer le
mérite, quand on a montré la maladie variolique des
vaches connue dans les montagnes des Cévennes en
France, de Benarès dans l'Inde, et dans quelques
cantons de la Perse, de l'Allemagne et de la Russie,
et l’opinion traditionnellement adoptée parmi leurs
nabitans que ceux qui gagnent cette maladie conta-
gieuse sont par cela même préservés de la petite-
vérole. Ges faits prouvent qu’il en est de la vaccine
comme de plusieurs autres découvertes vers lesquelles
l’esprit humain s’avance à la fois chez plusieurs peu-
ples; mais qu’au génie seul qui les aperçoit est réservé
l'honneur de les constater, de leur donner une exis-
tence publique, d’en rendre le bienfait universel : cette
gloire est toute à JENNER, personne ne peut raisonna-
blement la lui contester. Qu'il ait devancé, si l’on veut,
de quelques années, de quelques mois seulement, un
(1) An inquiry into the cuuses and effects of the variolæ vaccinæ,
a disease discovered in some of the vestern counties of England,
particulary Gloucestershire, and known by the name of the Cow-
Pox. London, 1798, in-80.
=
09,
(476)
résultat auquel les progrès de la civilisation auraient
conduit infailliblement plus ou moins tard : cela est
possible; cependant il n’en restera pas moins l’homme
privilégié qui le premier nous a réellement fait jouir
d’un avantage que la nature, peut-être même que la
paresse et l’insouciance semblaient vouloir réserver
pour nos descendans.
Pendant quarante-sept ans Jenner fut occupé à
étudier les effets de la vaccine, à en. propager l’usage,
et du sein de son lieu natal, qu'il ne quitta que deux
fois, il eut la douce salisfaction de la voir adoptée
en Europe, dans l’Asie, dans l’Afrique, dans les deux
Amériques, partout, en un mot, où il y a des amis des
hommes.
Le jour de sa mort, il était dans sa bibliothèque :
c’est là qu’une attaque d’apoplexie termina à soixante-
quatorze ans une vie tout entière consacrée au bien
de l'humanité, à l’exercice des vertus domestiques.
M. le docteur Louis VALENTIN a le premier publié une
notice sur lui (1); le docteur Banow, de Glocester,
qui a écrit sa vie en anglais et s’est chargé de publier
ses nombreux manuserits, a fait l'éloge de la notice
de notre confrère M. Vazenrin, en disant qu’elle ren-
ferme tout ce qu'il y a à dire sur l'inventeur de la
vaccine.
JEAN -Manie-Nicozas FRÉTEAU, docteur en mé-
decine de la faculté de Paris, correspondant de la
(1) Votice historique sur de docteur JENNER, suivie de notes rela-
üves à sa découverte de la vaccine. Nancy, 1823, at édit., 1824, in-8°.
ZX —
(493 à
Société Linnéenne et d’un grand nombre d’Acadé-
mies nationales, naquit à Massac, département d’Ile-
et- Vilaine, le 6 avril 1767, et mourut à Nantes, âgé de
cinquante-six ans, frappé d’un coup d’apoplexie, le
9 avril 1823. Sa vie tout entière fut dévouée au sou-
lagement de l’humanité souffrante, non - seulement
comme médecin, mais encore comme chirurgien.
Elève de Hazré, de Cagaxis et de Tnourer, de De-
sAuzr et de Convisanr, il s’est acquis une bonne ré-
putation et a mérité l'honneur de siéger auprès d’eux
à la Société de médecine de Paris. Praticien expéri-
menté, il a consigné dans des ouvrages estimés (1)
les résultats de ses observations et enrichi les recueils
que publient les Sociétés médicales de Paris et de
Montpellier d’une foule d’articles intéressans, propres
à jeter un grand jour sur les maladies qui affectent
l’homme dans les langes du berceau, pendant l’effer-
vescence des passions et sous les glaces de l’âge. Plu-
sieurs sont relatifs aux vers vésiculaires de la poi-
trine (2), aux polypes de l’utérus (3) et du rectum (4).
L'un des soutiens de la Société académique des
sciences de Nantes, il eut l'honneur de la présider
pendant quatre années. Un Discours remarquable
qu’il prononca, en 1820, sur l'agriculture considérée
dans ses rapports politiques, fait voir, dans un style
1) Voyez le Ie vol. des Hemoures de la Societé, pag. exxv.
6 (2) Journal général de médecine, rédigé par Sénizsor, tom. XL,
Pay. 121 el Suiv.
(3) Même recueil, tom. XLVII!, pag. 257.
(4) Même recueil, tom. XLVIT, pag. 3 et suiv.
(478 )
élégant, dans les élans d’une âme généreuse et la noble
indépendance d’un ami de la nature et de la vérité,
l'influence immédiate que le premier, que le plus saint
des arts exerce sur les mœurs et le sort des nations.
Il y rattache des conseils applicables à la situation
particulière des départemens de la Loire-Inférieure,
du Morbihan et d’Ile-et- Vilaine, qu'il avait, l’année
précédente, fait connaître dans des Considérations sur
l'état de la culture de la ci-devant Bretagne. Adoptées
par la Société académique de Nantes, ces considéra-
tions importantes furent adressées au ministère de l'in-
térieur, où elles sont demeurées stériles et inédites.
FRÉTEAU a trouvé dans son neveu, dans son ami,
M. le docteur Priou, son successeur à la Société Lin-
néenne, un panégyriste digne de lui, digne de la
science qu'il cultive avec succès. Dans son éloge,
M. Priou nous le montre tel qu’il fut, bon, charitable,
ferme, courageux, ami sincère de la patrie, doué de
l'imagination la plus brillante et la plus féconde, unie
à un esprit pénétrant, à un jugement prompt et so-
lide, à des connaissances très-étendues, à une obli-
geance de tous les instans (1).
PE ee
JEAN Tnore, docteur en médecine, membre corres-
pondant de la Société Linnéenne, associé de plusieurs
autres Corps savans, naquit à Montaut, près d’Auch,
(1) Eloge historique de J.-M.-N. Fréreau. Nantes, 1823, in-8°
M. Priovu s’est trompé lorsqu'il a dit que son oncle était né en 1765;
FRÉTEAU lui-même m’a fourni le jour et l’année de sa naissance.Tous
les autres détails sont trés-exacts.
( 479 )
département du Gers, le 13 octobre 1763, de parens
pauvres, mais vertueux. Par un travail assidu, un
amour éclairé par les choses utiles, et une activité
peu commune, il parvint à se faire distinguer par le
professeur LATAPIE, qui revenait alors d’un voyage en
Sicile, entrepris de compagnie avec le fils de limmor-
tel auteur de l'Esprit des Lois. Lararis lui donna des
soins, et par suite son amitié. Le jeune Tuore sut en
profiter, et, soutenu par la générosité de son maître, il
fit de brillantes études médicales, et fut recu docteur
en 1787.
Ses grades une fois obtenus, il se mit à explorer les
landes qui s’étendent depuis l'embouchure de la Gi-
ronde jusques aux rivages de l’Adour, ei dont les
dunes empiètent chaque année de 23 à 24 mètres de
terrain, Il rassembla dans ses courses des notes nom-
breuses et les premiers matériaux des ouvrages qu’il
devait publier par la suite.
En 1792, il prit service dans les armées comme
médecin. Il fut attaché à l’armée des Pyrénées orien-
tales, et chargé des hôpitaux qu’on établissait à Dax,
département des Landes. Là, il prit, en 1797, une
épouse digne de lui, et y fixa pour toujours sa rési-
dence. Bientôt il fut lié de goûts et d’amitié avee
BorpA, d'Oro, minéralogiste habile et déjà géologue
que cette science n’était pas encore créée, et avec tous
les autres naturalistes habitant ce pays si curieux sous
tous les rapports de la science.
Dans les momens qu'il ne devait point au soulage-
ment des militaires souffrans, Tuore, pour donner
plus d’exactitude à ses recherches, employait son
( 480 )
temps à les corroborer par de nouvelles observations
qu'il savait par plaisir raitacher à l’art de guérir et
aux honorables fonctions qu’il lui imposait. Le pre-
mier ouvrage qu'il rédigea fut une esquisse topogra-
phique très-bien faite des environs de Dax (1). Le se-
cond, consacré à la botanique, fit connaître une foule
de végétaux jusqu'alors échappés aux yeux des bota-
nistes; il y montra parmi les plantes les plus com-
munes celles des Alpes, qu’on ne pouvait supposer
exister dans les Landes, mêlées à d’autres que l’on
estimait seulement être indigènes au Portugal (2).
Les eaux thermales de Dax, de Tersüs, de Préchac
et de Saubusse (3); les eaux minérales de Pouillon (4)
et de Gamarde (5); les tourbes de Dax (6) ; les pro-
ductions volcaniques des Landes (7); la mine de
soufre de Saint-Bouès (8); la terre d'ombre de Aren-
sosse (9), lui fournirent successivement des sujets
importans d’études.
(1) Dans le Journal de la Société de sagte et d'histoire naturelle
«de Bordeaux, tom. HI, pag. 51 et suiv. Il est cité dans le recueil
publié par la Société de médecine de Paris, tom. V, pag. 267.
(2) Essai d'une Chloris du département des Landes. Dax, an XI
(1803), in-80. Tnore en a laissé une nouvelle édition manuscrite
sous le titre de Flore tarbellienne.
(3) En 1809; Son mémoire a paru à Bordeaux, dans le Bulletin
polymathique, tom. VI, pag. 389, 429, et VIT, pag. 3, 37 et 75.
(4) Journal de santé et d'histoire naturelle de Bordeaux, tom. 1 jé
pag. 226 à 231.
(5) En 1807 et en 1817, broch. in-8°.
(6) Inséré dans le Bulletin polymathique, en 1803, tom. IE, p. 89.
(7) Voyez le Magasin encyclopédique de Mirux, tom. HI de sa
sixième année, pag. 163, et tom. IV de sa huitième, pag. 389.
(8) Magasin encyclopédique. tum. V de sa septième année, p. 109
(9) Bulletin polymathique, tom IV, pag. 300.
( 481 )
En 1817, il donna la description d’une machine
nommée Barau, propre à la pêche de toutes sortes
de poissons de rivière (1), inventée par Louis Ga-
ZAUMAJOUR, surnommé Salmonie, de Peyrehorades,
que l’ingratitude laissa mourir dans l’indigence en
1809.
Tuore publia, en 1810, sous le titre de Prome-
nade sur les côtes du golfe de Gascogne, un aperçu
topographique, physique et médical des côtes occi-
dentales de ce golfe, depuis le bassin d'Arcachon, si
souvent le théâtre d’horribles naufrages, jusqu’à
Saint-Jean-de-Luz, où l’on parle avec pureté l’idiôme
basque. Cet espace de 100 kilomètres (25 lieues) de
longueur, sur 16 à 20 kilomètres (4 à 5 lieues) &e
large, était alors encore vierge relativement aux re-
cherches en histoire naturelle; aussi notre observateur
y a-t-il recueilli d’excellens détails statistiques, des
remarques fort curieuses en botanique, en géologie et
en zoologie, des faits curieux sur la culture du pays
et sur les mœurs de ses habitans (2).
En 1812, Tnore jeta un nouveau coup d’œil sur les
landes (3) : ce fut le dernier écrit qui fut imprimé sous
ses yeux. Il rédigea des Votes pour servir à l’ichthyo-
logie fluviatile et maritime du département des Lan-
des, puis un T'ableau des champignons comestibles et
vénéneux du même pays, suivi des moyens de remé-
dier aux accidens occasionés par celles de ces sub-
stances qu'il est dangereux de manger. Ges deux
(1) Bordeaux, 1807, broch. in-8° avec une planche Zravée.
2) Un vol. in-8° avec une carte.
3) Bulletin polymathique, tom. de 1812
( 482 )
manwscrits, que j'ai déposés aux archives de la Société,
renferment, le premier, des renseignemens utiles sur les
poissons, et plus particulièrement sur l’alose, la fausse
alose, le saumon, ainsi que sur la pêche, et une nou-
velle espèce d’engin due à Jean Gascaix, dit Petiton,
de Saubusse, qui l’inventa en 1792 (1).
Le second ouvrage inédit est une espèce d’instruc-
tion que Tuore destinait aux habitans du département
des Landes, dont plusieurs, chaque année, paient de
leur vie l’ignorance où ils sont des espèces de cham-
pignons comestibles et de”celles qui sont vénéneuses.
Il a suivi la classification du Synopsis fungorum de
lillustre M. Persoon. Dans l’énumération des espèces,
Tuore en décrit quelques-unes de nouvelles qu’il n’a
malheureusement point accompagnées de figures co-
loriées. Il nous apprend que, malgré sa nature véné-
neuse, l’agaric verruqueux (Æmanita rubescens P.)
est avidement recherché par quelques gourmets comme
préférable à tous les autres champignons. Ils le man-
gent assaisonné, ou bien mêlé avec des œufs, après
lavoir fait griller et forcé à se dépouiller de son eau.
Ses conseils, dans le cas d’empoisonnement, consistent
à faire évacuer le champignon, à remédier aux acci-
dens nerveux par les antispasmodiques, puis enfin à
rétablir l’équilibre de tout le système par les toniques
et les cordiaux.
Lors des événemens désastreux de 1819, notre sa-
(1) Ce manuscrit est accompagné de deux dessins : Pun représen-
Lant une murêne jetée par la tempête sur la côte du cap Breton;
l'autre est le cascail.
( 485 )
vant naturaliste se vit contraint à quitter les champs de
l'observation qu’il savait parcourir avec gloire et au
profit des hommes, pour se livrer au triste métier de
maître d'école. Privé d’un emploi qu’il honorait, en
butte aux passions haineuses des méchans, aux sourdes
menées de l'esprit de parti, il dut, par ordre, cesser
la médecine, s'éloigner de Dax, abandonner ses li-
vres, ses collections d'histoire naturelle, et se reléguer
dans un village (à Saint-Vincent) avec sa nombreuse
et respectable famille, où cinq et six fois par an il
était, durant quinze ou vingt jours de suite, claque-
muré par suite des débordemens de PAdour.
C’est dans cette retraite, que ses vertus, ses cheveux
blancs, ses connaissances profondes el variées, sa phi-
losophie et son amour pour la vérité, rendaient véné-
rable au petit nombre d’amis qui osaient la visiter,que
Tuore traça quelques pages pour ma Bibliothèque phy-
sico-économique (1), dans lesquelles il s'occupe encore
de considérations sur l’agriculture des Landes; et pour
offrir à la jeunesse studieuse un Tableau raisonné de
l’histoire ancienne et moderne, où tous les événemens
mémorables, depuis les jours de tradition écrite jus-
qu’à l’année 1815, sont exposés avec simplicité, indé-
pendance, et une connaissance solide du cœur humain,
Cet ouvrage utile, je l’ai lu, et je le trouve fort bien
fait : il est demeuré manuscrit.
Né sans fortune, Tnore exerca la médecine pour
vivre, puis il courut forcément la carrière pénible de
l'éducation publique pour soutenir sa famille et sa-
(1) Voyez le tom. I de l’année 1815, pag. 217 el suiv.
( 484 )
tisfaire aux premiers besoins de la vie à un âge où ses
travaux littéraires auraient dû lui avoir assuré une exis-
tence indépendante, si le talent était préféré à lintri-
que, à l’esprit de bassesse. Le bonheur l’a fui constam-
ment depuis l’année fatale de sa destitution; malgré
les efforts les mieux soutenus et la résignation la plus
entière, il eut la douleur de s’apercevoir que rien ne
pouvait plus lui réussir. Il n’avait de consolations que
dans l’amour de ses deux filles, dans les succès de son
fils aîné, dans le bien qu’il avait fait et dans le calme
de sa conscience. Il souffrait peut-être moins encore
de ses propres malheurs que de ceux de sa patrie qu’il
idolâtrait. Enfin une apoplexie foudroyante l’enleva
sans douleur le 27 avril 1823, laissant à sa famille
l'exemple de ses vertus, de sa rare bonté, de sa pa-
lience, el à ses amis le soin de soutenir l’honneur de
son HOM.
Un genre de la famille des conferves et voisin des
batrachospermes lui a été dédié par M. Bonx DE Sainr-
VixcenT (1), son plus ancien ami. L’on n’en connait
encore que quatre espèces, dont une abondante dans
les rivières de France, le Thorea hispida, fournit une
couleur sur laquelle Tuore a publié un mémoire (2).
RAT A A
AnToiNE- Pierre DELALANDE, naturaliste- voyageur
atlaché au Muséum d'histoire naturelle de Paris,
(1) Annales du Muséum d'histoire naturelle, tom. XII.
(2) Sur La conferve velue, et sur la couleur qu'on peut en extraire;
mémoire inséré dans le #agasin encyclopédique, tom: VT, pag. 405,
de sa cinquième année, et Bulletin poly mathique, \om. IH, pag. 315.
( 485 )
membre de la Société Linnéenne, correspondant de
l’Académie des sciences de Russie et chevalier de la
Légion-d’Honneur, naquit à Versailles le 27 mars 1787.
Formé par son père et par les professeurs de l’établis-
sement du Muséum, les préparations d’animaux lui
devinrent bientôt si familières qu’il surpassait les plus
habiles, et comme à ce mécanisme il joignait des con-
naissances variées et solides, il fut chargé de recher-
ches en histoire naturelle, et fut d’abord envoyé en-
Espagne et en Portugal, puis sur les côtes de la Médi-
terranée et au Brésil. Ges missions, remplies avec
succès, lui en firent confier une bien plus importante
pour l’Afrique australe, dont les résultats importans
sont bien au-dessus de ceux beaucoup plus vantés des
illustres voyageurs Kozse, SPARMANN, PATERsoN, LE
VaizzanT, Barrow, DANIEL, elc.
Pour satisfaire à la nouvelle obligation imposée à
son zèle, il quitta Paris au mois d’avril 1818, se diri-
geant sur le cap de Bonne-Espérance, où il arriva le
8 août suivant, Une première excursion faite le 11 no-
vembre à l’est de ce cap, le long d’une chaîne de
hautes montagnes de grès ou de granit, dans un pays
habité par des Hottentots, faillit lui être fatale. Une
armée de 10,000 Gafres qui s’avancait sur la colonie
anglaise, et répandait partout l’épouvante et la mort,
vengeant de la sorte l’insulte faite à leur territoire, le
coulraignit à rétrograder à marche forcée par une sé-
cheresse extraordinaire, même entre le 33 et le 34° de-
gré de latitude australe.
Sa seconde expédition, commencée le 5 juillet 1819,
dirigée au nord en suivant la côte, s’étendit jusqu’à la
( 460 )
rivière des Eléphans qui se perd dans l'Océan, à en-
viron 2° 59° de la ville du Gap, et entre autres objets
qu’il en rapporta, je dois citer un énorme hippopotame
dont la peau et le squelette sont dans les salles du
Muséum.
Une troisième course, entreprise le 2 novembre
1819, embrassa le pays qui va depuis Algoa-Bay jus-
qu'à la rivière de Keiskama, et dura huit mois. C’est
là principalement que Deraranve fit d’abondantes ré-
coltes en insectes rares, en oiseaux et quadrupèdes in-
connus ou très-mal décrits.
Après deux ans de séjour dans le pays des Cafres,
il reçut l’ordre de quitter l’Afrique; il partit le 1°* sep-
tembre 1820. « Jamais exilé, disait-il en racontant cet
» événement, n’éprouva plus de regret en quittant le
» sol natal, que je n’en éprouvai lorsqu'il fallut se ré-
» soudre à m’éloigner de cette terre au moment même
» où je me proposais de visiter des contrées tout-à-fait
» ignorées, et lorsque le succès que je venais d’obte-
» nir me donnait l’espoir d'appliquer à de nouvelles
» découvertes des connaissances déjà acquises sur les
» objets si variés et si intéressans que le règne animal
» présente dans cette partie du globe. Quoique mes
» espérances aient été déçues, quoiqu'il ne m'ait pas
» été permis d'explorer cette contrée, objet de mes
» vœux, je me console en pensant que mes travaux
» auront contribué à détruire quelques erreurs et à
» éclairer quelques points de la science. »
Les objets rapportés par DELALANDE sont en effet
des plus nombreux et offrent une masse des plus
riches en faits nouveaux. Sa collection de crânes hu-
( 487
mains donne d’une part une suite non interrompue de
dégradations depuis Asiatique, qui vit dans la mol-
lesse, jusqu’au Makoia, chez qui l’angle facial est très-
aigu; de l’autre, une série d’augmentations depuis le
Bochisman, vivant dans les haies, jusqu’à l’Hottentot,
habitué à la chasse et à nourrir les troupeaux dont il
boit le lait; et depuis le Namaquois jusqu’au Cafre,
dont toute l'anatomie porte l'empreinte de la force et
de l'énergie physique poussées à l'extrême.
Les autres parties de la zoologie se composent de
13,409 individus appartenant à 1620 espèces, savoir :
228 mammifères, 2205 oiseaux, 522 reptiles, 263 pois-
sons, 10,000 insectes et 587 mollusques, Pius, 1 22 sque-
lettes tous préparés.
En minéralogie, on a compté 500 échantillons fort
intéressans pour le géologue, qu’ils avertissent dela
constitution des montagnes et de la nature des roches
de l’extrémité australe de l'Afrique.
En botanique, DELALANDE avait recueilli vivans les
Gooo végélaux dont est composé son herbier; mais il
a eu la douleur de les voir périr dans les hautes mon-
tagnes qui séparent le mouillage de False-Baie, où
l'attendait la frégate qui devait le ramener en France,
de la baie de la Table, voisine de la ville du Cap, où
ces précieux objets étaient rassemblés. Il n’a rapporté
avec son herbier, que 589 ognons parmi lesquels treize
sont signalés comme nouveaux, et des sachets de grai-
nes se rapportant à 291 espèces.
Comme on le pense bien, d’après ces brillans ré-
sultats, DecALANDE déploya durant ce voyage une ac-
tivité qui dut étonner et étonna réellement dans un
( 488 )
climat aussi ardent; mais ce qui le distingua le plus,
ce furent son obligeance pour ses guides, sa réserve
avec tout le monde et sa grande modestie : aussi y
eut-il de toutes parts empressement égal à lui être utile
et à seconder l'intérêt qu’il savait inspirer pour ses re-
cherches.
De retour en France à la fin de l’année 1820, il
recut, le 25 mai 1821, la décoration de la Légion-
d'Honneur, qu’avait sollicitée pour lui M. ns Escorais,
agent de France au cap de Bonne-Espérance, Ses tra-
vaux, son zèle, son dévouement sans bornes, les ser-
vices éminens qu'il venait de rendre à l’histoire natu-
relle, réclamaient d’autre récompense : il ne l’oblint
point. Cette ingratitude, si commune de nos jours, mais
à laquelle il avait tant de droits d'échapper, a retardé
indéfiniment la narration de son voyage; elle lui a
causé un chagrin profond qui aggrava singulièrement
la maladie cruelle dont il puisa le germe sous un ciel
brûlant et dans le mauvais air qu’il respira en dissé-
quant une baleine de 24 mètres et demi de long
échouée sur la côte près du Cap, un hippopotame
énorme près des marais qui bordent le Berg-River, et
un rhinocéros bicorne sur les rives du Groote-Vis.
Drracanne mourut à Paris le 27 juillet 1895. Le
lendemain sa dépouille mortelle fut conduite au cime-
tière de l'Est par une députation de Linnéens et d’un
grand nombre de naturalistes, tous profondément af-
fligés d’une perte aussi sensible. Après la funèbre
cérémonie, que la pluie rendait plus triste encore, je
prononçai sur sa tombe les mots suivans :
« Victime de son zèle éclairé pour les sciences na:
( 489 }
turelles et du dévouement le plus entier, le plus hé-
roïque pour en étendre les connaissances, pour en
augmenter les richesses; victime d’une âme ardente
qui ne calculait rien quand il s'agissait de recherches
utiles, de conquêtes nouvelles, notre confrère vient
de trouver la mort à la fleur de l’âge, alors que, de
retour dans sa patrie, il devait tout attendre de la re-
connaissance des hommes instruits, et jouir du repos
si glorieux, si justement acquis après tant de travaux,
après tant d’eflorts généreux, de fatigues et de dangers.
Une maladie longue, une maladie cruelle a rompu la
trame de ses jours ; elle prive la Société Linnéenne
d’un membre qu’elle comptait avec orgueil; elle prive
chacun de nous d’un confrère essentiellement ami;
elle prive l’État d’un bon citoyen, et sa famille de celui
qui faisait son plus bel ornement. Que les jaloux se tai-
sent! ils n’ont plus à craindre son activité bouillante,
sa probité sévère : qu'ils reprennent la trace de ses
pas, qu’ils fassent ce qu’il a fait si généreusement, ce
qu'il méditait de faire encore, et son ombre leur par-
donnera de l’avoir si mal récompensé. Quant à nous
qui fûmes ses véritables amis, nous conserverons le sou-
venir de ses nobles services, nous louerons les belles
qualités dont il nous a donné l'exemple, et nous tâ-
cherons de limiter dans tout ce qu’il a fait de bien
et d’utile pour la science, pour le profit de l’huma-
nité; nous le ferons, parce que c’est un devoir sacré à
remplir, nous le ferons pour nous rendre à nos yeux
dignes du beau titre d'hommes.
» Va en paix, DELALANDE , va rejoindre ton ver-
tueux père, et les hommes illustres qui, comme Loi,
53
( 490 )
surent faire le sacrifice de leur vie à l’avantage des
autres; entends le dernier adieu de tes confrères
fidèles, et compte qu'ils ne négligeront aucune cir-
constance pour te rendre hommage, pour redire les
services que tu as rendus aux sciences qu'ils cultivent
par goût, par plaisir, et sans aucune autre vue d’am-
bition que celle de payer leur dette à la patrie, à l’hu-
manité. Adieu ! » .
On a donné le nom de DELALANDE à un nouvel ani-
mal nocturne, mammifère, digitigrade, carnassier (le
Proteles Lalandii), voisin des civettes et des hyènes,
qui vit au fond de la Cafrerie dans des terriers, et que
ce naturaliste a le premier découvert et même fait
connaître aux naturels du pays (1).
RS RAR Re A
Josepna-Francois CorréA DE SErrA naquit à Serpa,
ville forte du Portugal, en 1750, fils d’un bon pro-
priétaire et jurisconsulte qui, voyant en lui des dispo-
sitions précoces, le conduisit à Rome, puis à Naples,
où il le plaça sous la tutelle de l'abbé Genovesr, savant
recommandable qui forma bon nombre de sujets dis-
tingués, et fut un des premiers à propager en Italie les
hautes lumières de la philosophie. Après ses études,
Corrka revint à Rome, entra dans les ordres et s’oc-
cupa de recherches sur les antiquités. Ge goût se
prend aisément dans la ville éternelle où tant de sou-
venirs sont attachés aux moindres monumens, et où
(1) Woyez-en la description par M. Isinore GrorFroy SAINT-
Hiraine, Mémoires du Muséum, tom. XI, pag. 354 et suiv.
( 491 )
toutes les conversations roulent sur les faits et gestes
du passé, sur les arts, et rarement sur les sciénces na-
turelles qui, à cette époque, comptaient peu d'initiés.
Cependant les plaisirs de la botanique surent aussi
séduire le jeune Corn£a; il s’y adonna avec tant de
zèle qu'il acquit bientôt le droit d’être cité comme au-
torité dans cette belle partie de l’histoire de la nature.
Les sciences et les arts étaient alors exilés du Por-
tugal; le fanatisme les comprimait sous le joug de fer
de la barbarie. Corr£a, de retour,en 1777, dans sa pa-
trie, voit avec horreur cette affreuse situation ; son cœur
s’en indigne, il ose élever la voix : on l’écoute, et après
deux années d’eflorts il obtient la création d’une aca-
démie des sciences, dont il fut nommé secrétaire per-
pétuel en 1780; il obtient de plus l'établissement d’une
imprimerie, d’un cabinet d'histoire naturelle, d’une
chaire de physique expérimentale, et d’un laboratoire
de chimie. Une semblable révolution étonna Lisbonne,
étonna tout le Portugal. Elle en produisit une autre
non moins surprenante; ces mêmes hommes qui na-
guère tiraient vanité de ne point savoir signer leurs
noms, qui mesuraient avec orgueil la distance qu’un
titre, souvent acheté par de honteuses, par de crimi-
nelles complaisances, ou qu’un peu d’or avait mise
entre eux et leurs semblables, recherchèrent avec em-
pressement leurs entretiens, osèrent se familiariser
avec eux, et, qui plus est, solliciter l'honneur de siéger
sur les mêmes bancs. L’enthousiasme créa des prodi-
ges ; en peu de mois il sortit des presses de l’Académie
des ouvrages remarquables’ sur la législation, l’éco-
nomie politique, l’agriculture, l'astronomie; sur la lit-
39,
( 492 )
térature et l’histoire nationales, Dans ke nombre, on
remarquasurtout la collection de précieux manuscrits
que Corr£A publia sous le titre de Colleccao de livros
ineditos de historia portugueza dos reinados de Joao 1,
Duarte, Affonso Ve Joao IL, dont il n’a donné que
trois volumes in-fol. imprimés en 1790, 1792 et 1705,
Ms d :
La botanique ne fut pas oubliée; si l’amour de la
patrie portait Corré£a à approfondir l’histoire du Por-
tugal, l’amour des sciences naturelles l’excitait aussi
à payer un large tribut à la description des plantes et
à leur examen physiologique. Il s’occupa moins à fixer
leur distinction qu’à chercher les lois qui les‘associent
entre elles,
Mais tel est le sort des choses les plus utiles, le mal
parvient à tout envenimer; comme l’onde qui creuse
le roc le plus dur en tombant goutte à goutte. Tant
de succès remportés par les lumières devaient néces-
sairement irriter ceux qui ont intérêt au triomphe de
l'ignorance, des préjugés, et pour qui les horreurs de
l’inquisition sont un besoin de tous les instans. Ils
travaillèrent long-temps en secret et préparèrent par
ous les moyens la ruine de celui qui avait, comme
par enchantement, dessillé tous les yeux, qui avait ré-
veillé le feu sacré, qui lentretenait par son zèle, par
son désintéressement, par ses profondes recherches,
par les services qu’il rendait chaque jour à la jeunesse
studieuse. Leurs criminels projets éclatèrent en 1786,
au moment où l'intolérance religieuse, armée de tor-
ches et de poignards, brûlait, ensanglantait tout le
Portugal; où le sort affreux des villes d'Avis et de
(495 )
Souzel menacçait la civilisation entière ; où l’agricul-
ture persécutée voyait les campagnes qu’elle avait
rendués fertiles, désolées par la famine, se couvrir de
buissons et de ronces, Gorné£a dut fuir le glaive ho-
micide qui le poursuivait; il vint en France, et se lia
bientôt de la plus étroite amitié avec Auauste Brous-
sonNET, qui devait plus tard être, à son tour, puni du
bien qu’il faisait alors aux hommes.
En 1785, Gornf£Aa partit pour le Piémont, d’où il
revint en Portugal en 1789, sans le moindre ressenti-
ment contre ses perséculeurs, qui avaient enfin perdu
leur fatal crédit. Il reprit ses habitudes scientifiques,
et prépara dans le silence les matériaux des ouvrages
qu'il devait plus tard déposer sur l'autel du génie de
l’histoire naturelle.
En 795, menacé par les fauteurs des excès de la
révolution, délaissé par ses propres amis, trop lâches
pour lui faire un rempart de leurs corps; poursuivi par
quelques-uns de ceux mêmes qui avaient sollicité lhon-
neur de siéger parmi ses confrères, le fondateur de la
Société Linnéenne de Paris quitta la France et se
rendit à Lisbonne auprès de son ami CORRÉA DE SERRA.
L'accueil qu'il en reçut l’indemnisa d’une partie de
ses chagrins. Il fut surtout sensible à la distinction
qu'il obtint de l’Académie, qui avait ordonné qu’il se-
rait logé et nourri dans son palais; et en particulier
de tous ses membres, qui cherchaient à l’envi l’un de
l’autre à lui donner chaque jour de touchans témoi-
gnages de leur estime. Broussonner, justement séduit
par un bonheur aussi inattendu, se flattait d’en jouir
en paix, et de se livrer, sous l’égide de la bonne ami-
(494 )
lié, aux charmes de l’étude qui console de tout, quand
ses ennemis osèrent l’accuser, non-seulement des cri-
mes dont il était la victime, mais encore de jeter les
germes d’une révolution politique au sein même du
Portugal, où il recevait l’hospitalité. BroussonxerT fut
contraint de se réfugier en Afrique, sur la terre que
le glaive musulman inonde de sang et peuple d’esclaves
qu'il va de nuit arracher aux plages européennes.
Connf£a, qui avait donné à cet illustre proscrit des
preuves si grandes et si publiques de la plus tendre
affection, si vit enveloppé dans les mêmes persécu-
tions et obligé, en 1796, de mendier un asile aux
Anglais.
L'Académie des sciences de Londres se fit un hon-
neur d’augmenter le nombre de ses membres en ou-
vrant son enceinte au savant Portugais. De soû côté,
Conn£a enrichit les mémoires de cette compagnie de
plusieurs dissertations, entre autres sur les forêts sub-
mergées de Sutton, dans la province de Lincoln (1),
sur la fructification des algues (2), et sur le beau genre
doryantes (3).
Au milieu de ce triomphe littéraire, la délation, qui
(1) On a submarine forest, on the east coast of England, inséré
dans les Transactions phil., vol. de 1999, page 145 à 156. Cette forêt
fut découverte en septembre 1796; Corréa y reconnut parfaitement
l’Ilex aquifolium , V Arundo phragmites, ete.
(2) On the fructification of the submersed algæ, inséré dans les
Philos. transact., 1796, pag. 494 à 505.
(3) On the Doryantes a new genus of plants from New-Holland
-next akin 10 the Agave; inséré dans les Trans. of Linn. Soc., vol. VI
pag. 216.
( 49 )
ne dort jamais, vint l’abreuver d’amertumes. Il quitta
l'Angleterre en 1800, vint à Paris, évita ses compa-
triotes, et ne s’occupa que de sciences et de littérature.
L'Institut l’associa à ses travaux le 11 décembre 1807.
Son bonheur était de passer des journées entières au
‘Jardin des plantes et dans les salles de botanique. C’est
à qu’étudiant la belle famille des orangers (1), il @,
selon l’expression de M. Cuvier (2), donné de belles
vues générales sur les raisons qui, liant ensemble cer-
tains organes, limitent nécessairement chaque famille
dans des bornes déterminées.
Comme il était persuadé que lanatomie comparée
des plantes pouvait seule nous mener à la connaissance
solide de la valeur des caractères, qui résultent de la
symétrie des parties, du port et de l’ensemble de la
végétation, il repritavec ardeur le travail qu’il avait en-
trepris à Londres, en 1797, sur la carpologie. Son but
était de continuer la dissection et la description des
fruits et des graines, si habilement commencée par
GaAErTNER, et de pénétrer pour ainsi dire dans le se-
cret intime de leur organisation. Il s’en occupa sans
prévention, sans épouser aucun système quelconque; il
voulait réunir beaucoup de faits, les observer exacte-
ment, et déduire de feurs résultats généraux des règles
(1) Observations sur la famille des orangers et sur les limites qui
la circonscrivent, insérées dans les Annales du Muséum d’hist. nat.
de Paris, tom. VI, pag. 376 à 387; et Caractères de l Æegle et du
Feronia, insérés dans le tome V des Mémoires de la Société Lin-
néenne de Londres, pag. 218 et suiv.
(2) Rapport historique sur les progrès des sciences naturellës de-
puis 1789 jusqu’en 1808, pag. 307, édit, in-8°,
( 496 )
propres à ouvrir à la science de la nature de nouvelles
routes, pour faire des progrès solides. Il en avait déjà
saisi plusieurs, qu’il a exposés dans ses vues carpolo-
giques (1); il espérait les pousser très-loin, quand la
politique et ses cruels résultats le forcèrent à quitter
ce champ qu’il fertilisait.
En 1815, les désastres de la France afiligèrent son
âme, et, comme il voyait que les passions haineuses
préparaient de nouveaux malheurs, plus grands encore
que ceux d’une coupable invasion; que les méchans
soufflaient .de toutes parts les tisons de la discorde,
il voulut éviter la persécution qui atteignait jusqu’à
l’homme studieux vivant dans la retraite; il se méfiait
d’ailleurs de quelques Portugais qui, nouveaux camé-
léons, prenaient une livrée nouvelle, pensaient et
agissaient d’une manière diamétralement opposée à
ce qu'ils pensaient et faisaient la veille. Sa résolution
fut prompte, il partit pour les Etats-Unis, et débarqua
à New-Yorck, dont il visita les environs en botaniste
avide de nouvelles conquêtes. Il se rendit ensuite dans
le Kentucky, dont il étudia le sol calcaire et coquil-
lier (2); il vit la chaine des Alléshanys, qui présente
(1) Observations carpologiques, dans les Ænnales du Muséum,
tom, VIII, pag. 59 et 389; tom. IX, pag. 283; — De la dif]érence
des fruits entre Les séries primitives des végétaux , tom. IX, p.151;
— Sur la germination du Nelumbo, tom. XIV, pag. 74; — Note sur
la valeur du périsperme considéré comme caructère d’affinités de*
plantes, tom. XVIII, pag. 206. Dans ces différens mémoires, CornéA
a soumis à l'analyse la plus complète vingt-deux plantes.
(2) Observations and conjectures on the formation and nature of
the st of Kentucky, insérés dans les Transactions philos. Soc. of
Philadelphia, X° vol., nouvelle série, pag. 174, année 1818.
( 497 )
partout des débris de végétaux autrefois engloutis par
les eaux; et de là il vint à Philadelphie, où il continua
le cours que faisait le docteur Barrnox. Le gouver-
nement voulut lui donner le litre de professeur, mais
il le refusa constamment, trop heureux, disait-il, de
payer à la patrie de Frankuin et de Wasmn@rTon un
léger:tribut de reconnaissance, et d’initier, en s’amu-
sant, la jeunesse dans les mystères de la science des
plantes. La mort de Barruon ne changea point la ré-
solution de Corrf£a; il continua d’occuper la chaire
de botanique jusqu’en 1816.
À cette époque, la carrière politique qu’il avait vu
s'ouvrir devant lui en 1797, et qui servit de prétexte
aux calomnies, aux bruits absurdes que se permirent
ses ennemis, l’arracha définitivement aux sciences.
Il accepta les fonctions de ministre plénipotentiaire
du Portugal aux Etats-Unis, en 1816; il en a rempli
les devoirs jusqu’en 1891, qu'il revint à Lisbonne
occuper des charges politiques auprès du gouverne-
ment. Il était conseiller d’État, membre de la junte
des finances, et député aux Cortès, quand il est mort,
le 11 septembre 1823, âgé de soixante-treize ans.
Gonnéa DE Serra était doué du caractère le plus ai-
mable. Son cœur, ami des hommes, ne connut jamais
la haine; jamais il ne s’est rappelé une injure, mais
il conserva le souvenir du bien qu’il avait reçu. Riche
de faits recueillis dans ses nombreux voyages, riche
d'observations qu’il avait obtenues d’un travail assidu,
de méditations profondes , sa conversation était atta-
chante, aussi agréable qu’instructive. Il contait avec
beaucoup de grâce, parlait et écrivait plusieurs lan-
( 498 )
gues modernes avec facilité. Le Muséum d'histoire na-
turelle de Paris lui est redevable de divers objets cu-
rieux qu’il envoya de Philadelphie.
Il a écrit sur l’agriculture des Arabes en Espagne
un morceau d'autant plus curieux qu’il fait connaître
le traité complet que cette science doit à Erx-r1-Awam,
et celui sur la culture particulière des arbres par Kur-
samir (1); on lui doit aussi un mémoire sur deux espèces
jardinières de rutabaga confondues jusqu'alors (2).
Tous les articles dela Biographie universelle re-
latifs à des Portugais, et insérés dans les cinq premiers
volumes, sont de Corr£A DE SErr4. On trouve aussi
de lui de très-bons morceaux de littérature et d’histoire
portugaises dans les Archives littéraires (5).
Ami de cœur de Broussonxer, les Linnéens ont
voulu que Cornéa de Serra appartint à la Société
qu'il avait fondée. C’est un hommage de la reconnais-
sance auquel cet illustre correspondant a été fort
sensible: il aimait mieux, m'écrivait-il, devoir cet
honneur au souvenir de l’ami qu’il n’a cessé de re-
gretter, que de le devoir à ses travaux. Cette modestie
n’empêchera point que ses travaux ne fassent époque
dans la science, surtout ceux qui ont trait à la car-
pologie. Les botanistes lui en ont donné un témoi-
DURANT S LISE CIRE LNE 2 LIRE 2.
(1) Archives littéraires, tom. IT, pag. 239 et suiv.
(2) Ce mémoire fut fait de moitié avec Ces; il tend à prouver
que le navet de Suède appartient au Brassica napus, el le chou de
Laponie, au Brassica oleracea.
» (3) Sur létat des sciences et des lettres en Portugal, Ærchives
littéraires, tom. 1, pag. 63; sur les vrais successeurs des Templiers
et sur leur état actuel, idem, tom. WIIF} pag. 273.
( 499 )
guage, en lui consacrant, de son vivant, un genre dans
la famille des rutacées, et qui fait partie de l’octandrie
monogynie. Le genre Correa a été créé en 1805, par
Suit; il est composé d’un petit nombre d’espèces,
toutes fournies par des arbrisseaux à feuilles oppo-
sées, entières, sans stipules, à fleurs axillaires, crois-
sant sur les côtes de la Nouvelle - Hollande, et dont
plusieurs font l’ornement de nos jardins d’été.
LORS SCO TES
Noëz-Daniez Lanpreau, membre auditeur de la
Société Linnéenne, correspondant de celle d’agricul-
ture du département de la Charente, naquit à Angou-
lême le 25 mars 1802, où il a rendu le dernier soupir,
dans les bras d’un père et d’une mère qui l’aimaient
tendrement, le 6 du mois de novembre 1823, à la suite
d’une phlegmasie intestinale. Cette maladie Jui fat oc-
casionée par une trop grande application aux sciences
naturelles, pour lesquelles il manifesta, dès l’âge de
onze ans, un goût très-prononcé. Il avait déjà recueilli
les papillons, les pétrifications et les plantes de son
département, lorsqu'il vint à Paris chercher un nouvel
aliment à son désir d'apprendre, et y suivre tous les
cours qui pouvaient le perfectionner dans la culture
des sciences, agrandir les idées qu’il avait déjà con-
cues, et donner de la force, de l’étendue aux con-
naissances pratiques qu'il avait acquises. Il a laissé un
herbier de près de 6000 plantes et fait adopter l'usage
de la faux à rateau des environs de Paris aux culti-
vateurs de la Charente, Tous les Linnéens ont re-
gretté ce Jeune savant qui donnait les «plus hautes
( 500 )
espérances et réunissait toutes les qualités d’un bon
cœur,
TR TS A TE
Jeax-Barrisre Cuizer pe Monransien naquit à
Belley, département de l'Ain, le 8 février 1753; jeune
encore il fut nommé maître particulier de la maîtrise
des eaux et forêts des pays de Bresse, Bugey et Gex.
Cette fonction utile lui donna le goût le plus prononcé
pour les expériences en agriculiure; il s’y livra dès
l’année 1774, et n’a pas cessé depuis lors de s’en oc-
cuper. Il a singulièrement contribué à l’amélioration
des forêts dans son pays, l’un des plus favorisés en
bois de toute la France, et où les sapins rivalisent en
force et en beauté avec ceux du nord de l’Europe.
On lui doit en partie les progrès que l’agriculture a
faits dans le département de l’Ain, par ses nombreux
essais sur les prairies artificielles, les desséchemens
des marais, la culture de la vigne, celle des müriers
et du ver fileur, dont la soie forme une des principales
productions de l’arrondissement de Belley, depuis un
demi-siècle que le savant docteur BargereT introduisit
cette branche d'industrie dans la Bresse. Cuire a
surtout aidé à la propagation de plusieurs blés et
graines du printemps; il n’a rien écrit et s’est con-
tenté de cultiver et d’exciter par son exemple ses
voisins à adopter les méthodes nouvelles. Il était cor-
respondant de la Société depuis le 6 décembre 1821,
et cessa de vivre le 3 décembre 1825, âgé de soixante-
dix ans.
ASIA SS SNS
( 501 )
Tuomas-Enwarn Bowpicu, chef des missions an-
glaises en Afrique, correspondant de la Société Lin-
néenne, naquit le 12 mars 1794. Dès ses premières
années il se dévoua tout entier aux voyages de décou-
vertes; il était entraîné par les relations qui arrivaient
chaque jour de cette vaste contrée que l’on a nommé
l'Océanie, et surtout par les entreprises hardies ten-
tées pour conquérir à la science cette vieille Afrique,
où la main du temps a imprimé les profondes stigmates
des plus grandes vicissitudes physiques; où deux races
d'hommes bien distinctes, l’une nègre caractérisée par
un nez aplati êt des lèvres proéminentes, l’autre ayant
les traits européens, et dont la couleur varie depuis le
brun plus ou moins foncé, jusqu’au noir le plus bril-
lant, se sont constamment livré des combats atroces,
des guerres d’extermination; où enfin la civilisation
paraît être descendue des hautes montagnes de l’E-
thiopie, en Egypte, en Grèce, en Italie, et sur toute
la terre autrelois défrichée par les Celtes et les SCYy-
thes. Les îles nombreuses et les grands continens sor-
tis du sein du vaste Océan parurent au jeune Bowprex
moins importans à connaître que l’intérieur de l’A-
frique. Le dévouement et le courage extraordinaire
que demandent les voyages dans ce pays ignoré de-
puis tant de siècles, excitaient l’émulation, préoccu-
paient tous les esprits, alimentaient un enthousiasme
que la mort tragique de nombreux investigaieurs ne
pouvait éteindre. Il semb'a même augmenter le besoin
du succès à mesure que les obstacles physiques deve-
naient plus grands, à mesure que les tentatives faites
avaient une issue malheureuse. Des expéditions nou-
( 502 ) \
velles furent tentées depuis les dernières années du
XVIII siècle. Les unes dirigées par l’Egypte, le
*Fezzan, l’Atlas, et la mer de sables brûlans que l’on
nomme le Désert de Sahara, coûtèrent la vie à l’en-
treprenant W. Browxe, à l’infatigable Horneman, à
mon jeune ami Riremie, au brave Lion: les autres,
ouvertes par le Sénégal, la Gambie, le Calabar et le
Congo, ajoutèrent à la liste de tant de victimes infor-
tunées les noms de Hovenron, du major Pennie, du
capitaine Gamrgezz, du médecin Cowpry, de Muxco-
Park, de Nrcnozs, et des naturalistes qui accompa-
gnèrent le capitaine Tuckey.
C’est averti par ces résultats funestes, par ces morts
nombreuses, que le jeune Bowpicu arrive au cap Coast-
Castle, sur la côte de Guinée, le 1°* mars 1817, attaché,
comme chargé de recherches scientifiques, à l’expédi-
tion politique que le gouvernement anglais envoyait
alors dans ce comptoir nouvellement fondé. Heureux
de se trouver là où tant de voyageurs ont échoué, il
brave avec audace un climat embrasé, des mœurs sau-
vages, un sol qui cache d’affreux reptiles, qui exhale
incessamment des miasmes putrides. Son courage croît
avec les dangers qui l’environnent; ses yeux suflisent
à peine pour voir, pour étudier les végétaux gigan-
tesques, variés et nouveaux qu'il rencontre à chaque
pas; pour observer les êtres qui pullulent autour de
lui, depuis l’homme que l'esclavage, la superstition,
la paresse et la misère rendent si abject, jusqu’au mou-
ton privé de cornes, qui, au lieu de laine, n’offre plus
qu'un poil brun, rude, plus où moins long. Il étudie
tout, l’effrayant crocodile, les termites qui élèvent
( 505 )
leur demeure en hautes pyramides dans les forêts
solitaires et sur le bord des fleuves ; l’aigrette dont les
plumes font un objet de commerceconsidérable ; et
la multitude des autres oiseaux dont le plumage re-
flète les couleurs de l'or, de l’azur et de la pourpre.
Rien n’échappe à son œil obsegyateur, tout fournit à
son avidité d’abondans sujets de méditations.
Tout-à-coup Bowpic est enlevé à ses recherches
en histoire naturelle. Une guerre à mort déclarée entre
les Fantées, nation habitant les bords de la mer, et les
Ashantées, nation puissante et guerrière située dans
l'intérieur des terres, menacçait de ruiner les premiers
et par suite les‘établissemens anglais de la Côte-d'Or,
Déjà le fer et le feu avaient détruit les villages des
Fantées; déjà ce peuple était indignement mutilé,
quand la maladresse du chef de l’expédition partie du
cap Coast-Castle le 22 avril 1817 faillit décider le
massacre de tous les blancs. Jusque là, Bowpicx mar-
chait en simple auxiliaire; il voit le danger de ses
compatriotes, son cœur en frémit, el par sa présence
d'esprit, par son énergie, par un noble dévouement,
il rétablit l'harmonie et conclut un traité d'alliance
en faveur de la Grande-Bretagne avec les redoutables
Ashantées. Il faut lire les détails de cette affaire dans
lPouvrage qu'il a publié en 1819, sous le titre de :
Mission from Cape-Coast-Castle to Ashantees (1):
(1) Mission from to Cape Coust-Castle to Ashantees, with a stati-
stical account of that Kingdom, and geographical notices of other
parts of the interior of Africa: London, 1819; r vol. in-4o de 512 p.
avec fig.
( 504 )
Cette circonstance périlleuse changea la position
du jeune naturaliste, Ilse vit aussitôt placé à la tête
de l’expédition, et pour ainsi dire lié d'amitié avec
une nation conquérante, que j ’estime être un reste de
de ces anciens Ethiopiens qui, au rapport d'Héronore,
furent dépossédés “og pays environ six cent trente
ans avant le voyage de cet historien, par une colonie
égyptienne, et par elle poussés de l’est à l’ouest de
l'Afrique. Ge qui le prouve, du moins à mes yeux,
c’est, non-seulement l’ensemble du gouvernement des
Ashantées, mais encore les mœurs et l'intelligence de
ce peuple, dont les traits et le caractère distinctif dif-
fèrent essentiellement de la race nègre de la partie
oceidentale; ce sont les arts qu'ils possèdent, le tis-
sage, la broderie, la poterie, le travail des cuirs, des
métaux, l’orfévrerie, l'architecture, auxquels ils se li
vrent avec beaucoup de succès et qui sont étrangers,
aux nations voisines (1).
Pendant son séjour chez les Ashantées, Bowpicn
recueillit des renseignemens importans et nouveaux
pour la géographie de l'Afrique intérieure; il a établi
des relations précieuses qui nous promettent mainte-
nant la conquête morale de ce vaste continent, et des
matériaux immenses pour l’histoire des siècles anté-
rieurs aux annales écrites. L'examen des productions
naturelles de la partie du globe la moins connue n’a
point été oublié durant cette mémorable expédition.
(1) An essay. on the superslilions, Cuslorns, and arts, common 10
the ancients Egyptians, Abyssinians, and Ashantees. Paris, 18a1,
n-40
( 505 )
De retour en Angleterre, en 1819, Bowpicn fit con-
naître le résultat de son premier voyage, et pendant
son séjour à Paris, en 1820, il donna Successivement
une carte du nord-ouest de l'Afrique (1), un essai sur
la géographie de cette contrée (2), un tableau com-
paratif des mœurs, des coutumes, des superstitions et
des arts chez les premiers Égyptiens, chez les Abys-
sins et chez les Ashantées (3), ainsi que des rémar-
ques critiques sur ce qu'il reste à faire pour arriver à
bien connaître le nord de l'Afrique (4).
Appelé par suite d’un aussi brillant succès à com-
pléter son ouvrage, Bowpicn voulut cette fois le rendre
plus utile encore en acquérant toutes les lumières qui
Jui manquaient, et faire des préparatifs qui le missent
en mesure de remplir la lacune existante dans les con-
naissances humaines. On le vit dès Hors travailler avec
un zèle des plus infatigables, prendre des notes sur
tout, solliciter des questions à tous les Corps savans,
aux hommes versés dans les profondes études de l’his-
toire naturelle, des antiquités et de la géographie. Il ré-
dige des manuels à l’usage de ceux qu’il devait former
pour l’aider dans son entreprise; il en publie’ sur les
(1) À mapp of north-western Africa, 1820.
(2) An essay on the geography of north-western Africa. Paris,
1821, in-8°.
(3) An essay on the superstitions, etc.
(4) An enquiry into the tritish and french expeditions 10 Teembo
With remarks on civilisation in Africa.
The contradictions in PA4rK?s last journal explained, àn kis astro-
norcal observations in 1796 re-established, by the corrections ne-
cessitated' by his having recknned on the 31 st. of april.
54
( 506 )
mammifères (1), sur l’ornithologie (2), sur les coquilles
vivantes et fossiles (3), et après trois années de re-
cherches et d'études assidues, il quitte la capitale de
la France le 2 septembre 1822, il part pour l'Afrique,
accompagné de sa jeune épouse, et comblé des vœux
de tous ceux qui cultivent les sciences.
Il s'arrête quelque temps à Madère, dent il dresse
la Flore, et où il découvre au milieu d’une masse de
coquilles terrestres et marines, un fossile jusqu'alors
inconnu, présentant un assemblage de tubes cylindri-
ques imitant un tronc d’arbres et des branches; il ar-
rive en janvier 1825 au pays des Ashantées, où il avait
laissé des souvenirs touchans et honorables comme
homme, comme habile négociateur et comme savant.
Il reçut un accueil flatteur de la part des colons et de
la part des naturels. Sa position comme chef politique
de l'établissement de Cape-Coast-Castle, les bonnes
relations qu’il s'était ouvertes avec les indigènes, le
zèle, le talent et le courage qu’il avait déployés dans
son premier voyage, tout présageait de son séjour en
Afrique les plus heureux résultats. Déjà il exploitait
les rives limoneuses de la Gambie, déjà il marchait
vers Tombouctou, dont on parle de manières si étran-
oo
(1) An analysis of the natural classifications of mammalia, for
the use of students and travellers. Paris, 1821; in-8°, avec quinze
planches lithographiées.
(2) An introduction of the ornithology of Curier, for the use of
students and travellers. Paris, 1821, avec vingt-une planches litho-
graphiées contenant 263 fig.
(3) Elements of conchology including the Jossil genera and the
animals. Paris, 1829 , in-80, avec planches lithographiées.
( 507)
ges, et se promettait de braver les plaines où des flots
de sables sans cesse tourmentés par les vents détruisent
tout principe de vie, lorsque la mort vint, le 10 janvier
1824, mettre un terme à de si hautes espérances, vint
arrêter au milieu de son cours une vie active, une vie
dévouée aux sciences,
Ainsi périt Bowpicu, à peine âgé de trente ans!
Puisse sa mort ne point arrêter le noble mouvement
que ses découvertes avait déjà imprimé aux esprils
investigateurs ! Puisse celle circonstance douloureuse
ne point laisser perdre pour lhistoire naturelle les
nombreuses observations qu’il avait faites depuis son
retour sur cette terre où l’Europe compte tant d’illus-
tres victimes !
1222920907
En annonçant la mort du doyen des membreshono-
raires de la Société Linnéenne, je n’ai point à retracer
les angoisses d’un homme luttant contre la mort, je
n’aipointà parler de ces maladies aiguës qui dévorent
l'existence et rendent si pénible le dernier jour de la
vie : le vénérable Juce DE SaiNT-Marrin a terminé sans
douleur sa longue et utile carrière ; sa fin a plutôt été
un sommeil prolongé qu’un véritable irépas. C’est un
flambeau qui s’est éteint. Deux jours avant de payer sa
dette à la nature, on l’a vu errer dans ses jardins, vi-
sitant les plants nombreux de sa pépinière, et donnant
encore quelques soins à ce petit bois (1) qu’il planta
(1) Ce bois situé au domaine du Puidieu, près Saint-Martin,
contient quatre séterées de Limoges, ou 204 ares. Le terrain, léger
34.
( 508 )
le 24 mai 1822 en mémoire de Linné , auquel il
rendil toujours un hommage sincère,
Jacques-dossrn Juce DE Saixtr-ManrTix, décédé à
Limoges le29 janvier 1824, à cinq heures du soir, était
né dans la même ville, le 16 septembre 1543. Issu d’une
famille très-ancienne , son éducation fut tournée vers
une fonction, long-temps le patrimoine de ses ancêtres,
celle de conseiller au présidial, qu'il a occupée pen-
dant seize ans avant la révolution. A cette époque mé-
morable, désirant se rendre utile à son pays, il professa
durant plusieurs années l’histoire naturelle, et présida
aux” progrès lents, mais certains, de l’agriculture dans
le département de la Haute-Vienne. Il dut faire beau-
coup pour obtenir peu avec des laboureurs qui vé-
gètent tristement sur une terre avare, sans songer à
corriger les vices de leurs anciennes pratiques, sans
songer à élargir la sphère de leurs idées. C’est à lui que
ce pays est redevable de la pomme-de-terre, dont les
bienfaits ne furent réellement reconnus que lors des
disettes affreuses et homicidement préparées de 1794
et de 1816,
‘Adonné par goût à l’agriculture, il eut, dans le temps
où lés'autres pensent aux plaisirs, le bon esprit de se
livrer aux plantations, aux semis de bois, et d'assurer
el'en pente, n'a pu admettre que le châtaignier pour essence. Il à
cassi des pins; des bouleaux et des hêtres. Au nord et au couchant
Lestipr éssé par d'anciennes plantations; une prairie le borde au le-
vant, un pelit ruisseau au midi. Vers le milieu surgit une source qui
traverse tout le bois : c’est là que sur un autel rustique, on voit le
huistetle-Lannt dome la Société à fait don à cet effet à M. Jran-Aimé
Jvcé pg Sani-Maxnn , fils du défunt, et son correspondant.
( 509 }
à sa vieillesse des jouissances pures , des Jouissances
de tous les instans , et À ses enfans une richesse réelle.
En peu d’années, il quadrupla, de la sorte, la te
de son héritage s sans en élendre les limites. H attachait
d’heureux souvenirs à ses travaux : « Quand ; je faisais
» des semis d’arbres forestiers dans des landes incultes,
» m'écrivait- il le 15 août 1822, il fallait leur donner
» un nom; C’élait tantôt celui d’un.amiou d’un parent,
» mais toujours celui d’un bienfaiteur de l'humanité,
» tels que Broussonxer, p’Acuesseau, Turcor. Cet
» usage, je l’ai adopté de mes pères, Les semis, n’a -
» joute-t-il, convertis ensuiteen taillis, durent plusieurs
» siècles sur nos montagnes granitiques, pourvu qu'ils
soient bienaménagés ; et lorsqueces bois sont détruits,
4
» le nom reste toujours au champ qui les a portés : té-
» moin un enclos que je possède et qui est nommé en
patois limousin clos d’'Hérem, ce qui veut dire .clos
» de l'Ermite, parce que réellement un ermaite vint.
autrefois l’habiter. Ce clos est entouré de bois taillis
=
Y
qui paraissent très-vieux, etc. ».
En 1788, il a publié un Traité de la culture du chêne;
en 1790, une Votice des ar bres et arbustes du Limou-
sin ; et de. 1789 à 1794, il envoya le résultat de ses.
observations météorologiques à la Société d'agriculture
de Paris, qui en a enrichi les volumes qu’elle, faisait
imprimer (1).
Tandis que ses mains étaient sans cesse occupées à
diriger la charrue, à manier la bêche, à multiplier les
(1) La suite de ces mêmes observations, qui s'arrête seulement
ivec l’année 1823, est demeurée inédite.
( 510 )
essais en agriculture , son âme s’élançait dans le do-
maine de la haute philosophie ; nourri des grandes
pensées sorties de la plume des anciens et des moder-
nes les plus vénérables, il écrivit pour les jeunes gens
de 18 à 20 ans, un livre intitulé : Théorie de la Pen-
sée (1), dans le but de diriger leurs études sur eux-
mêmes, et pour leur apprendre l’art d'ajouter des ex-
périences aux expériences déjà connues, de se former
à l'habitude de tout observer , et de disposer leur es-
prit à la recherche de la vérité, dont les sciences vien-
nent énsuite ouvrir plus facilement le sanctuaire. « La
» science de l’homme intellectuel n’est guère plus avan-
» cée que du temps de PLarox. La politique des ty-
» rans, et le zèle outré des ministres de l'autel, ont telle-
» ment subjugué l'esprit humain, que dans les climats
» même où l’échelle morale de l’homme est le plus éten-
» due, il n’a pas osé franchir les limites qui lui étaient
» rigoureusement prescrites. Voilà pourquoi les mots
» de nos langues modernes ne semblent destinés qu’à
» exprimer les propriétés de la matière.» 4
A la même époque, il imprima sous le titre de Pro-
position d’un congrès de paix générale (2), un écrit
dans lequel, s’élevant plus haut que le bon abbé x
SaiT-Prerre et l’éloquent J.-J. Rousseau, il appelle
toutes les nations du globe à une sainte confédération,
afin de mettre un terme à la désastreuse manie des con-
quêtes, de donner à chaque état une sûreté nécessaire
au développement de son industrie, d’ouvrir toutes
(1) Un volume in-8e. Paris, 1806.
(2) Un petit vol. in-18. Limoges, an VII (1798)
( 511)
les voies au commerce, à la confiance, et de renfermer
dans des limites justes le pouvoir exécutif de chaque
gouvernement. Les hommes ne connaissent pas encore
assez leurs intérêts, n’apprécient pas encore assez
et leurs droits et leurs devoirs réciproques pour con-
sentir à un projet aussi philanthropique.
Il s’aperçut bientôt que ses nobles rêveries n’étaient
point de saison; il en gémit, et son âme trouva de la
consolation à penser qu’un jour, ces deux utiles ou-
vrages trouveraient du crédit auprès d’une génération
moins dévorée par l’ambition, moins âpre à l’argent
et aux prétendues grandeurs. |
Revenant à l’agriculture, il se rit du ton brillant qui
Vavait ébloui dans le monde, et il montre combien
sont différentes les jouissances que l’on goûte au sein
de sa famille, au milieu de ses cultures, en peignant
une métairie où tout annonce l’ordre, l’économie,
le bon emploi du temps et les bénéfices réels qui nais-
sent de cet accord parfait des bras et des volontés (1).
En 1808, Juce pe Sainr-ManrTin s’amusa à écrire
une brochure dans laquelle il examinait quels étaient
les causes et les effets des changemens survenus dans
les mœurs des habitans de Limoges, depuis une cin-
quantaine d'années; et comme il y attachait peu de
prix, il n’en fit imprimer que cent exemplaires. Ce
petit livre produisit une vive sensation. Tout le monde
s’y retrouvait, chacun voulut le lire, chacun voulut le
posséder. En 1817 parut une seconde édition, entière-
0
(1) Description pittoresque d’une métairie du département de la
Iaute-Vienne. Limoges, 1806, petit in-12.
( 512 }
meut refondue, et augmentée d’une nouvelle partie,
non moins piquante que la première , puisqu’elletraite
des préjugés et des usages singuliers accrédités dans le
département de la Haute-Vienne (1).
En 1812, il répondit par un petit poëme en vers li-
bres sur la vie champêtre, à une dame qui,le voyant
braver toutes les inclémences de l'air pour se livrer ha-
bituellement à la culture des arbres de toute espèce,
lui avait dit qu'il devait, avec des goûts aussi simples,
être l'homme le plus heureux de son département. Sa
réponse offre le portrait d’un sage qui fait le bonheur
de tout ce qui l’approche et trouve le sien en voyant
croître la plante qu’il a semée et prospérer en vertus
les fils formés à ses lecons.
L'art de bien observer les végétaux dans toutes les
phases deleur existence, porta Juce pe Saint-Martin à
des expériences singulières. Il a appelé l’attention de la
Société Linnéenne sur le mouvement de la sève et
sur ses relations intimes avec le cours du soleil (2) ;
la note qu’il lui a adressée sur les moyens d’avoir des
fruits agréables sans recourir à la greffe, a été commu-
niquée par circulaire à tous les membres et correspon-
dans; mais son inportance lui donne nécessairement
place iei :
» Une graine d'arbre, par exemple de poirier, se
compose de quatre parties, l'écorce qui noircit lors de
la maturité, la pellicule , les lobes et le germe; celte
(1) Un vol. in-8o de 300 pag. Limoges, mai 1817.
2) Voyez mon Compte rendu des travaux de La Socicte Lin
néenne pour l'année 1822, eu tête du Ile vol. des Mémoires, pag. lij.
\
( 518 )
dernière partie se sous-divise enradicule et‘plumule.
» La sève qui circule dans ces différentes parties , y
trouve des couloirs disposés de facon à la changer en
feuilles, en écorce, en liber, en bois, en moelle, en
fleurs , en fruits et engraines.
» Quand l’on sème une graine après lui avoir er-
levé son écorce noire, sans blesser la pellicule, on
obtient également, un arbre, quand même on enlè-
verait la pellicule et même les lobes ; mais dans ce
dernier cas l’arbre languit, et ne parvient jamais à sa
hauteur ordinaire.
» On peut donc enlever un des couloirs de lagraine,
notamment celui de l’écorce noire, sans que son orga-
nisation soit par trop dérangée. Alors toute la sève se
porte dans les autres parties, etl’arbre se trouvant privé
de l’action qu’aurait eue sur lui le couloir amputé, s’il
avait été conservé, doit éprouver un changement quel-
conque dans ses productions.
» En effet, j'ai semé des marrons ( provenus d’un
arbre greflfé sur châtaignier sauvageon }, dont j'avais
enlevé l'écorce noire : ils m’ont donné des arbres
de leur espèce , tandis que si j'avais semé les marrons
entiers , ils ne m'’auraient donné que des arbres
sauvageons.
» Si nous.appliquons cette opération aux graines
de. poirier, ou à toute autre graine, le résultat sera-
til le même? c’est ce qu’il s’agit d’éprouver dans la
saison convenable ; je vais m'en occuper.
» Mais mon grand âge ne me permettra pas d’en voir
le résultat, etil serait dommage qu’une aussi belle.ex-
périence restât en chemin. J’ai l’honneur d'inviter la
(514)
Société Linnéenne de Paris , à laquelle je me glorifie
d’appartenir depuis son origine, à l’entreprendre en
grand. Elle en sentira tous les avantages, sans que
j'aie besoin de les exposer ici : le plus remarquable de
tous, est que l’usage de la grefle pourrait se perdre
sans pour cela que les fruits cessassent de devenir tous
naturellement excellens par les soins des cultivateurs.
» Je me propose de mettre, le soir, tremper les grai-
nes dans de l’eau, ou encore mieux dans du lait,
comme on le fait pour les graines de melon; elles gon-
fleront pendant la nuit; le lendemain j’enlèverai adroï-
tement leur écorce noire, et je les semerai de suite. Je
tiendrai registre des espèces semées, et des localités
qu’elles occuperont.
» Pour connaître, le plus tôt possible, le succès que
j'aurai obtenu, je grefferai les poiriers sur coignassier,
les pommiers sur paradis, elc.; au bout de trois ou
quatre ans, ces arbustes greffés donneront du fruit qui,
selon toute apparence, sera de l'espèce primitive. »
Je ne puis qu'inviter tous les amis de l’agriculture,
à répéter ces expériences et à ne me laisser ignorer au-
eun des faits qu’ils recueilleront. La Société Linnéenne
saura gré du zèle que l’on montrera dans l’appel qu’elle
fait à l’amour éclairé pour les choses d’un intérêt réel.
Notre but à tous est d’être utiles, nous ne le serons
véritablement qu’en travaillant à augmenter les riches-
ses de notre patrie, en profitant des ressources que
nous découvre l’esprit d'investigation qui caractérise
notre âge, et qu'en montrant, par notre exemple, le
bonheur que l’on goûte à faire du bien aux hommes,
à se livrer à l'étude et à bien employer le peu de temps
( 515 )
que nous devons passer sur Cetle terre trop souvent
douloureuse.
L'homme indépendant, dont toutes les heures sont
la propriété de son cœur et de son esprit, ne connaît
point les rivalités des ambitieux, encore moinsles bas-
sesses des jaloux et des calomniateurs; heureux de
l'emploi de sa journée, il respire une joie pure ét la
partage avec tous ceux qui l’entourent. L’humeur
douce et toujours égale de notre vénérable confrère le
firent rechercher en tout temps, même à cet âge où la
plupart des hommes sont souffrans, chagrins, à charge
aux autres et à eux-mêmes. Extrêmement simple dans
ses mœurs, dans ses habitudes, il a dû une vieillesse
exempte d’infirmités à un régime sobre et quelquefois
un peu sévère. Il avait conservé religieusement les ha-
bitudes de ses pères: l'heure de ses repas fut la même
durant toute sa vie, et la mode ne put jamais lui faire
sentir son influence si despotique. L'emploi de son
temps était tracé pour chaque journée; il n’y manqua
jamais.
Quoiqu'il combautit les traditions ridicules, disons
mieux, disons comme lui, les niaiseries que les siècles
passés nous ont pompeusement transmises, et dont on
encroûte trop souvent l’enfance, il était pénétré que
sa vie devait cesser lorsqu'il aurait atteint son quator-
zième lustre, parce que, selon le dicton vulgaire, ox
doit mourir de la mort de ses parens, et à l’âge où ils
sont morts, et que, vérifiant les papiers de sa famille,
il ÿ voyait que tous ses aïeux ont vécu 80 ans, que
leur genre de vie était celui qu’il avait adopté, qu'il
avait lemême tempérament qu'eux. Cette erreur, bien
( 516 )
excusable sansdoute, puisqu’elle s’est vérifiée et qu'ici
elle n’a rien de contraire à la morale publique , n’a
point altéré la gaîté franche de Jues Saixr-Manrin. Un
an avant sa mort, il ordonna de déposer sa dépouille
mortelle dans le tronc d’un des sapins que sa main
avait semés, et qui avait atteint à la grosseur nécessaire
pour fournir le cercueil etle couvercle pris dans le
même morceau, Ses volontés ont été religieusement
exécutées,
Véritable philosophe, ami sincère de son pays, ila
fait tout le bien que peut faire un hommeinstruit, zélé
et jouissant de cette autorité que donnent les vertus
publiques et privées. Il a contribué à répandre les lu-
mières dans un département naguère en retard de plus
d'un grand siècle; il a donné une existence à son agri-
culture; il a fourni aux sciences des faits utiles et ou-
vert aux pauyres, par le travail, des ressources du-
rables qu’ils étaient loin d’espérer.
Je manquerais à sa mémoire, si je ne rapporlais, en
finissant ces lignes que son amitié pour moi récla-
maient de mon cœur, les vers gracieux qu’il adressa
six ans avant sa mort à l’arbre chéri dans le corps du-
quel on a renfermé ses dépouilles mortelles, aujour-
d’hui déposées au lieu de Saint-Martin, très-ancienne
propriété, de sa famille, située à 4 kilomètres de Li-
Imoges.
« Lorsque je Le sémai dans ma tendre jéunesse,
» O superbe:sapin! je ne prévoyais pas
» Que tu ‘pourrais si LÔL couronner; ma vicillesse,
» Et que tu servirais le jour de mon tré pas,
(517)
» Déjà ton riche tronc passe mon espérance;
» Les aatans déchaïnés n’ont pu le renverser :
» Et mes bras affaiblis n’oseraient embrasser
» Le trop vaste contour de ta colonne immense.
» Quand Nelson eut détruit un superbe vaisseau,
» Il voulut jusqu'au bout jouir de la victoire;
» Il denna l’ordre exprés de creuser son tombeau
» Dans le grand mât qui fut le témoin de sa gloire.
» Mais sa main, comme moi, ne l'avait pas semé,
» Ses yeux, distraits ailleurs, ne l'avaient pas vu naître;
» Moi, plus heureux que lui, j'ai su te donner l'être,
» Et, depuis ce moment, je t'ai toujours aimé.
» Dés que je sentirai venir ma derniére heure,
» En toi, j'irai creuser moi-même mon cercueil;
» Ta me verras mourir, et borner mon orgueil
» À trouver dans ton sein ma funébre demeure.»
La Société d'agriculture, des sciences et des arts de
Limoges, a, par l’organe de son savant secrétaire M. Ar-
DENT, payé un juste tribut à la mémoire de celui de
ses membres qui fut le plus distingué, le plus ardent,
et pour ainsi dire le moteur secret de tous ses travaux.
LAS ARR VS
Gzonces-Louis-Marie Du Monr ne Co urser naquit
à Boulogne-sur-Mer, le 16 septembre 1746. Son édu-
calion fut très-soignée, il fit de brillantes études au
collége du Plessis, à Paris, qui jouissait alors d’une ex-
cellente réputation. A la culture des langues anciennes
il joignit celle des sciences exactes qui donnent de l’a-
( 518 )
plomb au jugement, et des beaux-arts qui charment
la vie et servent de délassemens à de plus importans
travaux.
Destiné à l’état militaire, il y entra à l’âge de dix-
sept ans et arriva bientôt au grade de capitaine de cava-
lerie. Envoyé au pied des Pyrénées, il voit un nouveau
monde s’étendre à ses yeux; à chaque pas il découvre
des plantes qu’il ne soupconnait point; ilse sent comme
inspiré, et en un instant le voilà botaniste, étudiant
avec ardeur Tournerort et Linné, et ses savans suc-
cesseurs. Il résolut dès lors de se dévouer à F'aimable
science; il quitte le service, se marie, et, retiré dans
le domaine de ses pères, il forme ces admirables jardins
dont il a donné les plans et décrit toutes les produc-
tions dans le Botaniste-cultivateur (1).
Ces jardins sont situés à 25 kilomètres ou 5 lieues
de Boulogne-sur-Mer; consacrés à l’étude de la bota-
nique, aux essais de culture et de naturalisation des
plantes exotiques de pleine terre, des arbres fruiliers
et forestiers, ainsi qu’à la propagation des végétaux de
simple agrément, ils renfermaient 3600 espèces de végé-
taux de toutes les températures, distribuées de manière
à flatter l'œil par la diversité des ports, par la variété des
feuilles, des fleurs et des fruits, ou par des contrastes
propres à intéresser et à instruire. Les plantations ont
été commencées en 1784 et en 1788, et le jardin n’a
(1) Cet ouvrage, que le monde savant accueillis avec une sorte
d'enthousiasme, a eu deux éditions; l'une en 3 volumes in-8°, Paris,
1802, et l’autre, en 6 volumes, publiée en 1811, avec un supplément
formant un septième volume.
( 519 )
recu la forme qu'il avait au 7 juin 1824, jour dela mort
de Du Moxr ve Courser, qu’en 1792 et 1794. Les serres
étaient belles, longues en totalité de 52 mètres ou
160 pieds, mais beaucoup trop resserrées à raison du
nombre d'individus qu’elles renfermaient. La masse des
châssis était de 59 mètres ou 120 pieds. Mais ce qui
manquait à ce vaste domaine, c’étaient des eaux cou-
rantes, C'était un ruisseau qui en animât toutes les
parties : on ne pouvait s’y procurer que de l’eau de
pluie. Un autre inconvénient : quoique placé près des
frontières de la Belgique et de l'Angleterre, son accès
était difficile au voyageur par la nature même de
la localité, par l'éloignement des grandes routes et
l'intempérie presque sans cesse menaçante. Quoi qu’il
en soit, Du Monr ne Courser y fit de très-grandes
choses; il y a rendu des services signalés à l’agriculture
et à la botanique; il y a créé ce recueil précieux où le
botaniste-cultivateur trouve réunie la pratique la mieux
réfléchie à la théorie la plus profonde.
Là, Duo Monr »g Gourser a passé sa vie entière au
milieu de sa famille, de ses plantes et de ses livres ; là,
il a goûté tous les charmes de la paternité, tous les
plaisirs de la retraite, tous les avantages de l’existence,
que l’on apprécie mieux à la campagne que dans ces
foyers de corruption, de tracasseries et d’ambition
que l’on nomme cités. Ghaque jour il visitait ses plan-
tes et veillait sans cesse pour deviner leurs besoins;
une d’entre elles lui donnait-elle pour la première fois
une fleur, il ne la quittait pas qu’il n’eût fixé sur le pa-
pier sa beauté fugitive. Il dessinait fort bien, et il a
laissé dans le genre iconographique un porte-feuille
( 520 })
très-précieux et renfermant plus de 15 à 1800 plantes.
La musique et la littérature partageaient le temps qu’il
appelait celui de ses délassemens. Sa correspondance
était très-étendue, et ses lettres renfermaient toujours
des choses importantes. Gelles que j’ai reçues delui sont
du plus haut intérêt sous le rapport de la science. TI
jugeait les hommes avec indulgence et les livres avec
sévérité : quand on écrit pour le public, il faut de la
bonne foi, de la simplicité et des faits nouveaux bien
observés, et généralement les livres de nos jours sont
loin de présenter ce triple cachet : on écrit pour faire
de l’argent, on fait des livres avec des livres, etl’on ne
craint point de donner pour sien ce qui appartient à
des auteurs peu connus ou morts en laissant leurs tra-
vaux inédits.
Pendant les tempêtes politiques de 17093, Du Moxr
pe Courser fut arraché à ses jardins et conduit dans
les prisons que les factions à l’étranger peuplaient à
chaque instant des hommes les plus indépendans, des
hommes les plus utiles à la patrie; mais, grâces aux
sollicitations d’Axpré Tnowix, et de quelques savans
aussi francs, aussi loyaux, il fut bientôt rendu à ses pé-
nates qu’il ne quitta plus. Quand le botaniste-cultiva-
teur du Courset parlait de cet événement, il disait :
« Ce fut une des plus singulières circonstances de ma
» vie; je n’eusse eu, sans elle, à montrer qu’une exis-
» tence monotone, qu’une existence toujours heureuse.
» L'erreur et le crime étant liés aux grands événe-
mens politiques, je n’äi pu me fâcher de me voir un
3
» moment leur victime. »
En 1584, Du Mowr ng Counser avait publié sur
(5219)
l'agriculture du Boulonnais et des cantons maritimes
voisins un mémoire qui contribua à changer la face
agricole de ce pays; de 1786 à 1789, il a fourni dans
le recueil de la Société d’agriculture de Paris des Ob-
servations géorgico-météorologiques du plus haut in-
térêt et dont les remarques, relativement à la végéta-
tion, aux récoltes, aux bestiaux et aux insectes,
étaient puisées dans une étude approfondie des choses.
Il a enrichila Feuille du Cultivateur, les Annales de
l'agriculture française, et surtout la Bibliothèque des
Propriétaires ruraux, de plusieurs articles qu’on lit -
encore aujourd'hui avec plaisir et profit. En 1708, il
a donné une petite brochure ayant pour titre : Météo-
rologie des cultivateurs, suivie d'un avis aux habitans
des campagnes sur quelques-uns de leurs préjugés.
Il appartenait à l’Institut comme correspondant, à la
Société Linnéenne comme membre honoraire, et à
une foule de compagnies savantes comme associé, Ilest
mort avec la satisfaction de l’honnête homme qui a
utilement employé son temps etses connaissances.
On avait répandu le bruit qu'après sa mort les beaux
jardins de Courset seraient détruits, et que la charrue
rendrait aux graminées un sol tout couvert de fleurs
et d'arbres étrangers. Ge bruit est une injure faite à
la fille de lillustre botaniste-cultivateur et à M. px
Gourieny, son époux. Tous deux ils regardent comme
un devoir de la piété filiale de conserver intact 1e
ihéâtre des pensées, des plaisirs, des utiles travaux et
de la gloire de leur père.
Listes les
( 522 )
Louis Reywier, l’un des membres de la Société Lin-
néenne de Paris, lors de sa première fondation en 1788,
et correspondant depuis sa restauration en 1820, na-
quit à Lausanne en Suisse, en 1762, où il est mort, le
17 décembre 1824, âgé de soixante-deux ans, suc-
combant à une maladie de peu de jours. Sa vie inté-
rieure fut toute aux sentimens d’un bon époux, d’un
bon père, d’un bon ami, aux études solides et à l’acti-
vité intellectuelle la mieux soutenue; sa vie extérieure
-au contraire fut tourmentée de mille manières et pour
ainsi dire sans fixité positive. Cependant, tandis que
l’une le plaçait au rang des savans, l’autre le montrait
tantôt à la tête d’une maison de librairie à Paris, tan-
tôt dirigeant ses propriétés rurales comme agriculteur,
ensuite comme administrateur, enfin comme citoyen
dévoué à la cause de son pays.
Fort jeune, il se fit connaître par des poésies qui an-
nonçaient du génie et une imagination heureuse ; puis
ilse voua aux sciences physiques et publia un Mémoire
sur le feu et sur quelques-uns de ses principaux
effets (1); mais la botanique dans ses applications à
l’économie rurale arrêta son choix, et dès lors il s’y
livra tout entier. Les Mémoires pour servir à l'histoire
physique et naturelle de la Suisse (2) et interminable
entreprise de lPEneyclopédie méthodique (5) devinrent
(1) Un vol. in-8”. Lausanne, 1787.
(2) De cet ouvrage, entrepris par Reynier et SrRuvE, il n'a paru
qu'un seul volume. I] à été imprimé à Lausanne en 1788, in-80.
(3) I a particuliérement travaillé au Dictionnaire d'agriculture.
Les articles Brouissure et Climat sont les deux plus remarquables.
( 523 )
le théâtre de ses investigations et le dépôt des pensées
qu’elles lui inspiraient.
Des sociétés savantes s’empressèrent de l’associer à
leurs travaux, I visita successivement et son pays et la
Hollande, où il demeura un peu plus d’une année:
puis il vint en France pour s’y livrer à ses études fa-
vorites et profiter des lumières des savans qui feraient
le charme de la capitale s’ils vivaient entre eux avec
plus d’intimité, et s’il régnait véritablement dans leur
commerce cette bonhomie, cette sincérité, qui atta-
chent chez un petit nombre. Un instant il revoit en-
core ses pénates, se marie et vient s'établir à Garchy,
dans le département de la Nièvre, où il avait acquis
un domaine.
Il y passa plusieurs années, occupé de travaux agri-
coles, et jetant les bases de ce grand et bel ouvrage,
qu'il a malheureusement laissé incomplet, sur l’é-
conomie politique et rurale des plus anciens peuples
connus.
En 1799, quand la mémorable expédition francaise
en Egypte fut résolue, Louis Revnier s’y trouva des
premiers employé. Elle flatta le but de son ambition :
il partit avec joie, espérant bien profiter d’une cir-
constance aussi belle pour le développement de l’ou-
vrage qu'il avait concu et pour découvrir de nouveaux
faits. Arrivé dans cette contrée, dont on n’avait jus-
qu’alors décrit que les gigantesques monumens, il l’ex-
plore dans tous les sens, sous le triple rapport phy-
sique, moral et politique. La place de directeur des
revenus en nature et du mobilier national, et les fonc-
tions de conseiller au conseil privé d'Egypte, qui
09.
(594 )
lui sont successivement confiées, le mettent à même
de recueillir sur l’économie rurale et politique de
l'Egypte et des Arabes, ses voisins, ses conquérans el
ses victimes, les données précises qui avaient manqué
à tous les voyageurs jusqu’à lui. La Décade philoso-
phique (1), la pâle Revue (2) qui lui a succédé en
1806, le Courrier de l'Egypte et la Décade égyp-
tienne (3), ainsi que les Mémoires sur l'Egypte (4),
renferment de lui de nombreux articles sur les sujets
différens qui se présentaient sans cesse à ses yeux
avides de découvertes. r k
Louis REYNIER supporta courageusement les désas-
tres que la perfidie et la trahison firent peser sur l’ar-
mée française, il revint à Garchy, au sein de sa famille,
fatigué, appauvri, mais riche de connaissances que le
droit affreux de la guerre n’avait pu lui ravir, et qu’il
exploita plus tard pour sa grande entreprise et dans le
(1) De l’état politique de l'Egypte, an X, n° 12 et 13. — Sur les
charrues des anciens, an XIT, n° 3. — Sur le byssus , n° 11:— Con-
Jectures sur les anciens habitans de l'Egypte, n° 23. — Sur les py-
ramides d'Egypte, n° 32.
(2) Sur le sphinx qui accompagne les pyramides, an XIII, n° 10.
— Sur le dieu Chasse-mouche, an XIV.— Sur la plaine de Sen-
naar, 1806, n° 2. — Sur l'interdiction des fèves dans quelques ini-
tiations anciennes, 1807, n° 2.
(3) Ces deux recueils imprimés au Kaire renferment plusieurs
mémoires; je n'ai pu me les procurer.
(4) Cette colléction publiée, petit in-49, dans les années VI, VIT,
VIII et IX, renferme, de Iz Reynier, le tome HI des observations
sur le palmier-dattier, et sur la méthode de caprification usitée sux
le figuier-sycomore; le tome IV des considérations générales sur l’a-
griculture de l'Egypte et sur les améliorations dont elle est suscep-
tible.
( 525 )
livre, plein de faits, qu’il publia en 1807 sur la domi-
nation des Romains en Egypte (1).
Peu de temps après son retour en France, il fut
appelé à Naples pour aller organiser les Calabres-selon
le régime imposé à ces pays par la conquête. Il avait fait
ses preuves en Egypte; il obtint ici de nouveaux, dé
brillans succès. Il fut ensuite, comme conseiller d’é-
tat, chargé de la surintendance générale des postes.
Les instans qu’il avait de libres, il les employait
à explorer sous le rapport de la botanique et de la
numismatique ces régions tant de fois célèbres pour
leurs productions variées, pour les grandes révolutions
politiques dont elles furent le théâtre et pour les
hommes illustres qui ÿ donnèrent naissance à ces sys-
ièmes de philosophie qui partagent les hommes et où
germèrent les premiers rudimens de la grande réforme
religieuse que terminèrent Luruer et GALvin.
Bientôt Louis Revnier dut s'occuper à donner à l’ad-
ministration forestière une organisation nécessaire.
Il y avait de nombreux abus à détruire, un ordre ri-
goureux à établir partout, une marche régulière à
imprimer aux rouages de cette partie importante des
revenus de l’état : il fut heureux dans cetie entreprise,
et le bien.qu’il fit alors est encore sensible, malgré la
paresse, la routine et la tyrannie qui tendent sans
cesse à détruire les institutions utiles.
L’affreuse pête politique qui ébranla l’Europe
en 1814 et en 1819, cette époque épouvantable des
re
(1) De l'Egypte sous la domination dés Romains; Paris, 1807,
H-80,
( 526 )
fastes français, détruisit en un instant toutes les espé-
rances de Louis Rexnier. Il se retira à Lausanne, et il
vit avec reconnaissance ses compatriotes lui offrir l’in-
tendance des postes du canton de Vaud. Il en remplit
les devoirs avec un zèle d’autant plus vif, qu’il désirait
payer le service qu’on lui avait rendu : il était parvenu
à rendre cette branche des revenus publics moins
onéreuse aux ciloyens, dans le même temps qu’elle
enrichissait l'Etat,
Dès qu’il eut recouvré ie calme si nécessaire aux
méditations du cabinet, il fit successivement paraître
plusieurs parties de son grand ouvrage. En 1818, il
donna le volume relatif aux Geltes, aux Germains et aux
autres peuples situés au nord et au centre de notre
vieille Europe; en 1819, celui qui concerne les Perses,
les Phéniciens, et toutes les nations qui ont fleuri, sous
différens noms, dans les contrées renfermées entre
VEuphrate et l’Indus, la mer Gaspienne et le golfe
Persique; en 1820, celui sur les Arabes, les Juifs et
les peuplades asiatiques qui furent témoins de la ré-
volution à la fois religieuse et politique successivement
opérée par Moïse, par Hiésus et par Manouer; enfin
en 1825, il publia le volume consacré aux prémiers
Ethiopiens, aux Egyptiens et aux Carthaginois. Il s’oc-
cupait de l'impression d’un cinquième volume sur
les Grecs, lorsque la mort vint rompre la trame de
ses jours; mais comme le manuscrit était entièrement
terminé, il est à présumer que sa famille ne nous le
laissera pas désirer long-temps.
Le but de cet ouvrage important était d'offrir sur
les plus anciens peuples un corps d'histoire politique
( 527 )
et morale, unique en son genre, en examinant avec
une attention sérieuse leurs travaux agronomiques, en
en suivant les phases de grandeur et de calamité de-
puis les premiers âges de la civilisation connue jusqu’à
l’époque avilissante où le colosse du despotisme ro-
main s’écroula sous ses propres ruines ; l’auteur voulait
montrer l’influence publique et secrète qu’exercèrent
sans cesse sur les peuples l’action du gouvernement,
celle des ministres des autels, celle des crises politi-
ques qu’enfantent la tyrannie, la faiblesse ou de cou-
pables condescendances, et celle plus grave, quoique
moins sentie d’abord, des fautes en administration, du
mauvais emploi des deniers de l'Etat. Dans les volumes
imprimés, quoique souvent abandonné par les monu-
mens historiques et par les traditions, Louis Reynier
a su faire servir au présent les lecons du passé; et jeter
un large rayon lumineux sur des époques mal vues,
sur des peuples mal jugés, sur de vieilles causes en-
core existantes et jusqu'ici fort mal appréciées. Il est
fâächeux qu’il n’ait pu traiter des âges moins anciens,
qui ont de si grands rapports avec celui où nous vivons.
Nommé conservateur des antiquités du canton de
Vaud, il en a enrichi la collection de plusieurs mor-
ceaux précieux; il a contribué à l’établissement de la
Société cantonale des sciences naturelles, et montrait
par son assiduité aux séances l'intérêt qu’il prenait à sa
prospérité : il regardait à juste titre comme sacrée l’o-
bligation consentie, lorsqu'on entre dans un corps sa-
vant, d'en soutenir la gloire et d’en maintenir les
statuts.
La mort d’un fils qu'il chérissait tendrement, qu'il
( 528 )
avait fait admettre à la Société Linnéenne comme
membre auditeur, et qui lui donnait les plus hautes
espérances comme botaniste et comme médecin, in-
flua singulièrement sur sa santé. IL en concut une
douleur tellement concentrée, qu’elle se métamor-
phosa presque aûssilôt en une maladie des plus gra-
ves. Du moment qu’elle fut ostensible, il descendit les
froides marches du tombeau.
Il possédait un herbier riche de 14,000 plantes
toutes recueillies par lui et qui a été acheté par M. Du-
Nan», de Gènes, pour la somme de 2000 fr. On en avait
préalablement détaché les légumineuses, qui furent
données à M. ne Ganpozze. Sa collection de médailles,
qui renferme 9328 médailles en argent, en bronze et
plomb, de tous les modules, est estimée 10,000 fr.; elle
est conhue par le catalogue qu’il en a donné en 1818.
Ce catalogue n’est pas une simple énumération et des-
cription des médailles; les plus rares, les plus impor-
tantes y sont examinces sous tous les points de vue
d’une critique éclairée. Louis Reynier y émet souvent
des opinions très-opposées à celles qui sont générale-
ment adoptées; mais il le fait avec beaucoup de ré-
serve, et comme il force pour ainsi dire à descendre
avec lui dans l’examen le plus approfondi, il n’est point
rare qu'on ne finisse par se ranger de son avis. C’est
ainsi qu’on restitue avec Jui à la ville de Yrina les mé-
dailles attribuées jusqu’ici à la ville de Hyrium en Apur-
lie, et à celle de Surrentum (1).
(1) Précis d’une collection de médailles antiques, contenant La
( 529 )
On lui attribue un petit livre sur le louvet, maladie
des bestiaux ; c’est à tort : il est de son père, qui en
publia la première édition en 1762. Le Magasin ency-
clopédique de Micuin, et la Feuille d'agriculture du
canton de Vaud, que rédige M. le professeur Cna-
vANNES, renferment plusieurs mémoires de Louis Rey-
NIER.
Il eut toutes les qualités d’an excellent chef de
famille; il était bon ami, savant modeste. À la fran-
chise d’un caractère noble, il joignit l’austérité répu-
blicaine dans les mœurs et dans les habitudes. Sa cor-
respondance était active et fort attachante.
22.522220)
Pierre -Francoirs-Marie Bounper (de la Nièvre),
ex-capitaine au corps d’état-major-général du génie,
géologue-voyageur, correspondant de la Société Lin-
néenne de Paris, de la Société minéralogique de Jéna,
de la Société helvétique des sciences naturelles, etc.,
naquit à Saint-Parize-le-Châtel, département de la
Nièvre, le 25 avril 1785. Dès l’enfance la plus tendre
un goûl très-prononcé pour l'observation l’entraîna
vers la culture des sciences naturelles; ce goût fut tel
que, à peine âgé de quatorze ans, il avait réuni une
collection complète de tous les minéraux et de tous
les fossiles de son département, et qu'il cherchait
toutes les occasions pour étendre le genre de ses
description de toutes celles qui n'ont pas été décrites ou qui sont
peu connues. Gencve, 1818; un vol. in-8°, avec 3 planches.
© (530 )
explorations, et augmenter la masse des faits qu'il
rassemblait. Formé par les lecons et aidé des sages
conseils du bon abbé TrourrLaur, alors professeur
d'histoire naturelle à l’école centrale de Nevers, il
vint, en 1800, se perfectionner à Paris. Il y suivit
avec avidité et une assiduité‘constante les divers cours
qui, chaque journée, ont lieu au Muséum d’histoire
naturelle ; mais il s’attacha de prédilection aux leçons
du modeste Havy, à celles de géologie que donnait
Fausas pe SaintT-Fon», et surtout aux travaux de
l’homme de génie qui, à la lueur du flambeau de l’a-
natomie comparée, recréa les nombreuses espèces
d’animaux fossiles dont notre globe recèle les débris.
Au milieu de ses études, Bourper fut comme sur-
pris par la loi de la conscription; il lui fallut aussitôt,
en 1805, quitter le paisible domaine des sciences na-
turelles pour suivre le tumulte des camps et courir
les hasards de la guerre. Gependant son goût domi-
nant pour les choses utiles le suivit sous les drapeaux
de la victoire, et il consacra aux recherches géologiques
et à l'observation le peu de loisir que lui laissait la vie
active de soldat. Une fleur, un insecte, une pierre le
délassaient des plus rudes fatigues : ils le reportaient
aux jours où, sous les auspices d’illustres professeurs,
il sondait les secrets de la nature, il apprenait à cons-
tater ses phénomènes si variés, et cherchait à pénétrer
l’histoire de ses nombreuses révolutions. Ges instans
délicieux redoublaient son courage et l’excitaient de
plus en plus aux méditations profondes.
En 1808, il revint un instant à Paris, apporlant une
( 991 )
abondante récolte en tous genres des contrées qu'il
avait parcourues. Il était uniquement occupé à classer
ces divers objets, quand, tout -à-coup, en 1809, il
fut obligé d’aller rejoindre la grande armée en Alle-
magne. Il vit alors la Bohème et la Croatie, où rien
n’échappa à ses yeux investigateurs. Îl goûta des jouis-
sances pures, et dont il parlait toujours avec un nou-
veau plaisir, sur les rochers qui bordent la Moldau, sur
les bords suaves de la Gulpa, de la Save et de l’Una,
où les fleurs abondent, et où la terre découvre à celui
qui sait l’interroger les médailles d’un monde, plus
d’une fois, et à des intervalles plus ou moins longs,
envahi par les eaux de l'Océan.
Fait prisonnier, lors de la retraite désastreuse de
Moscou en 1815, il obtint la permission de parcourir
une bonne partie de la Russie, les monts Ourals, où le
pin cembro élève sa tige droite et svelte à plus de vingt-
cinq mètres de haut, et toute la Sibérie, dont le sol
fertile et très-varié demanderait des bras libres pour
être plus productif encore. En 1814, il revit la Polo-
gne, visita la chaîne des Krapacks, la Hongrie, la Tran-
sylvanie, le pays de Bannat qu’arrose le Danube, la
Sclavonie, l'Autriche et la Bavière.
De retour en France, en 1815, son service d’offi-
cier d'état-major l’appela en Gorse, où il résida jus-
qu’en 1817. Plus calme, et ayant à lui beaucoup plus
de temps, il se mit à explorer cette île sous tous les
rapports. Bientôt, il eut singulièrement enrichi ses
collections, et arraché aux brèches osseuses des envi-
rons de Bastia des restes d’animaux que les natura-
( 532 )
listes avant lui n’avaient point encore observés. Il les
a décrits avec soin (1). Il a fourni sur la situation
agricole de cette contrée très-intéressante des rensei-
gnemens qui confirment ceux déjà publiés (2), et in-
diqué des moyens d'amélioration propres à produire
de grands résullats : ce mémoire, remis au ministère
de l’intérieur, est demeuré sans effet; il dort dans les
cartons avec d’autres projets non moins utiles.
En 1819, Bounper entreprit un voyage en Suisse,
dans la vue d’exploiter en géologue instruit ce pays
sur lequel on a tant écrit, et sur lequel il reste encore
beaucoup à dire, particulièrement sous le rapport de
l’histoire physique et des productions naturelles.
À cette époque il publia un ouvrage ayant pour titre :
Mémoire sur les qualités et les connaissances que doit
avoir un naturaliste voyageur (5), excellent écrit, où
il indique les moyens de recueillir, de conserver et
d’expédier le plus sûrement et le plus économiquement
possible les objets d'histoire naturelle, et où il donne
un traité complet de taxidermie. Durant l’année 1820,
il rassembla de nombreux malériaux sur les ichthyo-
dontes (4), les odontholites, les fougères que l’on voit
empreintes dans les schistes, ainsi que sur les tortues
fossiles et les ossemens qui constituent le Mont de la
(1) Ce mémoire sera imprimé daus Le IVe volume des Mémoires
de la Société.
(2) Voyez les Considérations sur létat de l'agriculture en Corse,
que j'ai publiées en 1809 à Paris, in-6°.
(3) Un vol. iu-8°. Berne, 1820, avec une planche lithographic
(4) Get ouvrage est sous presse, il paraitra en 1825 à Genéve
( 535 )
Molière, l’un des points culminans de la Suisse cen-
trale (1).
Ce fut aussi en 1820 , qu'il tenta les 18, 19 et 20
août de gravir au sommet du Mont-Blanc, où le cél-
bre Horacz-Bé£nénicr pe Saussure monta le premier.
Cette expédition dangereuse, qui promettait de belles
expériences de physique, de physiologie, de géologie
et de botanique, faillit coûter la vie aux cinq voya-
geurs et aux quinze guides , compagnons de Bourper;
trois guides périrent sous une longue avalanche de
neige, Bourper fit une chute qui nécessita pour lui,
en 1821, une opération des plus douloureuses, et de-
vint trois ans plus tard la cause de sa mort préma-
turée. Les tristes résultats de cette ascension ont laissé
pour long-temps de fâächeux souvenirs dans la déli-
cieuse vallée de Ghamouny (2).
En 1822, Bourper revint un instant en France; de
là, il passa en Angleterre, où il séjourna très-peu de
temps à cause du climat qui ne convenait nullement à
sa santé cruellement altérée, et avant la fin de l’année,
il était de retour à Genève, où il publiases Recherches
sur les ichthyosiagones ou plaques maxillaires de pois-
sons, qu'il avait vues dans ses voyages, et découvertes
au Mont-Voirons, en Savoie, et dont, le premier, il
sut véritablement reconnaître la nature : les autres
(1) Plusieurs de ces différens mémoires seront insérés dans les vo-
lumes suivans de la Société Linnéenne.
(>) La relation de cette tentative infructueuse se trouve dans le
Ie volume des Mémoires de la Société.
( 554 )
observateurs les ayant toujours jusqu'alors considé-
rées comme des débris de coquilles (1).
En 1825, il épousa la veuve de Gran, artiste dis-
tingué de Berne, et qui elle-même manie avec beau-
coup d'habileté le crayon et le pinceau. Gest à cette
dame, l’une de ses associées-libres, que la Société
Linnéenne est redevable du portrait du célèbre HazLer
et de plusieurs dessins qui figurent dans ses Mémoires.
Paris revit Bourper en 1824, mais ce fut pour la
dernière fois; il devait y payer le dernier tribut. Sa
santé défaillante devint de plus en plus mauvaise ; elle
fut agravée par la perte d’un enfant qu'il affectionnait
tendrement , et le 20 décembre il rendit le dernier
soupir entre les bras de son inconsolable épouse et de
ses amis en larmes.
(1) Brochure in-4° de 8 pages d'impression, avec une planche li-
thographiée.
SOCIÉTÉ LINNÉENNE
DE PARIS. ?
SAV NAVMAN 0/0 LEA LAVAL VU VU VU V0 AA A/R VD
TROISIÈME PARTIE.
BULLETIN LINNÉEN.
VV VV VA VV UV
AAA VV VUS € WAV VUE VU
VV A0 00/0 00/00 VV AUUUAA LA/VY 0/0 AA V0 LD, VOD E VD 7 N/D
BULLETIN LINNÉEN.
N° 1. —MARS 1824.
PRIX PROPOSÉES POUR 1824.
L. Prix de zoologie. — Des observations, dont quelques:
unes reposent sur des faits attestés par des naturalistes
instruits, semblent prouver que parfois on découvre dans
des masses de pierres plus ou moins dures, dans des troncs
d'arbres et même dans des couches de houille, des êtres
vivans, tels que serpens , crapauds, lézards, insectes, etc.,
sans qu’on puisse se rendre compte comment ils y ont pé-
nétré, comment ils y ont conservé la vie.
La Société Linnéenne de Paris désirerait qu’on rassem-
blât tous les faits analogues qui ont été rapportés par les
écrivains ; qu’on établit leur degré réciproque de proba-
bilité ou de certitude, en rapportant textuellement les
preuves sur lesquelles ils reposent, et en s’attachant à réunir
toutes les circonstances critiques qui peuvent éclairer sur
l'existence et la cause probable de ces faits, et que le tout
fût traité de manière à établir d’abord'les pièces d’où
l'on peut et l’on doit partir pour expliquer, s’il y a lieu, le
phénomène en question.
Quelques observateurs ayant pensé, à l’égard des ani-
maux trouvés dans des troncs d’arbres, que l'individu y
avait pénétré, jeune encore, par un accident quelconque,
s’y était développé, et y avait acquis l'accroissement ordi-
naire qu'il prend à l'air libre, la Société Linnéenne dé-
Ll
(2)
sire que l’on examine cette singulière opinion ,et que l’on
montre si les lois de la physiologie permettent ou non de
Padmettre.
Enfin, par rapport aux animaux trouvés dans des blocs
de pierre, il importe de voir si la même théorie peut leur
être appliquée, ou s'ils ont été enveloppés, dans l’état où
on les trouve, par la matière liquide, laquelle, en se dur-
cissant, a produit la masse pierreuse qui:les renferme ; et
dans ce cas expliquer comment la vie a pu ne pas cesser ;
constater, autant qu'il sera possible, par la nature des
masses pierreuses , leur gisement relatif, leur homogénéité,
l’époque géologique à laquelle on peut rapporter l’empri-
sonnement de ces animaux, en ayant égard aux causes
accidentelles qui peuvent diminuer l'intérêt et l’impor-
tance de tel ou tel fait.
Une médaille d’or de trois cents francs, ou sa valeur,
sera remise, en séance publique, le 28 décembre 1824, à
celui qui répondra, le plus complétement possible, aux
différentes questions proposées. La meilleure monogra-
phie qui satisfera entièrement aux vues de la première
partie du présent programme, obtiendra, en cas de non
solution satisfaisante sur la seconde partie, à titre d’encou-
ragement, une somme de deux cents francs.
Les mémoires doivent être remis, franc de port, au
Secrétaire perpétuel de la Société avant le 1°" octobre
1924.
&
IT. Prix de botanique. Dans la fleur, il existe un organe
qui sécrète une liqueur musoco-sucrée, premier rudiment
du miel que l’abeille nous fournit. Cet organe a reçu le
nom de nectaire (1). 11] manque dans les trois quarts des
(1) L'Académie des siences et belles-lettres de Bruxelles avait mis
an. concours, en 1820, une question ainsi conçue : La définition dw
(5)
végétaux connus, et dans ceux où on le trouve il n’est pas
également le même aux yeux de tous les botanistes : on
peut dire que c’est un point dogmatique des élémens de
la science, le plus obscur dans tous les ouvrages publiés
jusqu'ici.
Selon Lann£, on doit entendre par nectaire les corps
glanduleux , les pores , les appendices , les formes anoma-
les, et généralement toutes les parties de la fleur étran-
gères aux organes sexuels et à leurs enveloppes.
Quelques botanistes justement esLimés nient l’existence
du nectaire, ou s’ils la reconnaissent , ils placent cet organe
tantôt à la naissance des pétales, autour des ovaires, ou
dans la gorge de la corolle; tantôt sur le réceptacle, à la
base des anthères, entre les étamines ou sur le pistil. Chez
les uns, le nectaire est un cornet, une écaille, une glande
et même une espèce de poils; ou bien une fossette, un
sillon, une excroissance. Chez les autres, c’est l’éperon
court que l’on voit près du style; c’est toute portion quel-
conque de la fleur qui se présente éminemment prolongée
ou difforme ; ce sont les taches plus où moins remarqua-
bles que l’on observe à la base des pétales ou des corolles
d’un certain nombre de fleurs. En un mot, on n’est point
d'accord sur ce que l’on doit exclusivement appeler nec-
taire, et l’extrême diversité d’opinions à ce sujet tend à
prouver la nécessité de s’entendre.
Dans la vue de faire cesser toute incertitude et de fixer
nectaire donnée par Liwné convient-elle à tous les organes désignés
jusqu'a ce temps sous ce nom? En cas de réponse négative, on de-
mande une classification physiologique de ce méme organe. — Cette
question a été remise au concours pour 1822, et comme elle est de-
meurée sans réponse, elle a été retirée. L’indifférence apportée à cet
appel, est due, sans aucun doute, au peu de développement de la
question. |
(4)
invariablement ce qu’il convient de nommer nectaire, la
Société Linnéenne de Paris fait un appel aux botanistes
et leur propose de résoudre les questions suivantes :
Quel est l'organe dans la fleur auquel on doit exclusi-
vement donner le nom de nectaire? À quel caractère
peut-on le reconnaître? Et de quelle importance est-il
pour les végétaux qui en sont pourvus ?
Une médaille d’or de trois cents francs, ou sa valeur,
sera remise, dans la séance publique du 28 décembre
1824, à l’auteur qui aura pleinement satisfait à toutes les
conditions du présent concours.
Les mémoires doivent être remis avant le 1° octobre
1824.
CR
Programme d'un prix de physiologie végétale
remis au CONCOurs pour 1825.
Des idées ingénieuses ont été publiées dernièrement sur
le mouvement de la sève dans les végétaux; mais elles
tiennent trop à l’hypothèse, et quelques aperçus justes sont
tellement poussés au-delà des limites de la probabilité,
qu’il est impossible de s’y arrêter. Quelques savans ont
émis aussi, sur l'accroissement des végétaux , des opinions
qui se rattachent, au moins sous quelques rapports, à la
théorie du mouvement de la sève; mais elles paraissent
insoutenables au plus grand nombre des observateurs. Ce-
pendant des recherches attentives, régulières et compa-
ratives, sont devenues d’une très-haute importance, et
doivent porter un grand jour dans le système actuel de
nos cultures , et amener d’utiles changemens dans nos pra-
tiques économiques,
Désirant déterminer ces recherches et leur donner un
ensemble nécessaire, la Société Linnéenne de Paris décer-
(5)
nera, en sa séance publique du 28 décembre 1825, une
m édaille d’or ou la valeur de trois cents francs, à l’auteur
du meilleur mémoire dans lequel
1° On exposera les conséquences qui résultent naturel-
lement des observations et des expériences faites jusqu’à
ce jour sur les mouvemens et l’état de la sève dans toutes
les phases de la vie végétale et dans les diverses saisons de
l’année ;
20 On confirmera ces résultats et on y ajoutera, par des
faits récens, par des expériences réttérées, des considéra-
tions nouvelles;
30 On offrira enfin, en évitant toute explication pure-
ment hypothétique, une théorie de la marche des fluides
végétaux, aussi probable, aussi complète que le permet
l’état actuel de la science.
Ce sujet de prix avait été mis au concours pour l’année
1823. Les deux mémoires reçus n’ayant point offert assez
d’expériences nouvelles, et ne donnant que des explica-
tions purement hypothétiques, malgré les dispositions de
la troisième condition imposée aux concurrens, la Société
Linnéenne a remis la question au concours pour l’année
1925.
Les mémoires, portant une épigraphe ou devise qui sera
répétée avec les noms, prénoms, qualités et demeure de
l’auteur, dans un billet cacheté joint au manuscrit écrit
lisiblement, seront adressés, franc de port, à M. Tniépaur
DE BERNEAUD, secrétaire perpétuel de la Société Lin-
néenne de Paris, rue des Saints-Pères, n° 46, avant le
rer juillet 1825. Ce terme est de rigueur.
Les membres résidans, les membres honoraires’, domi-
ciliés à Paris, ainsi que les auditeurs, sont seuls exclus du
concours.
La Société Linnéenne prévient qu’elle ne rendra aucun
des écrits qui auront été envoyés au concours; mais les au-
(6)
teurs ou leurs fondés de pouvoirs auront la liberté d’en
faire prendre des copies s'ils en ont besoin.
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS.
Du 8 janvier 1824. — M. ne BroNDEau, correspondant,
fait passer les dessins et la description de deux champi-
gnons nouveaux qu’il a découverts aux environs d'Agen
( Lot-et-Garonne), et qu’il nomme l’un Fuligo cerebrina,
l’autre #/elvella sinuosa. M. PErsoon est chargé d’en faire
l'examen.
M. Mapior adresse quatre mémoires sur des plantes
qu'il cultive depuis quelques années dans le jardin de na-
turalisation du département du Rhône, à Lyon. — La
section d'agriculture est chargée d’en rendre compte.
Onlit pour M. le docteur LaviriLze, correspondant à
Châtillon-sur-Loing ( Loiret), des observations très-inté-
ressantes sur le Callitriche verna. Elles seront publiées
dans la deuxième livraison des Annales de la Société.
Poar M. VAzLor, correspondant à Dijon, on lit un mé-
moire sur quelques graines auxquelles on a vulgairement
donné le nom de café.
Séance du 22. — On reçoit un mémoire relatif au con-
cours ouvert pour l’année courante sur les animaux trou-
vés vivans dans des masses de pierres, etc. Il est scellé par
le président, déposé au secrétariat, pour être remis en
temps opportun à la commission qui sera chargée de rendre
compte des pièces envoyées au concours.
On annonce la mort de CnarLes-Louis Foissex, profes-
seur de botanique et bibliothécaire de la ville de Nancy,
décédé à l’âge de 62 ans le 8 de ce mois. M. Taiéeaur
»e BERNEAUD lit une notice sur ce correspondant.
(LT)
M. Descourrizz fils, membre auditeur, communique
un travail important sur les fruits des Tropiques qu’il se
propose de publier incessamment, accompagné de plan-
ches dessinées par lui. Il divise les fruits de ces contrées
si riches en dix groupes, les mucoso-sucrés, les aqueux
saccharifères, les aqueux insipides, les aqueux acidules,
les acides proprement dits, les astringens , les émulsifs, les
farineux , qui comprendront aussi les racines servant à la
nourriture de l’homme et des animaux domestiques, les
aromatiques et les vénéneux.
Des réflexions judicieuses sur les graines dont on a en-
levé les enveloppes avant de les faire germer, adressées
par M. Desvaux, correspondant à Angers, sont entendues
avec le plus grand intérêt. Il cite des expériences qu'il a
faites : 1° sur des graines de cucurbitacées, oubliées pendant
plusieurs années dans le jardin des plantesde Poitiers, dont
il a obtenu des sujets de toutes les espèces après les avoir
décortiquées; 2° sur le cakile maritime, qui met ordinai-
rement deux ans à lever, et qui a poussé peu de jours après
le semis, dès que ses graines ont été dépouillées de leur
péricarpe coriace; 3° sur l’acacia grimpante, ou fève de
Saint-Thomas, qui a germé à Angers du moment que ses
graines furent débarrassées de leur tégument ou spermo-
derme, dont on fait des petites tabatières.
On donne ensuite lecture d’un mémoire de M. Arnk-
Nas, correspondant à Nantes, sur la folle avoine du Canada
(Zizania clavellata), dont la culture serait singulièrement
appropriée aux bords vaseux des marais, des prairies hu-
mides, où elle remplacerait avec avantage les plantes
dures, aigres et quelquefois malfaisantes qu’on y trouve.
— La Société distribue les graines qui lui ont été offertes
par M. 'Tuiéeaur DE BERNEAUD, et par M. Tuomiwr, corres-
pondant à Nantes.
(8)
Séance du 5 février. — La Société reçoit de MM. M1-
RASCHINI Et BERTRAND GESLIN, Correspondans, qui explorent
en ce moment les montagnes du Tyrol, l'annonce d’une
découverte qu’ils ont faite de roches granitoïdes et basal-
toides à Predazzo , Polinzana et Canzocoli, au-dessus d’une
masse de calcaire dit du Jura. Ils estiment que ce sont des
roches pyrogènes , ou de grandes coulées de dolérites , qui
ont soulevé les couches marneuses , les ont pressées et re-
couvertes, et par suite encombré la grande vallée de Pre-
dazzo, qui préexistait à ces événemens géologiques d’une
haute antiquité. — Cette opinion paraît satisfaisante à Ja
Société; elle coordonne les faits connus et ceux observés
en 1921 par MM. »E Bucx et ne Humvorpr, dont il est parlé
dans le compte rendu des travaux de la Société pour l’année
1822 , pag. 76 et 77.
M. Perrorrer, au nom de la section d’agriculture, rend
compte des quatre mémoires précédemment envoyés par
M. Manor. Il y fait mention de deux nouvelles espèces
ou variétés d’alizier, sur lesquelles il est impossible de
prononcer, les échantillons ne se trouvant pas joints aux
mémoires où elles sont décrites. Les deux autres mémoires
sont relatifs à l’ébourgeonnement et aux moyens à prendre
pour détruire les insectes nuisibles aux cultures.
M. Persoon rend compte de lexamen qu'il a fait des
deux champignons découverts, décrits et dessinés par
M. DE Bronpeau, et de la création d’un genre nouveau,
sous le nom de Gyrocephalus, dont un de ces champignons
lui a fourni l’idée. Ces observations sont imprimées dans la
première livraison des Annales Linnéennes, pag. 75.
Le même membre présente une instruction sur la ma-
nière de recueillir et de préparer les champignons, et de
les préserver de l’attaque des insectes. La Société en or-
donne l'impression.
M. Roserr, membre auditeur, lit une vie détaillée de
—
(9)
Line, qu'il a traduite du suédois, et dans laquelle on
trouve une foule d’anecdotes inédites sur ce grand homme.
Il en sera rédigé un extrait pour être publié.
On lit pour M. Desvaux un mémoire destiné à com-
pléter le travail de Pazisor ne Beauvois sur les mousses,
publié dans le 1°" volume des mémoires de la Société, Ce
Mémoire a pour titre : Exposition méthodique des genres
de la famille des mousses. 11 fera partie d’une prochaine
livraison des {nnales.
Séance du 19 février. — On apprend la perte récente
que la Compagnie vient de faire dans la personne de l’un
de ses membres honoraires, M. Juce be Sarnr-Marrin , et
de l’un de ses correspondans, M. Cuicer ne Monrarsrer. Le
Secrétaire perpétuel lit sur ces deux confrères une notice
biographique et bibliographique.
M. pe La PyLaie annonce qu’il a recueilli dans ses
voyages à Terre-Neuve et sur les côtes françaises de l’O-
céan 450 espèces d’hydrophites, c’est-à-dire le triple de
ce qui était connu jusqu'ici,
M. Tincerre DE CLermonT-TonnErREe adresse une note
fort curieuse sur un pommier cultivé à Saint-Valerv-sur-
Somme; elle sera imprimée dans la seconde livraison des
Annales Linnéennes, ainsi que le dessin qui l’accom-
pagne.
M. TuorLanp envoie le résumé de ses observations mé-
téorologiques pendant l’année 1823 , quelques remarques
sur l’ergot des fromens, et le résultat obtenu, durant la
même année, des paragréles en paille, dont l'usage est
répandu dans le département des Hautes-Pyrénées.
M. pe BronpeaU fait passer des échantillons de deux
variétés de l’Uredo miniata de PErsoow, qu’il a trouvées
sur des feuilles de chêne et de charme.
M. le docteur Dronsarr, de Paris, fait hommage de
(10 )
quelques observations nouvelles relativement à la nais-
sance des perroquets en France. Les aras éclosent vingt-
deux jours après l’incubatiou ; le petit reste complétement
nu jusqu'au trentième jour, que son corps se couvre de
duvet. Le mâle ne lui donne point à manger, la femelle
seule est chargée de ce soin, comme aussi de couver les
œufs : le mâle se tient alors à l’entrée du nid et en défend
l'approche. D’après l'expérience de M. Bornes, administra-
teur de l'enregistrement et des domaines à Paris, qui élève
des aras depuis 1818, cet oiseau peut se reproduire en
France avant l’âge de cinq ans. Ces faits rectifient ceux
consignés dans un mémoire de M. Lamouroux, correspon-
dant à Caen, lu à la séance publique du 28 décembre
1822.
On procède au renouvellement des ofliciers dignitaires
amovibles. Le dépouillement des scrutins donne pour pré-
sident M. Anpré Tuouix, de l’Institut; pour vice-prési-
denis, MM. le docteur Descourrizz, auteur de la Flore
médicale des Antilles, et Persoow ; pour trésorier, M. le
docteur DEvEzE, et pour secrétaire-adjoint-archiviste,
M. Arexis Gaza.
La commission des finances est composée de MM. le
docteur Troncin, CorNiLLoN et PERROTTET.
M. Bouzcer lit un mémoire sur les greffes végétales et
les greffes animales.
On lit pour M. Ropar n’Oremrs une notice sur le ma-
gnétisme des serpens. Aux faits qu’il rapporte, plusieurs
membres en ajoutent d’autres qui confirment la singulière
propriété qu'ont certains reptiles d'attirer et avaler des
animaux plus gros qu'eux.
Car )
CUVE UV UV VU VV UV LVEV LU EAU LUE L'UVULVE VU VV VAL LVR AVR
BIBLIOGRAPHIE.
Prodrome de la monographie des espèces et des variétés
connues du genre Rosier, divisées selon leur ordre na-
turel, avec la synony mie, les noms vulgaires, un tableau
synoptique, et deux planches gravées en couleur; par
CL.-Anr. Taory, membre résidant de la Société Lin-
néenne de Paris, correspondant des Sociétés de botanique
de Gand, horticulturale de Londres, etc. Paris, 1820;
1 vol. in-12 de 190 pages, orné du portrait de l’auteur.
— Prix 6 fr.
Cer ouvrage, dont il ne reste qu’un petitnombre d’exem-
plaires, est l’extrait d’une monographie du genre Rosier,
auquel M. Tony travaille depuis long-temps. Ce n’est
point cependant une simple nomenclature que présente ce
prodrome, on ytrouve la description de 57 espèces, pres-
que toutes les variétés, avec une synonymie fort étendue,
la liste des ouvrages publiés sur la rose, et la figure de
deux jolies espèces, la Rosa spinulifolia dematreana trou-
vée dans les environs de Fribourg en Suisse, et la Rosa spi-
nulifolia foxeana découverte dans les bois de Malmédi.
RS RS ARS ARS
Phytographie médicale , ornée de figures coloriées de
grandeur naturelle, où l’on expose l’histoire des poisons
tirés du règne végétal, et les moyens de remédier à
leurs effets délétères , avec des observations sur les pro-
priétés et les usages des plantes héroïques ; par Josepn
Roques, membre résidant de la Société Linnéenne, etc.
Paris, 1821-1824; chez l’auteur, rue de Louvois, n° 5.
La Phytographie médicale est en ce moment à sa 29° li-
hus )
vraison ; elle sera complète avec la 36°. Chaque livraison,
format grand in-4e, contient deux ou trois feuilles de texte,
et cinq planches représentant le même nombre de plantes
de grandeur naturelle, imprimées en couleur et retou-
chées au pinceau. Le prix de chaque livraison est de 8 fr.
sur papier fin grand-raisin. On a tiré quelques exemplaires
petit in-folio sur papier superfin satiné, dont le prix est de
3o fr. la livraison. — Nous donnerons une notice de cet
ouvrage dans le second numéro du Bulletin.
RAT Te
Flore médicale des Antilles ,ou Traité des plantes usuelles
des Colonies francaises, anglaises , espagnoles et portu-
gaises; par M. E. DescourrTizz, docteur en médecine,
membre résidant de la Société Linnéenne, etc. Paris,
chez l’auteur, rue Cassini, n° 1.
Dans le prochain numéro du Bulletin nous ferons con-
naître en détail cet ouvrage arrivé à sa 29° livraison, et
qui mérite de fixer l'attention des amateurs de la bota-
nique. Chaque livraison in-80 coûte 4 fr; et 25 fr. l’in-fol.
LL
A he A TS
Traité sur les champignons comestibles, contenant l'indi-
cation des espèces nuisibles; précédé d’une introduction
. à l’histoire des champignons; par C.-H. Prrsoon, membre
honoraire de la Société Linnéenne, etc. — 1 vol. in-8°
de 276 pages et quatre planches coloriées. Paris, chez
l’auteur, rue des Postes , n° 3. — Prix 5 et 6 f. en noir ;
6 f. 50 c. et 8 f. en couleur.
Le nom de l’auteur et l’importance du sujet qu'il traite
rendent son ouvrage recommandable.
VA VV LULU A0 47/0/0024 L/2/00/U/0 / VA Y L0/0/0 LVL VU LVL VOD TUE
BULLETIN LINNÉEN.
N° °c. — MAI 1824.
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS.
Du % mars 1824, — M. »'Ounous, correspondant à Sa-
verdun, fait connaître ses différens travaux agricoles et le
genre de plantes qu’il cultive avec succès dans sa ferme ex-
périmentale du Vigné. Le journal de l’Ariége s’est trompé
quandil a ditquele Phcrmiumtenax avait fleuri dans cette
belle propriété en 1823, et qu’il y avait donné des graines.
Cette plante y est très-vigoureuse et ne s’y multiplie en
core que par léclat de ses drageons. La ferme expérimen-
tale contient en ce moment plus de trois cents végétaux
qui étaient auparavant inconnus dans le département de
l'Ariége.
M. Vicror AuGer, correspondant à Saint-Rambert, fait
connaitre une espèce de Ranunculus, qui ne parait point
être le parviflorus, dont elle est très-voisine, et qu’il pro-
pose de nommer R. sub apetalos. En voici la description :
« Caule erecto; floribus pedunculatis oppositifoliis ; peta-
» lis 2-3, calice minoribus, interdum nullis (5 petala nun-
» quam vidi). Seminibus elevato-punctatis, apice sub-hama-
» dis; foliis superioribus 3-5 fidis; inferioribus sub-rotun-
» datis, lobatis; omnibus hirsutis; caulibus sub-striatis. Se
» trouve au bord des haies, dans la plaine, près de l’em-
»bouchure de l'Ain. Fleurit en juin. Plusieurs plants
» naissent rapprochés et paraissent se soutenir réciproque-
» ment ©.—Je ne l'ai observé que durant deux années. »
2
(14)
On lit pour M. Cranay, correspondant, un mémoire sur
les ossemens fossiles trouvés récemment aux environs de
Maestricht,
M. Tuiépaur DE Berneaup lit une notice sur le jardin de
cultures exotiques établi à Fromont, département de
Seine-et-Oise, par M. Sourance-Bonin, correspondant. On
ordonne l'impression. (7’oyez pag. 172 des Annales.)
Séance du 15 mars. On annonce la perte que la Société
vient de faire de deux de ses correspondans, J. F. ConrrA
DE SErgA, mort à Lisbonne le 1° janvier 1824, et T. FE.
Bow pion , mort sur les rives de la Gambie je 10 du même
mois.
La Société reçoit de lun de ses membres l'hommage
d’un manuscrit rédigé, sur sa demande, par feu J.Twore,
et ayant pour titre : Notes pour servir à d'ichtyologie flu-
viatile et maritime du département des Landes. Cet ou-
vrage intéressant contient 1° la liste des principaux pois-
sons d’eau douce et de mer des rivières et du littoral de
ce département; 2° des observations sur les variétés les
plus remarquables; 30 la description des différens moyens
employés ponr.en faire la pêche; 4° la figure d’un cascail
ou engin de pêche nouveau, et celle d’une murène (Mu-
rena helena 1.) jetée à la côte du cap Breton, très-rare sur
les côtes des Landes.
La commission des finances rend compte de la situation
de la caisse depuis le 23 décembre jusques au 18 mars
1824. Il en résulte que, outre les dépenses ordinaires, il
a été payé sur l’arriéré la somme de 798 fr. 20 c., et que
ceux qui doivent depuis long-temps les diplômes et vo-
lames s’empressent d’en verser le montant entre les mains
du trésorier.
Sur la demande de cette commission, la Société arrête :
1° qu'il ne sera accordé aucune distribution de graines,
N
(15)
plantes, ou toute autre faveur quelconque, ni même im-
pression de mémoires , aux membres et correspondans qui
ne rempliraient pas exactement leurs engagemens pécu-
uiaires envers la caisse de la Société; 20 qu’'ilsera envoyé
des exemplaires des Ænnales à ceux des corps savans qui
lui donnent en échange leurs volumes.
M. Descourrizz, premier vice-président, lit un mémoire
sur le varaire cévadille (Y’eratrum sabadilla). Ce mémoire
est imprimé pag. 107.
On lit pour M. Braup, correspondant à Beaucaire, un
premier fragment pour servir à l’histoire des harmonies
de la nature. )
M. Tuiégaur pe Berneaup lit une notice biographique
sur J.-F. Corr£a DE Serra, dont les travaux carpologiques
seront long-temps cilés, avec ceux de GÆRTNER, comme
des modeles à suivre. Cette notice sera imprimée.
L'article {vicennia du Dictionnaire classique d'histoire
naturelle (KE, p. 98 et 99), est rempli d’erreurs, surtout
pour ce qui regarde l'espèce dite Avicennia tomentosa.
M. VazLor, correspondant à Dijon, les relève dans des
observations critiques, et prouve que l’auteur comprend
comme synonyme de cette espèce, non-seulement des
espèces distinctes telles que lAÆvicennia africana de Pa-
Lisor DE BEauvois, et l’4. resinifera de Forster et WizL-
DENOW, mais encore des genres très-éloignés , tels que le
Rack de Bruce (Salvadora persica 1), et le Horan ou
Saga de Koëmrrer, qui est le Sceura marina de ForskAuL,
quoique leur identité soit contestée’ par les auteurs du
Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle, 1. XXX , p.315.
M. Varror met sous les yeux de la compagnie les textes
qui justifient ses asserlions.
Séance du 1er avril 1824.— M. le docteur Gazaw, cor-
respondant à Antibes, adresse le résumé de ses observa-
(16)
tions thermométriques depuis le 1° mars 1823 jusques et
compris le 29 février 1824.— L'auteur sera invité à donner
suite à ce travail important.
On lit une lettre de M. Rorsaum, correspondant à Stock-
holm, dans laquelle il fait connaitre l’état actuel des
sciences naturelles en Suède.
11 résulte de diverses réponses faites par les correspon-
dans de la Société aux Indes orientales, que le tapir est in-
digène aux grands bois marécageux de la Chine occiden-
tale, et qu’il a pénétré par la péninsule de Malacca dans
l'ile de Sumatra. Cette espèce, nommée par les Chinois
Me, diffère essentiellement de l'espèce propre à la Guyane
par la longueur de sa trompe et par la couleur, blanc sale,
de sa peau , qui passe pour imperméable à l’eau.
M. Laure, correspondant à La Vallette, annonce avoir
recounu pour un charançon l’insecte qui, depuis 1820,
dévaste les oliviers du département du Var. Il dévore les
feuilles nouvelles , les boutons à fleurs et les sommités des
jeunes bourgcons. Il est noir, un peu globuleux, et long
d'environ 4 millimètres (à peu près 2 lignes). Cet insecte
tres-multiplié dans les campagnes de Toulon, depuis 1812
et 1913, y est connu sous le nom vulgaire de chaplun ou
coupeur, mais , selon M Laure, il n’est point aussi redou-
table que certains propriétaires le disent. Les ravages qu’il
fit dans l'arrondissement de Toulon, au mois de mai 1821,
donnèrent à croire que tous les oliviers étaient perdus,
mais après la ponte du nouveau charançon, terme ordi-
naire de l’existence chez les insectes, la sève des arbres
ne trouvant plus d'obstacles, s’élança de toutes parts et
produisit, avant la fin de l'été, des pousses et des rejets
vigoureux.
La section de botanique rend compte des recherches
qu’elle a fait faire, et qu’elle a faites elle-même, relauve-
ment au Cyclamen lincarifolium de la Flore française.—
GA)
La Société ordonne l'impression de ce rapport après qu’il
aura été communiqué à M. DE CanDoLLe , membre hono-
raire à Genève.
M. Gizzer pe Laumonr occupe l’assemblée de l'examen
qu'il a été chargé de faire d’un mémoire dans lequel M. le
professeur James Renwica décrit un nouveau minéral
trouvé dans le canton de Sussex, Nouvelle-Jersey, aux
Etats-Unis de l’Amérique sptentrionale, et auquel il im-
pose le nom de Torrélite, en mémoire des services rendus
à la minéralogie par M. le docteur Torrey, correspondant
à New-Yorck. Le rapporteur estime que cette substance
doit, en attendant une étude plus approfondie, prendre
place à côté des alanites, des cérines, des ortithes et des
pyrotites, qui toutes sont, comme elle, composées de si-
licates doubles de chaux et d’alumine mélés avec un autre
silicate double, d’oxydule de fer et de cérium.
M. Perrorrer lit des observations sur l’espèce de Bau-
hinia, nommée divaricata, qui lui a offert un phénomène
curieux. Cette note fera partie des Annales Linnéennes.
On lit pour M. ne Saint-Amans, président de la Colonie
Linnéenne de Lot-et-Garonne, la description d’une espèce
nouvelle de sangsue, à laquelle il impose lenom de Æirudo
oscillatoria. Ce mémoire sera imprimé,
Pour M. VacLor, correspondant, on donne lecture d’une
notice sur les seize insectes qui vivent aux dépens du lilas,
et dans laquelle il réfute victorieusement, par l’exemple
des chevaux , des vaches, des moutons et surtout des chè-
vres, l’assertion de quelques naturalistes qui disent et ré-
pètent d’après d’autres, que les feuilles du lilas ne sont
broutées par aucun quadrupède herbivore,.
M. Tuiésaur pe BerNeaUD lit une notice biographique
sur Tuomas-Enwarp Bowpicn, correspondant de la So-
ciété, mort victime de son zèle pour les recherches d’his-
Loire naturelle.
(18)
M. SouranGe-Bonin annonce qu'il est sur le point de se
rendre en Angleterre pour y chercher les végélaux exo-
tiques nouvellement apportés des diverses contrées du
monde, et pour y étudier les différens systèmes de cul-
ture adoptés pour le gouvernement de ces plantes; il de-
mande que la Société l'accompagne de lettres de recom-
mandation.— Cette demande est accordée à l’unanimité
des suffrages.
Séance du 22 avril. — MM. Nres D'EsENBECk, corres-
pondans à Bonn, adressent la description et la figure d’un
Polyporus provenant de l'ile de Java, et auquel ils im-
posent le nom de Pisatschapani. — On en ordonne l’im-
pression.
M. MonraGxe, correspondant, fait offre de plusieurs
fucus qu’il a recueillis sur les côtes de France. — On re-
marque qu’ils sont desséchés et préparés avec beaucoup
de soin.
M. 2€ Rivière, correspondant, donne lecture d’un pro-
blème qu’il propose aux botanistes sur la nomenclature
des plantes. L'idée de l’auteur est ingénieuse , mais comme
il n’en fait l’application à aucun genre, la section de bota-
nique est invitée à s’en occuper.
On lit une lettre de M. PerroTTET par laquelle il annonce
qu'il a quitté la capitale pour entreprendre, sous les aus-
pices du gouvernement, un nouveau voyage. Il se rend
à la Guadeloupe et à Marie-Galande pour y recueillir des
nopals couverts de cochenilles, les transporter au Sénégal,
y fonder une ou plusieurs cochenilleries, et de là passer
au quartier de la Mana, dans la Guyane française, pour y
établir la même culture. Il espère être de retour en 1820.
La compagnie entend la lecture d’un mémoire très-
intéressant de M. le docteur GrarTELour, correspondant à
Bordeaux, intitulé : Notice historique sur le genre oscil-
(#97)
latoire, suivie de la description des espèces connues et de
plusieurs espèces nouvelles. Ce mémoire sera imprimé.
Les découvertes de l’étain oxidé en France sont le sujet
d’un mémoire de M. Hersart, correspondant. Il est en-
tendu avec intérêt. L'auteur s’arrête à l’année1814; depuis
cette époque les essais et un commencement d'exploitation
ont fixé l'importance de ces découvertes, mais comme de
nouvelles recherches ont amené à de nouvelles découver-
tes, M. Gizzer DE Laumonr est chargé de résumer les ren-
seignemens recueillis par M. Hersarr, et d'étendre son
travail jusqu’à l’année courante.
VU VAL VAT AVVVVVVUVAVUVVVUVUY VV VA VAL LA/0/ A/A/0/E
BIBLIOGRAPHIE.
Phytographie médicale, ornée de figures coloriées de
grandeur naturelle, où l’on expose l’histoire des poisons
tirés du règne végétal, et les moyens de remédier à
leurs effets délétères, avec des observations sur Les pro-
priétés et les usages des plantes héroïques ; par Joscex
Roques, membre résidant de la Société Linnéenne, etc.
Paris, 1821-1824; chez l’auteur, rue de Louvois, n°5.
En écrivant sur les plantes héroïques et sur les poisons
végétaux , le but de l’auteur a été de donner à la science
un livre plus complet que ceux publiés jusqu'ici, et d'offrir
aux propriétaires et aux pères de famille les moyens de
distinguer les plantes qu'ils doivent éviter et celles dont
ils peuvent espérer d’utiles ressources. Son texte est en
conséquence accompagné de planches exécutées avec goût
par M. Hocquarr, dessinateur habile.
Le texte est rédigé d’après un nouveau plan. Dans son
( 20 )
introduction, M. le docteur Roques expose comment on
peut faire tourner au profit de l'humanité les propriétés
héroïques ou vénéneuses des végétaux ; il fait connaître les
symptômes que l’on observe dans les empoisonnemens, et
quelle doit être la méthode du traitement pour en guérir.
Après ces considérations générales , il entre dans les détails
particuliers à chaque plante soumise à son examen, et
aux effets qu’elle produit sur l’économie animale. Ici, l’au-
teur se montre tour à tour érudit profond , botaniste ha-
bile, praticien expérimenté et médecin philosophe. Ses
conseils sont d’un homme de bien, son style d’un excellent
écrivain, et quand il trace l’histoire d’un végétal, il n’ou-
blie jamais de dire tout ce qui a été fait avant lui : chacun
y recoit le tribut d’éloges qu’il a su mériter. Il a suivi la
méthode des familles naturelles , à cause de l’analogie qui
existe incontestablement entre les formes extérieures et
les propriétés secrètes de certains végétaux , mais il ne se
laisse point entrainer à la manie, si vulgaire aujourd’hui,
de créer sans cesse de nouveaux genres, de multiplier le
nombre des espèces, et de s'arrêter aux circonstances les
plus fugaces et les moins perceptibles. Des faits exposés
avec simplicité, suivis dans leur marche et dans leurs con-
séquences, fournissent à M. Roques l’occasion de montrer
les désordres produits sur l’économie animale par la pré-
sence d’un poison, par l’abus d’une plante héroïque, et par
suite nécessaire d'entrer dans tous les détails convenables
pour éclairer le médecin, pour l’amener sûrement aux
moyens thérapeutiques confirmés par une longue expé-
rience. |
Tous les articles de cet ouvrage utile sont également re-
commandables; cependant ceux qui ont rapport aux cham-
pignons, aux ombellifères et aux solanées, méritent une
attention toute particulière.
AAA AAA VA UV VA OAV TVA VIT U/AY VV VV ALU VV UV VU UAVARY
BULLETIN LINNÉEN.
N° 3. — JUILLET 1824.
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS,
Du G mai 1824. — M. le général TrauLLÉ adresse de
Sedan une caisse contenant divers fossiles trouvés aux
Roziers, près de cette ville. Dans le nombre on remarque
plusieurs ammonites d’une grande dimension, différentes
espèces de coquilles, une géode de carbonate de chaux en
cristaux métastatiques et deux polypiers que l’on estime
être l’Ælcyonum mutabile. — Des remercimens sont votés
à M. le général TrauzLÉ, et la section de géologie est
chargée de faire un rapport raisonné sur ces substances,
M. Lanpreau, correspondant, envoie des échantillons :
1° du kaolin de Dignac; 2°- d’un oxide de manganèse
trouvé dans la commune de Varagne; 3° et de la terre
colorée en vert provenant de Gorce, commune de Dex,
département de la Charente-fnférieure, — Des commis-
saires sont chargés d’en faire l'examen.
M. Barzzy communique un travail intitulé : Recherches
sur la lumière dans la théorie des vibrations , avec quel-
ques idées sur les êtres organisés, et particulièrement dans
la végétation. — La compagnie arrête qu’il en sera donné
unextraitraisonné dans les Annales. ( J’oyezp. 262 etsuiv.)
On lit pour M. Le BourLanGEr, correspondant, un mé-
moire ayant pour titre : De l’Influence du calcaire sur Les
graminées.
Des commissaires sont nommés pour faire les disposi-
3
(22)
tions nécessaires pour la célébration de la fête champêtre
consacrée par la Société le jour anniversaire de la nais-
sance de Linwé.
Du 20 mai. — Un nouveau mémoire est reçu en ré-
pouse à la question proposée relativement aux animaux
vivans trouvés dans des corps solides. Il est inscrit sous le
no 3, et déposé aux archives sous cachet jusqu’au moment
où la commission qui doit en juger sera nommée.
M. pe LA PyLae, correspondant, fait connaître le plan
d’un ouvrage qu’il prépare sur les hydrophytes, et celui
de la Flore de Terre-Neuve et des îles Saint-Pierre et
Miquelon.
M. Pensoow, l’un des vice-présidens , rend compte de
l'examen qu'il a fait d’un Calicium populneum et d’un
Æcidium convolvuli envoyés par M. Louis pE BRONDEAU,
correspondant. Il pense qu’il serait important de s'assurer ,
pour le premier, si les points noirs sont les capsules d’une
petite espèce de J’errucaria cohabitante, ce qu’il est ce-
pendant peu disposé à croire, ou bien l'indice du premier
développement du Calicium. Quant à V'Æcidium convol-
vuli, il ose aflirmer qu’il soit une espèce nouvelle ou une
variété, les æcidies étant plutôt considérées dans la diffé-
rence des plantes qui leur servent d'habitation, qu’éta-
blies sur des caractères essentiels tirés du champignon lui-
même.
Les commissaires rendent compte des dispositions qu'ils
out prises pour la célébration de la fête champêtre, qui
aura lieu dans les bois de Ville-d’Avray.— On arrête
l'ordre des lectures qui seront faites.
On lit pour M. Hersarr des observations sur quelques
minéraux trouvés dans les mines de cuivre pyriteux de
Chessy et de Sainbel, département du Rhône.
(23 )
Féte champétre du 24 mai. — La relation de cette fête
étant imprimée séparément, nous nous contenterons de
dire ici qu’elle a été très-brillante, et que plusieurs cor-
respondans étaient venus d'assez grandes distances pour la
célébrer avec leurs frères de la capitale. (On peut se pro-
curer cette intéressante brochure au secrétariat de la
Société. )
Séance du 10 juin. — M. TaorLarD, correspondant à
Tarbes, rend compte de l’adoption de ses paragrêles per-
fectionnés dans la Lombardie, Il fait remarquer que les
orages ont le plus habituellement lieu dans cette partie
de la Haute-Italie vers lesquatre heures de laprès-midi,
comme dans nos départemens des Hautes et des Basses-
Pyrénées. — Il sera donné une note sur les paragrêles dans
la quatrième livraison des Annales Linnéennes.
Après la lecture d’une lettre écrite par M. DE CANDOLLE,
membre honoraire, au Secrétaire perpétuel, la Société
rapporte son arrêté du 1° avril dernier, et ordonne que
ladite lettre, ainsi que le rapport de la section de bota-
nique, demeureront déposés au secrétariat, pour y avoir
recours au besoin.
M. Deravaux rend compte de l’examen qu’il a été
chargé de faire d’un mémoire de M. DEsmazièRESs, cor-
respondant à Lille, sur le Rumex nemorosus de SGnRADER
et sur le Rumex nemolapathum de Lan fils, confondus
jusqu'ici par la plupart des botanistes. La distinction éta-
blie par M. Desmazières est très-fondée, et le rapporteur
conclut à ce qu'il soit engagé à examiner avec le même
esprit de critique le genre entier des Rumex ou du moins
les espèces françaises, dont quelques-unes ont encore be-
soin d’éclaircissemens. — Le rapport et ses conclusions sont
adoptés.
M. le docteur Carrëre fait connaître un acéphalocyste
| (24)
qu’il a découvert dans le cerveau d’un individu mort avec
tous les symptômes du tournis, et lit, à l'appui de cette
observation, un mémoire où il rapproche les deux mala-
dies et en tire des conclusions qui méritent l’attention des
naturalistes. — Ce mémoire est imprimé pag. 106 etsuiv.
Le Secrétaire perpétuel lit une note contenant le ré-
sumé des observations météorologiques faites en France
du 21 décembre 1823 jusques et compris le 10 juin 1824.
Séance du 24 juin. — M. Manrinez, correspondant
à Lyon, adresse un tableau présentant le résultat d’une
culture comparée qu’il a faite de 93 variétés de pommes-
de-terre. — La section d’agriculture est chargée d’en
rendre compte.
En présentant le Catalogue des plantes de M. Srin, de
Turin, M. Bowarous fait observer que le genre Pelargo-
nium, si riche en espèces et en variétés, y est augmenté
de dix-sept nouvelles espèces , qui, réunies aux quatorze
distribuées récemment par la Société de botanique de
Gand, en porte le nombre aujourd’hui à cent dix-neuf.
On lit une note sur l’assemblée tenue à la ferme-modèle
de Roville, département de la Meurthe, les 1 4 et 15 juin,
Elle était composée de plus de trois cents personnes, et pré-
sidée par M. Maruieu DE Domsasce, correspondant de la
Société. On ÿ a fait fonctionner plusieurs nouveaux in-
strumens d'agriculture, et on y accorda le prix de la char-
rue sans avant-train à M. Cuarecain de Haussonville.
Les correspondans Linnéens formant la colonie de la
Moselle et de la Meurthe, envoient le procès-verbal de
la fête qu’ils ont célébrée le 24 mai à Woipy, près de Metz.
Le temps ne leur a pas été aussi favorable qu’à la Société
Linnéenne de Paris; il n’a point permis que la réunion fût
aussi nombreuse qu’elle aurait dû l’être.—M. Gorcy, pré-
sident, a ouvert la séance par une courte allocution sur les
(25 )
avantages de l’histoirenaturelle; M. Eire Boucuorre a lu
un mémoire sur le mauvais état actuel des chevaux dans le
département de la Moselle et sur les moyens d’en amé-
liorer la race. M. Cuarres BoucoTTE, qui s'occupe avec
succès de toutes les branches de l’agriculture, et particu-
lièrement des arbres utiles, a fait connaître les brillané ré-
sultats qu’il a obtenus de ses nombreux essais. — Après la
séance, M. HozLaNDre à dirigé l’herborisation et les re-
cherches entomologiques. Dans le nombre des plantes on a
remarqué l’Orchis viridis, qui est assez rare aux environs
de Metz, et parmi les insectes, de beaux individus de plu-
sieurs cardinales ou pyroches et carabiques.
M. Gizer DE Laumonr a rendu un simple compte ver-
bal du travail présenté par M. Hersarr sur l’étain dé-
couvert en France, ce mémoire ayant été imprimé dans
les Annales des mines, tom. XXXV:
Au nom de M. Lesrer,de Rouen, ilest donné lecture d’une
note sur une nouvelle variété du Cucurbita pepo, prove-
nant des pieds du pic de Ténériffe, et qu'il cultive depuis
le mois d'avril 1823. Cette cucurbitacée a l'avantage d’of-
frir plus tôt que l’espèce de nos jardins ses fruits parfaite-
ment mürs, et susceptibles de se conserver long-temps; de
contenir une plus grande masse de principe saccharin; de
présenter aux animaux de la ferme un fourrage vert, alors
qu'ils sont réduits aux fourrages secs; et de multiplier
considérablement.
M. Taiésaur DE Berneaun a lu ensuite la description de
la nouvelle espèce de dorthèsia découverte le 24 mai par
M. Drcavaux. Ce mémoire et le dessin très-détaillé qui
l'accompagne seront insérés dans la quatrième livraison des
Annales Linnéennes.
(26)
AVIS AUX LINNÉENS.
Tous les membres et correspondans nationaux et étran-
gers de la Société Linnéenne sont invités à recueillir avec
soin, pour être-mises en commun et ensuite partagées,
les graines de végétaux de tout genre, tant herbacés que
ligneux , économiques, agréables, curieux ou rares, et spé-
cialement de ceux reconnus supceptibles d’être cultivés en
pleine terre en France. Ils en feront l'envoi à M. Turéeaur
DE BERNEAUD, Secrétaire-perpétuel, rue des Saints- Pères,
numéro 46, par la voie la plus sûre et sans frais. Ils rece-
vront en échange et également sans frais toutes les graines
qu'ils pourraient désirer. Le partage aura lieu en janvier
et février de chaque année, au prorata des envois faits.
On demande surtout les graines des variétés inconnues
ou peu répandues de légumes, fruits, fleurs et arbres d’a-
grément, ainsi que celles des végétaux exotiques natura-
lisés.
Du concours et du choix éclairé de tant de savans, dissé-
minés dans des contrées si différentes, ayant des relations
de tout genre, il résultera nécessairement une accumula-
tion de richesses aussi profitables à la science en général
qu’à chaque membre en particulier.
On est prié de joindre au nom linnéen ou scientifique
le nom vulgaire : c’est un moyen de s'entendre avec
toutes les classes.
un
D
3
2
VV VV VV VV ARUBA UV AV VU UV UV VAL
BIBLIOGRAPHIE,
Flore médicale des Antilles, ou Traité des plantes usuelles
des Colonies francaises, anglaises, espagnoles et portu-
gaïses; par M. E. Descourrirz, docteur en médecine,
premier vice-président de la Société Linnéenne, etc.
Paris, chez l’auteur, rue Cassini, n° 1.
Rancrr les plantes indigènes aux Antilles d’après leurs
propriétés médicales et l’action plus ou moins directe que
leur administration exerce sur les organes de la vie hu-
maine; indiquer exactement les parages où chacun de ces
végétaux se plait à croître de préférence; tracer leurs ca-
ractères botaniques, entrer dans les détails nécessaires sur
leurs diverses parties sans se perdre dans des considérations
oisives ou trop multipliées; donner l’histoire de la décou-
verte de la plante, des essais auxquels on l’a soumise, de
l'emploi que l’industrie sait en faire; stipuler les doses
conveuables et indiquer le mode de préparation le plus
adapté aux besoins des malades ; tel est le but que s’est
proposé M. le docteur Descourrizz en publiant la Flore
médicale des îles nombreuses qui peuplent le golfe du
Mexique et qui marchent vers l'émancipation que l’aris-
tocratie voudrait empêcher, mais que réclament la justice,
l'existence politique des nations, et même l'intérêt du com-
merce de la vieille Europe.
Commencée en 1821, cette Flore a maintenant recueilli
le suffrage des savans; elle se trouve dans toutes les mains
studieuses de l’un et l’autre hémisphère. Elle doit se com-
poser de six cents plantes et de cent cinquante livraisons :
la trente-quatrième a paru avec les derniers jours de
(28)
juin 1824. Chaque livraison contient une partie du texte
et quatre planches coloriées exécutées d’après les dessins
de M. Tuéopore DescourTizz, qui réunit aux talens d’un
observateur attentif ceux d’un artiste distingué.
Le savant auteur de la Flore médicale des Antilles a di-
visé cet ouvrage en vingt-cinq classes, où les plantes sont
examinées dans les ressources qu’elles offrent réellement
au praticien habile. Voici le tableau de ces classes, sa-
voir : 1° les stomachiques; 20 les purgatifs émétiques;
3° Les laxatifs; 4° les substances végétales qui agissent par
leurs qualités vénéneuses ; 59 les alexitères internes; 6° les
anti-vénéneux ; 7° les diurétiques ; 8° les plantes pectorales
ou béchiques; 9° les plantes dites rafraîchissantes; 10° les
anti-spasmodiques ; 11° les anti-ophthalmiques; 12° les
anti-acoustiques; 13° les sternutatoires; 14° les mastica-
toires ou sialalogues; 150 les tactiles excitantes; 169 les
jatraleptiques; 17° les sudorifiques; 18° les détersives ;
19° les épispastiques; 20° les plantes émollientes; 210 les
résolutives; 220 les aphrodisiaques; 23° les réfrigérantes;
24° les emménagogues; 25° et les anti-hystériques.
Une planche représentant la plante avec son échelle,
comprend presque toujours la tige, afin d'indiquer le port,
ue fleur de grandeur naturelle, les détails de la fructifi-
cation, et tous les caractères particuliers qui peuvent la
faire reconnaître. À ces précieux renseignemens M. le
docteur DrEscourrizz joint encore l’analyse chimique.
Le style est l’âme d’un bon livre; c’est la partie brillante
de la Flore des Antilles. Si l’auteur est obligé aux détails
arides d’une description technique, il indemnise aussitôt
son lecteur par la pompe de ses expressions, par le choix
heureux des citations poétiques que lui rappelle le sujet
qu'il traite; à chaque page il prouve que /e dieu des vers
est aussi le dieu de la médecine.
LS SES
( 29 )
Manuel théorique et pratique du jardinier; par C. Barrzy,
membre de la Société Linnéenne ; Paris, 1824. 2 vol.
in-18, ornés de planches. Chez Rorer, libraire, et chez
TocrarD jeune, place des Trois-Maries, n° 4.
Cet ouvrage est divisé en deux parties : l’une consacrée
aux jardins potagers et fruitiers; l’autre, aux jardins fleu-
ristes et d'agrément. Ces deux branches de l’horticulture
y sont traitées convenablement et de manière à satisfaire
le lecteur le plus exigeant. Le premier volume s’adresse
au plus grand nombre, et contient par conséquent tous les
élémens de la science des plantes et de la culture limitée,
c'est-à-dire des détails sur l'existence des végétaux et sur
les différentes manières de les multiplier, de les propager,
de les conduire, afin d’en tirer le plus grand profit pos-
sible dans l’économie rurale et domestique; sur les abris,
les couches, Les chässis, les serres, les outils du jardinage,
ainsi que sur les maladies des plantes et leur cause.
Le gouvernement des jardins fleuristes et paysagers exi-
geant des connoissances plus étendues, des pratiques très-
variées, et souvent opposées les unes aux autres, l’auteur
examine les organes des végétaux et l’action que les diffé-
rens corps exercent sur eux. Il descend ensuite dans tout ce
qui a rapport à l’art de composer, dessiner , construire ces
sortes de jardins, de tirer parti de tous les mouvemens du
sol, de la disposition des lieux, de la variété des plantes
indigènes et exotiques pour l’embellissement de ces es-
pèces de musées, où la végétation se montre dans ses pha-
ses, dans un luxe qui charme tous les cœurs et ne laisse au-
cun repentir.
M. Bucy s’est acquitté de sa tâche d’une manière con-
venable; il fait sentir à chaque page qu’il possède une
sage théorie, et qu’il a puisé de bonnes leçons dans la pra-
tique. Il fait honneur à son maître, au digne et vénérable
président actuel de la Société Linnéenne.
( 30 )
A
Monographie du genre Spiræa , précédée de quelques con-
sidérations générales sur la famille des Rosacées; par
J. Camerssepes, correspondant de la Société Linnéenne
de Paris, etc. Paris, 1824 ; in-80 de 58 pages avec sept
planches.
La position et le nombre des ovules servent à l’auteur
pour former des sections distinctes dans le beau genre
Spiræa. Ses divisions sont au nombre de cinq, savoir :
10 Spiræa; > Ulmaria; 3° Physocarpos ; 4 Gillenia,
5° et Keria. L'auteur décrit trente-cinq espèces, dans le
nombre desquelles il comprend, ainsi que l’avait déjà fait
M. Drsvaux, le Corchorus japonicus de notre illustre
confrère M. TauwserG. Il y a du savoir et des vues nou-
velles dans cette monographie, mais on doit regretter
que M. Camsessepes n’ait point, à l'exemple du législateur
de la botanique, déterminé par une phrase spécifique très-
courte et latine, chaque coupe, chaque espèce, qu’il aurait
dû faire suivre par une description française plus dé-
taillée, comme en a agi M. DE Canpozre pour la Ælore
Jrancaise.
Les planches qui accompagnent cette monographie sont
en partie lithographiées et en partie gravées; malheureu-
sement l’auteur a choisi la lithographie pour tout ce qui
a rapport à l'analyse des fruits, des ovaires et de la fleur,
où le burin seul peut rendre d’une manière distincte, pré-
cise, les caractères neufs , essentiels, sur lesquels reposent
les savantes recherches de M. Camvessenes, tandis qu'il
emploie la gravure pour nous donner le portrait de quatre
espèces déjà gravées, le Spiræa lanceolata de Por, le
Sp. Jlexuosa de Fisener, le Sp. betulifolia de PaLvas, et
le Sp. stipulata de MUnLENBERG.
A AT TT
(31)
Supplément à la monographie du genre Hirudo; par le
professeur HyaciNTE CaRenA, correspondant de la
Société Linnéenne, etc.; Turin, 1824, in-40.
En 1820, M. Carewa publia dans le xxv. volume des
mémoires de l’Académie des sciences de Turin, une mono-
graphie des annélides hirudinées qui se trouvent ou sont
en usage en Piémont. Il accompagna ce travail d’obser-
vations sur la génération et sur d’autres points de l’his-
toire naturelle de quelques-unes de ces espèces, avec deux
planches gravées. L'auteur y décrivit l’Æirudo medicinalis,
lH. sanguisuga et V'H. complanata de Lané, V7. vul-
garis et l'A. bioculata de Murrer , et cinq espèces nou-
velles, savoir : l’/7. provincialis, que le commerce ap-
porte en très-grande quantité dans le Piémont des environs
de Toulon et de Marseille ; V/Z. verbana, provenant du
lac Majeur; l'A. atomaria, qui s'éloigne par plusieurs ca-
ractères de la sangsue commune; lÆ. cephalota, jolie
espèce, des plus remuantes, et vivipare ; et l’7Z. trioculata,
espèce très-rare, découverte dans les lacs d’Avigliana.
Aujourd’hui M. Carewa fait connaître une nouvelle
espèce qu’il a trouvée dans les eaux stagnantes près de
Carmagnola, et qu’il nomme en conséquence A. palu-
dosa; elle est ovipare et ne sort jamais de l’eau; comme
celle décrite par M. DE Sainr-Amans ( Annales Lin-
néennes de 1824, p. 193), elle balance son corps par des
mouvemens ondulatoires qui durent long-temps, mais
elle en diffère en plusieurs points, surtout par l'habitude où
elle est de se rouler en boule à la manière des onisques.
152225221297
Le dernier sacrifice humain, poème, par P. F. M. Unsir,
correspondant de la Société Linnéenne, etc.; Paris, 1824;
in-8o de 55 pages.
Ainsi que le titre l'annonce , l’auteur célèbre en vers
(32)
la cessation de ces affreuses coutumes où la religion ‘gau-
loise répandait le sang des hommes. Il y a de la verve
dans la poésie, de l'intérêt dans l’exposé des diverses situa-
tions, et un profond sentiment dans le choix des pensées.
Heureux le naturaliste qui se délasse ainsi de travaux plus
sérieux !
aannnnnaaues
Manuel théorique et pratique du vigneron français, ou
l'Art de cultiver la vigne, de faire Les vins, eaux-de-
vie et vinaigres; par AÂRsENNE TaiéBAUT DE BErNEAuD.
Amiens,1824 ; 1 vol. in-18 avec trois planches. Se trouve
à Paris, chez Rorer, libraire, rue Haute - Feuille. —
Prix 3 f.
Instruction familière dans laquelle le propriétaire de
vignobles puisera au besoin tout ce qui peut lui être né-
céssaire pour cultiver avec profit l’arbuste vinifère, pour
préparer convenablement ses vins, eaux-de-vie et vinaigres,
pour tirer parti de toutes les productions de la vigne et
même pour se préserver des maladies qui le menacent. Ce
livre est le résumé de la pratique éclairée par la haute
science, le résumé de tout ce qui a été écrit jusqu'ici de
plus utile sur l’art de faire le vin et de soigner la vigne.
RAA ARS A
Annales agricoles de Roville, ou mélanges d’agricul-
ture, d'économie rurale et de législation agricole ; par
C. J. A. MarmEu pE Dompasie, correspondant, etc.
Paris, 1824. Chez Madame Huzanp, imp.-lib. 1 vol.
in-8, (Première livraison. )
Nous rendrons un compte détaillé de cet ouvrage dans
notre quatrième cahier.
AURA AVAL VA AMAUVAUMMVUAS VV UT VU VU VU VV UT VT/LR
BULLETIN LINNÉEN.
N° 4.— SEPTEMBRE 1824.
PROCÈS-VER BAL
DE LA SÉANCE DU 9 JUILLET 1824, TENUE DANS LES JARDINS
DE FROMONT,
POUR L'INAUGURATION DU BUSTE DE LINNÉ.
Ensuite de la décision prise le 24 juin dernier, les
membres de la Société Linnéenne se sont transportés le
3 juillet à Fromont, où ils arrivèrent à neuf heures du
matin,en compagnie de MM. Bazsis, directeur du jar-
din botanique de Lyon; Bonarous, directeur de celui des
cultures à Turin; et Scureiser, de Versailles, tous trois
correspondans de la Société.
M. Soucance-Bonin reçut ses confrères à la principale
entrée de ses vastes jardins, et les conduisit dans son ha-
bitation , où sa famille les accueillit avec plaisir et cor-
dialité.
Après le déjeuner, on visita successivement les diverses
plantes de pleine-terre, le parc et la basse-cour; on exa-
mina en détail les essais de culture si variés et parfaite-
ment entendus auxquels se livre M. SouLaner-Bopin,
pour arriver à la naturalisation et multiplication des
plantes exotiques; on parcourut les serres, dont les ri-
chesses ont offert d’amples sujets d'observations, et dont
A
(34)
le gouvernement assure aux végélaux qui y sont admis
une seconde patrie et tous les soins qui leur conviennent.
La nouvelle serre destinée à recevoir le buste de LinNE
fut visitée en dernier lieu.
Cette serre a 32 mètres et demi de long sur 4 de large
et 5 et demi de haut. Le long du mur du devant règne
une forte caisse en bois de chène de toute la longueur de
la serre , large et profonde de 54 centimètres ; elle est
remplie des plus belles plantes destinées à fournir des
marcottes. Le voisinage du verre, l’action plus rappro-
chée de la lumière, la douce chaleur qui s’exhale du
tuyau de fumée qui passe au-dessous, coutribuefñt à en-
tretenir ces plantes dans un état de végétation rapide et
vigoureuse, propre à remplir les vues de propagation dans
lesquelles on les a ainsi disposées.
La serre contient deux grandes bâches, faites en dalles
de pierre de roche de 13 centimètres d'épaisseur, assem-
blées entre elles par des tiges et des crampons de fer fixés
et serrés au moyen de vis et d’écrous, ce qui permettrait,
au besoin , de démonter ces bâches et de les établir aïl-
leurs aussi facilement que le moindre coffre. Six mètres
et demi de terrain sont occupés aux deux extrémités par
les poëles , dont les tablettes supportent des gradins, et
au centre, par un bassin revêtu de plomb, préparé pour
l’arrosage. Ce bassin est construit au pied d’une niche
pratiquée dans l’épaisseur du mur. L’eau y tombe inces-
samment d’une vasque demi-circulaire, qui la reçoit de
la bouche d’un mascaron. Des plantes grimpantes choisies
avec goût , telles que les Combretum, aux fleurs disposées
en épis terminaux ou axillaires , quelquefois même pani-
culées ; les Quisqualis ; originaires des Grandes - Indes ;
l'Echites nutans, qui se couvre de longs tubes pourprés;
eu la Passiflora picturata; montent des deux côtés, entre-
mélent leurs tiges, leurs feuilles, leurs fleurs si différentes;
{ 391)
se réunissent en larges guirlandes vers le ceintre, et y fot-
ment une voûte où brillent toutes les couleurs de l'iris.
La nappe d’eau du bassin est couverte de jolies naïades,
au milieu desquelles s'élève majestueusement la coupe
azurée du Nymphæa cœærulea, venu des bords du Nil, et
qui répand une odeur suave.
Parmi les végétaux qui ont particulièrement fixé l’at-
tention, nous nommerons, dans les cultures de pleine-
terre, la Linnœæa borealis, étonnée de se trouver ombra-
gée par les rosages des rives orageuses de la mer Noire,
par les tiges pyramidales du liquidambar du Levant, et
par les buissons de la spirée du Japon, ainsi que le hêtre
pourpre, qui se reproduit ici de graines, et dont le feuil-
lage, tout de feu, contraste singulièrement avec le vert
des arbres qui l'entourent.
Dans les serres, nous citerons le T’heophrasta longifolia,
le Dillenia speciosa,les Caladium digitatum et bicolor. les
Z'amia spiralis et nitida, le Latania rubra, le Cecropia
palmata, \e Camellia axillaris vera,le Cerbera fruticosa,
les Carolinea princeps, insignis et minor, V Hedychium
gardinerium, la Spiræa bella, les Coccoloba pubescens et
uvifera,V Eugenia macrophylla et malaccensis, la Primula
sinensis,le Cocos nucifera,les Caryotaurens et mytis,V Ar
disia paniculata, Ÿ Artocarpus incisa, le FVatsonia rosea,
VEnkianthus quinqueflorus,\e J acaranda ovalifolia, le Ma:
rica cœrulea, le Dracæna terminalis variegata, la Canna
iridiflora, les Combretum comosum, purpureum et species
nova, le Quercus nepaulensis, le Rhexia holosericea, le
Sagus rumphii, Ÿ Astrapæa wallichit, six espèces de Stre-
litzia, trente de Crinum, d’Amaryllis et de Pancratium,
tous remarquables par leur nouveauté en France, leur
maguifique végétation, leurs couleurs variées, leurs for-
mes et leurs ports différens.
À trois heures, on s’est rendu dans la serre destinée à
4:
( 36)
l'inauguration du buste de Lanné. Les dames associées li-
bres, unies aux dames de la maison, à plusieurs personnes
invitées à cette fête, formaient un cercle aimable autour
de l'autel dressé, et sur lequel était placé le buste du
grand homme. Les jardiniers occupaient les deux extré-
mités.
M. DescourTiLz, premier vice-président, ouvrit la
séance, et accorda la parole à M. Tuiésaur pe BenneauD,
Secrétaire perpétuel, qui prononça le discours d’inaugu-
ration.
Le président reçut alors des mains des jardiniers une
couronne de fleurs nouvellement écloses, et aidé par
M. Bazas, au nom de tous les correspondans de Ja So-
ciété dans l’un et l’autre hémisphère, il la plaça sur la tête
du patron des vrais Linnéens. En ce moment, tous les assis-
tans semblèrent se dire : « Ici, le buste de l’homme im-
» mortel n’a point à redouter la main sacrilége qui ren-
» versa celui que, lors de sa première fondation, la So-
» ciété Linnéenne éleva sous les tiges séculaires du cèdre
» du Liban, au Jardin des plantes, à Paris; placé par le
» sentiment au milieu des plus belles plantes des deux
» mondes, il y sera constamment soutenu par l’admira-
» tion, la reconnaissance, l’amour bien entendu de la bo-
» tanique, par le saint respect qu’inspirent le nom, les
» vertus et les sages doctrines de Line. »
Pour et au nom de M. Ursin, correspondant à Nantes,
M. Dezavaux a récité des vers adressés aux Magnolia,
dont les tiges nombreuses montrent, au milieu d’un feuil-
lage superbe, de grandes fleurs d’un blanc pur, d’un pour-
pre étincelant, d’un jaune pâle, d’un bleu verdâtre,
très-odorantes, et des cônes purpurins ou d’un rouge
cerise vif et transparent. Dans leur langage muet, ces
beaux arbres parlent de la liberté qui fait le charme de
leur première patrie, et redisent que, sous le ciel de la
(37)
Chine, ils sont l'emblème de la candeur, comme à Fro-
mont ils sont celui de la douce hospitalité.
M. Soucaner-Bonix lut ensuite une notice fort curieuse
sur les serres et le gouvernement des plantes exotiques
en Angleterre, sous le titre de Récit d'une excursion
horticulturale faite à Londres dans le mois d'avril 1824.
On éleva le buste de Linné sur une console placée au-
dessus du bassin, et l’on décida que l’on inscrirait au-
dessous les vers suivans, empruntés au chantre des jar-
dins :
Liné, réjouis-toi : le Nord vit ta naissance,
Mais ton plus beau trophée enorgueillit la France.
Elle ne choisit point, pour y placer tes traits,
Ou l'ombre d’un lycée, ou les murs d’un palais ;
Mais bien ce beau jardin, dont l'enceinte féconde
Accorde une patrie à tous les plants du monde.
(Deurre, Les trois Règnes, chant VI.)
La séance levée, on se réunit en banquet, et à dix heures
les membres de la Société Linnéenne reprirent la route
de Paris, où ils arrivèrent à minuit et demi.
AAA VV VV UV VUS VV AVAL UV MY UV UV LA VU 0/0 0/0 L//0/
DISCOURS D'INAUGURATION,
Par M. THIÉBAUT DE BERNEAUD.
Quaxn Praron ouvrit à la philosophie les vastes jar-
dins que possédait Acanémus au-delà des Céramiques,
près d'Athènes, il voulut que l’image de Socrare, son
maître, de Socrare, que la plus infâme des cabales venait
(36 )
de condamner à boire la ciguë, en füt le principal orne-
ment. De cette tête sublime semblaient jaillir les rayons
lumineux qui devaient éclairer les routes nouvelles de la
morale publique, de la morale particulière, et porter aux
âges présens comme aux âges futurs la gloire du maître
et celle de ses illustres disciples.
Vous êtes aujourd’hui, Messieurs, appelés à rendre le
même hommage au législateur des sciences naturelles
dont vous suivez de bonne foi les solides doctrines, tout
en marchant vers la perfection à laquelle tendirent sans
cesse ses constans efforts, ses utiles leçons, Rendons grâces
au confrère ami , au savant cultivateur-botaniste qui nous
fournit l’heureuse circonstance de faire une nouvelle
apothéose à Lin : rien de plus propre à exciter, à main-
tenir l’émulation parmi nous. Félicitons-nous de la noble
pensée qui nous rassemble dans ces lieux de délices, et,
par plaisir autant que par reconnaissance, consacrons dans
nos fastes cette journée mémorable; qu’elle soit paur tout
bon Linnéen un véritable jour de triomphe, et que chaque
année elle soit pour nous un nouveau motif de réunion,
où l’étude et l'amitié viendront ici puiser de nouvelles
connaissances, en même temps qu’elles y constateront les
conquêtes de l’industrie sur les diverses Flores du monde
entier.
En plaçant sous l’égide tutélaire de l’immortel Link
le temple que M. Souraner-Bonix élève à la déesse des
fleurs exotiques, c’est en assurer la longue prospérité,
c'est en faire un monument auguste que les disciples du
grand homme visiteront avec respect, où ils interroge-
ront la nature avec une curiosité toujours croissante et
toujours amplement satisfaite, où ils trouveront un
échange aimable, une communication féconde d’observa-
tions et de lumières. La patrie en sera fière, puisqu'elle
verra enfin se réaliser aux portes de la capitale le vœu
(39 )
formé, il y a deux siècles et demi, par BéLox (1), et depuis
par tous les amis de l’agriculture et de la botanique, ce-
lui de réunir sur le sol de la France toutes les plantes
étrangères qui peuvent s’acclimater parmi nous, et sup-
porter l’hiver de nos climats.
Les anciens, qui ont tant fait, tant écrit sur toutes les
branches de l'arbre des connaissances humaines, les an-
ciens ne nous ont point laissé de modèles dans le genre
de culture auquel se livre notre confrère M. SouLance-
Bonin. L’un des plus savans médecins grecs qui vécût à
Rome au commencement de l’ère vulgaire, Anronrus
Casror, eut, d’après l'autorité de Puiwe le naturaliste (2),
le premier l'idée de rassembler dans ses propriétés toutes
les plantes alors connues, dont on pouvait tirer profit
dans l’art de guérir; mais l’exemple de cet illustre vieil-
lard fut perdu pour le peuple romain, qui ne connut
point de terme moyen entre la manie des conquêtes et
l'esclavage le plus abject, entre l’infâme honneur de
commander aux hommes par le fer, par le sang, et l’adu-
lation, plus infâme encore, qui légitima tous les crimes
d’une épouvantable suite d’empereurs. IL faut arriver
jusqu'aux premières années du xvi° siècle, si l’on veut
voir l’amour de la botanique former des collections vi-
vantes de végétaux , pour en étudier les caractères, pour
en suivre le développement, pour les comparer entre
eux. Eric Corpus, à Erfurth; Norpecus, à Cassel; et Gas-
PARD DE GABRIEL, à Padoue, paraissent à la tête de cette
véritable révolution scientifique, qui date de l’an 1595.
Le célèbre Coran Gesner, l’un des restaurateurs de
«
(1) Dans ses Remontrances sur le défaut du labour et culture des
plantes, et de la connaissance d’icelles, contenant la manière d’af-
franchir les arbres sauvages. Paris, 1558, in-80.
(2) ist. nat., Liv. xxv, cap: 2.
(40)
l'histoire naturelle, nous a conservé le nom de ces trois
amis de la botanique, et il nous apprend , dans son livre
de hortorum Germaniæ Historia, comment le goût des
jardins utiles se répandit en Allemagne, en Italie, en
Suisse, en France, et surtout dans les Pays-Bas, où les
plantes étrangères étaient plus recherchées que partout
ailleurs. Quelques états imitèrent l'exemple donné par
les savans, et le premier jardin public consacré à l’étude
de la botanique fut établi à Pise, sous la direction de
Luca Guminr, professeur d’histoire naturelle, qui sacrifia
sa propre gloire au bonheur de former d’excellens élèves,
de réunir la collection la plus complète de plantes rares.
Parmi les établissemens particuliers uniquement desti-
nés, à cette époque, à introduire, à naturaliser et à ré—
pandre les végétaux exotiques, celui que Bernarpino
Rora fonda à Naples, en 1555, celui que BéLow soignait
au Mans, et qu’il sut enrichir du fruit de ses voyages en
Allemagne, en Italie et dans le Levant, et celui que pu
Becray possédait à Saint-Maur, près Paris, méritent
une mention toute particulière, ainsi que ceux dont
L'Ecruse jeta les fondemens à Vienne en Autriche, à
Francfort et à Leyde.
La France marchait alors à l’égal de ses voisins, mais
bientôt les dissensions orageuses, les guerres de religion
qui désolèrent si long-temps notre patrie, les horribles
massacres qui forcèrent l’agriculture à fuir épouvantée, le
sceptre de fer du régime féodal qui pesait sur toutes les
institutions, tout, en un mot, vint détourner les esprits
de goûts aussi simples, de fondations aussi utiles. Nous
demeurions encore dans une pénible stagnation, quand
l'Angleterre montrait déjà dans les superbes jardins de
Kew un pays de féerie, où l'œil pouvait à peine embras-
ser l'immense variété de plantes des deux mondes qu’on
(41)
y rassemblait, et dont la vigueur et l’éclat écrasaient l’i-
magination la plus impétueuse.
Un magistrat illustre, qui fit ses délices de l’histoire na-
turelle, dont le nom, cher aux amis des sciences et dela
philosophie, brille à la tête des promoteurs de la Société
Linnéenne de Paris à l’époque première de sa fondation,
pe Marrsuenses essaya de replacer la France sur le trône
de la botanique. Tandis qu’il naturalisait dans ses pro-
priétés un grand nombre d’arbres et d’arbustes étrangers,
pour les répandre ensuite dans nos jardins, dans nos
bois, sur nos routes, LEmonnier, à Versailles, s’occupait
des espèces nouvelles qu'il croyait utiles à l’économie
rurale, à la médecine, à l’industrie manufacturière ; les
deux frères DunamEL soumettaient à des essais en grand,
dans leurs terres de Denainvilliers, du Monceau et de
Vigny, les graines que leur ami, l’amiral La Grazisso-
NIÈRE , faisait recueillir au hasard sur le sol de l’'Améri-
que septentrionale; Cezs, à Mont-Rouge, qui entendit
si bien l’art d'élever les végétaux exotiques, occupait ses
loisirs et sa fortune à les mettre dans toutes les mains, à
en populariser la jouissance.
Ce mouvement imprimé à l’horticulture ramena toutes
les classes de propriétaires vers les pacifiques travaux de
la terre. Tous les genres de frivolité semblérent vouloir
s'étendre et se changer en une industrie innocente, en
un amour coustant du travail, source pure des vrais biens
et du bonheur. Comme aux jours de la brillante antiquité,
où les grands homimnes déposaient les trophées de la vic-
toire pour diriger la charrue, et s’énorgueillir des fruits
qu’ils obtenaient d’une patiente énergie, on vit l’agricul-
ture , naguère avilie, s’ennoblir par les soins que les gens
instruits lui consacraient , par l’habileté de ceux qui diri-
geaient ses importantes opérations. Les progrès du pre-
mier des’aris furent très-rapides, ses ressources ne furent
(4)
jamais si étendues, jamais l’émulation ne fut ni plus ac-
tive ni plus éclairée, et nos fastes agricoles n’offrent pas
d'époque plus brillante. Long-temps agités par les secous-
ses politiques, les esprits retrouvent enfin le calme dans
les douces occupations de la culture. Au sein de paisibles
et agréables demeures, où tout séduit l’imagination, où
s’est réfugiée la liberté, cette noble indépendance qui
convient aux âmes élevées, une graine, une fleur étran-
gère donnant les signes d’une végétation robuste, un ar-
bre arraché à l'atmosphère factice des serres pour vivre
désormais en pleiue-terre sous notre ciel, au milieu de
nos plantes indigènes, procurent à l'esprit et au cœur des
jouissances que ne connaîtra jamais le citadin , esclave de
la contrainte et de l’étiquette. Le héros inscrit ses ex-
ploits sur le marbre et sur le bronze, le botaniste-culti-
vateur inscrit les siens sur des monumens plus fragiles, et
cependant plus durables. Les services qu’il a rendus sont
attachés à une plante, ils sont portés au loin par les zé-
phyrs, et chaque printemps nous les redit, en nous enve-
loppant des parfums qu’exhalent les fleurs.
Dans un rapport que vous avez rendu public, je vous ai
dit, Messieurs, tout ce que notre confrère M. SouLANGE
Bonin a fait pour créer les beaux jardins où vous tenez
aujourd’hui séance, tout ce qu’il se propose de faire pour
les placer au-dessus de tous ceux que la France possède,
et en faire un monument digne de lui, digne de la science
qu’il cultive avec tant de zèle, de goût et de succès. Por-
tez les yeux autour de vous, examinez tout dans le plus
grand détail, et vous verrez que je n’ai rien avancé de
trop; comme moi, vous acquerrez la certitude que
bientôt nous n’aurons plus rien à envier aux pays étran
gers. Les principes solides sur lesquels s'appuie M. Sou-
LANGE-Bonin, les méthodes sagement combinées qu’il
adopte pour ses différentes cultures, l'attention vraiment
(43),
paternelle qu’il donne à chaque plante, tout autorise
votre confiance, tout fortifie mes pressentimens, tout
présage ici le plus brillant avenir à la botanique et à
l’horticulture.
En élevant donc au milieu de ces nombreux végétaux,
enfans de cent climats divers, un autel à l’homme illustre
qui leur dut les plus beaux instans de sa vie, vous cimen-
tez le pacte d’union entre le maître et les disciples, vous
rendez un père à sa famille attendrie, vous attachez au
char du génie la grande pensée du créateur de ces vastes
enceintes, de ce superbe jardin. Vous ne pouviez, Mes-
sieurs , lui donner an plus noble témoignage d’estime, un
encouragement plus flatteur : et quel jour avez-vous
choisi pour lui exprimer ainsi Votre admiration et votre
recounaissance? le jour où, à un siècle et demi de distance,
le patriarche de l’agriculture française et l’auteur d’Ærnile,
descendus la veille dans la nuit du tombeau, recurent
dans lempyrée cette vie perpétuelle qui doit porter à
tous les âges le souvenir du bienfait et celui de la plus
juste , de la plus profonde gratitude.
Ce n’est point ici le lieu ni le moment de vous redire
les utiles travaux d'Orivier DE SERRES, ni la magique in-
fluence qu’exercça sur l’étude de la botanique, et par con-
séquent sur ses progrès, la plume éloquente de J.-J. Rous-
SEAU; Vous savez tous d’ailleurs mieux que moi, Messieurs,
ce que le premier, entouré de l’expérience des âges anté-
rieurs, ét eu ÿ ajoutant son expérience propre, a fait
pour le sol sacré de notre patrie, pour la classe si hono-
rable des cultivateurs, et les droits imprescriptibles qu’il
s’est acquis pour siéger à la tête des géopones français;
vous savez Lous qu’en rendant à nos mères, à nos épouses,
à nos filles, les devoirs et les sentimens qui doublent le
prix de l'existence, le second leur a fait naître le besoin
d'étudier les plus aimables productions de la nature, et
L (44)
vous a, Messieurs, inspiré l’heureuse idée d’associer la
plus belle moitié du genre humain à vos savantes investi-
gations, afin de les embellir de leurs charmes séducteurs,
afin de vous rendre plus chères les heures que vous y
consacrez. Mais je bénirai la grande pensée, la pensée
sublime qui réunit en ce jour, en un seul faisceau, les
trois genres d’immortalité qui font le pius de bien aux
hommes.
Placez donc ,ô mes chers Confrères , placez des couron-
nes de fleurs sur ce buste déjà ombragé de lauriers impé-
rissables ; que son nom serve de ralliement à tous les gen-
res de talent , d'appel à la régénération de nos doctrines,
d'appui à toutes les tentatives utiles pour l’avancement
des sciences ! Qu’à sa vue les âmes se retrempent au feu
sacré de l’amitié ; qu’a son aspect les brandons de la dis-
corde s’éteignent pour jamais, et que tous les naturalistes
de l’un et de l’autre hémisphère ne forment qu’un seul
groupe de frères, qu’une seule famille étroitement unie
de cœur et d’esprit!
AA0AVGUYUVAN VA VV AAA AA VU LOL AAA VV VOA VAV0/0/ VA AA
LE MAGNOLITA,
Par M. URSIN, correspondant à Nantes.
Pompeux Magnolia, dont la cime fleurie
S’élance avec orgueil vers la voûte des cieux,
Qui sembles garder pour les Dieux
Un tribut de parfums plus purs que l’ambroisie,
Pour te chanter puissé-je ennoblir mes accens!
Quand, long-temps balloué par les flots mugissans,
—
nn.
(45)
Le nautonier s’attriste au spectacle de l’onde,
Le souflle du zéphyr qu'ont parfumé tes fleurs
A ses sens fatigués révéle un nouveau monde,
Leur promet l'Elysée après de longs malheurs.
Ah! dans cet asile des sages,
Célébré par l'antiquité,
Que sous tes immortels ombrages
Une immortelle volupté
Soit le prix du Typhis qui conquit pour nos plages
De tes rameaux l’imposante fierté.
Houneur à ces nefs triomphantes
Qui, dédaignant un or à Plutus dérobé,
Ravirent au Meschacebé
Un trésor non moins cher, ses forêts odorantes.
Fière de réfléchir ce spectacle enchanteur,
Thétis de la tempête enchaïna la fureur;
Pour respirer leur suaye atmosphère,
Plus d’un Triton sortit de son antre marin,
Et, suivant les vaisseaux dans leur course légère,
Sembla porter envie au bonheur de Sylvain.
Déjà, pour égaler le favori de Flore,
Le lis d’un nouveau charme embellit nos vallons;
D'un incarnat plus vif la rose se colore,
Les lauriers toujours verts ont élevé leurs fronts.
Vains efforts! Lis pompeux que l’églantier ombrage,
Roses que du midi dévorent les ardeurs,
Vous voit-on jusqu'aux cieux lui ravir ses vapeurs?
Et toi, laurier, si fier de dispenser la gloire,
Qui t'a valu cet emploi révéré ?
Prix sanglant des exploits dont s’afllige l’histoire,
Trop souvent on La vu sur un front abhorré.
Arbre des conquérans, crois loin de nos rivages!
Tls auront de plus doux hommages
Ces brillans végétaux dont les rameaux épais
Dérobaient l’Indien au glaive de Cortez;
Qui, pour servir d’asile à la faible innocence,
Redoublaient des forêts l’horreur et le silence.
Le sauvage en reçoit encor d’autres bienfaits :
D'une mère par eux s’apaisent les regrets,
(46)
Quand le ciel lui ravit un enfant qu’elle adore.
En vain en lui la mort éteint le sentiment;
Si d’un Magnolia le bouton vient d’éclore,
L'âme pure y descend dans les pleurs de l’Aurore.
L’époux cueille la fleur avec empressement,
Puis sur sa jeune épouse, alors qu’elle repose,
Plein d’un espoir flatteur, son amour la dépose.
Bientôt l'illusion de quelque songe heureux
Rend au sein maternel un gage précieux.
Délicieuse erreur, tu vaux bien nos lumières!
Mais en venant braver notre ciel rigoureux,
Loin des rives hospitalières
Qui préservaient leurs plants des rigueurs des hivers,
Je le sais trop, hélas! ces tribus végétales
Des habitans de leurs déserts
Ne nous donneront point les vertus virginales
Ni la primitive candeur.
Du paisible cultivateur
Puisse du moins leur ombre tutélaire,
Plus sûrement que le laurier
N’écarte les traits du tonnerre,
Eloigner des combats l'orage meurtrier!
Détrompés de conquêtes vaines,
Au sein de la nature oublions nos revers;
Moins jaloux d'agrandir que d’orner nos domaines,
Nous verrons leurs sites divers
Retracer l’abrégé de ce vaste univers;
Nous verrons de nos bois les citoyens antiques,
Au lieu d’être jaloux de leurs voisins nouveaux,
Contre les vents glacés leur offrir des portiques,
Et contre la tempête un rempart de rameaux.
L'oiseau que de nos bords bannissait la froidure,
N'ira plus loin de nous chercher de plus beaux jours;
Des bosquets, dont l'hiver respecte la parure,
Avanceront pour lui la saison des amours,
Et, du ciel admirant la sagesse immortelle,
L'homme aura travaillé de concert avec elle
RE
(47)
VA LAS AAA UV AAA ÉAAVVAAAA VULA VV AVAL MVL AMV AAA VIE
SÉANCES ORDINAIRES
DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS.
S£ANCE du 22 juillet. — On annonce la mort de
MM. Dumonr pe Courser et TaunreuG, l’un et l’autre
membres honoraires.
Les Colonies Linnéennes de New-Yorck et de Bruxelles
envoient le procès-verbal de la fête qu’elles ont célébrée
* le 24 mai dernier, la première à Flushing Long-Island,
l’autre dans les bois de Soignes, commune de Boitsfort.
Plusieurs correspondans, entre autres M. Bonnarne-
Mawsuy, de Saint-Mihiel, écrivent relativement au fos-
sile trouvé en septembre 1823 dans la forêt de Fontaine-
bleau, au Long-Rocher, près de Moret, et invitent la
Société Linnéenne à faire l’examen de cette pierre et
de publier une notice sur son état naturel ou artificiel.
On lit à ce sujet un mémoire de M. le professeur Bar-
RUEL , dans lequel il rend compte de l’analyse chimique
qu’il a faite du fossile, qu’il estime être réellement un fos-
sile humain, et conséquemment une pétrification des
plus rares et des plus étonnantes.
La commission spéciale nommée pour répondre aux
vœux des correspondans linnéens annonce qu’elle est allée
voir cette curiosité le 20 de ce mois; que l’un de ses
membres s’occupe à répéter l'analyse chimique de M. Bar-
RuEL sur les fragmens remis par les propriétaires; que le
rapport qu’elle prépare ne pourra être lu que lorsqu’elle
aura terminé ses recherches et fait un voyage sur les lieux
mêmes où la découverte a eu lieu.
(48)
M. Gizcer pe Laumonr rend compte de l'examen qu’il
a fait de divers minéraux envoyés par M. DE Tiens, cor-
respondant à Theux, en Belgique.
M. Devëze fail conraître la situation de la caisse de
la Société au 1°" juillet courant.
M.'Turon. Descourrizz lit un mémoire sur le nouveau
seure d’insecte de l’ordre des hémiptères qu’il nomme
Agénie. Ce mémoire et le dessin qui l'accompagne sont
imprimés (pag. 293 des Annales).
Séance du 5 août. — M. pe Rivière communique de
nouvelles idées sur son projet d’une langue botanique. —
Elles sont remises à la section de botanique.
On lit pour M. Cu. Boucuorte, de Metz, un mémoire
intitulé : Essai sur la culture du chätaignier, et sa réin-
troduction dans le département de la Moselle.
Un correspondant de la Société dans le département
de la Haute-Garonne envoie les Recherches faites par
M. Cn. CarrarELLy, sur la quantité de semence employée
par les anciens. On en donne lecture.
Séance du 19 août. — La Société reçoit des collec-
tions de plantes et de graines qui lui sont adressées par
MM. Akerzy, Map et Rorerr Prince, de New-Yorck,
et par M. Louis ne BronpEAU, d'Agen.
M. Decavaux lit un rapport sur un phénomène pré-
senté par un grand cierge du Pérou que les fortes gelées
de 1822 ont fait périr dans les serres de M. PozLanT DE
Canmivais, correspondant à Bruxelles.
La commission chargée de l’examen du fossile du Long-
Rocher est entendue. — La Société ordonne que son rap-
port sera imprimé non-seulement dans les Annales, mais
encore séparément.
On s'occupe de différens travaux intérieurs, et la So-
ciété s’ajournte au 14 octobre prochain.
a —
LUVAAVUY VV VV VVMVAUVUVV AMV VAL ALU 0/0 0/0 L0/L 0A/VUVLALUULUVAY VU VUURY
BULLETIN LINNÉEN.
N° 5. NOVEMBRE 1824.
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS.
SÉANCE du 14 octobre 1824. — On lit les lettres du Mi-
nistre de l’intérieur, de l’Académie des sciences de l’Insti-
tut et du Préfet de la Seine, relativement au rapport fait
à la Société sur le fossile du Long-Rocher.— Le rapport
la à l'Iustitut le 6 septembre par MM. VauquELIN et
Tuévarp confirme les résultats obtenus par les commis-
saires de la Société Linnéenne.
M. Lapierre envoie un échantillon d’une valériane
commune qui se trouve monstrueuse dans la forêt de
Bessay, département de l'Allier, et dans les bois du dé-
partement de la Loire.
Parmi les articles offerts, on a remarqué plusieurs mé-
moires inédits fort curieux, de nombreux ouvrages im-
primés, diverses espèces de graines exotiques, et les que-
lette d’une scolopendre disséquée par des fourmis.
M. Persoon lit un rapport sur le Comoplea comosa et
l’'Agaricus edulis zonarius, envoyés par M. L. pe Bron
DEAU, avec une description et des dessins faits avec beau-
coup de som.
M. Bourper (de la Nièvre) fait connaitre, dans un fort bon
mémoire el par des dessins exacts, le gisement des osse-
mens fossiles du mont de la Molière en Suisse, Cette mon_
tagne présente des débris d’éléphans d’âges différens, de
)
( 5o )
rhinocéios, de hyènes, de poissons, de tortues, de mollus-
ques, dont les analogues vivent sous nos yeux, et de races
qui ne se découvrent plus nulle part; mais les plus re-
marquables de ces ossemens sont ceux du cochon qu'on
n'avait vu jusqu'ici que dans les tourbières.
M. le docteur Pasrré Ht un mémoire sur la sensibilité
des végétaux.
La commission spéciale chargée de rassembler tous les
faits relatifs aux propriétés des paragréles en paille, fait
connaître le résultat de ses recherches. La Société en or:
donne l’impression.
Séance du 28. — La Société Linnéenne ayant perdu
hier 27 octobre, à une heure après midi, son président le
vénérable Anpré Taouin, déclare que, en signe de deuil,
elle ne tiendra pas séance aujourd’hui ; elle nomme une
grande députation pour assister à ses funérailles, et charge
M. Trigeaur DE BERNEAUD, qui s’honore d’avoir été l’é-
lève et Pami de ce savant modeste, que tous les vrais Lin-
néens pleureront, de prononcer son éloge funèbre à la
séance publique du 55 décembre prochain.
La Société a reçu de M. PErsoon, le 21 octobre 1894,
un mémoire qui devait être lu à la séance du 28, conte-
nant la description d’une nouvelle espèce de Cerastium
præcox qu'il a trouvée aux environs de Paris, et qu'il ne
faut pas confondre avec le Cerastium præcox de Tenore,
qui est le Cerastium campanulatum de Vivranr.
Elle a également reçu de M. Coca, de Turin , un mé-
moire sur un nouveau genre de la famulle des rubiacées
qu’il a dédié au professeur Vivranr. Ce mémoire est ac-
compagné d’un dessin exécuté par madame Bizrorrr,
dont le beau talent est connu de tous les Linnéens.
Ces deux mémoires paraïîtront dans les Æanales de la
Société.
G5T )
SAV VA VA VV VV VU L/0/0/V LV VU A0 TA LOL V0 VU j/W/0/U/ 1/0/0/Y AVR.
PROSPECTUS.
fisroire naturelle des Ichthyodontes, ou dents fossiles
qui ont appartenu à la famille des poissons, conside-
rées sous les rapports zoologiques et géologiques; par
M. Bourper, de la Nièvre, voyageur géologue, corres-
pondant de la Société Linnéenne de Paris, etc.
Peu d’années se sont écoulées depuis que l'application
de la zoologie à la géologie a donné plus de force aux ob-
servations de cette science et permis l’étude des corps
organisés fossiles. Chacun sait que ces précieux débris fu-
rent observés, classés et nommés par M. Cuvier, qui sut
perfectionner les études anatomiques, et lui permirent
de recomposer les squelettes d'animaux, qui nous ont
mis à même de connaître ceux du présent et ceux des
temps passés.
Aussi dès que cette impulsion fut donnée à la science,
on vit des hommes de tout âge et de tous les pays, par—
courir avec enthousiasme la nouvelle carrière qui s'était
ouverte devant eux.
Une foule d'ouvrages sortirent, pour ainsi dire, comme
par enchantement de la plame de nombre de savans, et
nous firent connaître une partie des révolutions de notre
globe, et les fossiles que recèlent ses couches.
Cherchant à marcher sur leurs traces, le savant géolo-
gue M. Bourper, de la Nièvre, s’est occupé de recherches
sur les ichthyodontes. Il les a décrites avec le plus grand
soin; les dessins et les planches qui accompagneront ce
(52)
volume ont été exécutés, sous ses yeux, par les meilleurs
lithographes avec une exactitude minutieuse.
Cet ouvrage, dédié au prince Cnrisrian-Frévéric de
Danemarck, membre honoraire de la Société Linnéenne
de Paris, formera un volume grand in-40, de 72 pages
d'impression environ, et sera orné de onze planches, don-
nant quarante-deux espèces.
Le prix sera de 9 fr. sur papier ordinaire; il n’en sera
tiré que 5o exemplaires sur papier vélin satiné dont le
prix sera de 18 fr.
La liste des souscripteurs sera imprimée en tête du
volume.
Où souscrit, à Paris, au Secrétariat de la Société Lin-
néenne, et chez J.-J. Pascuoup, imprimeur-libraire, rue
de Seine, n° 48.
RAR SAS RER
De leur côté, MM. Drscourrizz père et fils annoncent
deux ouvrages nouveaux qui se recommandent d’eux-
mêmes aux amateurs éclairés des sciences naturelles ; ces
ouvrages sont :
10 Histoire naturelle et chasses au crocodile, grand in-
folio, avec planches d'anatomie et des chasses, coloriées
avec soin : quatre livraisons de cinq planches chacune.
Prix : 25 fr. la livraison.
20 Histoire des fruits des Tropiques, divisés en onze or -
dres, d’après leur saveur et leur influence sur l’économie;
gros in-folio avec planches parfaitement soignées et co-
loriées, de grandeur naturelle, 3 vol. composés chacun
de sept livraisons, renfermant huit planches. Prix de la
livraison : 40 fr.
On souscrit chez les auteurs, rue Cassini, n° x, et au Se-
crétariat de la Société Linnéenne.
malin "2.
PRE
(55)
VA AV VV VW VS VV V0 V0) VV VAN VV VV V0 VUS VU VAUT
BIBLIOGRAPHIE.
Torrus ripulensis, seu Enumeratio plantarum queæ Ri-
pulis coluntur ab Avoysio Cora, Socictatis Linneanæ
Par. socio. Additis stirpium rariorum, vel nondum satis
cognitarum, aut forte novarum notis, descriptionibus,
et iconibus. Augustæ Taurinorum. 1524. in-40.
Ce catalogue ne ressemble nullement à ceux si peu
utiles qui ont paru jusqu'ici. M. CozLa est sorti de la voie
commune; et le tableau des plantes qu’il cultive s’est ac-
quis le droit de prendre place dans la bibliothèque du bo-
taniste instruit, et de l’amateur. Il contient 768 genres
nommés d’après la nomenclature de Wirpenow et lei$yn0o-
psis de M. Persoow. Les genres nouveaux', presque tous
rapportés des Antilles, par M. le docteur BerrTero, corres-
pondant de ja Société Linnéeune, sont décrits avec le soin
particulier que M. CozLa met à ses utiles écrits, et avec
la précision que Linné recommande au véritable botaniste.
La culture et l'habitude de voir, de décrire sur le vi-
vant , ont mis M. Cora en mesure de rectifier des erreurs
graves, échappées à plusieurs botanistes estimables, et de
s'assurer de Ja réalité des espèces que l’on annonce dans
le commerce sous des noms nouveaux, et avec des carac-
tères trop souvent fugaces, qui ont décidé les faiseurs de
l’école moderne, à les enlever à leur place naturelle pour
en constituer des genres.
* M. Corra, en citant une plante, ne manque jamais
d'indiquer les auteurs qui l'ont fait connaître avant lui, la
meilleure figure publiée, le lieu d’où elle provient, sa
(54)
durée et l’époque de sa fructification dans les serres de
son beau jardin.
Les genres cités par ce savant, et dont les motifs sont
tous puisés dans une étude approfondie, et un examen sa-
gement comparé des diverses parties de la plante, sont
les suivans : le Billottia, consacré à madame TEcorirA Bir.-
LorrTi, née CoLLA, associée libre de la Société Linnéenne ;
le Bonellia , le Mascagnia, le Tenorea et le Thicbautia
décrit -dans la 2° livraison des Annales Linnéennes pour
1924.
Quarante planches accompagnent le catalogue de
M. Cora; 20 sont exécutées d’après les dessins de ma-
dame Birrorr:, et 8 d’après ceux de madame ANGELICA
kossi-Borrione, l’une et l’autre célèbres par leurs talens
en ce genre. Les plantes figurées sont : l'Oxalis piottæ, la
Monsontia pilosa, var. V Amaryllis Uineata; le Magnolia
Juscata, variété de celui à feuilles d’Anones; les Pelargo-
nium elatum, Spinii, ardens et quinquelobum; le Baeckca
virgata, le Ficus coronata, les Acacia grandiflora, alata,
et dodonæifolia ; les Cactus alatus et speciosus déjà figuré
sous le nom de speciosissimus dans les mémoires du Mu-
séum d'histoire naturelle de Paris, tom. IT, pl. IX , mais
représenté dans ses parties fructifères par M.Corra, ce
qui satisfait mieux les botanistes; le Aaipighia macro-
phylla, Harachia speciosa, V Aloë trichotoma, les Mela-
leuca decussata et tomentosa , \a Salvia pulchella, Y 4-
chyranthes capituliflora, Y Æsculus macrostachia, le
Thunbergia cordata, le Beaufortia decussata, Ve Billot-
tia acerosa, la Cassia Berteri, le X'enopoma obovatum,
le Cussonia triptera, Y Elæagnus argentea, Y Eranthemum
flavum , Y Eriostemum dentatum, la V'erbesina atriplici-
Jolia, la Visnea mocanera, le Sida pulchra, le Acla-
nopsidium nigrum, \e Mespilus glabra, le Ternstrocmia
brevipes, V Urena Sicberi er le Poterium caudaturn.
(2551)
Ï est fâcheux que M. Cora se soit servi de la litho-
graphie pour ses planches, la gravure eût été préférable,
surtout pour tout ce qui a rapport à l’analyse des fleurs
et des fruits. Jamais la lithographie n’atteindra le degré
de perfection que l’on obtient avec le burin, et celle de
Turin, jouissant d’un privilége exclusif, ne permet pas
l'espoir d’y voir s'améliorer, du moins de long-temps, ce
nouveau genre de dessins imprimés.
1221,
Annales agricoles de Roville, ou Mélanges d'agriculture,
d'économie rurate et de législation agricole, par C.J. A.
Marmieu DE Dompasce, correspondant de la Société
Linnéenne de Paris, etc. — Première livraison, 1 vol.
in-5°.
La ferme exemplaire de Roville est le premier établis-
sement de ce genre existant en France; il a été fondé par
M. Marnmieu De Domsasce en septembre 1822; c’est lui
qui le dirige et tout aunonce qu’il doit prospérer. Comme
son titre l'indique, la ferme exemplaire de Roville est
destinée à présenter aux propriétaires et aux cultivateurs
le modèle d’une exploitation administrée avec soin, sans
ostentation, et d’après les méthodes avouées par l’expé-
rience des hommes instruits. Tout en y améliorant l’a-
griculture par une marche simple et sagement combinée,
on y perfectioune les instrumens qui servent à l’économie
rurale, on y forme d’excellens sujets et on y développe
toutes les ressources que présentent la terre et les ani-
maux domestiques.
M. Marmieu pe Domsasce procède dans tout ce qu'il
fait comme un bon père, et ses Ænnales sont le compte
qu’il aime rendre à sa famille; elles sont le dépôt de ses
pensées, et celui des conseils qu’il demande. Heureuse la
(56)
France si, dans toutes les branches de l'administration,
elle comptait beaucoup de citoyens de cette trempe! Elle
pourrait s’en énorgueillir, elle verrait tomber cet écha-
faudage d’intrigues, de mensonges et de charlatanisme,
qui encombre toutes les voies du bien, et sa prospérité
serait assurée pour jamais.
La première livraison des Annales agricoles de Rovilie
présente, dans un coup d’œil rapide, l’état actuel de l’a-
griculture chez les nations de la vieille Europe; des détails
fort curieux sur les opérations de la ferme de Roville; un
mémoire sur la nécessité de réunir les propriétés terri-
toriales morcelées, et des vues très-sensées relativement
aux impôts sur les eaux-de-vie et au mode de leur per:
ception. Quatre planches, représentant des charrues et
autres instrumens, ornent ce volume.
A ee
Traité du hôtre et de son aménagement compare à celui du
chéne et des arbres résineux, par M. Drazer, corres-—
pondant de la Société Linnéenne, etc. Toulouse, 1824;
in-12. Prix : 2 f. et 2 f. 5o c. par la poste.
Excellente monographie qui convient à tous les pro-
priétaires de bois. L'auteur, riche d’une longue expérience,
montre sans cesse l'exemple à côté du précepte.
Te
Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des Pyrénées
et des pays adjacens, par M. Parassou, membre hono-
raire de la Société Linnéenne, etc. Pau, 1915 à 18923.
La collection de ces mémoires est composée de 4 vol.
in-8°, etrenferme une foule de faits curieux, instrucuifs et
importans sur la chaine des Pyrénées. Le nom de leur vé-
nérable auteur en fait seul Péloge.
RAR VV VU TVA VA VAL V0/0V LV VV LL 40/00/00 LA VV 0/0 A0 A/R R/0E
BULLETIN LINNÉEN.
N° G ET DERNIER DE 1824.
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS.
SÉANCE du 11 novembre 1824. — M. Lapierre fournit
les renseignemens qui lui ont été demandés sur la gre-
nouille vivante qu’il a trouvée dans une urne sépulcrale
romaine , faisant partie d’un ancien Columbarium , et en-
fouie à deux mètres en terre sur la butte polytaphe de
Roanne, département de la Loire.
M. Le Brer, de Rouen, envoie le fruit de la solanée
mammiforme provenant de l Amérique du Sud ; et M. Bou-
prier, de Versailles, plusieurs dessins de cryptogames qu’il
a découvertes.
M. le docteur Gazan fait part de la découverte qu’il
a récemment faite de plusieurs dents de rongeurs et de
rhinocéros dans la brèche osseuse d'Antibes; et M. Des
myrrÈère de celle de coquilles fossiles à Cassel, départe-
ment du Nord.
M. Tuiésaut DE BERNEAUD, au nom de la section d’a-
griculture, présente le résumé des recherches faites sur
propriété des paragrêles en paille.
M. Persoon lit un mémoire sur une nouvelle espèce de
Cerastium qu’il nomme Præcox , et qu’il a trouvée abon-
damment près du nouveau pont de Sèvres.—Ce mémoire
sera imprimé et la plante figurée.
6
(58)
M. Sourance-Bonin adresse une note sur le système
nouveau de melonnières mobiles et parquées, qu’il a
adopté dans son jardin à Fromont, — L’impression est
ordonnée.
M. Girou donne lecture d’un mémoire sur le son et sur
une nouvelle théorie pour l’expliquer. — Ce mémoire
sera imprimé.
On arrête la liste des candidats pour la présidence.
Séance du 25.—Madame Juorra Bourper,néene Muzy,
associée libre, fait hommage du portrait du grand Har-
LER, qu’elle a peint à l’huile et pour là Société Linnéenne
et pour la galerie du Musée de Berne.
M. Varror, de Dijon, communique auelques obser-
vations qu'il a faites sur les noms donnés à l’insecte dévas-
tateur de la vigne appelé Urbec, et sur le moyen que
l’araignée à croix papale ( {ranea diadema TL.) emploie
pour dresser sa toile.
Le prince Curisrian Frénéric de Danemarck, membre
honoraire , fait connaître la formation géologique des îles
Faxoë, Stevens et Moën.
M. le docteur Dsscourrirz est élu président à l’unani-
mité des sufirages. Le nombre des votans était de 37. —
M. Persoon passe premier vice-président, et M. Roques
est appelé à la seconde vice-présidence.
On arrête le programme des lectures à faire à la séance
publique du 28 décembre.
M. PBounoer, de la Nièvre, lit une notice sur les brèches
osseuses de l’île de Corse. Elle sera publiée.
Pour et au nom de M. CozLA, de Turin, on lit un mé-
moire sur un nouveau genre de plantes de la famille des
rubiacées, auquel il impose le nom de P'iviania. — Son
mémoire sera imprimé.
(59)
On commence la lecture d’un mémoire de M. Moquix-
Tanpon sur les œufs des reptiles.
Séance du 9 décembre. — M. VArLor envoie une note
sur la blatte et sur les différens noms que cet insecte a
reçus en France.
Sur la demande de la section d’agriculture, MM. Sou-
LANGE-Bopin et Marureu pe DomBasre, correspondans,
sont élevés au grade de membres honoraires, pour les
récompenser des services qu’ils rendent à la science, le
premier par l'établissement de son beau jardin de cultures
exotiques de Fromont, le second comme fondateur et
régisseur de la ferme-modèle agricole de Roville.
On termine la lecture du mémoire de M. Moquin-Tan-
pon sur les œufs des reptiles.
Pour et au nom de M. Puairippart, correspondant à
Versailles, on lit un mémoire sur la culture des terres de
bruyère.
M. Dscavaux rend compte des mémoires envoyés au
concours sur le nectaire. Le concours est prorogé jusqu’au
1er juillet 1825.
Séance du 16.— M. Oscar Lecrerc prend l’engage-
ment de mettre en ordre tous les papiers de feu son
oncle Anpré Tuouin, et de publier incessamment la col-
lection des pièces relatives à son Cours d’agriculture, —
La Société souscrit pour un exemplaire.
M. PiépaGnez rend compte des mémoires envoyés pour
le concours de zoologie. La Société accorde la somme de
200 fr. à M. le docteur Vazcor, de Dijon, pour avoir
rempli la première partie du programme , et proroge à
l’année 1827 la solution de la question proposée.
M. Tu. Descourricz lit la description d’un genre nou-
veau qu’il dédie à M. le docteur Naucne, membre hono-
raire de la Société. Ce mémoire sera imprimé.
( 60)
M. Gmow fait connaître par des tableaux hydrogra-
phiques, au nombre de quarante-six, et dressés sous
diverses latitudes européennes, la manière de déterminer
par approximation, à la fin de septembre, le nombre de
jours pluvieux du mois d'octobre suivant.
Il prepose d'offrir des encouragemens pour la formation
d’un bon recueil d'observations météorologiques. Cette
proposition est adoptée.
M. Tuiésaur De BerneauD donne lecture du résumé
des observations de ce genre, qu’il a réunies pour le
deuxième semestre de 1824. Il est imprimé dans le XVIe
vol. de sa Bibliothèque physico-économique (1).
La section d'agriculture rend compte des mémoires
qu’elle a reçus sur la culture de la pomme-de-terre : d’a-
près sa proposition, la Société vote des remercimens, en
particulier, x MM. De Manminez, correspondant à Lyon,
Ricuarb, à Rhodez, et »'Homrres-Firmas, à Alais.
Séance publique du 28.—( Voyez en tête du présent
volume, le II° des Mémoires.)
D RTL en teersph tree
(x) Ce Recueil périodique, consacré aux sciences agricoles, paraît
régulièrement du 1% au à de chaque mois. Il contient tout ce qui
pert essentiellement intéresser les propriétaires ruraux. Chaque
cahier est de 72 pages in-12, avec des planches quand le sujet l'exige.
Le prix de l'abonnement est de douze francs par année, ou deux
volumes de près de 450 pages chacun. La Bibliothèque physico-éco-
nomique a été créée en 1782 par le célèbre PARMENTIER, et LEBÈGUE
DE Presce qui fut l'ami et le médecin de J.-J. Rousset. En 1802,
elle passa entre les mains de Sonnint DE ManoncourT, agriculteur
et naturaliste estimé. La nouvelle rédaction date de 1817.
VV LU AY VVVY VU LUAVU VV UV VU AU AV AV AV AR EE AU VU VV VV
ERRATA’
Page Ixxij, dernière ligne : Gênes, 1823 ; Asez Gênes, 1819, in-8°.
xciv, ligne 20 : Mazau, lisez Mazrau.
40,
47;
52;
53,
56,
à Nantes , Æsez de Nantes, à Paris.
5 de la note : muliebris, lisez mulieris. *
9 : des larves, des êtres, lisez ces larves, ces étres.
18 : lui, lisez leur.
20 : forcé, lisez forcée.
1 de la note : cangek pour caugek. .
7: cycnus, lisez cygnus.
22 : hamatopus, lisez hæmatopus.
4.: des animaux, lisez des œufs des animaux.
3 : Pimélées, pour Pimélies.
29 : Variton en Norfolk, Zsez Varcton en Norfolck.
10 : ginandrie driandrie, lisez gynandrie diandrie.
18 : vigoureux, pour visqueux.
25 : peutaphylle, lisez tétraphylle,
12 : staminorum, Pour staminum.
16 : revendiquent, pour nient positivement.
21: à donner suite et même étendre, Lisez à leur
donner une suite et même à étendre.
BULLETIN LINNÉEN.
16 : Annales des mines, pour Journal des mines.
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TABLE
ARTICLES CONTENUS EN CE JHI° VOLUME.
PREMIÈRE PARTIE. — Jistorique.
Procès-verBaL de la séance publique du 28 décembre 1824. Page j
Discours d'ouverture par M. Descourrirz, Président. i
Analyse des travaux de la Société pendant les années 1823et
1824, par M. Tniésaur De Berneaup , Secrétaire perpé-
tuel. XV
Histoire naturelle, Genéralites. x vi)
Physique appliquée. xx
Mammalogie. Xx1)
Ornithologie. Xxii)
Herpéthologie. XXY)
Ichthyologie. xx vi;
Molluscologie. $ ibid.
Heélminthologie. XX ii]
Entomologie. XXX)
Botanique. Axxii)j
Physiologie végétale. xlvj
Agriculture. M l
Météorologie. ue Mix
Arts industriels. £ 1x}
Géologie. Ixü)
Minéralogie, k lxix
Philologie, ibid.
Biographie. Iaxij
Rapport sur le concours ouvert relativement aux animaux
SAVE IT. MOT CES dé dr ( 064.) s
vivans rezfermés dans des corps solides, lu, au nom de
la section de zoologie, par M. le docteur Piénacnez. Page
Rapport sur le concours quvegt relativement au nectairé, lu,
Ixxiv
au nom de la sectionide botañique, par M. Decavaux. Ixxviiz *
Rapport sur une récompense accordée pour ladoption et la
propagation des paragrêles en paille, lu, au nom de la
section d'agriculture, par M. le docteur Roques. Ixxxv}
Programme, desencourage mens annuels promis pour des ob- -
© servations météorologiques (avec un tableau modéle). Ixxxix
Second supplément au tableau des membres et correspon-
dans. xCij
Membres résidans. ibid.
Membres lionoraires nationaux. ibid.
Membres honoraires élrangers. xcii}
Membres auditeu . ibid.
Associées libres. ; XCIY
Correspondans, nationaux: ibid.
Correspondans étrangers. xCvij
Sociétés savantes afliliées. =
Liste des ouvrages imprimés offerts à la Société Linnéenne
de Paris pendant les années 1823 et 1824, et déposés dans
ses archives. ci
£ SECONDE PARTIE. — Mémoires.
ZOOLOGIE. — ORNITHOLOGIE. — Mémoire sur les œufs des
oiseaux, par M. Moquin-Taxpox. 38
Icaravoroc:e. — Observations sur le genre et les espèces trigla,
vivant dans la Méditerranée, sur les côtes de Nice, par
M. Risso,
HezmNrnoLoce. — Description d'une nouvelle espèce de sang-
sue, par M. DE SaINT-AMANS.
Mémoire pour servir à l’histoire du tournis chez l’hommeytet
description de l'acéphalocyste qui le détermina; par M. Car-
IRÈRE. 41e
Exromorocie. — Description d'une nouvelle espèce de dor-
hésia, existante aux enyirons de Paris, par M. Tiéiatr
2 DE BERNEAUD.
196
"285
(165 «)
Mémoire sur un nouveau genre d’insecte de l’ordre des hé-
miptéres, par M. Taéonore Descourtizz. Page
BOTANIQUE. — Cryprocamie. — Notice sur deux espèces de
champignons nouveaux, découverts et décrits par M. »E
BrOpDEAU.
Observations à ce sujet et création du genre Gyrocephalus ;
par M. PErsooN.
Instruction sur la manière de recueillir et de conserver les
champignons; par M. Persoow, avec une addition impor-
tante. 79 et
Exposition méthodique des genres de la famille des mousses;
par M. Desvaux.
Description d’un nouveau polypore; par M. M. N£es D'E-
SENBECK.
Remarques sur une erreur de synonymie relativement aux
lycopodes; par M. PAGÈS.
PaanérocAmiE.— Catalogue des plantes introduites dans les co-
lonies francaises de Mascareigne et de Cayenne, et de celles
rapportées vivantes des mers d'Asie et de la Guyane au
Jardin des plantes de Paris; par M. PERROïTET.
Remarques sur le Callitriche verna; par M. Lavirie.
Observations sur quelques espèces de primevéres ; par M.
Govwrir.
Observations sur le Zimodorum purpureum, et création du
genre T'hiebautia dans la famille des orchydées; var M.
CozLaA.
Note sur une variété femelle du pommier commun ; par M. Tir-
LETTE DE CLERMONT-TONNERRE. Ÿ
Mémoire sur le varaire cévadille ; par M. le docteur Descour-
TILZ.
PuysiorociEe VÉGÉTALE. — Phénomène observé sur une espèce
de Bauhinia ; par M. PERROTTET.
AGRICULTURE. — De l'influence du calcaire sur les grami-
nées, et de l'application de la chaux comme engrais des
sols qui en sont dépourvus; par M. LE BouLLENGER.
HorTicuzrure. — Rapport de M. Tmiésaur DE BERNEAUD, sur
le jardin de cultures exotiques établi à Fromont.
203
229
( 66 )
PFécit d’une excursion horticulturale faite à Londres, dans le
mois d'avril 1824, par M. SouraxGe-Bonix. Pige
Observations sur la culture et la multiplication du vanillier, et
sur les moyens d'en conserver les boutures; par M. Per-
ROTTET.
Melonnières mobiles et parquées, adoptées dans le A de
Fromont, par M. Souzance-Bonix.
MéÉrÉoroLoG1E. — Résumé des faits recueillis sur la propriété
des parayréles en paille; par M. TmiéBauT DE BERNEAUD.
GÉOLOGIE.—Mémoire sur un nouveau genre de coquilles de la
famille des arcacées, et description d’une nouvelle espèce
de modiole fossile ; par M. Drouer.
Rapport sur le fossile trouvé au Long-Rocher, dans la forêt
de Fontainebleau, par MM. Descourtizz, Gizcer bE Lav-
MONT el THIÉBAUT DE BERNEAUD.
Observations sur les ossemiens humains trouvés dans les ter-
rains secondaires, et en particulier de ceux que l’on observe
dans la caverne de Durfort, département du Gard; par
M. Marcez DE SERRES.
PHYSIQUE arrniQuée. — Extrait d’un mémoire intitulé : Re-
cherches sur la lumière, et de son action sur les êtres or-
ganisés et dans Ja végétation; par M. Barry.
BIOGRAPHIE. — Eloge de BroussonxeT, premier fondateur de
la Société Linnéenne de Paris; par M. TniÉBAuT DE Ber-
NEAUD.
Eloge historique de Axpré Tnouix, mort président de la
Société Linnéenne de Paris; par le même,
Notices sur divers Membres et Correspondans décédés en
1823 et 1824; par le même.
Jexner (Edouard).
FrérTeAu (Jean-Marie-Nicolas).
Tnore (Jean).
DErALANDE ( Antoine-Pierre ).
Conréa DE Serra (Joseph-Francçois).
Laxpreau (Noël-Daniel ).
Cuzzer pe Montarsier (Jean-Baptiste).
Bowvren (Thomas-Edward ).
Jcce pe Saint-Manrix (Jacques-Joseph ).
305
183
361
262
(07)
Du Mont nr Courset (Gcorges-Louis-Marie ). Page 517
La . =
Revnier (Louis), D22
Bourper (Pierre-Francois-Marie). 529
TROISIÈME PARTIE. — Bulletin linneen.
Prix proposés. L
Séances de la Société en janvier, 6; — en fevrier, 8; — en
mars, 13; — en avril, 15; — en mai, 21; — en juin, 23; —
en juillet, 47; — en août, 48; — en septembre, vacances ; —
en octobre, 49;— en novembre, 55; — en décembre, 59
Fête champêtre célébrée à Ville-d’Avray le 24 mai. 23
Inauguration du buste de Linwé dans les serres du jardin de
Fromont, 33. — Discours d’inauguration, par M. Tniépaur
DE BEeRNEAUD , 37. — Eloge en vers du magnolia, par M. Ur-
SIN. 4
Séance publique du 28 décembre. Go
Avis pour l'envoi et la distribution de graines. 26
Bibliographie: | 1,19; 27, 51 et 60
Errata. ” Gi
PLANCHES. !
Frontispice. — Portrait de BroussonneT. !
I et IT. — Représentant des œufs. : 66 et Cg
HI. — Champignons : Fuligo cerebrina et Gyrocephalus agin-
nensis. 5h
IV. — Thiebautia nervosa, plante. 162
V.— Fruit d’un pommier femelle de Saint-Valery. 166
VI. — Veratrum sabadilla, plante. II
VIT. — Coquilles fossiles : Néithées et modiole striée. 186
VIEIL — Æirudo oscillatoria, ver. 105
IX. — Acephalocystis globula, ver. 210
X.— Primula lateriflora, plante. 244
XI. — Polyporus pisachapani, plante. 260
XII. — Dorthesia Delavauxit, insecte. 292
XIII. — Agenia lamii, insecte. 297
FIN DE LA TABLE FT DU TROISIÈME VOLUME.
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Page Ixxij, dernière ligne : Gênes, 1823 ; Lsez Gênes, 1819, in-8°,
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152,
164,
230,
246,
343,
356,
25,
à Nantes, lisez de Nantes, à Paris.
5 de la note : muliebris, lisez mulieris.
9 : des larves, des êtres, Lisez ces larves, ces êtres.
18 : lui, Zsez leur.
20 : forcé, lisez forcée.
1 de la note : cangek pour caugek.
7: cycnus, lisez cygnus.
22 : hamatopus, lisez kæmatopus.
4 : des animaux, Lsez des œufs des animaux.
3 : Pimélées, pour Pimélies.
22 : Variton en Norfolk, lisez Varcton en Norfolck
10 : ginandrie driandrie, lisez gynandrie diandrie.
18: vigoureux, pour visqueux.
25 : pentaphylle, lisez tétraphylle.
12 : Staminorum, Pour starninum. P
16 : revendiquent, pour nient positivement.
21: à donner suite et même étendre, lisez à leur
donner une suite et même à étendre.
BULLETIN LINNÉEN.
16: Annales des mines, pour Journal des mines.
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TABLE
ARTICLES CONTENUS EN CE III VOLUME.
PREMIÈRE PARTIE. — /Zistorique.
Procès-vrrpaz de la séance publique du 28 décembre1824. Page ;
Discours d'ouverture par M. Descournirz, Président.
Analyse des travaux de la Société pendant les années 1823 et
1824, par M. Tniésaur DE BErNrAuD , Secrétaire perpé-
tuel.
Histoire naturelle, Généralités.
Physique appliquée.
Mammalogie.
Ornithologie.
Herpéthologie.
Ichthyologie.
Molluscologie.
Helminthologie.
Entomologie.
Botanique.
Physiologie végétale.
Agriculture.
Météorologie.
Arts industriels.
Géologie.
Minéralogie.
Philologie.
Biographie.
Rapport sur le concours ouvert relativement aux animaux
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XX
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ibid.
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( 64 )
vivans renfermés dans des corps solides, lu, au nom de
la section de zoologie, par M. le docteur Prépacnerz. Page Ixxiv
Rapport sur le concours ouvert relativement au nectaire, lu,
au nom de la section de botanique, par M. Decavaux.
Rapport sur une récompense accordée pour l'adoption et la
propagation des paragréles en paille, lu, au nom de la
section d'agriculture, par M. le docteur Roques.
Programme des encouragemens annuels promis pour des ob-
servations météorologiques (avec un tableau modéle).
Second supplément au tableau des membres et correspon-
dans.
Membres résidans.
Membres honoraires nationaux.
Membres honoraires étrangers.
Membres auditeu .
Associées libres.
Correspondans nationaux.
Correspondans étrangers.
Sociétés savantes aflliées.
Liste des ouvrages imprimés offerts à la Société Linnéenne
de Paris pendant les années 1823 et 1824, et déposés dans
ses archives.
SECONDE PARTIE. — Mémoires.
Ixxviij
Ixxxv)
Ixxxix
xCi]
ibid.
ibid.
xCiij
ibid.
xCIV
ibid.
XCVi)
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ZOOLOGIE. — OrxITHOLOGIE. — Mémoire sur les œufs des
oiseaux, par M. Moquix-Tanpon.
38
IcnraxoLocie. — Observations sur le genre et les espèces trigla,
vivant dans la Méditerranée, sur les côtes de Nice, par
M. Risso.
D
.
Hermnrnozo@ie.— Description d'une nouvelle espèce de sang-
sue, par M. pr Saint-Amans.
Mémoire pour servir à l’histoire du tournis chez l’homme, et
description de l’acéphalocyste qui le détermina; par M. Car-
RÈRE.
ExromoLocie. — Description d’une nouvelle espèce de dor-
thésia, existante aux environs de Paris, par M. Tmisaur
DE BERNEAUD.
283
re.
(65)
Mémoire sur un nouveau genre d’insecte de l’ordre des hé-
miptères, par M. Tuéonore Descourrizz. Page
BOTANIQUE. — CRYPTOGAMIE. — Notice sur deux espèces de
champignons aouveaux, découverts et décrits par M. pe
BRONDEAU ’
Observations à ce sujet et création du genre Gyrocephalus;
par M. PErsoon.
Insuction sur la manière de recueillir et de conserver les
champignons; par M. Persoow, avec une addition impor-
tante. 79 et
Exposition méthodique des genres de la famille des mousses;
par M. Desvaux.
Description d’un nouveau polypore; par M. M. Ness D'E-
SENBECK,
Remarques sur une erreur de synonymie relativement aux
lycopodes; par M. Pacès.
PaanÉROGAMIE. — Catalogue des plantes introduites dans les co-
lonies françaises de Mascareigne et de Cayenne, et de celles
rapportées vivantes des mers d’Asie et de la Guyane au
Jardin des plantes de Paris; par M. PERROTTET.
Remarques sur le Callitriche verna; par M. Lavieince.
Observations sur quelques espèces de primevères ; par M.
Gourix.
Observations sur le Zimodorum purpureum, et création du
genre Thiebautia dans la famille des orchydées; par M.
Cozra.
Note sur une variété femelle du pommier commun ; par M. Tri-
LETTE DE CLERMONT-TONNERRE.
Mémoire sur le varaire cévadille ; par M. le docteur Descour-
TILZ.
PuysiocociE VÉGÉTALE. — Phénomène observé sur une espèce
de Bauhinia ; par M. PERROTTET.
AGRICULTURE. — De l'influence du calcaire sur les grami-
nées, et de l’application de la chaux comme engrais des
sols qui en sont dépourvus; par M. Le BouLzLEncer.
HorTicurTure. — Rapport de M. THiéBAUT DE BERNEAUD, sur
le jardin de cultures exotiques établi à Fromont.
293
211
258
229
253
329
( 66 )
Fécit d’une excursion horticulturale faite à Eondres, dans le
mois d'avril 1824, par M. Souraxcr-LBonix. Prge 305
Observations sur la culture et la multiplication du vanillier, et
sur les moyens d’en conserver les boutures; par M. Per-
ROTTET. 409
Melonnières mobiles et parquées, adoptées dans Je iardin de
Fromont, par M. Sourance-Pôonix. 47
Méréororocir. — Résumé des faits recueillis sur la propritté
des paragréles en paille; par M. THiÉBAUT DE BERNEAUD,, 4,5
GÉOLOGIE.—Mémoire surun nouveau genre de coquilles de la
famille des arcacées, et description d’une nouvelle espèce
de modiole fossile ; par M. Drover. 183
Rapport sur le fossile trouvé au Long-Rocher, dans la forêt
de Fontainebleau, par MM. Descournirz, Gizcer pe Lauw-
MONT el Taiépaur pe BernEAuD: 343
Observations sur les ossemens humains trouvés dans les ter-
rains secondaires, et en particulier de ceux que l’on observe
dans la caverne de Durfort, département du Gard; par
M. MARCEL DE SERRES. 361
PHYSIQUE arpniQuée. — Extrait d’un mémoire intitulé: Re-
cherches sur la lumière, et de son action sur les êtres or-
ganisés et dans la végétation; par M. Barzzy. 262
BIOGRAPHIE. — Eloge de BroussonxeT, premier fondateur de
la Société Linnéeune de Paris; par M. THiépauT DE Ber-
NEAUD, 1
Eloge historique de Axpré Taouix, mort président de la
Société Linnéenne de Paris; par le même. 44x
Notices sur divers Membres et Correspondans décédés en:
1823 et 1824; par le même. 473
Jexner (Edouard). 4 #bid.
Fréreau (Jean-Marie-Nicolas). 456
Tone (Jean). 478
Deraranpe (Antoine-Pierre ). 484
Corréa ne SErrA (Joseph-François). 490
Lanpreau (Noël: Daniel ). 499
Currer ne MonrTanrsitr (Jean-Baptiste). 500
Bownicu (Thomas-Edward ). 5or
Juce DE Sainr-ManrTix (Jacques-Joseph ). 507
007)
Du Moxwr pe Courser (Georges-Louis-Marie ). Page 517
Reynter (Louis). 522
Bourper ( Pierre-François-Marie ). 529
TROISIÈME PARTIE. — Bulletin linneen.
Prix proposés. I
Séances de la Société en janvier, 6; — en février, 8; — en
mars, 13; — en avril, 15; — en mai, 21; — en juin, 23; —
en juillet, 47; — en août, 48; — en septembre, vacances ; —
en octobre, 49; — en novembre, 57; — en décembre, 59
Fête champêtre célébrée à Ville-d’Avray le 24 mai. 23
Inauguration du buste de Livné dans les serres du jardin de
Fromont, 33. — Discours d’inauguration, par M. TaréBauT
De BerneauD, 37. — Eloge en vers du magnolia, par M. Ur-
SIN. 44
Séance publique du 28 décembre. 6o
Avis pour l’envoi et la distribution de graines. 26
Bibliographie. 11, 19, 27, 51 et 6o
Errata. 6t
PLANCHES.
Frontispice. — Portrait de BROUSSONNET.
Let IL. — Représentant des œufs. 66 et 69
TT. — Champignons : Fuligo cerebrina et Gyrocephalus agin-
nensis. 74
IV. — Thiebautia nervosa, plante. 162
V.— Fruit d’un pommier femelle de Saint-Valery. 166
VI. — Veratrum sabadilla, plante. 171
VIT. — Coquilles fossiles : Néithées et modiole striée. 186
VIT. — /irudo oscillatoria, ver. 195
IX. — Acephalocystis globula, ver. 210
X. — Primula lateriflora ; plante. 244
XI — Polyporus pisachapani, plante. 260
XIT. — Dorthesia Delavauxii, insecte. 292
XIIL. — Agenia lamii, insecte. 297
FIN DE LA TABLE ET DU TROISIÈME VOLUME.
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